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Sous-comité des anciens combattants


LE SOUS-COMITÉ DES ANCIENS COMBATTANTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mercredi 3 mai 2023

Le Sous-comité des anciens combattants se réunit aujourd’hui, à 12 heures (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, pour en faire rapport, les questions relatives aux Anciens Combattants, y compris les services et les prestations dispensés, les activités commémoratives, et la poursuite de la mise en œuvre de la Loi sur le bien-être des vétérans.

Le sénateur David Richards (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Honorables sénateurs, je vous souhaite la bienvenue à cette réunion du Sous-comité des anciens combattants. Je suis David Richards, sénateur du Nouveau-Brunswick et président du sous-comité. Je suis accompagné aujourd’hui par mes collègues du comité : le sénateur Boisvenu du Québec, qui est le vice-président; la sénatrice Anderson des Territoires du Nord-Ouest; le sénateur Yussuff de l’Ontario; et j’imagine que la sénatrice Deacon se joindra bientôt à nous.

Nous accueillons aujourd’hui le colonel à la retraite Mark Hutchings, qui préside le Projet commémoratif de la cote 70. M. Hutchings se joint à nous pour discuter de ce projet, qui est installé à Loos-en-Gohelle, en France. Les responsables souhaitent offrir ce monument au gouvernement canadien. Notre séance visera donc à discuter de cette proposition.

Monsieur, je vous remercie de votre service, ainsi que de votre présence avec nous aujourd’hui. Nous vous invitons d’abord à présenter votre déclaration liminaire, qui sera suivie des questions des membres du sous-comité. Monsieur Hutchings, la parole est à vous.

Mark Hutchings, président, Projet commémoratif de la cote 70 : Je vous remercie de m’avoir invité à m’adresser à vous aujourd’hui. C’est une occasion formidable, et c’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.

Comme le président l’a dit, notre objectif est que le gouvernement du Canada devienne propriétaire du monument commémoratif que nous avons construit en France. Nous voulons essentiellement l’offrir au peuple canadien.

Anciens Combattants Canada détient déjà 16 autres monuments dans l’Hexagone. Le ministère ne cherche pas vraiment à s’occuper d’autres monuments. Lorsque j’ai parlé au sous-ministre de la Défense nationale il y a un an ou deux, il m’a dit ne pas avoir pour mandat de chercher activement à acquérir un autre monument pour rendre hommage au Canada, aussi beau soit-il. Il faudrait qu’il y ait une volonté politique en ce sens.

Cette occasion qui m’est donnée de m’adresser à vous tombe donc à point nommé, et j’espère pouvoir m’acquitter de la tâche efficacement.

Je parlerai tout d’abord de la bataille de la cote 70, qui a pratiquement été ignorée pendant 100 ans. Plus personne ne savait vraiment de quoi il s’agissait. Quelques personnes — les familles de ceux qui sont tombés au combat à cet endroit — connaissaient la bataille de la cote 70. Or, en cinq années à recueillir 10 millions de dollars pour réaliser le projet, une seule personne m’a dit : « Oui, monsieur Hutchings, j’en connais tous les détails. J’y emmène ma famille pour visiter l’endroit. Mon oncle a disparu là-bas, et nous n’avons jamais retrouvé son corps. » Ce n’est arrivé qu’une seule fois. Des chefs d’état-major de la Défense et des historiens m’ont tous demandé ce qu’était la bataille de la cote 70. Ils ne le savaient pas, même si ce nom est inscrit sur presque tous les monuments commémoratifs de guerre au pays. Il n’y a guère de ville, de village ou de centre urbain qui n’a perdu personne lors de cet affrontement. Il suffit d’ouvrir l’œil pour la voir. La bataille se trouve entre celles de Vimy, de Beaumont-Hamel et d’autres grands moments, mais les gens ont en quelque sorte oublié de quoi il s’agissait.

Je dois admettre que je ne savais pas non plus de quoi il s’agissait. J’étais sur place en 2007. Un Anglais qui tenait un kiosque au Mémorial de Vimy à l’occasion de la 90e commémoration de cette bataille m’a demandé si j’étais déjà allé voir la cote 70. J’ai répondu par la négative. Il a voulu savoir si je souhaitais y aller, puis il m’a proposé de m’y emmener le lendemain. J’ai dit que ce serait formidable. J’étais accompagné de ma famille, de sorte que nous nous sommes tous rendus à la cote 70.

L’histoire de la bataille est fort intéressante. Je vous la raconterai dans une minute. Après nous avoir offert une très belle visite, l’Anglais nous a dit au revoir — il avait évidemment piqué notre curiosité. Je me suis dit que puisqu’il s’agissait de la cote 70, le monument devait être au haut de cette côte. J’ai donc pris notre voiture de location pour l’ascension avant de m’arrêter au sommet pour chercher autour de moi. L’Anglais a cogné à la fenêtre, et j’ai cru qu’il m’avait suivi jusqu’en haut de la colline. Il m’a demandé ce que je faisais là, et j’ai indiqué que je cherchais le monument. J’ai dit : « Puisque nous avons perdu 1 877 soldats ici, où est donc le monument? » Et il a déclaré : « Précisément. Où est le monument? »

Après que mon frère m’a dit qu’il n’y aurait jamais de monument à cet endroit, j’ai affirmé que nous pourrions en ériger un, que c’était possible.

C’est maintenant chose faite. Le projet a un peu dégénéré, et je vais vous raconter comment c’est arrivé. Une noble cause attire de nobles gens, et tous ceux à qui nous avons demandé de l’aide sur une période de six ou sept années ont mis la main à la pâte — tous sans exception. Nous avons eu du soutien à n’en plus finir. C’était tout simplement formidable. Ainsi, plusieurs architectes nous ont gracieusement donné des conseils. Nous avons aussi eu l’aide d’avocats. Borden Ladner Gervais s.r.l., qui est l’un des plus grands cabinets au pays, nous a offert des conseils tant sur la common law que sur le Code Napoléon. Enfin, des gestionnaires de projet, des directeurs de la construction et des traducteurs nous ont aidés gratuitement.

Quelqu’un a affirmé qu’il fallait un chef émérite à la tête du projet. Nous avons donc dressé une brève liste de candidats, dont le meilleur était le gouverneur général David Johnston. Je suis donc allé à sa rencontre. Nous lui avions déjà envoyé les documents. Il était assis là, aux côtés de sa femme, de moi et du sous-ministre d’Anciens Combattants Canada — mon ami Walter Natynczyk, qui le connaissait bien. J’ai commencé à parler, puis David Johnston m’a dit : « Mon cher monsieur Hutchings, que désirez-vous exactement? » J’ai répondu que nous aimerions qu’il soit notre président d’honneur, ce qu’il a accepté. Il avait lu les documents et c’était réglé : il était d’accord. Il a fait un travail admirable pour nous grâce à son influence.

Nous avons bénéficié de tout le soutien nécessaire pour mener à bien ce projet, qui a été achevé à l’occasion du 100e anniversaire de la bataille.

Pourquoi cette bataille était-elle si importante? En fait, c’était la première fois que l’armée canadienne se battait sous les ordres d’un commandant canadien. Auparavant, tous les corps de l’armée britannique étaient dirigés par des généraux britanniques, et le Corps canadien n’y faisait pas exception. Il y a d’abord eu le général Alderson, qui a fait l’objet de mesures disciplinaires parce qu’il communiquait directement avec le gouvernement du Dominion ici. Le ministère des Affaires étrangères le lui avait interdit : « Vous êtes à la tête d’une Division britannique. Laissez ce rôle au haut commissaire à Londres. » Or, ce dernier ne pouvait pas le faire non plus sans soumettre une demande puisque nous étions une colonie, c’est‑à‑dire un dominion.

À la fin de la guerre, nous n’avions plus ce statut puisque nous étions un pays. Nous avons gagné ce titre grâce aux 1 877 jeunes hommes qui ont perdu la vie à la bataille de la cote 70. Ce combat a été un point d’inflexion puisque nous sommes passés d’une Division britannique à une armée canadienne, et que nous étions traités ainsi par la suite.

Puisque Lloyd George n’a pas pu assister à la Conférence de la paix de Paris en 1920-1921, le premier ministre Borden a été invité à le remplacer. Nous n’avions ni ambassades ni hauts‑commissariats à l’étranger, et en 1914, personne n’en possédait ici non plus. Nous n’avons pas déclaré la guerre cette année‑là. C’est la Grande-Bretagne qui l’a fait en notre nom. La seule chose que nous pouvions décider était la portée de notre contribution.

En 1920, nous siégions à la Société des Nations, nous avions des ambassades dans quatre pays, d’autres nations avaient des ambassades chez nous, et nous avions une armée nationale grâce à notre général Currie — j’ai remarqué qu’il y a une statue à son effigie tout près d’ici, que vous pouvez voir de la porte d’entrée. La première décision de Currie a été de planifier...

Je parle trop. Je n’avais que cinq minutes. Veuillez m’excuser.

Le président : Continuez votre histoire. Nous vous interromprons si nécessaire.

M. Hutchings : C’est Currie qui a planifié la victoire de Vimy. Les Britanniques avaient cruellement besoin d’une victoire. Ils souffraient. La Grande-Bretagne était étranglée par la guerre sous-marine. Les Russes étaient partis. Il y avait une révolution chez eux et leur armée était en perdition. Les troupes allemandes qui avaient combattu sur le front de l’Est s’étaient déplacées sur le front de l’Ouest, ce qui n’était pas très réjouissant. L’armée française était sur le point de se mutiner.

Dans ce contexte, la victoire surprise de la crête de Vimy était providentielle.

Cette victoire n’a pas été planifiée par Sir Julian Byng, qui a commandé l’assaut, mais bien par Currie, un major-général subalterne d’une des divisions. Currie a ensuite obtenu une promotion et a pris le commandement du Corps canadien. Il est ainsi devenu le premier Canadien à commander l’armée canadienne.

Le général Horne, qui commandait l’armée, avait donné l’ordre à Currie de prendre la ville de Lens. Après être allé reconnaître lui-même le terrain, Currie avait dit à ses supérieurs : « C’est une très mauvaise idée. La bataille va se terminer par un bain de sang. Nous devons renoncer à ce plan. Les Allemands ont eu trois ans pour se préparer. La dernière offensive des Britanniques s’est soldée par 150 000 pertes. Nous ne pouvons pas suivre cette stratégie. Nous devrions attaquer les hauteurs au nord-ouest de Lens afin de dominer la ville. »

N’importe quel général britannique qui aurait rejeté le plan établi en disant qu’il avait une meilleure idée et qu’il fallait faire les choses à sa manière aurait été renvoyé, mais Currie venait de gagner la bataille de la crête de Vimy.

Le plan de Currie est parvenu aux oreilles du commandant de l’armée, le général Haig, qui a consenti à l’examiner et à le mettre à exécution. La côte 70 est tout à coup devenue la victoire de l’armée canadienne sous les ordres d’un commandant canadien. Ce fait d’armes a contribué en grande partie à l’indépendance du Canada.

Le président : Merci beaucoup. La sénatrice Deacon de l’Ontario vient de se joindre à nous.

Nous allons passer aux questions. Nous commençons avec le vice-président du comité, le sénateur Boisvenu.

[Français]

Le sénateur Boisvenu : Je tiens à d’abord vous remercier pour le travail que vous avez fait. C’est admirable. Je comprends que vous êtes un vétéran, donc je tiens également à vous remercier pour les services que vous avez rendus à notre pays.

Dans notre documentation, on peut voir que le monument a été construit, n’est-ce pas?

M. Hutchings : Oui.

Le sénateur Boisvenu : Je vois que vous avez récolté 10 millions de dollars, qui représentent les dépenses encourues pour la construction?

M. Hutchings : Nous avons aussi un programme d’éducation très complexe qui est formidable. Il y avait les communications, les films et les livres qu’on a publiés. C’est plus que seulement le monument. Mon chef d’État pourrait vous donner le montant exact. C’est peut-être 4 millions de dollars seulement pour le monument et le parc.

Le sénateur Boisvenu : Qui a contribué à ce fonds?

M. Hutchings : Les citoyens canadiens et les citoyens irlandais.

Le sénateur Boisvenu : Y avait-il des Irlandais dans le bataillon?

M. Hutchings : Il y avait deux Irlandais : un protestant de l’Irlande du Nord et un catholique du Sud de l’Irlande. Les deux ont gagné la Croix de Victoria.

Le sénateur Boisvenu : Bravo!

M. Hutchings : C’est la seule fois que cela s’est produit dans l’histoire de l’Irlande, alors ils ont contribué.

Le sénateur Boisvenu : Donc, il y a beaucoup de symboles très forts autour de ce monument. Quelle a été la réception du gouvernement canadien pour ce qui est de prendre la responsabilité du monument?

M. Hutchings : Cela n’est pas arrivé encore.

Le sénateur Boisvenu : Est-ce que vous avez reçu un accueil favorable ou est-ce qu’on vous laisse penser que c’est une mission presque impossible?

M. Hutchings : Pour nous assurer que le projet soit terminé à la date prévue, nous avons continué nos démarches et nous sommes allés chercher l’argent auprès de citoyens et de donateurs très généreux, mais le gouvernement... J’ai rencontré le ministre. Il était très agréable, mais il ne s’est rien passé.

Le sénateur Boisvenu : Être agréable, cela ne coûte pas beaucoup d’argent. Quelles sont vos attentes à l’égard de notre comité pour ce qui est de ce monument et de votre démarche?

[Traduction]

M. Hutchings : Je n’ai jamais travaillé à Ottawa. On m’a dit que la prochaine chose à faire serait peut-être de réécrire au ministre, après ma comparution devant le comité, et de lui donner une seconde chance d’agir dans ce dossier.

Les coûts seraient minimes pour les Canadiens, mais les avantages seraient énormes. Toutes les personnes concernées ont participé à la mise sur pied du monument.

Des soldats autochtones ont combattu lors de chacune des quatre batailles. Un de ces soldats, Mike Mountain Horse, a reproduit, de retour chez lui en 1919, des images de la bataille sur une peau de bison. L’histoire de ce membre de la nation crie du Sud de l’Alberta figure dans toutes nos publications.

Dans le même ordre d’idées, la seule Croix de Victoria décernée à un Ukrainien a été remise à un Canadien d’origine ukrainienne. Cet ancien membre de l’armée du tsar a reçu la Croix de Victoria à la côte 70. La communauté canado‑ukrainienne a donné plus de 1,5 million de dollars pour l’aménagement d’une des allées principales et pour que le nom de Filip Konowal apparaisse sur les panneaux d’information, ainsi que dans les manuels et le programme éducatif que nous avons produits.

La communauté chinoise a été elle aussi très généreuse en donnant plus de 2 millions de dollars pour l’aménagement d’une allée en l’honneur d’un Canadien dont les parents étaient d’origine chinoise. Ce Canadien s’était enrôlé à Kamloops, en Colombie-Britannique, à l’époque où il était très difficile pour les Chinois de faire quoi que ce soit dans la province. Les Chinois étaient alors la cible de discrimination. Le soldat en question est mort à la bataille de la côte 70.

J’étais ravi que Frederick Lee — « Lee » pourrait être un patronyme anglais mais c’est un patronyme chinois dans ce cas ci —, était le meilleur de sa promotion à l’école secondaire. Son nom figurait sur la liste du doyen. Il s’est joint à l’armée. Il était très respecté dans sa communauté. Son père, qui était un homme d’affaires en vue, était également très respecté.

Le régiment de Lee avait même oublié la présence de ce dernier à la bataille de la côte 70. Ils avaient oublié qui était ce soldat, dont le nom est par ailleurs gravé sur le monument commémoratif de guerre à Kamloops. Ils avaient oublié Lee. Ils ne savaient rien à son sujet, en fait. Ses actions n’ont jamais été rendues publiques. Aucune médaille ne lui a été décernée. Il est mort à cet endroit, mais ils n’ont jamais trouvé sa dépouille. Nous avons nommé une des principales allées en l’honneur de ce jeune homme qui n’était ni un officier ni un général, mais qui a contribué à l’établissement du Canada. Les Sino-Canadiens en sont très fiers.

En cette période de relations houleuses entre le Canada et la Chine, le monument met en lumière des Canadiens d’origine chinoise, ukrainienne et autochtone qui ont joué un rôle dans l’histoire du Canada il y a un siècle. C’est formidable de transmettre le récit de l’édification d’une nation. J’aurais cru que le gouvernement trouverait avantageux de devenir propriétaire du monument.

Le sénateur Yussuff : Merci, monsieur Hutchings.

Tout d’abord, j’admire votre passion. Le travail que vous avez accompli en est une preuve éloquente. La construction d’un monument de cette envergure n’est pas une mince tâche. Je peux imaginer les difficultés auxquelles vous avez été confronté. Vous semblez avoir surmonté tous les obstacles.

Essentiellement, ce monument s’est concrétisé dans le cadre d’un projet privé avec le concours de bénévoles qui ont amassé des fonds et se sont acquittés des tâches essentielles tout au long du processus, de la construction jusqu’à l’aménagement. En gros, vous êtes au stade où vous souhaiteriez céder la responsabilité du monument au gouvernement du Canada.

Il y a deux aspects à examiner. D’abord, l’idée ne vient pas du gouvernement. Ce sont des citoyens, vous et un groupe de personnes dévouées, qui avez décidé de relater un pan de l’histoire de notre pays. Nous n’en dirons jamais trop sur l’histoire. Certains épisodes sont encore enfouis au plus profond de notre psyché, et ceux qui sont capables de les raconter peuvent lever de grands voiles sur l’essence de notre pays en constante évolution.

Vous demandez au gouvernement du Canada de prendre le relais. Dans une certaine mesure, je peux comprendre pourquoi, car la gestion et la promotion d’un monument sont des tâches colossales, sans parler de la nécessité d’entretenir le monument pour en éviter la détérioration.

Il faudra allouer des fonds à l’entretien du monument pour que ses effets soient durables et qu’il puisse continuer à accueillir des visiteurs. C’est la réalité. Le gouvernement va devoir prendre en charge les coûts en conséquence.

Vous essayez de raconter une histoire canadienne qui, soulignons-le, profiterait au grand public. Je vous félicite pour les recherches que vous avez menées sur des personnes dont le rôle dans l’histoire du Canada passe souvent inaperçu : les Autochtones, les Canado-Ukrainiens et les Sino-Canadiens qui ont combattu et qui sont morts au combat.

J’ai lu la documentation que vous avez fournie, et je suis très impressionné par la qualité de votre travail. Encore une fois, sur le plan politique — parce que le sujet est lié au comité et que mes collègues vous ont posé la question — comment interprétez‑vous la réticence du gouvernement à accepter le projet? Vous avez visiblement un avis à ce sujet. Avant de nous immiscer dans le dossier, nous devons comprendre là où les choses bloquent pour formuler des recommandations.

M. Hutchings : Je ne saurais pas vraiment vous le dire. Il faudrait que je devine la réponse. Tout ce que je peux dire, c’est que le gouvernement a probablement des priorités plus importantes. N’empêche qu’en ce moment, les événements de l’actualité doivent l’amener à penser que ce pourrait être une bonne idée. Voilà une occasion de démontrer du respect envers les vétérans et envers Anciens Combattants. La longue relation des Canadiens avec les vétérans a toujours été complexe. Pour l’heure, je pense que toute marque de respect du gouvernement envers les vétérans serait bien accueillie par les principaux intéressés. Le monument permettrait de bâtir des ponts avec eux, tout comme avec d’autres membres de la société canadienne, qui sont eux aussi impliqués dans ce dossier.

Le fait qu’un gouvernement étranger a injecté des fonds, de même que les 16 monuments commémoratifs en Europe — y compris à Gallipoli — que gère déjà Anciens Combattants sont deux facteurs qui pourraient inciter le gouvernement à agir.

Il y a une erreur dans la documentation que je vous ai remise. Ce n’est pas Parcs Canada qui administre ces sites. Les opérations à l’étranger sont menées par Anciens Combattants. Vous pouvez donc supprimer la référence à Parcs Canada. Je suis désolé.

Donc, Anciens Combattants assure la gestion des monuments, mais il a besoin de se faire convaincre par un groupe comme le vôtre que c’est une bonne idée.

Vous avez mentionné les coûts. En ce moment, les coûts d’entretien, que nous prenons en charge, se situent entre 30 000 $ et 50 000 $ par année. Un fonds de dotation a été établi à cet effet. Ce fonds devrait normalement apparaître dans un budget quelconque, mais il est déjà financé, si vous comprenez ce que je veux dire. Nous payons la note. Des investissements d’un million de dollars assurent les paiements perpétuels pour une période de 100 ans. Alors, oui, il y aurait des coûts annuels. Nous le savons, et nous savons à combien ils s’élèvent, car nous nous en occupons depuis trois ans. Certaines années, c’est presque rien, et d’autres, il faut défrayer plus en raison du vandalisme, qui nécessite des travaux.

Du point de vue des coûts-bénéfices, ce serait presque avantageux sur toute la ligne pour le gouvernement.

Le sénateur Yussuff : À la suite de tout ce qui précède, je voudrais soulever en dernier lieu que le monument a été financé en grande partie par des fonds privés. La possibilité d’en transférer la propriété et les droits a-t-elle été étudiée? Si le gouvernement canadien devait prendre le relais, deviendrait-il le gardien et le bénéficiaire de ce monument dont la construction a demandé tant de travail de votre part et de celle de vos collègues? Avez-vous pris en compte ce facteur, ou voulez-vous que les droits demeurent tels quels?

M. Hutchings : Nous avons réfléchi à plusieurs aspects avant la construction du monument. Un gros travail de planification s’est fait en amont. Nous avions une équipe fantastique. Tout d’abord, le monument est à l’épreuve des bombes. Aucune de ses parties ne peut être facilement vandalisée ou volée. Le monument ne comporte aucun métal précieux comme le bronze, car des plaques qui seraient faites de ce métal risqueraient d’être volées pour être fondues. Là où c’est possible, nous avons utilisé la pierre. Les plaques sont faites de pierre et de granite poli, car ces matériaux sont très durables. Puisque pratiquement rien ne peut être volé ou brisé, le monument ne demande pas beaucoup d’entretien. Il a été dessiné à cette fin. Même les graminées plantées sur le site, qui ont pris quelques années pour atteindre leur pleine maturité, sont encore en très bon état. Ces plantes indigènes sont très résistantes, y compris aux mauvaises herbes. De plus, de magnifiques coquelicots fleurissent au printemps. C’est superbe. Tout a été pensé pour réduire au minimum l’entretien.

Ensuite, nous avons signé un contrat avec une entreprise locale qui s’occupe de l’aménagement et de l’entretien paysagers. Nous entretenons de très bonnes relations avec la Ville de Loos‑en‑Gohelle. Le directeur des services techniques de la ville surveille le projet pour nous. Nous sommes privilégiés de pouvoir compter sur des professionnels qui jettent un œil sur le site et sur une entreprise qui s’occupe des travaux. Nous assumons les frais. Il va sans dire que nous recevons des rapports.

Si le gouvernement choisissait d’aller de l’avant, il n’aurait rien à changer. Tout fonctionne très bien jusqu’à présent.

Un autre aspect à considérer...

Le sénateur Yussuff : Je veux parler du fait que pour l’heure, le monument n’appartient pas au gouvernement du Canada. Il appartient au groupe que vous avez mis sur pied. Comment le monument serait-il cédé au gouvernement du Canada?

M. Hutchings : Ce serait très facile. À la demande de Loos‑en-Gohelle, j’ai un accord sur l’utilisation des terres signé en présence de témoins de l’ambassade du Canada en France. J’étais très heureux que nous ayons établi d’un commun accord les responsabilités de chaque partie.

À la demande des Français, nous avons entamé un processus, car la Ville de Loos-en-Gohelle disait que nous devions signer un bail de 100 ans notarié. J’ai vérifié que nous avions leur aval, puis nos avocats ont rédigé cet accord, que l’autre partie a pu modifier. Je crois que la balle est dans leur camp en ce moment pour parachever l’accord. Il renferme une clause sur un transfert possible au gouvernement du Canada.

Il faut savoir que nous entretenons d’étroites relations avec la Commission des sépultures de guerre, car celle-ci détient le cimetière — inauguré en juillet 1917 par des Canadiens — qui se trouve juste à côté du monument. Le cimetière sera agrandi de 100 mètres, ce qui veut dire qu’il jouxtera notre parc commémoratif. Demain, l’ambassadeur du Canada en France, Stéphane Dion, un représentant du ministre d’Anciens Combattants Canada et des employés du ministère seront présents pour la pose de la première pierre d’une arche qui séparera notre site du cimetière. Je parie que ceux qui visiteront le cimetière utiliseront le stationnement que nous avons dû mettre en place — même si je n’étais pas vraiment d’accord à l’époque — et qu’ils passeront par notre site pour se rendre à destination. Tout le monde verra l’obélisque sur lequel est gravé un seul mot : Canada. C’est formidable.

Toutes les inscriptions du site sont bilingues et répondent aux normes du gouvernement canadien. Le texte des panneaux d’information est en anglais et en français. Évidemment, le pays hôte est la France, mais les Canadiens de Chicoutimi qui visiteront le site pourront tout lire eux aussi. Je vous invite à consulter notre site Web ou notre application. Vous verrez que le contenu est présenté dans les deux langues officielles, y compris des portions en mandarin et en ukrainien.

Le président : Merci.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie de votre présence. J’avoue que je savais peu de choses sur la bataille de la côte 70, mais nous avons eu l’occasion d’approfondir nos connaissances pour la séance d’aujourd’hui. Je vous remercie encore une fois de votre service et de votre passion. Votre parcours et votre expérience témoignent d’un dévouement extraordinaire envers une très importante partie du travail de notre pays. Je vous en remercie.

Je trouve également très intéressant que ce site commémoratif en France représente, possiblement, le dernier monument national commémorant la Première Guerre mondiale à être érigé en Europe. Je vous en remercie.

J’ai écouté mes collègues, et je crois que le sénateur Yussuff a posé la question. Vous avez dit qu’il y avait de l’argent à la banque, pour ainsi dire, et qu’il y a un budget. Vous avez indiqué avoir des fonds, mais devrez-vous continuer à collecter des fonds pour financer l’entretien de ce monument si le gouvernement du Canada n’assure pas l’entretien et n’offre pas son soutien dans un avenir rapproché?

M. Hutchings : Non, nous avons assez de fonds — pourvu que les marchés boursiers ne s’effondrent pas encore une fois — pour que cela fonctionne. Cela dit, je compte toutefois sur l’énorme contribution d’une dizaine de personnes extrêmement talentueuses dans leurs domaines respectifs, mais leur moyenne d’âge dépasse les 60 ans. Nous ne vivrons pas éternellement.

La sénatrice M. Deacon : Il y a là une question de pérennité dont nous sommes tous conscients. Vous avez également soulevé un aspect que j’aimerais approfondir.

Je suis consciente de la perception actuelle à l’égard de la Chine, mais j’aimerais en savoir davantage sur l’histoire de Frederick Lee. J’ai fait quelques lectures à son sujet. Vous avez indiqué que les Canadiens d’origine chinoise étaient fiers de contribuer et que c’était important. Selon vous, en quoi cet aspect multiculturel contribue-t-il au monument de la bataille de la côte 70? Comment cela se compare-t-il aux autres monuments commémoratifs gérés par le gouvernement du Canada ou par le ministère du Patrimoine canadien?

M. Hutchings : Je ne peux pas vraiment parler des autres monuments commémoratifs. Il faudrait poser la question aux gens du ministère des Anciens Combattants.

En quoi cela contribue-t-il? Nous savons que les deux principaux quotidiens chinois, Sing Tao et Ming Pao, ont publié cette histoire à plusieurs reprises. Nous avons également fait graver cette histoire dans la pierre, en caractères chinois. Nous avions des inquiétudes par rapport aux différences quant à la façon de faire, mais les inscriptions sont là, dans la pierre, pour que les visiteurs de partout dans le monde puissent les lire en mandarin ou en cantonais lorsqu’ils visitent la tranchée. Il y a aussi une version électronique, bien entendu. Les gens peuvent obtenir une version en mandarin sur l’application. La question est réglée.

Les dirigeants de la communauté nous invitent à plus de choses que ce à quoi nous pouvons participer, car ils considèrent que nous contribuons à l’établissement de ponts et à la validation de leur position au Canada.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie.

Le président : Savez-vous combien d’Autochtones ont participé à cette campagne? Avez-vous un chiffre approximatif? Le savez-vous?

M. Hutchings : Non. Notre directeur de l’éducation le sait. Cela dit, je sais qu’ils sont surreprésentés par rapport à leur proportion dans la population.

Le président : C’est habituellement le cas, dans nos batailles, en effet.

M. Hutchings : Les tunnels qui passent sous ce champ de bataille ont été creusés avant la bataille dans le but — pour traverser ce que l’on appelait le « no man’s land », une zone pilonnée par des tirs de mitrailleuses ou d’artillerie et couverte de barbelés — d’avoir une sortie juste à l’intérieur des lignes ennemies. C’était un excellent stratagème pour éviter toutes les pertes qu’on aurait subies en traversant le « no man’s land ».

Les tunnels sont toujours là. Les pelles et les outils sont posés contre les murs, tels qu’ils ont été laissés en 1917. Le matériel est toujours là. Les manches en bois sont pourris et ont disparu, et beaucoup de choses sont rouillées, mais sont intouchées. Ces tunnels étaient remplis d’hommes, de soldats, qui attendaient, dans un silence total, avec tout leur équipement. Des deux côtés, on tentait de savoir si les autres creusaient des tunnels. On se livrait la guerre dans les tunnels. On déclenchait des explosions pour essayer de causer l’effondrement des tunnels.

Ils étaient tous là. Juste avant le coup de sifflet — souvent, ils attendaient pendant deux heures — ils sortaient leurs petits crayons, qui ne fonctionnaient que s’ils étaient mouillés, et ils écrivaient sur les murs. Ces murs sont remplis de craie blanche, aussi blanche que cela, de la craie pure. Avec leurs crayons, ils écrivaient le nom de leur mère ou dessinaient le portrait de leur petite amie. Beaucoup de soldats enlevaient leur casque pour reproduire l’insigne qui y figurait. Un homme qui s’appelait Elijah Dickson était un Ojibwé. Il se nommait lui-même « l’Indien », sur ce mur. Il n’a pas survécu, malheureusement. Beaucoup de ces hommes sont enterrés dans ce cimetière. Nous avons pris son dessin et nous l’avons gravé dans la pierre, dans le granit, le long du sentier. Elijah Dickson était un Autochtone de sang pur, et il est maintenant honoré à jamais, dans un lieu où les gens peuvent voir ses écrits, ses dernières paroles.

Le président : S’agissait-il d’une diversion pour la troisième bataille d’Ypres ou d’un assaut complet?

M. Hutchings : Les deux. Sur le plan stratégique, les Britanniques ont dit qu’ils gagneraient la troisième bataille d’Ypres — ce qui n’a pas été le cas —, mais qu’ils avaient besoin d’une diversion. Pour retenir les Allemands dans le Sud, les Canadiens devaient mener une opération à Lens. En fin de compte, ce n’était pas à Lens, mais à la côte 70. L’opération fut un succès, mais la troisième bataille d’Ypres a été un échec, après trois mois de combats entraînant de lourdes pertes. Savez‑vous qui a gagné la troisième bataille d’Ypres? Les Canadiens. Le Premier Corps canadien a été déplacé dans le plus grand secret. Ils ont retiré les insignes de leurs casques de leurs uniformes, puis se sont rendus à Ypres. Il s’agit de la bataille de Passchendaele. Nous l’avons gagnée.

Le président : Quand les Allemands ont-ils utilisé des gaz pour la première fois? À la deuxième ou à la troisième bataille d’Ypres?

M. Hutchings : Désolé, je ne sais pas.

Le président : C’est tout. Je me posais simplement la question.

La sénatrice Anderson : Je vous remercie de votre témoignage. J’ai ici un article daté du 6 avril 2023 dans lequel on indique que les dépouilles d’environ 120 soldats ont été découvertes à Loos-en-Gohelle, en France, le printemps dernier, alors que des travailleurs de la construction creusaient les fondations d’un nouvel hôpital.

Actuellement, des étudiants du Conseil scolaire de district Upper Canada s’affairent à identifier les soldats canadiens tombés au combat lors de la bataille de la côte 70 au cours de la Première Guerre mondiale. Cela comprend 14 écoles.

M. Hutchings : C’est maintenant 21 écoles.

La sénatrice Anderson : Très bien. Il y a 19 classes et plus de 400 étudiants. Les Forces armées canadiennes, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, Anciens Combattants Canada, le ministère du Patrimoine canadien, le Centre Gregg de l’Université du Nouveau-Brunswick, la Légion de Spencerville, la Légion de Toledo et les archives du comté de Glengarry participent aussi activement à ce projet d’identification des soldats.

Dans le contexte de la découverte de ces sépultures, de l’intérêt renouvelé et de la mobilisation des écoles et de divers organismes gouvernementaux, observe-t-on à l’échelle nationale un intérêt accru pour la bataille de la côte 70? Cela pourrait-il contribuer à renforcer l’importance de la bataille de la côte 70 pour le Canada et l’engagement du gouvernement canadien à accepter la responsabilité du site, à assurer sa pérennité, et à faire connaître cet événement?

M. Hutchings : Formidable. Oui, tout ce que vous avez mentionné. J’aimerais lire cet article. Son auteur a recueilli beaucoup d’informations. C’est très bien.

Ces batailles ont fait tant de morts. Il n’est pas possible de construire une maison. Vous voulez construire un hôpital? Ils ont trouvé plus d’une centaine de corps. Ils sont enterrés là depuis 100 ans. Il y a une anthropologue judiciaire qui travaille au MDN, Sarah Lockyer. C’est une femme talentueuse. La connaissez-vous?

La sénatrice Anderson : Elle est mentionnée dans l’article.

M. Hutchings : Elle est formidable. Elle a renseigné 450 jeunes et a dit qu’elle était disposée à le faire n’importe quand. Les jeunes manifestaient un grand intérêt. La pose de la nouvelle pierre aura lieu demain. J’espère que Mme Lockyer sera là. Hier, j’ai parlé au directeur de l’éducation et je l’ai prié de faire une vidéo de l’événement. La nouvelle pierre sera posée sur notre site, un site magnifique. Si vous regardez de ce côté, vous verrez l’obélisque, le symbole de la victoire lors de la bataille de la côte 70. C’est absolument magnifique.

Qu’est-ce que les jeunes en retireront? Il faut leur montrer cela. C’est de l’actualité, et non de l’histoire. Ce n’est pas de l’histoire ancienne, cela n’a rien d’ennuyant. On a recours à la science, à la technologie et aux techniques modernes pour identifier des soldats originaires de leurs propres collectivités. Cette session, 450 jeunes participent; la session prochaine, ils seront 900. Lorsqu’ils iront au cénotaphe local, ils verront les noms des soldats, puis ils pourront chercher à tout savoir sur eux : la maison où ils sont nés, l’origine de leurs parents, ce qui leur est arrivé, s’ils ont des petits-enfants qui sont toujours en vie. Sarah Lockyer leur montre comment analyser l’ADN des restes. C’est de la science concrète. Ce sont d’excellentes occasions d’apprentissage. Ce sera riche en enseignements pour ces jeunes, et cela suscite l’enthousiasme des enseignants.

Merci d’en avoir parlé. Nous sommes très fiers de ce programme. À notre connaissance, c’est une première mondiale.

Chris Hadfield a parlé à tous les étudiants. Il leur a demandé de lui écrire pour faire état de leurs progrès, et ils le font. Puis, il leur répond.

Le président : Je vous remercie.

Le sénateur Yussuff : Comme en toute chose, dans la vie, il y a un calendrier rattaché à cela. Ce n’est pas inévitable. Il reste à voir quelle sera la décision du gouvernement et du ministre. Quel est votre échéancier?

M. Hutchings : Je dirais que cela devrait se faire dans les deux ans. Actuellement, nous remplaçons des directeurs puisque la majeure partie du travail est faite. Il s’agit maintenant de poursuivre les efforts. Le volet éducatif sera maintenu pour toujours, étant donné la mobilisation considérable d’une multitude d’intervenants qui reconnaissent l’importance de ce type d’activités éducatives pour les jeunes et pour notre pays.

Le programme d’éducation continuera. Quant à l’adoption par le gouvernement du Canada, je dirais que le plus tôt sera le mieux. Essentiellement, le projet est prêt à lui être confié.

Plus tôt, vous avez posé une question à laquelle je n’ai pas entièrement répondu. La France a ses propres façons de procéder. Lorsque les deux gouvernements — français et canadien — reconnaissent la pertinence d’un projet, le ministre français des Anciens Combattants demande au ministère français de la Défense d’acheter le terrain, et ce terrain est alors réservé à perpétuité à l’usage du gouvernement canadien. Même si le Canada n’est pas réellement propriétaire de bon nombre de ces terrains, il l’est dans les faits, car je crois savoir que ces terrains appartiennent au ministre français de la Défense, au nom de notre gouvernement.

Il s’agit d’un mécanisme bien compris qui existe et qui peut être utilisé, s’il y a une volonté politique en ce sens.

Le sénateur Yussuff : Comme pour beaucoup d’aspects de l’histoire canadienne, plus on en apprend sur l’édification de notre nation, plus c’est intrigant. On a tendance à tenir cela pour acquis. Nous vivons à l’époque moderne, nous sommes maintenant un pays. C’est indéniable.

Cependant, ce que l’histoire de la bataille de la côte 70 nous enseigne, à bien des égards, c’est qu’à l’époque, en tant que colonie, nous ignorions qui seraient nos maîtres, mais que des hommes et des femmes, ainsi que leurs familles, ont fait des sacrifices. L’histoire des nombreux Canadiens qui se sont enrôlés pendant la Première Guerre mondiale est d’une importance primordiale. Leurs vies ont été marquées. Beaucoup d’entre eux ne sont jamais revenus. C’est une autre façon de raconter leur histoire.

Toutefois, vous nous rappelez que nous ne sommes pas arrivés où nous en sommes dans notre histoire sans les sacrifices de tous ces gens et de leurs familles. Je vous remercie de tout ce que vous avez fait. Personnellement, prendre connaissance de cette histoire et la comprendre a été révélateur, mais je trouve qu’il est encore plus important de veiller à contribuer à notre manière, au Sénat, pour faire de ce projet une histoire vivante et pérenne qui pourra être riche en enseignements. Je tiens donc à vous remercier de tout le travail que vous avez fait au nom de notre nation.

M. Hutchings : Merci.

[Français]

Le sénateur Boisvenu : Ai-je bien compris que ce projet de loi obligerait le gouvernement du Canada à acheter le terrain en France?

M. Hutchings : Non, c’est le gouvernement de la France qui fera l’achat; si cela fonctionne, c’est le ministère des Armées de la France qui en fera l’achat, et le terrain sera réservé au nom du Canada.

Le sénateur Boisvenu : Aucun déboursé ne doit être effectué par le Canada?

M. Hutchings : Non; pas un sou, je crois.

Le sénateur Boisvenu : J’essaie de comprendre les avantages. Il n’y a eu aucun déboursé effectué par le gouvernement du Canada pour construire le site ni pour l’entretenir. L’un des avantages, donc, c’est d’inscrire ce monument au patrimoine canadien; c’est le premier avantage?

M. Hutchings : Oui. Le gouvernement français ne comprenait pas que c’étaient des citoyens qui avaient fait cela; il disait que c’était notre gouvernement. Mais non, ce n’est pas exactement cela. Il disait que notre gouverneur général est ici; oui, il est notre patron, mais ce n’est pas à lui de prendre la décision.

Le sénateur Boisvenu : Quel est l’autre avantage pour le Canada et la France dans le fait de reconnaître la cote 70 comme monument national?

M. Hutchings : Il y a beaucoup d’avantages. Nous avons été un pays allié pendant des centaines d’années; nous avons contribué à leur libération face à leur ennemi, et nous avons aidé à préserver leur démocratie. Ils sont bien au fait de cela — mieux que nous.

[Traduction]

Ils sont très reconnaissants de ce que le Canada a fait.

[Français]

Ils sont prêts à nous aider.

[Traduction]

Le sénateur Boisvenu : Quels sont les avantages concrets, pour le gouvernement canadien, de déclarer ce monument comme faisant partie du patrimoine national?

M. Hutchings : L’avantage est le même que pour le monument de Vimy.

Le sénateur Boisvenu : C’est-à-dire?

M. Hutchings : Eh bien, 750 000 touristes s’y rendent chaque année. On y voit des gens qui sont là, debout, et qui pleurent, subjugués par la charge émotive liée à ce qu’ils ont devant eux. On peut difficilement visiter ce cimetière sans être ému. Si vous avez l’occasion d’y aller, vous verrez certainement des gens qui visitent les lieux dans le plus grand silence. Ce sera pour eux une visite inoubliable.

Le sénateur Boisvenu : Je suis allé à Vimy une fois, et c’est un monument formidable. On y retrouve toute l’histoire de la Première Guerre mondiale.

[Français]

L’avantage est donc la commémoration de la mémoire canadienne.

M. Hutchings : Oui, ainsi que la collaboration entre les deux pays.

[Traduction]

Le sénateur Serge Joyal a écrit un bon livre — et on y parle de la bataille de la côte 70 — sur la contribution du Canada en France. Il se publie probablement deux ou trois livres sur le sujet chaque année. Ils se vendent très bien.

Un de nos ouvrages, qui a fait l’objet d’une évaluation par les pairs, s’est retrouvé trois fois sur la liste des meilleurs vendeurs sur Amazon. Il se vend toujours très bien. Nous avons publié cinq livres en tout. Cela suscite beaucoup d’intérêt.

L’ambassade de France, ici en ville, commémore ces événements chaque année et invite tous ceux que cela pourrait intéresser. Le gouvernement français souhaite poursuivre ces commémorations, étant donné que cela attire énormément de touristes chaque année. Cela a des retombées très concrètes. La Ville de Loos-en-Gohelle est ravie de voir arriver des autobus pleins de touristes qui fréquentent ses restaurants et séjournent à l’hôtel.

Le sénateur Boisvenu : C’est très près de Vimy, je pense.

M. Hutchings : C’est à huit miles.

Le sénateur Boisvenu : Je vous remercie beaucoup.

Le président : Y a-t-il d’autres questions ou observations pour le colonel avant que nous ne levions la séance?

Mark Hutchings, je tiens à vous remercier de servir le pays et de nous avoir parlé du projet commémoratif de la cote 70. Tout ce que je puis dire, c’est que j’espère que le projet se réalisera, et rapidement. J’espère que nous pourrons vous aider de toutes les manières possibles. Je vous remercie beaucoup.

(La séance est levée.)

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