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AEFA - Comité permanent

Affaires étrangères et commerce international


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU COMMERCE INTERNATIONAL

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mercredi 4 février 2026

Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd’hui, à 16 h 18 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement se rapportant aux relations étrangères et au commerce international en général.

Le sénateur Peter M. Boehm (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bonne année à tous. Je m’appelle Peter Boehm, je suis un sénateur de l’Ontario et je suis président du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international.

[Traduction]

J’aimerais demander aux membres du comité qui participent à la réunion d’aujourd’hui de se présenter.

Le sénateur Adler : Charles Adler, du Manitoba.

Le sénateur MacDonald : Michael MacDonald, du Cap‑Breton, en Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Ravalia : Bienvenue. Mohamed Ravalia, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Woo : Yuen Pau Woo, de la Colombie-Britannique.

La sénatrice Coyle : Mary Coyle, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Hébert : Martine Hébert, du Québec.

[Traduction]

Le président : Je souhaite la bienvenue à vous tous et à ceux qui nous regardent au pays sur ParlVU.

Afin d’assurer le bon déroulement des délibérations du comité, tous les participants doivent suivre certaines consignes. Veuillez consulter les cartes qui se trouvent sur les tables du comité afin de connaître les directives à suivre pour éviter les incidents liés à l’effet Larsen. Gardez votre oreillette éloignée des microphones en tout temps. Évitez de toucher les microphones. Leur activation et leur désactivation seront gérées par le pupitreur qui se trouve derrière moi. Ne manipulez pas votre oreillette lorsque le microphone est activé. Gardez-la sur votre oreille ou déposez‑la sur l’autocollant prévu à cet effet à chaque place. Je vous remercie de votre coopération.

Chers collègues, nous nous réunissons aujourd’hui, conformément à notre ordre de renvoi général, pour discuter de la question des Canadiens à l’étranger. C’est un sujet que le sénateur Woo avait gentiment proposé il y a quelque temps, l’année dernière, et nous donnons suite à sa suggestion aujourd’hui.

Je tiens à souligner que, depuis le début de la réunion, la sénatrice Deacon et le sénateur Al Zaibak, qui sont tous deux de l’Ontario, se sont joints à nous.

Nous avons aujourd’hui le plaisir d’accueillir des représentants d’Affaires mondiales Canada : Mme Kati Csaba, directrice générale à la Direction générale des affaires consulaires; et M. Sébastien Beaulieu, directeur général à la Direction générale des urgences internationales et des conseils aux voyageurs. Nous recevons également M. Michel Roussel, sous-directeur général des élections, Scrutins et innovation, au Bureau du directeur général des élections. Nous accueillons aussi des représentants de Statistique Canada : M. Julien Bérard-Chagnon et M. Laurent Martel, qui sont respectivement chef et directeur du Centre de démographie.

Avant que nous écoutions vos déclarations préliminaires, qui seront suivies d’une période de questions, je voudrais demander à toutes les personnes présentes de désactiver les notifications sur leurs appareils. Nous sommes maintenant prêts à commencer.

[Français]

Kati Csaba, directrice générale, Direction générale des affaires consulaires, Affaires mondiales Canada : Honorables sénateurs, je vous remercie de me donner l’occasion de vous parler aujourd’hui. Je tiens également à remercier le sénateur Woo et la Dre Lucia Kovaikova pour ce rapport réfléchi sur les Canadiens à l’étranger.

Je suis heureuse de vous expliquer comment nous venons en aide aux Canadiens lorsqu’ils ont besoin de nous — qu’ils voyagent pour une semaine ou qu’ils résident à l’étranger pendant des années.

Permettez-moi de commencer par expliquer le mandat d’Affaires mondiales Canada en matière d’assistance consulaire.

[Traduction]

L’assistance consulaire est l’aide que le Canada peut fournir à ses citoyens à l’étranger, conformément à la Convention de Vienne sur les relations consulaires. Elle est décrite dans la Charte des services consulaires du Canada. Notre mandat consiste notamment à conseiller et à renseigner les Canadiens sur la manière de voyager en toute sécurité et à leur offrir un soutien spécialisé, comme des services notariaux et des services de passeport. Il consiste aussi à les conseiller et à les soutenir dans certaines situations : urgences médicales, décès à l’étranger, arrestations, crimes violents, prises d’otages, etc. Il s’agit aussi de coordonner les interventions du Canada dans des situations de crise à l’étranger.

Il y a des limites bien définies à ce que nous faisons. L’assistance consulaire est fournie en vertu de la prérogative de la Couronne. Autrement dit, il n’existe aucun droit légal à l’assistance consulaire. Elle est offerte en vertu du pouvoir exécutif du ministre des Affaires étrangères. Sa prestation est restreinte par les lois du pays hôte. Notre rôle consiste à informer et à aider les Canadiens lorsqu’ils rencontrent des difficultés à l’étranger, mais la décision de voyager ou de résider à l’étranger est la leur. Les Canadiens demeurent responsables de leur propre sécurité et de leur propre préparation.

Au-delà de la prestation de services consulaires, rien dans le mandat consulaire ne prévoit de contacts avec la diaspora canadienne. Bien sûr, les représentants canadiens à l’étranger sont amenés à échanger avec des membres de la diaspora canadienne dans le cadre normal de leur travail diplomatique. Je l’ai moi-même fait au cours de ma carrière et je sais que mes collègues à Affaires mondiales Canada, ou AMC, font de même. Les membres de la diaspora peuvent offrir une mine de renseignements sur la situation locale, sur de principaux acteurs et sur la dynamique politique et économique.

Dans le cadre du soutien consulaire que nous offrons, par souci d’équité et de transparence, nous ne faisons aucune distinction entre les Canadiens de la diaspora et les résidents temporaires. Afin d’aider les Canadiens à prendre des décisions éclairées, nous offrons une multitude de renseignements à propos des services consulaires sur le site Web voyage.gc.ca, l’un des sites du gouvernement du Canada les plus consultés : il l’a été plus de 27 millions de fois l’année dernière. On y trouve des conseils propres à chaque pays, des conseils pratiques et des publications comme Bon voyage, mais... et l’Aide-mémoire pour un déménagement à l’étranger. De plus, nous encourageons les gens à utiliser le service d’Inscription des Canadiens à l’étranger afin qu’ils puissent recevoir des alertes et des consignes en temps opportun lorsque la situation locale change.

[Français]

Les renseignements disponibles sur notre site Web comprennent également de l’information générale et propre à chaque pays concernant la double citoyenneté, qui est le statut de nombreux Canadiens de la diaspora vivant à l’étranger.

Lors de crises, le gouvernement détermine s’il y a lieu d’offrir des départs assistés en se fondant sur une évaluation rigoureuse de la situation, tout en reconnaissant que les personnes demeurent ultimement responsables de leur propre sécurité.

Nous examinons notamment si des Canadiens font face à un danger grave et imminent, si l’infrastructure locale ou les services essentiels ne sont plus fonctionnels et si les options de transport commercial risquent d’être indisponibles.

[Traduction]

Dans un certain nombre de crises, nous avons aidé des Canadiens à partir. Depuis 2022, nous avons notamment aidé des Canadiens à quitter l’Ukraine, après l’invasion russe, ainsi que Israël, la Cisjordanie et Gaza, le Soudan, le Liban, Haïti, et nous l’avons fait pendant le conflit entre Israël et l’Iran en 2025. Nous avons collaboré avec des compagnies aériennes canadiennes pour aider des Canadiens à quitter la Jamaïque après le passage de l’ouragan Melissa en octobre dernier.

[Français]

Nous devons continuer de nous adapter à l’évolution des réalités mondiales et aux technologies émergentes. Tout en plaçant les besoins changeants des Canadiens au cœur de notre action, nous modernisons nos services consulaires en optimisant nos processus et en élargissant les services numériques afin que les clients puissent accéder plus rapidement à des renseignements exacts. Nous avons récemment renforcé nos outils numériques de collecte d’information et d’inscription et amélioré les processus de paiement en ligne liés au recouvrement des coûts, afin de soutenir une assistance plus rapide et plus efficace lors des crises.

[Traduction]

Nous saluons le travail de réflexion qui a présidé à l’élaboration du rapport et nous souscrivons à son objectif, qui est de permettre aux Canadiens qui se trouvent à l’étranger de bénéficier de services consulaires sûrs, clairs et fiables. Cependant, la mise en œuvre de bon nombre des recommandations qui dépassent le cadre de notre mandat consulaire entraînerait des coûts supplémentaires importants pour notre programme et nécessiterait de nouvelles orientations stratégiques et un financement durable. Conformément à l’examen approfondi des dépenses en cours, notre priorité est de fournir les services consulaires de base de la manière la plus efficace et la plus transparente possible, sans ajouter de nouveaux services destinés à un sous-groupe de clients consulaires.

Je vous remercie de votre attention. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.

Le président : Merci beaucoup.

Je tiens à signaler que le sénateur Duncan Wilson, de la Colombie-Britannique, s’est également joint à nous.

[Français]

Michel Roussel, sous-directeur général des élections, Scrutins et innovation, Bureau du directeur général des élections : Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole aujourd’hui devant le comité au sujet des Canadiens à l’étranger.

En guise d’introduction, je présenterai brièvement l’évolution des règles électorales spéciales qui s’appliquent à la diaspora canadienne et, ce faisant, j’attirerai votre attention sur certains aspects opérationnels clés de l’administration de ces règles par Élections Canada.

Depuis 1993, tout électeur canadien, y compris ceux qui résident ou voyagent à l’étranger, peut voter par bulletin spécial selon les règles électorales applicables à sa situation. Avant cette date, seuls les militaires et les diplomates pouvaient voter par bulletin spécial. En 1993, pour être admissible au vote par bulletin spécial depuis l’étranger, un électeur devait avoir résidé hors du Canada pendant moins de cinq ans et avoir l’intention de s’y installer de nouveau. Ces restrictions ont été levées en 2018 à la suite d’une décision de la Cour suprême.

Élections Canada tient un registre international des électeurs auxquels un bulletin de vote par correspondance est envoyé lors du déclenchement d’une élection fédérale. L’inscription à ce registre et toute mise à jour de celui-ci sont entièrement volontaires. Il n’existe pas de base de données officielle faisant autorité sur les Canadiens à l’étranger. Depuis sa création, le nombre de Canadiens inscrits à ce registre international a décuplé, passant de 10 000 à 101 000. La majeure partie de cette augmentation est survenue après la levée de la disposition des cinq ans en 2018, dont une augmentation de 46 000 lors de la dernière élection générale seulement. Ce sont des développements positifs.

[Traduction]

Il est essentiel que les Canadiens expatriés s’inscrivent au registre avant le déclenchement d’élections afin de recevoir leur trousse de vote peu après l’émission du décret d’élection. Il faut du temps pour que les trousses de vote parviennent aux électeurs qui sont à l’étranger, puis pour que leurs bulletins de vote soient renvoyés à l’administration centrale d’Élections Canada afin qu’ils soient pris en compte. Or, selon les circonstances d’une élection, entre 40 et 60 % des demandes des électeurs expatriés sont présentées pendant la période électorale, soit à un moment où il ne reste que quelques semaines pour que la demande franchisse toutes les étapes du processus.

Pour mettre les choses en perspective, il faut savoir que, lors de la dernière période électorale, en 2025, le taux de nouvelles inscriptions au Registre national des électeurs était de 4,5 %. Lors des dernières élections générales, 32 000 Canadiens expatriés ont fait une demande pour voter après la première semaine de la campagne électorale. Seuls 25 % d’entre eux ont renvoyé leur bulletin de vote à temps pour qu’il soit pris en compte. Le taux correspondant pour les personnes qui étaient déjà inscrites au registre international au moment du déclenchement des élections était de 73 %. En fin de compte, si l’on regarde la situation pour l’ensemble des demandeurs, 56 % des bulletins de vote envoyés aux électeurs expatriés lors des dernières élections ont été retournés dans les délais, 20 % sont arrivés en retard et 24 % n’ont jamais été retournés.

Je tiens à ajouter, monsieur le président, que rien de ce que j’ai dit n’enlève quoi que ce soit à la collaboration dont Élections Canada a bénéficié de la part d’Affaires mondiales Canada en ce qui concerne les électeurs canadiens qui vivent à l’étranger. La plupart des bureaux diplomatiques canadiens à l’étranger offrent un soutien logistique qui facilite le processus de vote par bulletin spécial pendant des élections générales fédérales.

Merci, monsieur le président. Je suis prêt à répondre à vos questions.

[Français]

Le président : Merci, monsieur Roussel. Monsieur Martel, vous avez la parole.

Laurent Martel, directeur, Centre de démographie, Statistique Canada : Mesdames et messieurs les honorables sénatrices et sénateurs, je tiens d’abord à vous remercier de nous offrir cette occasion de contribuer à vos travaux sur les Canadiens vivant à l’étranger.

Peu de sources de données sont disponibles sur le nombre de Canadiens qui résident à l’étranger. Les sources de données administratives comme celles d’Affaires mondiales Canada répondent à des besoins administratifs et celles des Nations unies ne portent que sur les Canadiens qui sont nés au Canada. Dans ce contexte, les nombres parfois présentés sont très différents.

Reconnaissant cette lacune en matière de données et considérant également l’intérêt de certains ministères fédéraux pour la diaspora canadienne, Statistique Canada a publié pour la première fois en 2022 une estimation du nombre de citoyens canadiens qui résident à l’étranger. Cette étude a été réalisée de façon ad hoc et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et Affaires mondiales Canada ont été consultés durant l’exercice.

Nos résultats suggèrent qu’environ 4 millions de citoyens canadiens résidaient à l’étranger en 2016. Environ la moitié de ces personnes seraient des citoyens par filiation, c’est-à-dire qu’elles sont nées à l’étranger de parents citoyens de qui elles ont obtenu la citoyenneté canadienne. Les citoyens de naissance nés au Canada formeraient environ le tiers de la diaspora, tandis que les citoyens naturalisés en représenteraient environ 15 %.

La diaspora canadienne serait composée d’un nombre assez similaire d’hommes et de femmes. La structure par âge serait légèrement plus âgée que celle de la population canadienne vivant au Canada. Afin de refléter l’incertitude associée à l’estimation du nombre de Canadiens vivant à l’étranger, plusieurs scénarios ont été produits dans notre étude.

Les utilisateurs devraient toujours considérer plusieurs scénarios. Ces scénarios varient, par exemple, en fonction des hypothèses de la transmission de la citoyenneté canadienne des parents aux enfants qui vivent à l’étranger.

L’estimation de la diaspora canadienne en l’absence de source directe est calculée à partir de méthodes d’analyse démographique complexes. Chaque événement démographique qui influence la taille et l’évolution de la diaspora canadienne, par exemple l’émigration de citoyens canadiens du Canada vers le reste du monde ou les décès de citoyens canadiens vivant dans d’autres pays, ces phénomènes ont été identifiés et modélisés à partir de plusieurs bases de données qui incluent les recensements, les estimations démographiques produites par Statistique Canada, les tables de mortalité et, dans certains cas, les statistiques des Nations unies.

Cette étude visait à estimer la taille de la diaspora canadienne, mais elle ne renseigne pas sur le nombre précis de Canadiens vivant dans les différents pays du monde. C’est une limite de l’étude. Statistique Canada est assez confiant des chiffres annoncés dans l’analyse. On a effectué quelques analyses de cohérence et les estimations obtenues affichent généralement un bon niveau de cohérence aux données d’autres sources lorsqu’elles sont comparables.

Je termine en mentionnant que Statistique Canada n’a pas l’intention de produire une mise à jour de cette étude. Évidemment, si des besoins sont exprimés en ce sens, Statistique Canada en tiendra compte. Je vous remercie de votre attention. Mon collègue Julien Bérard-Chagnon, l’auteur de cette étude, qui est assis à ma droite, et moi sommes disposés à répondre à vos questions.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Martel. Je souligne que le sénateur Harder, de l’Ontario, est maintenant parmi nous.

Chers collègues, j’aimerais vous rappeler que vous disposez de trois minutes chacun pour la première ronde des questions, y compris les questions et les réponses. Je demande aux sénateurs et aux témoins d’être concis. Nous pourrons toujours tenir une deuxième ronde, si le temps nous le permet.

[Traduction]

Le sénateur Woo : Si possible, j’aimerais vous poser à chacun quelques brèves questions auxquelles j’espère obtenir des réponses succinctes. Je m’adresserai d’abord aux représentants d’Affaires mondiales Canada. Vous avez clairement indiqué que les services consulaires ont pour mission d’aider les Canadiens qui sont mal pris, si je peux m’exprimer ainsi, à l’étranger, tandis que d’autres secteurs du ministère s’occupent davantage d’établir des relations.

Pouvez-vous nous dire exactement comment le reste du ministère est structuré lorsqu’il s’agit de mobiliser les Canadiens à l’étranger, de faire valoir leurs liens avec le Canada et de tirer parti de leur potentiel en tant qu’atouts pour le pays? Je sais que nous avons déjà eu un secrétaire parlementaire pour les Canadiens à l’étranger. Ce poste comportait-il une telle responsabilité, ou était-il également axé sur les services consulaires?

Mme Csaba : Je vous remercie de la question. Je vais essayer d’être brève moi aussi. Il est certain que de nombreux secteurs du ministère travaillent à établir de tels liens, notamment nos collègues chargés des relations bilatérales et ceux chargés des relations commerciales avec le pays. Nous savons à quel point la présence des Canadiens expatriés dans la communauté locale peut être précieuse. Chaque ambassadeur a pour mandat de nouer des liens avec la communauté de son pays et il choisit les moyens qui lui semblent les plus efficaces pour ce faire.

Il existe donc de multiples moyens de le faire, notamment par des activités sociales et différents types de rencontres. Lorsque des ministres ou de hauts fonctionnaires du Canada viennent en visite, c’est aussi une excellente occasion de nouer des contacts. Je ne dirais pas qu’il y a un service en particulier au sein du ministère qui est chargé de cette tâche, mais c’est quelque chose qui se fait naturellement de différentes façons.

Le sénateur Woo : On parle donc d’une démarche opportuniste et ponctuelle — et je ne le dis pas dans un sens négatif —, mais c’est essentiellement ainsi que l’on procède dans les différents postes.

Si vous le permettez, je poserais maintenant une question au représentant d’Élections Canada, et elle concerne également Affaires mondiales Canada. Le grand problème que vous rencontrez, c’est que les Canadiens à l’étranger s’inscrivent trop tard. Ils reçoivent leur trousse au milieu d’une élection et ils ne renvoient pas le tout à temps. Comment est assurée la coordination entre Élections Canada et le ministère, qui a accès à l’information par le registre... Je ne me souviens plus du terme que vous avez utilisé. Comment les choses sont-elles coordonnées pour que vous puissiez fournir des renseignements de façon continue aux électeurs potentiels à l’étranger afin qu’ils risquent moins de ne pas respecter les délais électoraux?

M. Roussel : Je vous remercie de la question, monsieur le président. En ce qui concerne notre collaboration avec Affaires mondiales Canada, je dirais que nous informons les Canadiens principalement par notre site Web. Avec le ministère, nous fournissons du matériel, de l’information, de la formation et des instructions au personnel consulaire à l’étranger afin qu’il puisse aider les Canadiens qui souhaitent s’inscrire et voter par bulletin spécial. Cela se passe notamment pendant la période électorale. Nos deux organisations ont conclu un protocole d’entente.

Le président : Merci beaucoup.

La sénatrice M. Deacon : Merci à tous d’être ici aujourd’hui. J’espère ne pas me tromper, mais une chose qui m’a surprise dans l’étude du sénateur Woo et le rapport statistique de 2022, c’est que nous avons peu de données exactes sur les Canadiens qui vivent à l’étranger. Je me demande si cela pose un problème particulier, brouille le tableau ou complique votre travail.

Vous avez parlé des élections. Je sais que vous l’avez fait, mais je vais d’abord vous demander quelle incidence le manque de données précises a sur votre travail, puis je donnerai la parole aux autres participants.

M. Roussel : Eh bien, la première chose que je peux vous dire, c’est que nous ne pouvons pas mesurer nos résultats par rapport à une cible. Il n’y a pas de cible. Quand je dis 101 000, cela peut être bon ou mauvais. Nous ne pouvons pas le savoir avec certitude.

La deuxième chose, c’est que la Loi électorale du Canada définit de manière précise qui a le droit de voter. Il ne s’agit pas seulement de voyageurs, mais aussi de personnes qui résident à l’étranger, et Affaires mondiales Canada s’occupe également des voyageurs. Cependant, il s’agit de personnes qui résident à l’étranger et qui ont déjà résidé au Canada. Ce sont donc les conditions à remplir pour avoir le droit de voter par bulletin spécial.

Autrement dit, les personnes qui s’inscrivent auprès du ministère lorsqu’elles voyagent ne constituent pas ipso facto notre cible. C’est pourquoi il faut peut-être être prudent. On invite des gens à s’inscrire et à voter, mais, en réalité, les règles ne s’appliquent pas à leur situation.

La sénatrice M. Deacon : Merci. Quelqu’un d’autre veut intervenir?

M. Martel : Je peux seulement confirmer qu’il n’existe aucune base de données sur le nombre de citoyens canadiens qui vivent à l’étranger, du moins à ma connaissance. Un certain nombre de bases de données administratives existent, mais elles sont remplies sur une base volontaire. Voilà pourquoi il y a une différence aussi importante, par exemple, entre les données d’Élections Canada et les résultats de notre étude à Statistique Canada — c’est qu’à Élections Canada, l’inscription à une telle base de données n’est pas obligatoire.

Nos estimations sont basées sur des méthodes démographiques et elles tiennent compte des immigrants qui ont quitté le pays depuis 1921. Il y a donc un effet cumulatif, ce qui donne un nombre potentiel de 4 millions de Canadiens vivant à l’étranger. C’est très différent par rapport à d’autres sources de données administratives actuelles.

Le président : Merci. J’ai deux petites annonces à faire, l’une plus importante que l’autre. Tout d’abord, la sénatrice Gerba, du Québec, s’est jointe à nous. La seconde annonce est d’ordre technique. Vos microphones s’allumeront automatiquement. Si vous appuyez sur le bouton, vous les éteindrez. Faites confiance à notre équipe technique. Tout ira bien.

Le sénateur Ravalia : Je vous remercie tous de votre présence.

Affaires mondiales Canada a-t-il envisagé de créer des bassins de talents en mettant en relation des collègues canadiens qualifiés à l’étranger avec des professionnels locaux et en offrant des occasions, en particulier pour des programmes visant à attirer des cerveaux? Je pense notamment aux domaines de la santé, de l’intelligence artificielle, de l’ingénierie et à d’autres qui pourraient certainement avoir une incidence positive sur notre pays.

Mme Csaba : Il n’existe aucun programme qui nous oblige précisément à chercher délibérément à établir de tels liens.

Il est certain qu’inciter des citoyens d’autres pays à venir s’installer au Canada relève en grande partie du mandat d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ou IRCC, qui dispose bien sûr de divers programmes pour attirer des talents locaux. Or, je dirais qu’il s’agit en quelque sorte d’un processus naturel. Par exemple, les entreprises canadiennes qui cherchent à nouer des liens ou à faire du commerce avec un autre pays, à investir dans un autre pays, apprendront, de par la nature de leur travail, à connaître les experts des domaines dans lesquels elles travaillent et elles établiront des liens qui pourraient par la suite amener certaines de ces personnes à émigrer au Canada.

Le sénateur Ravalia : Merci. Pourriez-vous collaborer à une telle initiative visant à attirer des gens ici, en utilisant notre diaspora comme catalyseur?

Mme Csaba : Cela demanderait un certain travail et une certaine organisation. Ce n’est pas que nous ne pourrions pas le faire. C’est que je pense qu’il nous faudrait un mandat stratégique clair selon lequel il s’agirait d’une priorité pour Affaires mondiales Canada d’entreprendre un tel travail, compte tenu des pressions financières et de la nécessité d’établir des priorités autant que possible.

Le sénateur Ravalia : Monsieur Beaulieu, souhaitez-vous intervenir?

Sébastien Beaulieu, directeur général, Direction générale des urgences internationales et des conseils aux voyageurs, Affaires mondiales Canada : Par la promotion de l’éducation au Canada et du recrutement pour les universités et les établissements d’enseignement supérieur canadiens, Affaires mondiales Canada et son réseau de missions jouent un rôle central dans la promotion de tels liens et de tels échanges qui sont souvent bilatéraux, ainsi que les partenariats universitaires.

La sénatrice Coyle : Merci à tous nos témoins de leur présence.

Nous avons deux témoins qui, à ma connaissance, sont d’anciens ambassadeurs. Je sais que nous essayons de sortir un peu des sentiers battus. En tant qu’ambassadeurs, on se trouve toujours hors des sentiers battus. Grâce à ces expériences, on peut probablement entrevoir certaines possibilités, même s’il n’y a pas pour l’instant de mandat clair ni de ressources pour assumer un tel mandat. Deux d’entre vous à cette table sont d’anciens ambassadeurs. Forts de cette expérience, vous participez à de nombreuses rencontres, entre autres.

Existe-t-il des moyens peu coûteux et hautement efficaces que nos services diplomatiques — les ambassadeurs et leurs équipes — pourraient mettre en œuvre pour mieux tirer parti de la diaspora canadienne dans ces pays? Je pense que c’est ce dont nous voulons parler.

M. Beaulieu : Un effort conscient est déployé à l’échelle de notre réseau de missions. Notre travail consiste à établir des réseaux et à mettre en relation des personnes, des entreprises, des ONG et des institutions en vue de créer des relations réciproques qui favorisent les échanges de personnes, de talents et de renseignements, ainsi que les affaires et le commerce. Nous existons essentiellement pour réunir les intervenants et favoriser la création de ces liens.

Cela peut aller de la visite d’un premier ministre, où nous réunissons des interlocuteurs et des partenaires triés sur le volet, à la visite très ciblée d’une entreprise canadienne à la recherche d’un partenaire pour un projet précis. Les possibilités sont extrêmement variées. Je pense qu’il serait injuste de dire qu’il n’y a pas de stratégie. Notre existence et notre fonctionnement sont axés sur ces types d’activités.

La sénatrice Coyle : Qu’en est-il de la diaspora canadienne sur le terrain?

M. Beaulieu : Nous nous adressons d’abord aux membres de la diaspora canadienne, car ils connaissent le Canada et ils connaissent le pays d’accueil. Ils parlent les deux langues ou toutes les langues des deux pays. Ils sont engagés et ont de l’expérience dans deux pays et ils souhaitent jeter des ponts et favoriser cette relation, que ce soit au niveau micro ou macro politique.

L’étude parle de la mise en valeur de la diaspora. C’est ce que nous faisons quotidiennement partout dans le monde.

Mme Csaba : Je peux peut-être donner un autre exemple. Lorsqu’un ministre canadien du Commerce arrive avec une délégation commerciale, par exemple, l’ambassade organise habituellement une réunion avec des membres de la communauté commerciale locale, dont un grand nombre sont des Canadiens de la diaspora, afin de donner à la délégation une idée précise de la façon de mener des affaires dans le pays en question. On parlera des contraintes et des éléments à prendre en compte dans la planification d’une future relation commerciale avec le pays d’accueil.

Nous nous appuyons grandement sur cette expertise et, comme vous le dîtes, c’est un moyen peu coûteux et très efficace de nous assurer que nous obtenons ces renseignements et que nous les diffusons.

Le président : Je vous remercie beaucoup. Je deviens très nostalgique.

Le sénateur Al Zaibak : Je remercie les témoins de leur excellent travail dans la fonction publique et de leur présence ici aujourd’hui. Je tiens tout particulièrement à exprimer ma gratitude personnelle au directeur général et ancien ambassadeur, M. Beaulieu, pour son service diplomatique dans le monde arabe et pour son soutien à la communauté d’affaires syrienne en diaspora au moment où ce soutien était le plus nécessaire. Vous êtes ici pour représenter le gouvernement canadien, et je vous remercie infiniment.

J’aimerais vous poser ma première question. J’aimerais savoir s’il est nécessaire de mettre en place un mécanisme fédéral centralisé, comme un ministère, par exemple, pour coordonner les politiques relatives à la diaspora entre les différents ministères. Comment le Parlement pourrait-il soutenir une telle coordination sans créer un chevauchement dans les mandats existants?

M. Beaulieu : Cette question dépasse mes compétences à titre de directeur général de la gestion des urgences.

Le sénateur Al Zaibak : N’importe lequel de vos collègues peut y répondre.

M. Beaulieu : Je vous remercie pour le compliment. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a 10 ans, c’était pour discuter de la manière de travailler avec la diaspora syrienne. Je vous remercie donc d’avoir soulevé cette question.

Le sénateur Al Zaibak : J’ai été témoin de ces efforts et j’ai vécu personnellement cette expérience. Je vous remercie encore une fois.

M. Beaulieu : La création de mécanismes à l’échelle du gouvernement représente une tâche et un engagement considérables. Avant de nous lancer dans une telle démarche, nous devons examiner comment ces choses fonctionnent concrètement. Je pense que l’étude dont nous discutons aujourd’hui peut nous aider à cet égard, car elle permet d’entamer une discussion sur ce qui fonctionne et sur la manière dont les services sont offerts aux Canadiens à l’étranger dans divers contextes, par exemple un contexte électoral ou diplomatique, ou sur la façon de mieux comprendre la taille des diasporas un peu partout dans le monde.

Le sénateur Harder : Permettez-moi de me sentir un peu nostalgique. Ma question s’adresse aux représentants d’Affaires mondiales Canada.

Cette étude soulève une certaine question. En effet, même si nous respectons et honorons la créativité et les efforts individuels déployés dans de nombreuses missions, il me semble que cela dépend de l’énergie de l’ambassadeur et de la synergie qu’il crée avec les communautés et dont on peut ensuite tirer parti. Je pense, par exemple, aux visites des recteurs d’université pour voir leurs anciens élèves, au recrutement d’étudiants ou aux visites provinciales qui ont des liens plus ciblés. Ce sont toutes des choses positives.

J’aimerais cependant savoir s’il y a plus en jeu que l’énergie ou l’enthousiasme d’un certain ambassadeur qui pourrait s’estomper avec la nomination suivante. Existe-t-il des moyens de rendre ce processus moins opportuniste et personnel et plus pragmatique et institutionnel — je comprends que je vous demande de dépasser la portée de votre mandat —, c’est-à-dire des moyens sur lesquels nous devrions nous pencher dans le cadre de nos réflexions sur ce travail? Est-ce utopique ou devrions-nous encourager un certain renforcement des capacités?

M. Beaulieu : Je pense que nous sous-estimons peut-être les outils institutionnels à notre disposition. Il y a manifestement le leadership des ambassadeurs, qui est essentiel, mais nous disposons également d’une série de comptes sur les réseaux sociaux en français, en anglais et très souvent dans la langue locale. Ce sont tous des outils institutionnels intentionnels dont nous disposons — et dont disposent l’ambassadeur, l’ensemble de l’ambassade, l’ensemble du gouvernement du Canada et Affaires mondiales en particulier — pour diffuser nos messages, mettre les gens en relation, promouvoir des initiatives qui créent des liens entre nos deux pays et promouvoir la diffusion de renseignements sur l’inscription pour voter aux élections. Pour vous donner un exemple très précis, notre réseau de médias sociaux encourage l’inscription avant les élections canadiennes.

Nous disposons donc d’une gamme d’outils institutionnels qui ne se limitent pas aux admissions, mais qui couvrent également l’administration centrale d’Affaires mondiales, par l’entremise de bureaux thématiques, qu’il s’agisse du commerce, de l’éducation ou de nos relations bilatérales en général. Cela s’ajoute aux réseaux que nous maintenons avec les autres ministères fédéraux qui ont des mandats et des intérêts à l’étranger.

Il s’agit donc d’un énorme appareil qui est visiblement représenté par un ambassadeur à l’étranger, mais qui se fonde sur un effort concerté et les mécanismes qui sont à notre disposition.

[Français]

La sénatrice Gerba : Bienvenue au comité à tous les témoins. Je voulais surtout remercier l’ambassadrice Csaba pour tout le travail qu’elle a fait sur le continent africain quand elle a été en poste au Ghana. Elle nous a bien reçus dans le cadre de l’Association parlementaire Canada-Afrique. J’ai vu comment elle est capable de mobiliser la diaspora; c’est exactement ce que l’on comprend du rôle des ambassadeurs et de nos hauts‑commissaires dans les pays où ils sont en poste.

Voici ma question. En dehors de ces relations concrètes sur place, quand on est déjà dans le pays, y a-t-il un programme structuré dans le cadre d’Affaires mondiales Canada qui permet vraiment de savoir ce que ces gens produisent là où ils sont basés, par secteur d’activité, par compétence, par savoir-faire ou par produit? Y a-t-il un mécanisme de consultation qui permet de les connaître comme il faut?

Mme Csaba : Merci, madame la sénatrice, et merci pour les compliments.

Je ne peux pas dire qu’il y a un programme structuré à Affaires mondiales Canada qui livre tous ces résultats que vous venez de mentionner. Toutefois, c’est sûr que, par l’entremise de notre service de commerce, il existe des statistiques très détaillées en ce qui a trait aux liens qu’ils nouent avec les commerces locaux, mais cela ne veut pas nécessairement dire que cela se fait avec les membres de la diaspora. En même temps, nous faisons beaucoup d’activités sur place, mais il n’y a pas un seul programme structuré qui mène à tout cela.

Par l’entremise des nombreux programmes qui sont offerts dans les ambassades, nous conservons des statistiques, mais seulement par secteur d’activité. Nous avons des statistiques très détaillées pour le programme consulaire, d’autres pour le commerce, mais il n’y a pas de mécanisme unique qui rassemble tout cela.

La sénatrice Gerba : Si vous aviez à recommander quelque chose dans ce sens, que pourriez-vous nous recommander pour que l’on connaisse mieux notre diaspora?

Mme Csaba : C’est une question vaste, et je n’ai pas de bonne réponse à vous fournir. Mon collègue M. Beaulieu pourrait peut-être essayer.

M. Beaulieu : Un élément de la question — j’évite de la retourner — pourrait être le suivant : dans quelle mesure les Canadiens qui nous donnent ces renseignements voudraient-ils qu’on les diffuse? Selon mon mandat, qui touche l’inscription des Canadiens à l’étranger, on demande cette information pour venir en aide aux Canadiens en cas de besoin. Conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels, je n’ai aucun mandat pour faire partager cette information au-delà de la raison pour laquelle elle a été recueillie. Toutes sortes d’enjeux sont soulevés. Quelqu’un qui veut faire des affaires avec le Canada donne son information aux agents de commerce —

La sénatrice Gerba : Commerciaux, par exemple.

M. Beaulieu : Oui, mais pour les délégués commerciaux, cela comporte des informations commerciales confidentielles; il y a des contacts, des éléments qui ne peuvent pas être partagés à travers leur réseau et qui pourraient peut-être nuire à l’avantage comparatif d’un Canadien ou d’une entreprise canadienne ou pourraient permettre de divulguer des informations de Canadiens de la diaspora ou à l’étranger.

Le président : Merci beaucoup.

[Traduction]

Le sénateur Adler : Monsieur Roussel, dans les années 1990, j’ai travaillé à l’étranger, même si travailler aux États-Unis me donnait plutôt l’impression d’être dans un autre quartier, et non à l’étranger. Je savais quand il y avait des élections, mais j’en ai manqué plusieurs. Ma position éthique était que ces élections me concernaient moins. Je comprends qu’à titre de Canadien, j’avais le droit de voter, mais je ne pensais pas devoir voter à une élection à moins de vivre dans le pays concerné. C’était simplement mon impression.

Au cours des nombreuses années pendant lesquelles j’ai œuvré dans les médias dans les deux pays, je n’ai jamais reçu une seule plainte d’une personne qui n’avait pas pu voter ou qui avait des difficultés à voter à l’étranger. J’ai animé des émissions informelles où les gens se plaignaient de tout et de rien, et j’ai donc entendu des centaines de milliers de plaintes, mais aucune à ce sujet. J’aimerais élargir mes horizons et vous demander si vous recevez de nombreuses plaintes à ce sujet.

M. Roussel : Pendant les élections, nous recevons des plaintes de Canadiens qui voulaient voter, mais qui n’ont pas pu le faire, ainsi que de Canadiens qui vivent à l’étranger. Par exemple, lors des dernières élections, nous avons reçu près de 200 plaintes concernant leur expérience avec Élections Canada, car ces personnes n’ont tout simplement pas pu voter. Elles disent avoir reçu leur trousse de vote trop tard pour pouvoir voter à l’étranger. On parle donc d’environ 200 plaintes.

Si, par l’entremise de votre question, vous voulez savoir si de nombreux Canadiens à l’étranger réclament à cor et à cri le droit de vote et nous demandent d’améliorer la situation à cet égard, je n’ai pas les chiffres nécessaires pour prouver que c’est le cas, mais cela revient peut-être à votre commentaire sur l’attachement que les Canadiens ressentent pour leur pays.

Il est possible que le chiffre de 100 000 que j’ai cité reflète le fait que les Canadiens qui résident habituellement à l’étranger peuvent, avec le temps, se sentir moins attachés à leur pays ou ressentir ce que vous nous avez expliqué avoir ressenti lorsque vous étiez aux États-Unis.

Le sénateur Adler : Lors des occasions où je n’ai pas voté, je n’ai jamais eu l’impression de me sentir moins lié ou attaché à mon pays, car à mes yeux, cet attachement est intemporel et sans limite. J’avais simplement l’impression que le vote concernait les gens qui vivaient dans le pays à ce moment-là.

M. Roussel : Je vous remercie.

Le président : Je vous remercie beaucoup. C’est ce qui met fin à la première série de questions. Comme c’est parfois le cas, j’aimerais, moi aussi, poser une question.

Il y a environ 25 ans, nous avons tenté de lancer, à partir de notre ambassade à Washington, un programme visant la diaspora canadienne, afin de diffuser des renseignements à jour et de corriger la désinformation sur les événements du 11 septembre 2001, et en particulier sur l’existence ou non d’un lien avec le Canada. Un tel lien n’existait pas, mais des médias et des politiciens affirmaient le contraire.

Nous avons tenté d’envoyer des messages simples aux Canadiens, y compris aux Canadiens imminents enregistrés aux États-Unis. Bien entendu, ils sont nombreux, car il s’agit de notre plus grande communauté de la diaspora. Cet effort a produit des résultats mitigés, car le Web n’était évidemment pas aussi sophistiqué qu’aujourd’hui et les médias sociaux en étaient encore à leurs balbutiements. Nous tentions donc de trouver des moyens de diffuser nos messages.

Nous nous trouvons actuellement dans une situation semblable, car nous voulons faire savoir que le Canada est un bon voisin, qu’il n’est pas en train d’être envahi par la Chine, que le hockey reste un sport sacré, etc. Envisage-t-on d’envoyer, d’une manière ou d’une autre, des messages aux Canadiens qui vivent à l’étranger tout en s’assurant de ne contrevenir à aucune règle en matière de confidentialité? Ou cela dépasse-t-il un peu votre domaine de compétence?

Mme Csaba : Je ne suis pas certaine d’avoir bien compris la fin de votre question.

Le président : Je vous demande si on envisage, au sein d’Affaires mondiales Canada, d’envoyer des messages aux Canadiens de la diaspora.

Mme Csaba : Parlez-vous de messages qui s’adresseraient expressément à la diaspora canadienne?

Le président : Oui, je parle de messages qui s’adresseraient expressément à la diaspora canadienne aux États-Unis.

Mme Csaba : Je ne pense pas que ce soit le cas. Nous préparons habituellement des trousses qui seront utilisées pour communiquer, dans le cadre des missions à l’étranger, des renseignements sur toute une série de sujets et qui visent notamment, dans de nombreux cas, à corriger la désinformation sur divers sujets. Il arrive que des trousses spécialisées soient envoyées dans le cadre de certaines missions précises.

Je n’ai pas connaissance de messages ciblant les Canadiens qui résident aux États-Unis, mais, bien entendu, nous diffusons de nombreux messages aux Canadiens et ces gens pourront facilement les voir s’ils suivent les médias sociaux.

Le président : Je vous remercie.

Le sénateur Wilson : Depuis que j’ai quitté mon ancien poste, je ne voyage plus autant à l’étranger, et veuillez m’excuser si ma question est un peu tactique. J’aimerais savoir si nous déployons des efforts en matière de communication aux points de sortie du Canada, par exemple dans les aéroports ou à la frontière, pour encourager les gens à s’inscrire. Dans le cas contraire, est-ce une initiative qui pourrait être envisagée?

Mme Csaba : Nous menons de temps à autre diverses campagnes pour sensibiliser les Canadiens. Par exemple, nous envoyons des gens dans les aéroports pour mener des sondages dans lesquels ils demandent aux voyageurs s’ils connaissent le site Web voyage.gc.ca ou s’ils ont pensé à s’inscrire à titre de Canadiens à l’étranger. Nous diffusons également ces renseignements sur les réseaux sociaux. Nous devons utiliser nos ressources de manière stratégique pour diffuser ces messages à l’étranger, car nous ne pouvons pas envoyer des gens dans tous les aéroports tous les jours de l’année pour diffuser ces renseignements.

Le sénateur Wilson : À titre de suivi, je ne pensais pas tant au personnel qu’aux efforts en matière de communication, c’est‑à‑dire que cela se ferait automatiquement dans le système. Par exemple, on pourrait demander aux gens qui quittent le pays s’ils sont Canadiens, et si c’est le cas, les encourager à prendre un dépliant ou une autre publication s’ils vivent à l’étranger.

Mme Csaba : Nous avions autrefois une publication de ce type sous la forme d’un livret. Chaque fois qu’on demandait un nouveau passeport, on recevait un livret contenant des renseignements utiles. Comme de moins en moins de gens utilisent les documents imprimés, la tendance est désormais de tout mettre en ligne. Notre site Web consacré aux voyages est très complet et aborde un large éventail de questions, y compris toutes sortes de questions utiles pour les Canadiens qui envisagent de vivre à l’étranger ou qui voyagent simplement à l’étranger.

M. Beaulieu : Le fait que plus de 30 millions de Canadiens visitent le site Web voyage.gc.ca chaque année laisse croire que nos communications sont efficaces. Il s’agit visiblement de l’un des sites Web les plus populaires du gouvernement du Canada, ce qui signifie que les gens l’utilisent, qu’ils sont informés et qu’ils choisissent de s’inscrire ou non pour diverses raisons, mais au bout du compte, ils ont accès aux renseignements nécessaires.

Le président : Je vous remercie. Trois sénateurs souhaitent poser des questions, et il nous reste environ cinq minutes. Je propose que les sénateurs posent leurs questions à tour de rôle, puis nous demanderons au groupe d’experts de répondre à l’ensemble des questions.

La sénatrice Coyle : Monsieur Roussel, je présume qu’une grande partie des personnes qui votent à l’étranger le font depuis les États-Unis, car c’est là que se trouve notre plus grande diaspora, mais j’aimerais connaître la répartition générale si vous disposez de données sur la répartition à l’extérieur des États-Unis.

Le président : Je vous remercie. Nous avons ajouté un autre sénateur à la liste des intervenants.

Le sénateur Al Zaibak : Ma question s’adresse également à M. Roussel. Nous sommes sur le point d’examiner le projet de loi S-222, qui propose d’abaisser l’âge du droit de vote à 16 ans. J’aimerais connaître votre avis, le cas échéant, sur le fardeau supplémentaire, sur les avantages et sur les conséquences de l’adoption d’un tel projet de loi. Je vous remercie.

[Français]

La sénatrice Gerba : Le gouvernement du Canada veut doubler ses exportations à l’extérieur des États-Unis et on sait à quel point les diasporas sont importantes. La diaspora canadienne en Afrique, par exemple, est un pont essentiel.

Est-ce que vous avez un mécanisme d’échange qui pourrait aider le gouvernement canadien à utiliser cette diaspora comme un levier ou comme des champions par rapport à ce qu’ils font déjà sur place, pour aider le gouvernement à doubler ses exportations?

[Traduction]

Le sénateur Woo : Je vais transformer ma question en commentaire pour gagner du temps.

J’aimerais demander à Statistique Canada de continuer à répéter son étude. Quatre millions, c’est un nombre très élevé. C’est plus que la population de la plupart des provinces canadiennes. Les Canadiens à l’étranger ont tous les droits des Canadiens — le droit absolu de revenir au pays et le droit de vote, évidemment —, et si nous ne disposons pas de renseignements précis sur ce segment de notre population, nous passons à côté de toute une série d’enjeux en matière de politiques publiques.

M. Roussel : Le rapport commandé par l’Université McGill contient un tableau qui présente la répartition des Canadiens dans le monde. Je peux dire que le nombre d’électeurs correspond à cette répartition en pourcentage, à une exception près, je dois dire. En effet, Hong Kong occupe le deuxième rang en ce qui concerne la diaspora canadienne. Par contre, ce qui concerne les électeurs, elle occupe un rang un peu moins élevé. La Grande-Bretagne, l’Australie, l’Allemagne et la Corée du Sud sont les pays où nous avons le plus grand nombre d’électeurs lors des élections.

En ce qui concerne l’abaissement de l’âge du droit de vote à 16 ans, Élections Canada n’a émis ni avis ni recommandation à ce sujet. Le directeur général des élections, si on lui pose la question, pourra donner son avis à ce sujet. D’un point de vue opérationnel, ce n’est pas une question que nous avons étudiée, et je ne peux donc pas vous donner de réponse éclairée.

[Français]

M. Beaulieu : Nos missions et nos ambassades à travers le monde — l’Afrique ne fait pas exception — sont bien au fait des priorités du gouvernement et du ministère par rapport à la promotion des liens, notamment de la diversification des échanges avec des stratégies de communication et de mobilisation comprenant des visites sectorielles de haut niveau et le soutien à différentes organisations. On est en train de mobiliser tous les efforts et toutes les forces vives, y compris les diasporas en Afrique, pour soutenir les relations et favoriser le renforcement des échanges entre le Canada et le reste du monde.

[Traduction]

M. Martel : Je tiens à vous exprimer ma gratitude d’avoir dit que nous pouvions actualiser cette étude. Je pense que ce serait pertinent, parce que comme tout le monde le sait, la population canadienne a augmenté rapidement ces dernières années et qu’il y a des raisons de croire que la diaspora canadienne augmente aussi. Nos chiffres datent de 2016, alors c’est clair que nous pourrions profiter d’une mise à jour portant sur des périodes plus récentes.

Le président : Merci. C’est ce qui marque la fin des témoignages de ce groupe.

Au nom du comité, je tiens à remercier les témoins de nous avoir éclairés avec leurs témoignages aujourd’hui. Vous nous avez donné beaucoup de matière à réflexion. Je vous remercie, monsieur Roussel, madame Csaba, monsieur Beaulieu, monsieur Martel et monsieur Bérard-Chagnon.

Chers collègues, nous sommes prêts à entendre le deuxième groupe de témoins. Nous accueillons, par vidéoconférence, Jeff Nankivell, président et chef de la direction de la Fondation Asie Pacifique du Canada; et Richard Nimijean, professeur agrégé, filière d’enseignement, Université Carleton ici à Ottawa, à titre personnel; de même que, dans la salle, Steven Wang, président‑directeur général de Venture for Canada. Bienvenue à tous. Nous sommes prêts à entendre vos déclarations liminaires.

Monsieur Nankivell, la parole est à vous.

Jeff Nankivell, président et chef de la direction, Fondation Asie Pacifique du Canada : Monsieur le président, je vous remercie de me donner l’occasion de vous parler de la Fondation Asie Pacifique du Canada et de contributions clés qu’elle a faites par le passé, comme vous le verrez dans les citations d’un document de recherche de McGill que je vous ai fourni à titre de référence. Je tiens d’ailleurs à souligner le travail de mes collègues à la fondation Kenny Zhang, Don DeVoretz et de l’ancien PDG Yuen Pau Woo.

Un enseignement clé tiré de tout le travail de recherche que nous avons mené, c’est que les Canadiens à l’étranger, si on les amène adéquatement à s’engager, peuvent jouer un rôle précieux pour défendre les intérêts canadiens et, au bout du compte, soutenir la prospérité du Canada et ses liens avec le monde. J’appuie cette déclaration et le fait que les diplômés étrangers ayant fait des études au Canada doivent être mis à profit, car ils sont une ressource sous-exploitée pour le Canada.

À une époque où le Canada a un besoin urgent de tisser des amitiés et des liens de par le monde, il faut bâtir et tirer profit de ces réseaux de manière prioritaire.

Il n’est pas question ici d’exploitation, mais d’avantages mutuels pour les Canadiens et surtout les diplômés d’études menées au Canada vivant à l’étranger. Tout ce qui rehausse la marque canadienne améliore leur propre image de marque. Leurs intérêts et ceux du Canada s’harmonisent parfaitement, ce qui en fait des alliés puissants.

Nous avons appris que les universités et les collèges veulent travailler avec eux pour promouvoir leurs propres intérêts institutionnels et trouver de futurs donateurs. Sachant cela, en 2021, nous avons approché Universités Canada avec l’idée d’établir une activité de grande envergure récurrente en Asie où les universités inviteraient leurs diplômés. Cet événement formerait une masse critique qui attirerait les dirigeants des secteurs public et privé du Canada, leurs partenaires et leurs partenaires potentiels en Asie, des représentants des organismes gouvernementaux fédéraux et provinciaux, des chefs de file dans les écosystèmes de recherche au Canada et en Asie, des dirigeants de chambres de commerce canadiennes de la région ainsi que les responsables d’autres organisations et entreprises.

Je suis donc ici aujourd’hui à Singapour, assez tôt le matin. Je suis arrivé hier avant notre quatrième Conférence annuelle Canada-en-Asie. Cette initiative excède de loin toutes nos attentes.

Avec l’appui du gouvernement du Canada et de nombreux partenaires des secteurs public et privé, cet événement phare a attiré l’an dernier plus de 730 invités. La majorité d’entre eux oeuvrait dans le secteur privé, et les deux tiers venaient de l’Asie et un tiers du Canada. Cette conférence et les nombreuses activités connexes sont maintenant connues pour durer une semaine à Singapour tous les mois de février. Des Canadiens et des acteurs de partout en Asie ainsi que des représentants d’institutions et d’entreprises de partout au Canada prévoient de plus en plus d’y participer et ajoutent ces dates à leur calendrier.

Au cœur de ces conférences se trouvent ces personnes bien situées et connectées au Canada qui peuvent de façon unique transmettre dans toute la région un tout nouveau discours sur ce que le Canada et les Canadiens ont à offrir à titre de partenaires pour le commerce, l’investissement, la coopération institutionnelle et la collaboration en recherche et innovation.

J’espère sincèrement que vous allez me demander de vous en dire plus sur cette initiative qui connaît du succès. C’est un modèle que nous serions ravis de reproduire pour promouvoir les intérêts canadiens dans d’autres régions du monde.

D’après ma propre expérience de carrière — 17 ans dans des postes diplomatiques en Asie —, permettez-moi aussi de vous parler d’un enseignement clé que j’ai tiré lorsque j’étais consul général du Canada à Hong Kong durant cinq ans, de 2016 à 2021; je serai très heureux de pouvoir le faire.

Je dirais qu’il est drôlement difficile de déterminer le nombre de Canadiens qui résident à long terme dans des endroits comme Hong Kong, où une grande partie des gens possèdent une double citoyenneté, mais ils vivent comme des gens locaux au quotidien et sont peu susceptibles de signaler ce statut dans des sondages aléatoires sur les ménages. Et quand des citoyens canadiens ayant une double citoyenneté quittent le Canada pour aller vivre dans des endroits comme Hong Kong comme résidants ou citoyens, aucun gouvernement n’a de moyen fiable de connaître leur nombre.

Selon ma propre expérience, quand il a fallu appuyer le départ potentiel de nombreux Canadiens pris dans la tourmente à Hong Kong en 2019, nous n’avions pas la capacité de vérifier à nouveau le chiffre de 300 000 Canadiens venant des estimations de notre fondation au Canada effectuées en 2010, car il devenait impossible politiquement de mener des sondages par téléphone précis. Le meilleur indicateur que nous avions, c’était les tendances dans le volume de transactions consulaires qui nous amenaient à dire que les chiffres de 2010 étaient sans doute les mêmes ou étaient supérieurs en 2019. Je serai ravi de vous en dire plus là-dessus.

Enfin, concernant les recommandations du document de recherche de McGill, je suis d’accord que la stratégie du gouvernement fédéral doit comprendre un programme soutenu et proactif d’événements qui ont bel et bien lieu, de même que des communications dans les médias, y compris les médias sociaux, adaptées aux différents marchés.

Je répondrai avec plaisir à vos questions dans l’une ou l’autre des langues officielles.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Nankivell, d’être parmi nous au petit matin à Singapour.

Monsieur Nimijean, je crois comprendre que vous témoignez depuis la Suisse, donc il est tard pour vous. Merci de vous joindre à nous. La parole est à vous.

Richard Nimijean, professeur agrégé, filière d’enseignement, Université Carleton, à titre personnel : Bonsoir. Merci de l’invitation, je suis honoré de témoigner devant votre comité ce soir depuis mon domicile, situé tout près de Bâle, en Suisse.

Le sujet d’aujourd’hui m’intéresse vivement sur les plans personnel et professionnel. Je suis politologue de l’École des études canadiennes de l’Université Carleton à Ottawa, et mon travail concerne la politique de l’image de marque canadienne et de l’identité nationale; le Canada et les enjeux mondiaux, dont les relations Canada-États-Unis; ainsi que la façon dont nous voyons le Canada et la discipline des études canadiennes. Mais depuis 10 ans, je suis aussi un époux qui a déménagé en Suisse en 2015, puis à Washington, D.C. en 2023, avant de revenir en Suisse le mois dernier seulement.

J’ai dû repenser à la façon de faire mon travail d’enseignement sur le Canada depuis l’étranger pour mes étudiants et à la façon de mener mes recherches sur le Canada. Cela m’a amené à repenser à ce que cela signifie d’être Canadiens et à la manière dont les Canadiens restent en contact avec leur pays. Cela m’a aussi amené à publier The Construction of Canadian Identity from Abroad, sur les universitaires canadiens expatriés, avec mon collègue Chris Kirkey.

Les études canadiennes sont des études sur soi, et comme je l’explique dans mon chapitre, on voit le Canada sous un nouveau jour lorsqu’on est à l’étranger, comme vous avez sans doute été nombreux à le voir en travaillant à l’étranger.

Un des thèmes de notre recueil était les questions d’externalité pour les universitaires canadiens. Loin d’être déconnectés du Canada, comme certains l’affirment, en raison de leur engagement et de leurs travaux, nos contributeurs — comme la plupart des expatriés canadiens que j’ai rencontrés — gardent un lien fort avec le Canada qui va au-delà des prétentions superficielles sur l’identité nationale canadienne. C’est ce que Evan Osnos de la revue The New Yorker appelle le « patriotisme involontaire », un approfondissement des liens qui nous unissent quand on vit à l’étranger et qu’on n’est pas toujours entouré de gens de notre pays.

[Français]

Les préoccupations liées au fait que les expatriés ne conservent pas leur lien avec le Canada pourraient être dissipées en mettant en œuvre certaines des recommandations contenues dans le rapport de l’Université McGill, Canadiens à l’étranger : Aperçu des recherches récentes et des répercussions sur les politiques d’intérêt public.

J’attire votre attention sur deux questions abordées dans ce rapport : le renforcement des relations entre le gouvernement, ses ambassades et les expatriés, et le soutien aux réseaux d’expatriés canadiens.

[Traduction]

Puisque je suis en Suisse, je vous inviterais à comparer les pages d’accueil des ambassades canadiennes et américaines en Suisse et au Liechtenstein. Contrairement au site américain, le site canadien donne des informations minimales sur ses services essentiels. Il n’y a pas d’informations ni sur les événements en Suisse, ni sur les actualités au Canada, ni sur les initiatives gouvernementales. Le site canadien ne raconte pas l’histoire du Canada et ne propose aucune façon de rester en contact avec d’autres Canadiens. Il y a sans doute des règles et règlements qui pourraient expliquer cet état de fait, mais cela ne donne pas l’occasion de promouvoir le pays ou d’aider les Canadiens à l’étranger à entrer en contact.

[Français]

J’aime l’idée de créer un site Web général destiné aux expatriés canadiens et de les tenir informés, par le biais d’un bulletin d’information, des possibilités de réseautage et des événements sociaux, comme les célébrations de la fête du Canada. Swissinfo.ch le fait pour les expatriés suisses avec son service Les Suisses à l’étranger.

[Traduction]

D’après mon expérience personnelle — moi qui ne travaille pas en Suisse, mais toujours au Canada —, ce n’est pas aussi facile de prendre contact avec l’ambassade et son personnel que si je travaillais ici ou j’étais à l’emploi d’une université suisse.

La puissance douce, dont la diplomatie culturelle est un élément essentiel, permet au pays de rester à l’esprit des acteurs importants dans le pays hôte, comme les étudiants, les professeurs, les gens d’affaires et les représentants du gouvernement. Toutefois, la fin du programme Comprendre le Canada ne nuit pas seulement aux universitaires du Canada — sa fin ayant mené à un déclin radical de l’enseignement et de la recherche sur le Canada à l’étranger, ce qui nuit aux intérêts canadiens —, mais comme notre livre le montre, elle a aussi marqué la fin d’un important réseau pour les universitaires canadiens qui interagissent avec ces acteurs.

Le mois dernier, à Davos, le premier ministre a fait valoir que le Canada devait repenser et restructurer ses alliances internationales. Pourtant, dans le milieu de l’enseignement, le Canada est de plus en plus absent aux yeux des gens de par le monde. À une époque où les autres pays repensent leurs relations internationales et pourraient se tourner vers le Canada pour ses connaissances spéciales sur les États-Unis en raison de notre relation étroite, ces gens réalisent qu’ils en savent souvent encore moins sur le Canada. C’est ce que me disent mes collègues un peu partout dans le monde. Les universitaires expatriés peuvent cependant aider à rectifier cette situation et constituent une ressource importante que les diplomates peuvent utiliser pour exécuter leurs fonctions.

Merci beaucoup de me donner cette occasion de témoigner devant vous. Je répondrai à vos questions avec plaisir.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Nimijean.

Monsieur Wang, la parole est à vous.

Steven Wang, président-directeur général, Venture for Canada : Honorables sénateurs, merci de m’avoir invité à témoigner. Je salue votre comité pour l’étude de McGill — commandée par le sénateur Woo — sur les Canadiens à l’étranger, qui fournit des bases claires pour la discussion d’aujourd’hui.

Le Canada traverse des changements et doit saisir des occasions historiques en matière de géopolitique. À notre époque, la résilience nationale, la diversification et l’engagement mondial constituent des nécessités pratiques. À ces fins, l’une de nos ressources les moins exploitées est la diaspora canadienne dans le monde. Nous comptons plus de 4 millions de Canadiens vivant à l’étranger. Toutes proportions gardées, il s’agit de l’une des diasporas les plus importantes dans le monde développé, qui fait cinq fois celle des États-Unis et deux fois celle de l’Australie.

Le Canada est déjà un acteur mondial. La question, c’est de savoir si nos politiques ont rattrapé cette réalité. Dans une économie mondiale, la mobilité est inévitable. Nous avons le choix de traiter cette expérience mondiale comme une perte ou un actif stratégique. Pour tirer parti de cet actif, il faut une stratégie nationale coordonnée et un discours cohérent où le gouvernement joue un rôle de catalyseur essentiel nous permettant de nous engager aux côtés des entreprises, de la société civile et d’autres institutions.

À une époque où nous bâtissons le Canada, je dirais que nous devons traiter sa diaspora comme une forme d’infrastructure économique et civique. Je suis arrivé au Canada à l’âge de 9 ans avec mes parents comme Canadiens de première génération et j’ai grandi dans la belle ville de Cambridge, en Ontario. Le Canada n’était pas une abstraction pour ma famille, mais un ensemble d’institutions qui fonctionnaient bien. Les écoles publiques, les communautés locales et les normes civiques créaient des possibilités et ont instillé en moi des valeurs durables que je chéris toujours.

À mesure que je progressais dans mes études et ma carrière, mon expérience canadienne m’a amené à séjourner au Royaume-Uni, en Chine et aux États-Unis. Ce qui m’a frappé chez les Canadiens à l’étranger, ce n’était pas un manque de bonne volonté ou de désir d’apporter une contribution, mais plutôt l’absence de voies structurées pour ce faire. L’engagement existe, mais il reste informel et improvisé.

Dans mon rôle de PDG chez Venture for Canada, je travaille actuellement de près avec des entrepreneurs, des PME et de jeunes Canadiens en début de carrière. Ce que je vois sur le terrain, c’est que nos entreprises n’échouent pas en matière de mondialisation parce qu’elles manquent d’aspiration, mais parce que les premiers obstacles auxquels elles font face peuvent être difficiles à franchir, comme le manque de capital, de connaissance des réalités locales, d’aisance sur le plan culturel et le manque d’accès aux réseaux sur les marchés étrangers. Les réseaux de la diaspora permettent de réduire l’incertitude et le risque à ce moment précis. Ils sont intégrés dans les marchés étrangers, et leurs membres possèdent l’expertise et les relations essentielles dont nos entreprises ont besoin.

Nous constatons aussi chez les Canadiens ayant une expérience mondiale la volonté de chercher des voies crédibles à leur retour ou d’appliquer ce qu’ils ont appris à l’étranger. Par exemple, notre programme d’entrepreneuriat par l’acquisition permet aux Canadiens ayant une expérience mondiale d’acquérir des entreprises canadiennes familiales, en vue de les faire croître et de les moderniser. Nous les aidons à relever les défis de la succession en assurant le transfert intergénérationnel responsable et en réinvestissant l’expertise et le capital des réseaux internationaux dans l’économie canadienne.

Dans notre travail à Venture for Canada, nous voyons comment ces réseaux peuvent fonctionner concrètement. Nos diplômés bien établis travaillent à l’étranger pour offrir du mentorat aux jeunes participants au pays, contribuent au soutien intellectuel de nos programmes et demeurent fermement engagés dans notre communauté, peu importe où ils se trouvent.

Grâce à ces expériences, j’aimerais vous faire trois suggestions pour ouvrir la voie à l’avenir.

Tout d’abord, nous devons accorder la priorité à la coordination plutôt qu’aux programmes. Le principal obstacle de l’engagement de la diaspora, c’est la fragmentation extrême. La plus grande valeur qu’apporte le gouvernement fédéral, c’est d’agir comme facilitateur en légitimant, en harmonisant et en dirigeant les efforts au sein du gouvernement et dans la société. Dans ces temps de compressions budgétaires, ce rôle de catalyseur est à la fois efficace sur le plan des coûts et adaptable au plus haut point.

Ensuite, nous devons remplacer la mentalité de l’exode des cerveaux par celle de la circulation des talents. Il faut cesser de voir l’exode des talents comme une perte permanente et y voir plutôt une ressource dynamique et vivante. Par exemple, en tirant parti des connaissances que nous offrent les détachements à court terme, les rôles consultatifs sectoriels et la collaboration transfrontalière, nous pouvons aussi faire profiter le Canada de l’expertise mondiale et des capacités institutionnelles.

Enfin, l’engagement de la diaspora doit être axé sur une mission et sur les résultats. Cette stratégie fonctionne mieux quand elle est liée à la résolution de difficultés tangibles sur le plan national, comme le manque de productivité, la succession des petites entreprises, la commercialisation et la réglementation responsables de l’IA ainsi que la diversification du commerce.

Pour y arriver efficacement, le Canada doit disposer de meilleures données sur sa diaspora, contribuer à l’apprentissage systématique fait dans des pays semblables et cultiver les formes d’engagement civique structurées dans les carrefours mondiaux établis sur divers continents où sa diaspora peut participer concrètement à façonner l’avenir du pays.

En terminant, notre avantage concurrentiel en tant que pays, ce n’est pas nécessairement de toujours prendre de l’expansion, mais plutôt de pouvoir tisser des liens entre les marchés, les idées et les cultures. Nous ne manquons pas de talent ou de bonne volonté de par le monde. Ce qu’il nous manque, c’est une infrastructure pour relier notre talent au renouvellement national. Il est temps de bâtir des voies durables permettant à nos citoyens du monde et compatriotes canadiens de répondre à l’appel et de contribuer à l’avenir de notre pays.

Je vous remercie. Je répondrai aux questions avec plaisir.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Wang.

Le sénateur Woo : Merci à tous nos témoins. Vous n’êtes pas que des témoins experts; vous êtes des Canadiens qui vivent ou qui ont vécu à l’étranger. Vous parlez donc d’expérience.

Mes premières questions s’adressent à M. Nankivell. Il est opportun que vous vous joigniez à nous de Singapour, alors que débute la Conférence Canada-en-Asie. Il y a toujours eu une communauté de Canadiens et de personnes affiliées au Canada à Singapour et dans la région avec laquelle vous êtes en contact. Ce n’est pas nouveau.

Qu’y a-t-il de particulier au sujet de la Conférence Canada-en-Asie? Comment tire-t-elle parti d’un atout qui est là depuis longtemps, pour le rendre spécial, plus qu’un simple regroupement de personnes qui se trouvent à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande et dans d’autres pays? Selon vous, quel est le petit plus qui fait la différence à cette conférence pour les Canadiens à l’étranger?

M. Nankivell : Il y a une leçon plus générale à tirer de cette conférence, que nous organisons pour la quatrième fois. Elle a toujours eu lieu à Singapour, en février.

Le message principal, c’est que nous voulons mobiliser ces communautés. Comme nous en avons discuté, je pense que tous s’entendent pour dire — certainement dans la salle — que ces communautés de Canadiens dans le monde entier sont un atout pour le Canada. Cela dit, il faut donner aux gens une raison de vouloir entrer en contact. Il faut trouver quelque chose pour les attirer. La formule sur laquelle nous avons mis le doigt à la Conférence Canada-en-Asie était que nous occupons une position unique en tant que fondation publique nationale qui favorise le dialogue entre le Canada et l’Asie, que nous pouvons réunir des intervenants du secteur public, du secteur privé, des universités, des collèges et de l’écosystème de l’innovation et de la recherche et créer de nouvelles possibilités de réseautage.

Donc, pour les Canadiens qui sont ici et les gens qui sont connectés au Canada et qui sont ici, comme ceux qui ont étudié au Canada ou qui travaillent pour des entreprises canadiennes, nous offrons, en organisant cette conférence et en y accueillant plus de 700 personnes, une occasion de bâtir des réseaux. Ce sont là de bons réseaux pour le Canada, mais c’est aussi un attrait pour les gens qui participent à la conférence.

Chaque année, nous sondons rigoureusement les participants. La réponse la plus fréquente que nous obtenons quand nous leur demandons ce qu’ils retirent de la conférence, ce sont les liens qu’ils établissent. Ils ont donc un intérêt personnel sur le plan professionnel à participer à des activités de réseautage et à tisser des liens. Les événements les plus intéressants sont ceux où l’on réunit des gens qui ne se côtoient pas normalement.

C’est ce que nous offrons, et je pense que c’est un modèle qui pourrait être mis à l’essai dans d’autres régions du monde. Vous auriez des alliés pour le faire.

Le sénateur Ravalia : Je remercie tous nos témoins.

Ma question s’adresse à M. Steven Wang. L’an dernier, vous avez écrit un article dans lequel vous disiez :

Le Canada doit accepter sa diaspora non pas comme une communauté perdue, mais comme une caractéristique importante de son identité nationale et une source vitale de renouvellement.

Y a-t-il des domaines où, selon vous, nous réussissons bien à tirer parti des relations que nous entretenons avec la diaspora?

M. Wang : Oui. Merci, sénateur.

Je crois que nous faisons bien les choses, dans bien des domaines. Je pense que les Canadiens à l’étranger jouent un rôle actif, surtout à un moment où nous subissons des pressions de diverses façons. Le sentiment de fierté canadienne dans les valeurs qui perdurent est de plus en plus fort.

De nombreuses activités ont cours dans différentes régions du monde; parfois, tout ce qu’il faut, c’est un peu de coordination. Par exemple, je travaille depuis peu avec deux de mes amis qui ont étudié et travaillé à l’étranger : Adam McCauley et Joanna Klimczak. Nous voulons organiser des assemblées publiques dans différentes régions du monde afin de rassembler des Canadiens non seulement pour faire du réseautage, mais aussi pour parler de notre avenir, pour imaginer ce que le Canada pourrait être et pour faciliter leur participation à ce récit où ils sont importants.

L’autre initiative sur laquelle nous travaillons consiste à recueillir des histoires d’entrepreneurs canadiens qui connaissent du succès à l’étranger et réinvestissent au Canada — le groupe C100 en est un excellent exemple — et aussi de Canadiens qui sont revenus au pays après avoir acquis une grande expérience à l’étranger. Il y a, par exemple, LINC Asia — basé à l’Université Simon Fraser, au Jack Austin Centre, nommé en l’honneur du sénateur Jack Austin — où l’on tire parti des expériences acquises en Asie pour aider les entreprises canadiennes à exporter vers les marchés mondiaux.

Il existe de nombreuses activités formidables, et nous devons trouver des moyens de les faire connaître, de célébrer ces histoires, d’établir des liens et d’envoyer un message cohérent, surtout en ce moment critique, qui, à mon avis, est tout à fait propice à l’envoi de ce signal au monde entier. Il s’agit également d’un effort ascendant.

Le sénateur Ravalia : Y a-t-il des exemples de pays qui ont réussi à assurer une participation plus efficace de leur diaspora? À quoi ressemblent leurs résultats?

M. Wang : C’est une excellente question, sénateur. Il existe de nombreux exemples, de l’Inde à l’Irlande, en passant par l’Écosse et la Corée. La liste ne s’arrête pas là, mais permettez-moi de vous donner quelques exemples.

L’Écosse a ce qu’on appelle le GlobalScot, un réseau soutenu par le gouvernement et composé de 655 bénévoles — des dirigeants d’entreprises — dans plus de 50 pays qui offrent gratuitement du mentorat, des renseignements sur les marchés et des présentations aux petites et moyennes entreprises écossaises qui souhaitent se lancer dans l’exportation. La Nouvelle-Zélande possède un modèle semblable de partenariat public-privé dans le cadre duquel plus de 500 000 membres de la collectivité aident les entreprises à réaliser leur potentiel.

Le Mexique a quant à lui un fonds de co-investissement de contrepartie dans le cadre duquel les diasporas contribuent aux investissements à l’échelle locale dans leurs pays d’origine, dans les écoles et les réseaux d’aqueduc. Pour chaque dollar investi, le gouvernement verse une somme équivalente, encourageant ainsi cet effort collectif.

La Corée dispose d’un réseau mondial de scientifiques et d’ingénieurs, un portail de 80 000 participants où ils peuvent apporter leur expertise et où ils répondent à des questions relatives aux domaines scientifiques et techniques tous les jours.

L’Inde est dotée d’un conseil consultatif mondial de la diaspora. Elle a commencé avec un conseil permanent. Les participants se réunissent, puis se séparent ensuite en différents secteurs.

Les Pays-Bas ont un programme très intéressant appelé le programme de détachement temporaire au pays. On demande aux membres de la diaspora de faire des affectations temporaires. Ils ne reviennent donc pas au pays de façon permanente, mais, pendant leur mission, ils peuvent communiquer avec les intervenants des institutions publiques, des universités et des secteurs prioritaires et, avec leur expertise et leurs services, contribuer à soutenir, à stimuler et à faire progresser une capacité institutionnelle.

Le président : Merci beaucoup. Nous avons un peu dépassé le temps imparti avec cette très bonne question.

La sénatrice Coyle : Je remercie nos trois témoins. Vous nous avez donné de nombreuses pistes de réflexion. Il est très encourageant d’entendre ces merveilleuses idées et ces exemples concrets.

Ma première question s’adresse à M. Nankivell. Vous avez parlé de la Conférence Canada-en-Asie à laquelle vous participez actuellement à Singapour, et vous avez dit qu’elle pourrait servir de modèle. Vous avez aussi mentionné que nous avons besoin d’une stratégie canadienne qui doit comprendre un programme d’événements, ainsi que toute une gamme de stratégies de communication dans les médias, y compris les médias sociaux.

Dans le modèle sur lequel vous travaillez actuellement, envisage-t-on la participation du gouvernement du Canada ou d’autres gouvernements?

M. Nankivell : Oui, chaque année, la Conférence Canada-en-Asie reçoit un soutien important du gouvernement du Canada, soit environ 500 000 $ par année, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada. Nous bénéficions également du soutien des provinces. Pour la conférence qui se tiendra ici la semaine prochaine, nous recevons un soutien officiel de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario, et comptons sur la collaboration du gouvernement du Québec, qui nous a beaucoup aidés. Nous recevons aussi le soutien de sociétés d’État comme Investir au Canada et Exportation et développement Canada et d’agences d’attraction des investissements de différentes régions du pays.

De plus, le secteur privé — de grandes entreprises canadiennes, des institutions financières — et des universités nous apportent un important soutien. Leur rôle a évolué au cours des dernières années. Il était essentiel de pouvoir compter sur Universités Canada à titre de partenaire fondateur. Des présidents d’université participent et des universités ont conclu des ententes de partenariat avec nous en lien avec ces événements. Elles organisent des réceptions pour interagir avec leurs anciens étudiants parce qu’elles ont un intérêt notable à continuer de développer ces réseaux.

Oui, nous avons reçu un soutien très important de tous les ordres de gouvernement au pays.

La sénatrice Coyle : La Fondation Asie Pacifique était toutefois votre initiative, n’est-ce pas?

M. Nankivell : Oui, pour lancer ce projet, nous avons investi notre propre argent par l’entremise de notre fonds de dotation de base, puis d’autres se sont joints à nous.

La sénatrice Coyle : Si l’on souhaitait reproduire ce modèle ailleurs, où il n’y a pas de Fondation Asie Pacifique... Je me demande si l’un ou l’autre de ces partenaires aimeraient s’inspirer de ce modèle.

M. Nankivell : Il pourrait y avoir une possibilité, par exemple, avec Universités Canada. C’est une organisation solide. D’ailleurs, en ce moment même, elle accompagne une délégation de 22 présidents d’université en Inde. Certains d’entre eux viendront à Singapour pour la conférence. Cette organisation aurait la capacité de mettre le processus en branle.

Puis, dans les endroits où se trouvent des conseils d’entreprises et des associations de gens d’affaires plus solides, des chambres de commerce canadiennes locales, on pourrait travailler avec eux. Nous sommes particulièrement chanceux dans la région indo-pacifique de pouvoir compter sur une organisation comme la Fondation Asie Pacifique du Canada qui peut faire le pont entre ces différents secteurs. Cela devrait être recréé ailleurs, aussi.

La sénatrice M. Deacon : Je remercie tous les témoins de leur présence aujourd’hui. Nous vous en sommes reconnaissants.

Je pense à une annonce qui a été faite cette semaine : plus de 3 000 employés d’Affaires mondiales Canada ont reçu des avis selon lesquels leur emploi pourrait être menacé. Cela comprend des membres du personnel consulaire. J’aimerais savoir ce que vous pensez des services consulaires offerts aux Canadiens à l’étranger. À l’heure actuelle, quelles seront, selon vous, les répercussions de ces compressions, et comment pourrait-on améliorer les services en ligne?

Je ne crois pas que nous ayons entendu le témoin qui est en Suisse, où il est assez tard. Il aimerait peut-être commencer.

M. Nimijean : Depuis 10 ou 15 ans, le soutien à la diplomatie culturelle n’est plus une priorité. Je ne suis pas un spécialiste de la politique étrangère, mais en raison de la nature des études canadiennes internationales, je me suis intéressé à ce mouvement. Lorsque j’ai commencé ma carrière il y a environ 25 ans, les études canadiennes internationales étaient une discipline dynamique. Des associations de partout dans le monde organisaient des conférences et y invitaient des gens et des artistes. Cela est important, comme bon nombre d’entre vous le savent, pour que les décideurs et les gens influents gardent le Canada en tête, pour ainsi dire.

Les études canadiennes au Canada connaissaient un recul notable. En raison du mouvement de canadianisation et du besoin d’en savoir plus sur le Canada, tous se sont mis à se concentrer sur le Canada dans les domaines des sciences politiques, de l’anglais et de l’histoire, et des gens ont dit : « Nous n’avons pas autant besoin des études canadiennes. »

Maintenant, à cause de la situation actuelle, c’est l’inverse qui se produit : on observe un intérêt croissant pour les études canadiennes au Canada, mais, à l’échelle internationale, mes collègues disent qu’il est difficile de donner des cours sur le Canada. Il est difficile d’obtenir du soutien de la part des ambassades ou des consulats locaux. De plus, compte tenu des priorités qui ont changé et d’un financement des programmes insuffisant, ce n’est tout simplement pas une priorité. Dans un contexte où nous voulons que le Canada soit plus présent que jamais, la nouvelle dont vous avez parlé, en lien avec le budget, est certainement troublante du point de vue de la diplomatie culturelle.

Le sénateur Al Zaibak : Ma question s’adresse à tous nos témoins.

Alors que le Canada souhaite diversifier ses échanges commerciaux en ne se limitant pas à ses partenaires traditionnels, comment les Canadiens à l’étranger, en particulier dans la région indo-pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique, peuvent-ils être mobilisés en tant que ponts pour établir de nouveaux partenariats économiques? Selon vous, quelles mesures notre gouvernement devrait-il prendre à cet égard?

M. Nankivell : Si vous me le permettez, je répéterais simplement que je pense que le potentiel existe bel et bien. Nous l’avons constaté dans le cadre de notre travail à la Fondation Asie Pacifique du Canada dans la région indo-pacifique. Je pense qu’il faut faire une offre qui attirera les Canadiens et les personnes connectées au Canada qui se trouvent dans ces régions. S’il s’agit de régions où le Canada ne fait pas encore beaucoup d’affaires, ils n’ont alors probablement pas l’impression d’être dans le coup. C’est en organisant des événements qu’ils trouveront attrayants qu’ils se laisseront convaincre. Lorsqu’on leur tape sur l’épaule et qu’on leur demande de participer à un événement canadien, d’après mon expérience en tant que diplomate et dans mon rôle actuel, ils sont toujours enthousiastes. Ils veulent vraiment aider; il suffit de leur donner quelque chose à quoi se raccrocher. Cela veut dire qu’il faut avoir des ressources pour mettre en place des programmes et organiser des événements.

M. Nimijean : Comme l’indique le rapport et comme M. Nankivell l’a dit, je crois, il est très important de faire circuler l’information.

Pendant la première moitié de la réunion, le représentant d’Affaires mondiales Canada a dit que son organisme existait pour mettre en relation les Canadiens à l’étranger, mais de nombreux Canadiens à l’étranger n’ont pas de contacts. Nombreux sont ceux qui suivent un conjoint à l’étranger et qui, souvent, ne travaillent pas. Or, ils ont des compétences et des connaissances. Ici, à Bâle, s’il s’agit d’un homme, on l’appelle un Hausmann. On ne met pas leurs compétences à profit.

Je suis dans une situation particulière parce que je ne travaille pas ici. Mais je n’ai pas de réseau, et il n’y a aucun moyen de savoir ce qui se passe. Ce que je voulais dire à propos du site Web, c’est que la seule façon d’obtenir de l’information est d’envoyer un courriel général pour dire : « Bonjour, je suis en Suisse. Voici ce que je fais. Est-ce que ça vous intéresse? » Ce n’est pas tout le monde qui veut faire cela.

Je dirais aussi que ce n’est pas tout le monde qui utilise les réseaux sociaux. Cela nous ramène à la question précédente au sujet des ambassades et des consulats sous-financés qui n’ont pas les ressources nécessaires pour mettre sur pied ces activités de sensibilisation qui sont essentielles.

Le président : Nous allons permettre à M. Wang d’ajouter quelques commentaires.

M. Wang : Je serai bref. C’est une question très importante, sénateur. Chez Venture for Canada, nous constatons que, pour les petites et moyennes entreprises, la diaspora est essentielle à un accès accru aux marchés étrangers en réduisant les frictions liées à l’information et à la confiance. Nous avons besoin d’une demande claire relative à l’objectif du gouvernement, puis d’un mécanisme d’application et enfin d’un critère pour l’évaluer.

Dans ce cas-ci, l’objectif est clair. Ensuite, il faut obtenir des contacts avec des acheteurs, des distributeurs et des organismes de réglementation; des renseignements sur le marché, des notes et un aiguillage vers des ressources locales. Le mécanisme est, par exemple, une liste de ressources municipales locales... des modèles de demande, nouveaux et normalisés.

En cette période de compressions budgétaires, il est d’autant plus opportun de tirer parti de notre diaspora pour profiter des ressources incroyables que nous avons à l’étranger.

Le sénateur Harder : Ma question est également pour M. Wang.

Vous avez demandé une stratégie gouvernementale soutenue, et d’autres témoins ont parlé des ressources qu’ils aimeraient qu’on accorde à cette question. Nous vivons dans un contexte de contraintes financières, comme vous venez tout juste d’y faire allusion. Je me demande s’il ne serait pas mieux d’essayer d’élaborer un modèle adapté à la région qui comprend certaines des particularités que vous avez soulevées, peut-être en nous appuyant sur la Conférence Canada-en-Asie de Jeff Nankivell pour déterminer si nous pouvons ajouter quelque chose pour au moins tenter d’être plus créatifs. Plutôt que d’avoir une solution globale que le gouvernement du Canada doit mettre à profit, l’accent serait mis sur les régions et nous expérimenterions un peu avec des partenaires généraux. Je ne dis pas que le gouvernement du Canada n’a pas de rôle à jouer — il en joue un dans la Conférence Canada-en-Asie —, mais y a-t-il ici une solution pratique que nous pourrions au moins tenter de décrire?

M. Wang : C’est une question très importante. Je pense que ce que le gouvernement fédéral peut faire, c’est envoyer un signal. Une fois que ce sera fait, nous pourrons alors déployer tous les niveaux d’engagement : les gouvernements fédéral et provinciaux, les réseaux locaux, les consulats et les ambassades, les universités, les chambres de commerce.

Par exemple, à propos de l’aspect régional que vous avez mentionné, nos gouvernements provinciaux sont également représentés à l’étranger. Donc, par exemple, avec le Québec et la francophonie, comment pouvons-nous créer plus d’alliances et accroître le soutien offert?

De plus, pour faire revenir ces engagements au Canada, dans différentes parties de nos régions d’un bout à l’autre du pays, comment pouvons-nous mobiliser les diasporas qui ont un lien avec la Nouvelle-Écosse ou la Colombie-Britannique pour tenter de transférer cela?

L’idée n’est pas que le gouvernement fasse tout, mais plutôt que de faire preuve de doigté, de rendre possibles les projets pilotes puis de travailler ensemble pour vraiment tirer parti des efforts déployés. Cette approche serait beaucoup plus efficace dans cet environnement.

Le sénateur Harder : Monsieur Nankivell, pouvez-vous en dire plus sur les possibilités que l’expérience que vous menez, depuis maintenant quatre ans, pourrait permettre d’exploiter si le mandat qui consiste à promouvoir les liens avec la diaspora canadienne en Asie faisait partie de votre conférence?

M. Nankivell : Dans le cadre de notre mandat, nous estimons que c’est vraiment au cœur de l’idée de la conférence, qui consiste à mettre en commun des idées pour le Canada dans la région et à contribuer à construire une infrastructure plus forte, une sorte de treillis de réseaux partout dans la région, en puisant dans des ressources qui sont déjà là. Je tiens à souligner, à propos du financement et de la participation du gouvernement du Canada, que cette année, nous allons obtenir beaucoup moins que la moitié du financement externe pour la conférence. Le reste provient d’une vingtaine d’autres partenaires. Certaines années, c’était aussi peu que le tiers. Il est question des provinces, de différents groupes d’affaires et de certaines sociétés d’État ayant des mandats particuliers.

Nous avons profité, dans le cas de la région indo-pacifique, de la stratégie pour l’Indo-Pacifique qui avait son propre financement. En fait, ces jours-ci, les contributions d’Affaires mondiales Canada à la Conférence Canada-en-Asie proviennent du financement qui était destiné à cette stratégie. Le Canada n’a pas ce genre de stratégie pour d’autres régions. La stratégie pour l’Indo-Pacifique a donné des résultats très positifs — même si le travail se poursuit — dans sa mise en œuvre jusqu’à maintenant.

C’est très important. L’approche doit vraiment être adaptée à la région. J’appuierais certainement l’idée voulant qu’il n’y ait pas de solution universelle. Il faut vraiment s’adapter à la région. Dans le secteur public canadien, nous avons l’expertise nécessaire par rapport à certaines régions du monde pour pouvoir faire quelque chose — ce ne sera pas exactement identique, mais quelque chose de semblable.

Le président : Merci beaucoup. Je vais également poser une question. Elle est pour M. Nimijean. Dans vos observations et votre déclaration, vous avez dit que le programme Comprendre le Canada a été supprimé.

Il y a plusieurs années, notre comité a fait une étude sur la diplomatie culturelle. On s’est notamment penché sur l’importance d’encourager les études canadiennes à l’étranger. En fait, nous avons demandé la remise sur pied du programme Comprendre le Canada. J’ai été ambassadeur du Canada en Allemagne, et il y avait une conférence annuelle à Grainau — contrairement au village, je ne sais pas si la conférence existe encore — où des universitaires de pays germanophones, donc l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, se réunissaient pour discuter de questions théoriques canadiennes. Les échanges étaient formidables. C’est l’exemple que j’ai utilisé lorsque j’ai essayé de faire pression sur les gouvernements qui se sont succédé pour rétablir ce programme.

Si je vous ai bien compris dans votre déclaration, la disparition du programme Comprendre le Canada a grandement compromis l’étude du Canada et les efforts de sensibilisation des universitaires canadiens à l’étranger.

La deuxième partie de ma question vise à savoir s’il existe un moyen de faire marche arrière, car au gouvernement, on dirait que le dossier est en suspens entre Affaires mondiales Canada et Patrimoine Canada, comme c’était le cas avant. Toutes autres observations de votre part seraient les bienvenues.

M. Nimijean : Merci de poser la question. Oui, je n’ai jamais assisté à la conférence de Grainau, mais tout le monde dit que c’était formidable. Bien entendu, il y a la British Association for Canadian Studies, l’Association mexicaine d’études canadiennes et l’Association for Canadian Studies aux États-Unis. Il s’agit d’énormes conférences qui non seulement attirent des universitaires canadiens, mais qui offrent aussi aux universitaires, aux étudiants et au corps professoral de ces pays l’occasion de vraiment approfondir ces idées.

Après avoir reçu l’invitation à discuter avec votre comité, j’ai communiqué avec certaines personnes, des amis et des collègues de partout dans le monde, pour discuter de la situation. Je sais que dans certains cas — car j’enseigne en République tchèque de temps à autre depuis quelques années —, compte tenu de la fin du programme Comprendre le Canada, les universités sont moins portées à soutenir des cours sur le Canada lorsque leurs étudiants diplômés n’obtiennent pas ces petites bourses de 5 000 $ pour aller étudier au Canada, pour obtenir des livres. La fin du programme, comme vous le savez, a fait l’objet d’un énorme débat. On a publié un rapport qui montre que les retombées économiques pour le Canada étaient importantes, beaucoup plus que les quelques millions de dollars investis.

Comment pouvons-nous le remettre sur pied? Le Conseil international d’études canadiennes, ou CIEC, ne ménage aucun effort pour faire quelque chose. Une équipe à l’Université York publie des textes sur l’état actuel des études canadiennes internationales, et je peux vous aiguiller vers ces textes. Nous devons toutefois en faire plus.

Le président : Merci beaucoup. Pour souligner le point, je mentionne que nous n’avons pas de British Council. Nous n’avons pas d’Alliance Française. Nous n’avons pas d’Institut Goethe. Si nous voulons nous projeter et utiliser efficacement notre diaspora dans ce contexte, c’est une chose sur laquelle le gouvernement pourrait se pencher.

Le sénateur Woo : J’ai une hypothèse sur laquelle j’aimerais que M. Nimijean et M. Wang se prononcent. Elle tente d’expliquer pourquoi on accorde aussi peu d’attention aux Canadiens à l’étranger. Quatre ou cinq millions de personnes, c’est un gros chiffre.

Mon hypothèse, c’est que nous avons tendance à regarder les Canadiens de haut à l’étranger, à les dénigrer. Ce sont des termes que j’ai entendus et que j’ai vus dans des textes qui décrivent les Canadiens à l’étranger comme des étrangers ayant un passeport canadien ou des Canadiens déloyaux ou qui n’ont pas connu de succès au pays. L’idée est que s’il faut se rendre à l’étranger pour poursuivre sa carrière, c’est parce qu’on n’y est pas parvenu au Canada. On a donc essuyé une sorte de revers. Pouvez-vous vous prononcer là-dessus? C’est une généralisation grossière, bien entendu, mais pouvez-vous me dire si cela explique en partie pourquoi on accorde aussi peu d’attention à un groupe démographique aussi important?

M. Nimijean : Eh bien, d’un côté, nous célébrons les Canadiens qui sont partis à l’étranger, qui connaissent beaucoup de succès — des médecins, des artistes et, de temps en temps, des universitaires. Mais comme je l’écris dans mon chapitre et dans notre introduction, au-delà de ces personnes, je suis d’accord pour dire que nous avons tendance à regarder les expatriés de haut, à les percevoir comme un fardeau. Les études sur les diasporas au Canada ont tendance à mettre l’accent sur les aspects internes.

Des gens de partout dans le monde viennent au Canada et, pour une raison ou une autre, nous ne pensons pas à ceux parmi nous qui se rendent dans d’autres régions du monde. J’ai un collègue en Pologne qui étudie la diaspora polonaise au Canada. J’ai également un collègue en Roumanie qui étudie la diaspora roumaine. Pourtant, pour une raison ou une autre, nous n’avons pas de Canadiens qui étudient la diaspora canadienne. Je ne suis pas certain de savoir pourquoi, mais je crois que lorsqu’on ne voyage pas à l’extérieur du pays, certaines choses nous échappent. C’est une des conclusions de mon livre, à savoir qu’on interagit différemment avec le Canada. On devient plus connecté, d’une certaine façon, pas moins, mais il faut voyager pour le ressentir.

Le président : Merci beaucoup.

Le sénateur Ravalia : Ma question est pour M. Nankivell. Plus tôt dans votre exposé, vous avez mentionné les personnes ayant la double citoyenneté. Pouvez-vous en dire plus sur les membres de la diaspora qui ont la double citoyenneté, et pouvons-nous tirer parti de leur dualité, si je puis dire, dans le but de renforcer les liens avec les Canadiens qui vivent à l’étranger?

M. Nankivell : Je crois que oui. Cela va énormément varier selon les circonstances. Comme je l’ai mentionné, à certains endroits — Hong Kong en fait sans aucun doute partie —, des citoyens canadiens qui possèdent la citoyenneté locale font partie intégrante de la communauté locale.

D’après l’expérience de notre équipe consulaire — lorsque j’étais consul général à Hong Kong —, ces personnes ne s’adressaient pas au Canada pour obtenir des services consulaires, sauf pour renouveler leurs documents canadiens. Lorsqu’ils avaient des ennuis juridiques, se faisaient arrêter ou étaient hospitalisés, ils pensaient très rarement à s’adresser au consul général du Canada.

Cela dit, Hong Kong est une société qui possède un filet de sécurité sociale très sophistiqué. Ce serait différent à d’autres endroits, mais l’une des choses que j’ai retenues de cette expérience, et des témoignages que vous avez entendus sur les questions liées à la protection de la vie privée, c’est que de nombreux Canadiens qui possèdent la double citoyenneté refusent les services consulaires qui leur sont offerts. Ils ne veulent pas que leur nom figure dans un dossier et ils nous demandent de ne pas intervenir — par exemple, lorsque nous appelons les postes de police pour trouver un Canadien dont l’arrestation a été signalée par un membre de sa famille au Canada ou par les médias. Cela dépend grandement de la situation.

Comme je l’ai également mentionné, lorsque nous offrons des possibilités à des personnes qui n’ont pas eu de liens avec le Canada depuis un certain temps, la vaste majorité d’entre eux ont très hâte d’en profiter et de faire partie des réseaux. Mais, encore une fois, ils doivent voir qu’ils obtiennent quelque chose en retour; ce n’est pas particulièrement égoïste de leur part.

Ce qu’il faut faire, c’est établir ces réseaux ainsi que créer les activités et les programmes qui attireront des gens. Il faut travailler patiemment sur un certain nombre d’années et avoir des ressources adéquates.

Le président : Merci beaucoup. C’est tout le temps que nous avions pour ce groupe de témoins. Au nom du comité, je souhaite remercier Jeff Nankivell, Richard Nimijean et Steven Wang de s’être joints à nous aujourd’hui. Vos observations nous sont précieuses.

J’aimerais également remercier le sénateur Woo d’avoir proposé de tenir cette audience. Je pense que nous avons eu une bonne discussion.

Chers collègues, nous allons nous réunir de nouveau demain à 10 h 30 dans cette salle pour discuter du développement international dans le climat mondial actuel. C’est tout indiqué puisque c’est la Semaine du développement international.

Nous allons siéger à huis clos à la fin de la réunion de demain pour examiner notre ébauche de rapport sur le projet de loi C-15, la loi d’exécution du budget, que vous avez reçue par courriel le 20 janvier. Pour vous rafraîchir la mémoire, vous avez bien reçu ce document.

(La séance est levée.)

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