LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU COMMERCE INTERNATIONAL
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le mercredi 25 mars 2026
Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd’hui, à 16 h 15 (HE), pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement se rapportant aux relations étrangères et au commerce international en général.
Le sénateur Peter M. Boehm (président) occupe le fauteuil.
[Français]
Le président : Bonjour. Je m’appelle Peter Boehm, je suis un sénateur de l’Ontario et je suis président du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international.
J’inviterais maintenant les membres du comité présents aujourd’hui à se présenter.
[Traduction]
Le sénateur Adler : Charles Adler, du Manitoba.
Le sénateur Ravalia : Bienvenue au comité. Mohamed Ravalia, de Terre-Neuve-et-Labrador.
[Français]
La sénatrice Gerba : Bienvenue. Amina Gerba, du Québec.
[Traduction]
Le sénateur Woo : Yuen Pau Woo, de la Colombie-Britannique.
Le sénateur Wilson : Duncan Wilson, également de la spectaculaire Colombie-Britannique.
La sénatrice Coyle : Mary Coyle, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse.
La sénatrice M. Deacon : Marty Deacon, de l’Ontario. Bienvenue au comité.
[Français]
La sénatrice Youance : Suze Youance, du Québec
[Traduction]
Le président : Bienvenue à tous les sénateurs et à tous ceux qui nous regardent d’un bout à l’autre du pays sur ParlVU. Je signale aussi que certains sénateurs nous quitteront avant la fin des délibérations parce que l’Aga Khan est à Ottawa et que la gouverneure générale organise un événement pour cette occasion.
Chers collègues, nous nous réunissons conformément à notre ordre de renvoi général pour discuter des priorités du Canada en matière d’aide internationale. Aujourd’hui, nous avons l’honneur d’accueillir pour la première fois l’honorable Randeep Sarai, secrétaire d’État au développement international. Bienvenue, monsieur le secrétaire, et merci de prendre de votre temps pour témoigner devant le comité. M. Sarai est accompagné des représentants suivants d’Affaires mondiales Canada : Mme Leslie Norton, sous-ministre adjointe, Secteur des partenariats et des programmes d’aide internationale, Mme Cheryl Urban, sous-ministre adjointe, Secteur des affaires pangéographiques, et M. Geoff Black, directeur général, Direction générale de la politique d’aide internationale et de la coopération stratégique.
Avant de passer à la déclaration liminaire du secrétaire d’État et à la période de questions, je demanderais à toutes les personnes dans la salle de désactiver les notifications de leur appareil.
Monsieur le secrétaire, nous sommes prêts à entendre votre déclaration liminaire, qui sera suivie des questions des sénateurs. La parole est à vous.
L’hon. Randeep Sarai, c.p., député, secrétaire d’État (Développement international) : Merci, monsieur le président.
[Français]
Je vous remercie, mesdames et messieurs les membres du comité, de me donner l’occasion de comparaître aujourd’hui.
[Traduction]
Le monde est en proie à des changements rapides. Les besoins s’accroissent à l’échelle mondiale en raison de la concurrence géopolitique et de conflits qui nous forcent à redéfinir nos engagements internationaux. Les conflits au Moyen-Orient et la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine montrent de manière frappante comment l’instabilité mondiale peut à la fois transformer l’ordre mondial et nous obliger à nous servir de nos outils de politique étrangère, notamment de l’aide internationale, pour renforcer notre souveraineté, notre sécurité et notre résilience économique. Les crises humanitaires telles que les déplacements massifs de population au Soudan ou la guerre qui se poursuit à Gaza poussent à leurs limites les systèmes d’aide mondiale. Les budgets d’aide, au Canada et ailleurs, sont soumis à une pression croissante causée par les priorités changeantes des pays donateurs et les besoins accrus en développement.
Il faut rester lucide par rapport à cette réalité, aux difficultés qu’elle engendre et à ce qu’elle exige de nous. Il faut employer nos ressources de manière plus réfléchie et stratégique, tout en restant agiles, en gardant le cap et en anticipant les répercussions de nos actions.
Dans ce contexte, le Canada continuera à accorder la priorité à l’assistance humanitaire et à travailler avec des partenaires de confiance pour que l’aide qui sauve des vies parvienne aux plus vulnérables en fonction des besoins sur le terrain. Nous repensons par ailleurs notre stratégie d’aide au développement pour renforcer notre résilience économique et bâtir des partenariats qui procurent des avantages durables pour les pays partenaires et les Canadiens.
Dans cet esprit, nous adapterons notre aide au développement à la nouvelle réalité en fonction de trois priorités : renforcer le binôme du développement et du commerce, mobiliser du nouveau financement pour atteindre nos objectifs de développement et expliquer clairement aux Canadiens les effets importants du développement international à la fois à l’étranger et au pays.
Nous assurerons, lorsque c’est possible, un meilleur alignement des outils de développement et des outils économiques. Concrètement, le principe du binôme développement-commerce est de concentrer l’aide au développement dans un groupe plus restreint de pays. Le fait d’approfondir notre engagement envers certains pays nous permettra de renforcer les partenariats économiques, de soutenir les priorités établies par ces pays et de produire des résultats significatifs.
[Français]
Cette approche reflète également les besoins exprimés par de nombreux pays en développement.
[Traduction]
Les partenaires que j’ai rencontrés lors de mes déplacements ont insisté sur la nécessité de troquer la dépendance contre des possibilités économiques. Ils ont soutenu également l’importance des investissements, de la création d’emplois décents et des moyens d’assurer la prospérité à long terme. Tout récemment, au Kenya, j’ai vu des partenaires canadiens mettre en place en collaboration avec des entreprises d’aviation locales un centre de maintenance technique des aéronefs qui crée des emplois pour les jeunes femmes et les jeunes hommes, qui permet le développement de compétences essentielles et qui renforce la capacité d’aviation nécessaire pour faire parvenir l’aide partout en Afrique de l’Est. Comme les aéronefs sont construits au Canada, le travail soutient aussi de bons emplois et entraîne des retombées économiques chez nous. Ces investissements rapportent des avantages nets des deux côtés, renforcent la résilience locale et entraînent des débouchés économiques dans les pays partenaires tout en réduisant les risques et les chocs au Canada.
Dans l’ensemble, comme ils l’ont clairement dit, les partenaires souhaitent que le Canada les traite en vrais partenaires. Ils veulent aussi que nous leur transmettions notre expertise dans des domaines comme l’énergie verte, l’agriculture et la croissance inclusive en tenant compte des priorités locales.
La deuxième priorité est de poursuivre les efforts de mobilisation de toutes les sources de financement possibles afin de répondre aux besoins en développement. Pour ce faire, il nous faut utiliser nos fonds d’aide de manière stratégique étant donné la taille des défis mondiaux et les contraintes physiques des donateurs. En élargissant notre trousse de financement du développement, notamment par l’entremise de FinDev Canada, et en établissant des partenariats avec le secteur privé, nous pourrons attirer des capitaux additionnels et dégager des solutions novatrices.
[Français]
En élargissant la gamme d’outils financiers dont dispose le Canada, notamment grâce à FinDev Canada, et en travaillant en partenariat avec le secteur privé, nous pouvons attirer davantage de capitaux et favoriser des solutions innovantes.
[Traduction]
J’ai vu de mes yeux le pouvoir des partenariats privés et la capacité qu’ils ont d’amplifier le développement. Par exemple, en travaillant avec des entreprises et des partenaires locaux canadiens sur l’exploration et les projets miniers, le Canada ne fait pas que mobiliser des investissements et créer des emplois; il bâtit des collectivités plus fortes et renforce notre position de chef de file mondial de l’exploitation minière durable.
Nous continuerons aussi à soutenir les efforts des pays qui veulent renforcer les systèmes de financement et de gouvernance publics, ainsi qu’à mettre en place les conditions nécessaires aux investissements privés et à la croissance économique. Vu la pression exercée sur les systèmes de financement de l’aide mondiale, nous travaillons avec les partenaires pour réduire la fragmentation, renforcer le soutien, donner la capacité d’agir aux responsables locaux et nous assurer que nos institutions multilatérales ont ce qu’il faut pour remplir leurs objectifs. Lorsqu’elles sont bien exécutées, ces solutions maximisent les ressources, stimulent l’innovation et produisent des résultats de développement qui perdurent bien après les subventions.
La troisième priorité est de convaincre les Canadiens de l’importance du développement international. Les Canadiens veulent savoir que leurs impôts changent vraiment les choses surtout lorsque des problèmes mondiaux tels que la sécurité alimentaire, les chocs climatiques, les menaces pour la santé ou la réduction des chaînes d’approvisionnement affectent de plus en plus les familles au Canada. Pour soutenir un programme de développement international solide, il faut maintenir la confiance du public et l’acceptabilité sociale qui la sous-tend. Il faut montrer que nos efforts contribuent à la stabilité et à la prospérité mondiales, qu’ils soutiennent nos intérêts économiques et qu’ils renforcent notre sécurité et font rayonner les valeurs qui sont chères aux Canadiens. En somme, il faut mettre au jour nos investissements et obtenir des résultats tangibles et durables pour les pays partenaires et le Canada.
J’ai insisté aujourd’hui sur le binôme développement-commerce, les ressources de mobilisation du financement du développement et la communication avec les Canadiens. Sachez toutefois que le Canada est toujours résolu à remplir ses engagements à réduire la pauvreté, à soutenir les collectivités vulnérables, à défendre les droits des femmes et à fournir de l’aide humanitaire en temps de crise. Le soutien à la santé mondiale et à la lutte contre les changements climatiques demeure prioritaire, et l’égalité des sexes occupe toujours une place centrale dans nos opérations.
Honorables sénateurs, nous apportons des changements pragmatiques fondés sur des valeurs et des partenariats. Notre objectif est d’assurer que le Canada demeure un partenaire constructif et respecté et que les Canadiens voient l’utilité de ce travail dans leur vie de tous les jours.
Je suis prêt à répondre à vos questions. Merci.
Le président : Merci beaucoup, monsieur Sarai.
Je signale que le sénateur MacDonald, de la Nouvelle-Écosse, s’est joint à la réunion.
Je voudrais aussi mentionner aux collègues que nous entendrons le groupe de témoins pendant 90 minutes, mais que le secrétaire d’État doit partir à 17 h 15. Les représentants du ministère auront le plaisir de répondre à nos questions pendant la demi-heure qui restera.
[Français]
Comme d’habitude, chers collègues, vous disposez de trois minutes maximum chacun pour la première ronde, y compris les questions et les réponses. Je demande donc aux sénateurs et aux témoins d’être précis. Nous pourrons toujours tenir une autre ronde si le temps le permet.
[Traduction]
Le sénateur Ravalia : Merci d’être des nôtres. Je voudrais vous exprimer ma gratitude pour tout le travail que vous faites dans des conditions qui sont extrêmement difficiles en ce moment.
Monsieur Sarai, le budget de 2025 prévoit un ajustement de 2,7 milliards de dollars de l’aide internationale, mais sans préciser le point de référence employé pour calculer les réductions en question. Des informations plus transparentes sur le profil des dépenses à venir aideraient à comprendre la portée et les conséquences de ces décisions budgétaires pour les partenaires canadiens et les collectivités touchées.
Pourriez-vous préciser par rapport à quel niveau de dépenses l’ajustement de 2,7 milliards de dollars est mesuré et quelles en seront les conséquences sur les niveaux d’aide internationale du Canada au cours des prochaines années?
M. Sarai : Merci, sénateur Ravalia.
Le gouvernement prend des mesures réfléchies à long terme pour accroître l’efficience et livrer de meilleurs résultats pour les Canadiens. L’examen exhaustif des dépenses annoncé dans le budget de 2025 générera des économies de plus de 15 % à l’échelle du gouvernement. Le ministère met en œuvre ces mesures afin de réaliser les économies approuvées. Par suite de l’examen exhaustif des dépenses, le gouvernement impose une diminution de 2,7 milliards de dollars de l’enveloppe d’aide internationale sur les 4 prochaines années, qui ramènera les dépenses au niveau prépandémique.
Vous souhaitez probablement obtenir des éclaircissements sur certains programmes qui viendront à échéance, comme le financement de la lutte contre les changements climatiques. Le gouvernement n’a pas encore pris de décision sur ces programmes et sur la suite des choses. Ces décisions restent à venir.
Le sénateur Ravalia : Merci.
Collaborez-vous avec certains partenaires internationaux, étant donné que des pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne ont eux aussi réduit leurs programmes d’aide internationale?
M. Sarai : Oui. Nous travaillons avec des pays du Golfe qui ont exprimé leur intérêt à collaborer avec nous sur plusieurs initiatives. Nous portons attention à ces pays qui viennent de se joindre à la discussion. Nous nous intéressons également à un grand nombre de fondations privées telles que la Fondation Bill et Melinda Gates et les fondations Rockefeller et Ford. Nous collaborons aussi avec des pays qui font depuis longtemps du développement international sous différentes formes et qui seraient ouverts à travailler avec le Canada. Nous estimons que de prendre une toute nouvelle direction est le meilleur moyen d’aller de l’avant pour compenser une partie des réductions du financement de l’aide humanitaire.
[Français]
La sénatrice Gerba : Bienvenue, monsieur le secrétaire d’État, ainsi qu’à toute votre équipe.
La multiplication des instruments canadiens en Afrique, notamment en matière de diplomatie, d’aide publique, de financement, de développement et de soutien aux entreprises, soulève la question de la coordination et de la lisibilité de l’action canadienne sur le terrain. Cela concerne notamment la mise en œuvre de la Stratégie du Canada pour l’Afrique, dont nous venons de célébrer le premier anniversaire.
Quel mécanisme concret de coordination existe-t-il entre EDC, FivDev Canada, les missions diplomatiques, les services de délégués commerciaux et les programmes d’aide internationale en Afrique?
[Traduction]
M. Sarai : C’est une excellente question, sénatrice. J’étais avec vous à l’événement qui soulignait le premier anniversaire de la Stratégie du Canada pour l’Afrique.
Les 4 missions que j’ai menées en Afrique en moins de 10 mois prouvent l’importance de la stratégie. J’ai parcouru le continent à partir du Ghana, sur la côte Ouest, jusqu’en Égypte, pour me rendre ensuite en Tanzanie, en Éthiopie, en Afrique du Sud et au Kenya. Notre engagement est très profond.
FinDev Canada ouvre un bureau en Afrique du Sud pour y mettre en œuvre des projets soutenus par du financement mixte et des capitaux préférentiels. En Afrique du Sud, j’ai vu des projets d’infrastructures portuaires financés par FinDev pour assurer la résilience des chaînes d’approvisionnement. Ces infrastructures aident à soutenir 600 000 tonnes de marchandises qui arrivent dans les ports d’Afrique du Sud et qui en partent. Au Kenya, nous venons de mettre en place quelque chose — comme je l’ai mentionné dans ma déclaration liminaire — qui permettra de former 2 000 techniciens en aéronautique en collaboration avec un collège canadien dont le travail touchera également une école de pilotage et la formation au pilotage au Kenya.
Nous établissons ces types de partenariats qui procurent des avantages mutuels.
Nous avons aussi augmenté, sauf erreur, de 138 millions de dollars le financement versé à la Banque africaine de développement, qui sera, si je ne m’abuse, multiplié par 11 et versé sous forme de prêts à des initiatives de financement de la lutte contre les changements climatiques, que ce soit des systèmes d’énergie solaire reliés ou non au réseau ou d’énergies renouvelables ou d’autres projets. Nous sommes fermement résolus à travailler dans des programmes de ce type.
Nous offrons aussi des programmes agricoles additionnels par l’entremise d’un organisme canadien de R-D, le Centre de recherches pour le développement international, ou CRDI, qui contribue à mettre au point des méthodes agricoles plus efficaces, à faire participer les femmes au secteur agricole, à augmenter le rendement des récoltes, et dans certains cas, à donner accès à de la machinerie comme des tracteurs et des motoculteurs pour obtenir des récoltes plus abondantes moyennant moins d’efforts physiques.
Nous continuerons à travailler avec la Banque africaine de développement, l’Union africaine, FinDev Canada et d’autres partenaires au titre d’ententes bilatérales avec ces pays.
La sénatrice Coyle : Merci encore une fois à vous tous d’être des nôtres, particulièrement à vous, monsieur le secrétaire d’État.
Avant de devenir sénatrice, je travaillais dans le développement international. Je trouve donc très important de suivre les nouvelles orientations. J’ai été témoin de plusieurs changements d’orientation pendant les décennies que j’ai passées dans le domaine, et je comprends, comme tout le monde, la nécessité de maximiser nos ressources et l’importance de séparer le bon grain de l’ivraie pour que les fleurs éclosent et portent des fruits. Je vous félicite d’essayer de sortir des sentiers battus.
Je voudrais en savoir plus sur votre troisième priorité, en l’occurrence la communication avec les Canadiens, qui est tellement cruciale. Les Canadiens n’ont franchement aucun indice de ce que fait le Canada dans ce domaine. Certains donnent peut-être à des ONG, ce qui est une bonne chose parce que cela leur donne une petite idée du portrait d’ensemble. Certains autres entendent peut-être des histoires négatives — ou en ont entendu il y a peut-être 20 ans sur des équipements rouillés ou d’autres choses du même genre qui ont forgé leur opinion sur le développement international.
J’aimerais savoir ce que vous comptez faire pour nouer le dialogue avec les Canadiens.
M. Sarai : C’est une bonne question.
Je pense que de nombreux groupes confessionnels et de personnes qui le font par bonté — les communautés donatrices — sont au courant de nos projets de développement international et d’aide humanitaire. Nous essayons de rejoindre ceux qui sont peut-être cyniques en raison de ce qu’ils ont lu ou vu. Les immigrants récemment arrivés au Canada n’ont pas l’occasion de se renseigner sur ce que nous faisons. Leur priorité est de trouver du travail pour boucler leurs fins de mois; ils ne savent même pas pourquoi nous menons des opérations de développement.
Un des programmes que j’ai lancés est le Fonds de subsistance et de sécurité alimentaire, ou LIFT. Ce petit programme, qui vient bonifier de 10 millions de dollars un programme existant pour un total de 38 millions de dollars, a pour objectif d’aider les petites communautés de la diaspora, les clubs Rotary et les groupes confessionnels à réaliser des projets de petite et de grande envergure à l’étranger. Dans le cas du financement d’un programme, disons que le groupe en question investit 5 000 $, nous verserons une somme de 20 000 $, soit 4 fois le montant initial, qui pourra ensuite être investie. Certains groupes vont donner des formations qui permettent d’acquérir des compétences professionnelles et en affaires à des collectivités à l’étranger qu’ils veulent accueillir. Certains autres qui veulent faire quelque chose de plus palpable parrainent une école ou une clinique médicale, dont le financement sera égalé jusqu’à concurrence de 600 000 $.
Je veux aussi souligner que lorsque les communautés de la diaspora célèbrent la fête nationale du Vietnam ou la Journée de l’indépendance des Philippines, elles découvrent les opérations que nous menons dans leur pays. La plupart des membres de la diaspora lisent les manchettes sur l’Ukraine, Gaza et peut-être le Soudan, mais ils ne savent rien du travail énorme que nous accomplissons dans leur pays d’origine, que ce soit les Philippines, le Ghana, la Syrie, le Pakistan ou le Liban.
Je parle de notre travail partout où je vais. J’essaie d’encourager les sénateurs et les députés à faire de même aux événements auxquels ils sont invités. Ce sont de belles occasions de sensibilisation. Mon équipe serait très heureuse de fournir des données pour chaque pays que nous avons soutenu ou auquel nous avons apporté des contributions.
Le président : Merci beaucoup. Je pense que nous allons accepter votre offre. Ces données seraient sans doute très utiles à tous les membres du comité. Je vous remercie.
Je souligne que le sénateur Al Zaibak, de l’Ontario, s’est joint à la réunion.
Le sénateur Wilson : Ma question donne suite à celle de la sénatrice Gerba.
Étant donné que je n’ai pas la même expérience dans ce domaine que la sénatrice Coyle, pouvez-vous m’expliquer la différence entre l’approche utilisée précédemment et l’approche plus ciblée utilisée aujourd’hui, en donnant des exemples concrets qui aideront une néophyte comme moi à mieux comprendre la différence entre les deux?
M. Sarai : D’abord, auparavant, il y avait beaucoup plus d’argent dans le système, surtout avant les compressions à l’USAID. Les Européens et, franchement, nous aussi — tout le monde a dû se serrer la ceinture. Le Canada a été en mesure de fournir des fonds limités pour soutenir un grand nombre de programmes multilatéraux.
Maintenant, pour vous donner un exemple concret, prenons le Kenya. Dans le passé, nous aurions pu appuyer un projet de développement visant à financer ou à offrir une formation professionnelle destinée aux filles et aux jeunes hommes de communautés marginalisées. Une organisation aurait pu dire : « Nous leur enseignerons le soudage ou la mécanique industrielle. » Il ne devait pas nécessairement y avoir de rapport ou de lien avec les activités commerciales que le Canada menait déjà au pays. Dans ce cas-ci, De Havilland est un constructeur aéronautique canadien, et croyez-le ou non, toutes les 20 minutes, un avion canadien décolle ou atterrit au Kenya. Le constructeur a donc besoin de techniciens. Généralement, les responsables du développement et les responsables du commerce dans nos ambassades ne se parlaient pas ou ne coordonnaient pas leurs activités. Les responsables du développement recevaient une proposition, et s’ils la trouvaient bonne et concrète, ils l’approuvaient et la finançaient. Les responsables du commerce se seraient dit : « Nous voulons vraiment vendre des avions De Havilland ici, mais malheureusement, il n’y a pas de techniciens pour ce type d’avions au Kenya; le Kenya ne va donc pas en acheter. Il y a des techniciens pour d’autres types d’avions. »
Aujourd’hui, nous essayons de faire en sorte que les deux groupes se parlent.
Ce n’est pas mutuellement exclusif, mais s’il est possible de lier le commerce et le développement, les deux côtés se parlent. Une agente de développement à Nairobi, au Kenya, peut dire : « Il y a un collège qui veut offrir un programme de formation et d’enseignement professionnels et techniques, et voici le coût. » Son collègue du commerce pourrait lui répondre : « Le constructeur De Havilland essaie de vendre 20 avions de plus, mais il n’arrive pas à trouver de techniciens d’entretien d’aéronefs. Si vous pouvez contribuer à la formation de techniciens, le problème sera réglé. » Ainsi, on crée de bons emplois qualifiés et bien rémunérés, qui répondent à un besoin.
Avant, cette communication n’existait pas. C’est le changement fondamental qui a été apporté sur ce plan.
Ensuite, il y a le financement mixte. C’est une nouveauté. Je pense que c’est une nouveauté au Canada, ainsi qu’aux Nations unies. Dans ses rôles précédents, le premier ministre Carney a vraiment poussé pour que les Nations unies adoptent cet outil. Beaucoup de projets non bancables ont besoin d’un premier élan de financement. Une banque ordinaire refuserait peut-être de les soutenir. Disons qu’il s’agit d’un projet de panneaux solaires dans une région rurale. Une fois que le Canada accorde un prêt à des conditions libérales, une banque peut consentir un prêt pour couvrir le reste. Une fois que le projet a fait ses preuves et qu’un accord d’achat d’énergie a été conclu, il n’a plus besoin de l’aide du gouvernement; la banque acceptera de le financer. C’est la deuxième partie.
Voilà les deux premières priorités. J’ai déjà expliqué la troisième, qui concerne la sensibilisation de la population canadienne.
Le sénateur Woo : Monsieur Sarai, je vous remercie, vous et vos collaborateurs, de votre présence.
La nouvelle approche — le lien plus étroit entre le commerce et le développement — change-t-elle la façon de travailler sur le terrain? Je pense au Fonds canadien d’initiatives locales, ou le FCIL. Y accordera-t-on plus d’attention — peut-être plus d’argent ou un plus grand pouvoir décisionnel?
M. Sarai : Nous allons essayer de faire de la coordination lorsqu’il peut y avoir un rapport entre les initiatives et le commerce, par exemple s’il y a des investissements canadiens ou des projets canadiens — comme des projets d’extraction ou des projets miniers. En ce qui concerne l’augmentation du financement, c’est difficile d’accorder plus d’argent, peu importe le programme. Nous devons nous serrer la ceinture, mais nous examinons très attentivement les projets de la sorte.
Le sénateur Woo : Juste pour préciser, le FCIL relève-t-il du portefeuille du développement ou du commerce?
Cheryl Urban, sous-ministre adjointe, Secteur des affaires pangéographiques, Affaires mondiales Canada : Je pense qu’en principe, il relève de la ministre des Affaires mondiales, mais c’est de la programmation. Nous surveillons très étroitement le Fonds canadien d’initiatives locales pour nous assurer qu’il est bien coordonné avec notre politique sur l’aide internationale. Nous nous assurons qu’il concorde. Le fonds remplit une fonction particulière : puisque les sommes sont petites, il a l’avantage d’être flexible. Il sert principalement à répondre à des besoins très circonscrits et à collaborer avec des organisations de petite taille.
Le sénateur Woo : C’est ce que je voulais savoir parce que les besoins locaux, circonscrits et immédiats ont souvent une très grande visibilité; ils fournissent donc le genre de profil que vous recherchez.
Mon autre question concerne les liens entre l’éducation et le développement. Vous avez déjà parlé de la formation des techniciens d’entretien d’aéronefs au Kenya. Parmi les constatations du rapport de la vérificatrice générale du Canada sur les étudiants étrangers, ce n’est pas le nombre de personnes qui sont restées qui m’a frappé, c’est le fait que le nombre d’étudiants étrangers qui sont venus au Canada était inférieur aux prévisions, un problème qui pourrait perdurer. Considérez-vous que les étudiants étrangers au Canada relèvent du portefeuille du développement, si je peux le dire ainsi? Je sais que ce n’est pas votre ministère, mais qu’en pensez-vous?
M. Sarai : C’est une bonne question. En principe, les étudiants étrangers ne relèvent pas de mon portefeuille, mais il existe un programme au sein duquel le développement international joue un rôle important, à savoir l’Entraide universitaire mondiale du Canada, ou l’EUMC. Nous parrainons un des camps de réfugiés au Kenya. Nous offrons des bourses aux étudiants brillants qui ont grandi dans les camps de réfugiés. Ils doivent satisfaire aux normes canadiennes et ils doivent être admis dans une université canadienne. Il y a en a 70 qui viendront étudier au Canada, et ils pourront rester ici après leurs études.
J’ai vu des exemples concrets de réussite durant la Semaine du développement international. J’ai voyagé partout au pays et j’ai rencontré des personnes qui ont des emplois au Canada, mais qui donnent à leur tour en créant leurs propres ONG pour venir en aide aux pays qu’elles ont quittés et aux gens qui sont restés là‑bas. Je pense que nous avons un rôle important à jouer, que ce soit à travers le commerce, l’éducation ou les bourses d’études. Nous faisons un peu des deux : nous faisons venir des étudiants au Canada en leur offrant des bourses très exclusives et limitées, et nous offrons de la formation à beaucoup d’étudiants par l’intermédiaire de l’EUMC et d’autres programmes, dont des programmes d’enseignement et de formation techniques et professionnels dans les pays d’accueil.
Le président : Merci beaucoup.
La sénatrice M. Deacon : Je remercie tous les témoins de leur présence. Nous sommes ravis de vous recevoir. Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants s’est réuni lundi, et le professeur Michael Byers était présent pour parler de l’approvisionnement. Il a déclaré :
[…] il est aussi important de comprendre que le gouvernement a réduit le financement de l’aide au développement et de la diplomatie à l’étranger afin d’accorder la priorité aux dépenses en matière de défense, ce qui est tout à fait insensé. […] Il faut voir ça comme un ensemble, et nous avons été entraînés dans cette frénésie de dépenses en matière de défense par les demandes de Donald Trump. Ce n’est pas comme ça que nous devrions déterminer nos politiques nationales.
Je pense qu’il met en lumière l’idée de plus en plus répandue que le gouvernement est en train de remplacer le pouvoir discret et altruiste par une approche au développement axée sur les gains à réaliser. Selon vous, à l’ère du réalisme fondé sur la valeur, le pouvoir discret, qui ne donne pas immédiatement de résultats mesurables, a-t-il toujours sa place?
M. Sarai : Selon moi, le pouvoir discret et la diplomatie occupent une place prépondérante dans les activités de développement. Chaque fois que je visite un État, j’ai l’occasion de rencontrer des ministres, et parfois même le premier ministre, le président ou le chef d’État. Les pays en développement sont grandement reconnaissants envers le Canada pour l’aide qu’il leur apporte. Qu’il s’agisse des Philippines, du Vietnam, du Kenya, de la Tanzanie, de l’Éthiopie ou du Ghana, tous sont profondément reconnaissants, ce qui ouvre la porte à de nouvelles négociations commerciales. C’est pour cette raison que le premier ministre Carney a traité le budget consacré au développement international de la même façon que tous les autres.
Oui, l’Examen exhaustif des dépenses a touché l’ensemble des budgets. Toutefois, contrairement à nombre d’autres pays qui ont réduit considérablement le financement du développement en particulier, je pense que le Canada a imposé des compressions équivalentes dans l’ensemble des secteurs, ce qui témoigne de l’importance capitale que nous accordons au développement. C’est pourquoi nous continuons à renforcer les liens entre le développement et le commerce. Le développement nous permet d’user du pouvoir discret pour tirer parti de débouchés commerciaux, tout en luttant contre la pauvreté, en venant en aide aux femmes et aux filles, et en soutenant les initiatives et les résultats en matière de santé, notamment dans le domaine des maladies transmissibles. Nous faisons tout cela en même temps.
Je suis entièrement d’accord avec vous : le pouvoir discret présente un avantage indéniable. En fait, je dirais que nos efforts de valorisation laissent à désirer. Nous sommes très modestes. Nous sommes canadiens. Contrairement aux Américains, nous n’ornons pas tout de notre drapeau. Nous mettons notre drapeau sur certains articles que nous offrons; nous devrions probablement le mettre sur plus de choses. Les pays nous sont très reconnaissants de notre aide. Les résultats sont tangibles.
J’en ai vu un excellent exemple dans la province de Bohol, aux Philippines. On nous a fait faire un tour de bateau pour nous montrer la biosphère que nous aidons à préserver. On nous a dit : « En passant, c’est l’Agence canadienne de développement international qui nous a fourni ces bateaux il y a 20 ans. » Aujourd’hui, c’est une attraction touristique; c’est devenu une industrie. De grands bateaux semblables à des chalands servent de la nourriture, et plus encore. L’aide du Canada a contribué à la création d’un écosystème entier — d’une industrie pour la population. Je pense que les États partenaires qui ont reçu de l’aide au développement international de la part du Canada sont très reconnaissants.
Le sénateur Al Zaibak : Monsieur le ministre, je vous remercie d’avoir joué un rôle de premier plan dans l’adoption d’une approche plus intégrée au développement international. Je m’excuse d’avoir manqué votre déclaration préliminaire.
Monsieur le ministre, pouvez-vous nous donner un exemple où des capitaux privés ont été mobilisés avec succès pour atteindre des objectifs de développement? Aussi, quel rôle les institutions comme FinDev Canada devraient-elles jouer dans l’approche globale du Canada à l’égard du développement?
M. Sarai : J’ai déjà donné un exemple des activités de FinDev Canada. En Afrique du Sud, elle a investi dans les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement portuaires. Un autre très bon exemple est ce que j’appelle l’histoire de la cannelle, au Vietnam. Nous avons donné 20 millions de dollars à Equitas, qui a aussi recueilli 80 millions de dollars en capitaux privés, en obligations orange, et cetera, pour ainsi créer un fonds de 100 millions de dollars visant à financer de nombreux projets. L’un des projets était une coopérative de transformation de la cannelle : auparavant, des femmes cultivaient la cannelle et en récoltaient l’écorce pour ensuite la vendre à très bas prix à des intermédiaires qui leur en cachaient la valeur réelle. Aujourd’hui, ces femmes vendent la cannelle à une usine locale, à un prix élevé. Hors saison, elles peuvent travailler dans cette même usine, où elles transforment la cannelle en produits de haute qualité conformes aux normes internationales, y compris pour les domaines pharmaceutique, alimentaire et cosmétique. Elles touchent des revenus élevés. J’ai vu de mes propres yeux l’amélioration de leurs vies et de leurs foyers. C’est là un exemple concret. Le rendement est bon. Je pense que le Canada récupérera son investissement; il pourra alors financer un autre projet.
Nous avons aussi participé à des initiatives dans le secteur des énergies renouvelables où le rapport était le même, soit 20 millions de dollars de la part du Canada et 80 millions de dollars en capitaux privés, pour un total de 100 millions de dollars visant à soutenir 5 projets d’énergie renouvelable. Je crois que c’était en Indonésie, où l’on produit de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne et de l’énergie marémotrice. Au deuxième tour, les demandeurs ont pu solliciter un financement mixte ou un prêt à conditions libérales. Au troisième tour, ils plaisantaient durant le souper : « Nous avons reçu une offre de votre part, mais nous avons obtenu un meilleur taux de la banque. Nous nous excusons d’avoir refusé votre offre. » J’ai répondu que c’était exactement ce que nous voulions. Nous voulons donner le premier élan; après, si le projet est bancable, il peut être poursuivi de manière autonome. Voilà le type de projets que nous soutenons au moyen du financement mixte et de partenariats.
L’exemple le plus récent est un projet mené par Tim Hortons. Tim Hortons et le gouvernement ont investi 20 millions de dollars chacun dans un projet de 40 millions de dollars visant à aider 5 pays à mettre sur pied des coopératives pour cultiver et vendre des grains de café. Les caféiculteurs obtiennent de meilleurs rendements et des prix plus élevés, tandis qu’au Canada, nous bénéficions d’un approvisionnement en café fiable et stable qui nous procure notre dose matinale de caféine.
Le président : Merci. Cela donne un tout nouveau sens à l’expression « double-double », non?
Le sénateur MacDonald : Monsieur le ministre, je suis heureux de vous voir. Je veux revenir, de façon générale, aux sommes d’argent que nous envoyons à l’étranger sous forme d’investissement et de soutien. Je regarde les chiffres : la moyenne s’élève à environ 12 milliards de dollars par année. Le total varie. Il y a environ 5 ans, c’était 8,5 milliards de dollars. En 2022, quand nous avons commencé à envoyer de l’argent à l’Ukraine, le total a grimpé à approximativement 16 milliards de dollars. En 2023-2024, c’était environ 12 milliards de dollars. La moyenne annuelle s’élève à environ 12 milliards de dollars.
Quels systèmes sont en place pour vérifier à quelles fins et à quels endroits les fonds sont utilisés, et pour nous assurer qu’ils ne sont pas détournés? Je n’ai jamais été convaincu que nous obtenions les informations qu’il nous faut par rapport à cela.
Je vous donne un exemple. J’ai des amis cubains qui vivent à Halifax. Il y a environ un mois, nous avons fourni de la nourriture et de l’aide à Cuba d’une valeur approximative de 8,5 millions de dollars. Par la suite, nous avons appris que le gouvernement avait saisi la nourriture et qu’il la vendait. On ne veut pas que le gouvernement cubain reçoive de la nourriture; cela va à l’encontre de l’intérêt supérieur de la population cubaine. La population cubaine veut jouir d’une certaine liberté.
À quelle fréquence de telles situations se produisent-elles, et quelles mesures prenons-nous pour y remédier?
M. Sarai : Merci, sénateur MacDonald.
Grâce à des mécanismes rigoureux de diligence raisonnable et de reddition de comptes, le gouvernement veille à ce que son aide internationale soit efficace et responsable. À vrai dire, on nous critique parfois parce que le système d’approbation et de validation est très rigoureux. Nous évaluons la capacité financière de nos partenaires; c’est un élément clé de notre diligence raisonnable. Le suivi du rendement et, dans certains cas, la gestion axée sur les résultats sont au cœur de l’approche du gouvernement pour les suivis et l’optimisation des résultats. Nos mécanismes de reddition de comptes et nos occasions d’apprentissage sont très rigoureux et transparents.
Cela ne veut pas dire que des problèmes n’arrivent jamais. Bien sûr, il est possible qu’il en survienne, mais les systèmes qu’Affaires mondiales Canada a mis en place font que le système est rigoureux. Parfois, on nous critique aussi pour notre utilisation de systèmes multilatéraux. Bien souvent, nous optons pour ces systèmes parce que nos partenaires les ont mis au point. Ce n’est pas seulement le système canadien qui surveille les pays prestataires; une multitude de pays qui contribuent au financement du programme les surveillent également.
Je fais confiance au personnel d’Affaires mondiales Canada, dont les normes sont très élevées. Nous essayons de rationaliser le système, mais sans pour autant compromettre l’intégrité de l’apport de notre financement. En effet, je crois fermement que les deniers publics canadiens doivent se rendre aux bons endroits, servir à de bonnes causes et ne pas être exploités ou utilisés à mauvais escient.
[Français]
La sénatrice Youance : Merci, monsieur le ministre. Le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU estime que près de 240 millions de personnes dans le monde auront besoin d’une aide humanitaire vitale à partir de 2026. Affaires mondiales Canada a-t-il analysé l’incidence des compressions prévues dans l’enveloppe de l’aide internationale sur la capacité du Canada à répondre à cette crise humanitaire? Quels sont les critères retenus pour déterminer le choix de l’aide que le Canada va apporter à partir de 2026?
[Traduction]
M. Sarai : C’est une excellente question, madame la sénatrice.
Le paysage du développement international change rapidement, et les besoins en matière d’aide au développement ne cessent d’augmenter. Dans ce contexte, des efforts sont déployés sur plusieurs fronts, notamment pour réformer la structure de l’aide internationale, y compris à l’ONU, afin qu’elle soit adaptée à son objectif. Le Canada participe activement à la réforme du système de l’aide au développement. Il travaille de concert avec d’autres pays pour que la prestation et la structure de l’aide internationale soient plus efficaces, et pour tirer parti de toutes les sources de financement de l’aide au développement.
Bien franchement, je pense que nous en sommes arrivés à un point où nous devons d’abord aider les plus vulnérables, puis venir en aide aux autres groupes selon leurs besoins. Ces choix sont difficiles, comme j’en ai été témoin à un camp de réfugiés des Nations unies à Kakuma, au Kenya. Les responsables adoptent cette même approche : les rations de nourriture sont distribuées selon les besoins les plus essentiels. Ainsi, les réfugiés qui ne peuvent travailler et dont les besoins sont les plus importants reçoivent un peu plus de riz, de lentilles et d’huile de cuisson, tandis que ceux qui peuvent travailler en reçoivent un peu moins. Les travailleurs reçoivent des rations encore plus petites. Malheureusement, c’est probablement la réponse réaliste, mais je suis optimiste, et j’espère que ce changement de structure et certains des nouveaux contributeurs à l’aide au développement nous permettront de nous en sortir à long terme. Pour l’instant, le principe est que les besoins des plus vulnérables et des plus démunis devraient être évalués en premier, et qu’ils le seront.
[Français]
La sénatrice Youance : Merci. J’aurais aimé avoir votre point de vue sur un équilibre entre l’aide internationale et la défense. On parlait plus tôt du fait que l’on réduit l’aide internationale pour augmenter les dépenses en matière de défense. Que pensez-vous d’une parité entre les budgets de l’aide internationale et de la défense, compte tenu du fait que l’on devra reconstruire ce qui a été détruit par les armes?
[Traduction]
M. Sarai : Le développement international est essentiel pour la paix et la sécurité. En période de chômage élevé, la pauvreté augmente et les maladies se propagent. On assiste alors à du radicalisme, des soulèvements et de la violence, en particulier contre les femmes et les enfants. Aussi importante que soit la défense pour le Canada, le développement international est aussi crucial. Voilà pourquoi je pense que nous ne compromettons aucunement le développement international. De plus, nous continuerons de consacrer les efforts et les fonds nécessaires pour atténuer les facteurs qui causent des perturbations. Je pense que les deux vont de pair.
Le président : Merci. Nous sommes rendus à la fin de la première série de questions. C’est habituellement à ce moment que le président pose une question, et c’est ce que je vais faire.
Monsieur Sarai, j’ai trouvé intéressant et encourageant votre commentaire, dans votre déclaration préliminaire, sur l’engagement continu à l’égard de l’égalité des sexes dans notre aide internationale. Je sais que votre ministère travaille assidûment à la Politique d’aide internationale féministe, ou PAIF. Elle a commencé il y a quelques années, mais le travail se poursuit.
Y a-t-il eu un recul dans ce domaine? Certains médias ont rapporté que l’engagement a diminué d’une manière ou d’une autre, en particulier du côté de l’importante question de la santé et des droits sexuels et reproductifs.
M. Sarai : Merci, monsieur le président.
L’égalité des sexes est au cœur des valeurs canadiennes, et nous demeurons déterminés à autonomiser les femmes et les filles, en passant notamment par leur santé et leurs droits sexuels et reproductifs, et en mettant fin à la violence fondée sur le sexe dans le cadre de notre politique étrangère et de nos partenariats mondiaux. Le Canada est profondément préoccupé par la montée de la haine et de la violence ciblant les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQIA+ et par l’intense polarisation qu’engendrent les enjeux d’égalité des sexes dans les forums multilatéraux.
La collaboration avec les organisations de défense des droits des femmes est l’un des moyens les plus efficaces de protéger et de renforcer l’égalité des sexes. En effet, leurs expériences font d’elles les mieux placées pour lutter efficacement contre les inégalités au sein de nos propres communautés.
Pour revenir à la PAIF, je pense que la seule approche qui a changé est que nous faisons preuve de plus de souplesse quant à nos résultats. Le cadre précédent de la PAIF était très rigoureux, alors nous continuons de nous appuyer sur les principes de la PAIF et sur l’analyse comparative entre les sexes. Nous permettons cependant une plus grande marge de manœuvre dans notre programme. Voilà les commentaires que nous avons reçus des intervenants, y compris ceux qui travaillent dans ce domaine.
Le président : Merci beaucoup. C’est encourageant.
Je vous informe qu’il reste environ 15 ou 18 minutes avant que le secrétaire d’État ne doive partir.
La sénatrice Coyle : Nous avons parlé du meilleur des mondes pour le développement international. Le monde se transforme alors que le Canada n’a pas nécessairement emboîté le pas, alors nous essayons de rattraper le reste de la planète. La société civile, à l’échelle internationale et au pays, est un moteur très puissant d’innovation et d’influence, et est en mesure d’attirer des sources de financement et d’en tirer profit.
Je viens de la société civile. Il y a de nombreuses années, mes collègues et moi traitions avec la Fondation Ford, la Fondation Rockefeller — et j’en passe — pour créer des fonds de capitaux propres destinés à du microfinancement et à toutes sortes d’initiatives. Tant la société civile canadienne que ses partenaires du monde entier sont des partenaires très précieux pour le Canada.
Pourriez-vous nous dire comment ce pan de la société s’inscrit dans la nouvelle vision et le fonctionnement de la politique d’aide internationale du Canada?
M. Sarai : Vous avez tout à fait raison. Nous avons besoin de plus d’initiatives et de soutien de la part de la société civile, qui s’est mobilisée. L’autre jour, j’étais avec le dirigeant du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui disait que la contribution proportionnelle du secteur privé au fonds, à l’échelle internationale, a augmenté. Je pense qu’environ 11 ou 12 % du financement du fonds sur les 12 milliards de dollars recueillis proviennent du secteur privé, ce qui représente plusieurs points de pourcentage de plus que lors du dernier cycle.
Nous constatons le même phénomène de notre côté. De nombreuses fondations privées et de nombreux groupes de la société civile intensifient leurs efforts pour amasser plus de fonds.
Voilà pourquoi nous faisons appel à des institutions financières canadiennes comme Desjardins, qui compte une filiale d’ONG qui fonctionne très bien. Certains nouveaux États internationaux se sont adressés à nous parce qu’ils veulent prêter main-forte, octroyer des microprêts et collaborer avec certaines de nos institutions financières pour les administrer.
La sénatrice Coyle : S’agit-il d’organisations de la société civile canadienne?
M. Sarai : Oui, ces organisations sont canadiennes, comme Desjardins, notamment. Absolument, oui. La Fondation Mastercard en est certainement une autre. Elle donne beaucoup de fonds et contribue grandement à la cause. Il y a de plus en plus d’organisations.
Ce qui nous avantage, c’est l’image de marque favorable et la bonne réputation du Canada qui incitent la société civile et les fondations non canadiennes à vouloir travailler avec nous. Nous devrions retirer une grande fierté du travail accompli par les groupes et le gouvernement canadien par le passé.
La sénatrice M. Deacon : Monsieur le secrétaire d’État, vous avez accordé une entrevue à La Presse canadienne en février dans laquelle vous mentionniez que les compressions à la direction générale du développement d’Affaires mondiales Canada pourraient être compensées par des gains en efficacité, notamment grâce au recours à l’intelligence artificielle. Je me demande si vous pouvez expliquer vos propos. Le milieu du développement international adopte-t-il déjà l’intelligence artificielle? Si oui, quelle forme prend-elle?
M. Sarai : Oui, nous nous servons de la technologie. Nous avons une nouvelle Initiative de transformation des subventions et des contributions, ou ITSC. Elle vise à moderniser et à simplifier la gestion et la prestation des subventions et des contributions d’Affaires mondiales Canada afin de rendre le processus plus réactif, efficace, transparent et responsable.
L’initiative s’inscrit dans l’effort pour réduire les formalités administratives visant à augmenter le rendement des organisations. Elle est en cours en ce moment même. Nous essayons de simplifier le processus des subventions et le traitement de ces subventions. Lors de ma prochaine comparution, j’aurai probablement reçu plus de commentaires et je pourrai alors vous dire comment l’initiative se passe. Elle fait certainement partie de nos efforts pour rendre le processus plus efficace.
J’ai lancé le programme LIFT du Canada notamment parce qu’il est également axé sur les petites subventions et qu’il permet donc à un plus grand nombre de Canadiens de participer à la cause — qui plus est, avec moins de paperasse et plus de simplicité. Le Réseau de coordination des conseils peut aider à débloquer ces subventions. Nous cherchons à recourir à l’intelligence artificielle, à la technologie et aux partenaires pour rendre le processus beaucoup plus efficace.
La sénatrice M. Deacon : Merci. J’ai hâte de voir les résultats au fil du temps.
Le sénateur Al Zaibak : Je suis intrigué par le plus récent accord de libre-échange entre le Canada et l’Indonésie, dans lequel le financement de l’aide au développement devient une mesure incitative pour ouvrir de nouveaux marchés et accroître les échanges commerciaux du Canada avec de tels pays.
Est-ce qu’une partie de la réduction prévue de 2,7 milliards de dollars de l’enveloppe de l’aide internationale peut être redirigée vers l’ouverture de nouveaux marchés et contribuer à faire croître notre commerce? Nous pourrions ainsi respecter nos plans visant à diversifier nos partenaires stratégiques et à réduire notre dépendance à l’égard d’un trop petit nombre de partenaires.
M. Sarai : Je ne suis pas ministre des Finances et je n’ai pas la liberté d’attribuer les fonds qui sont économisés.
Ce que je puis dire, c’est que le Canada, dans le cadre de son développement international, utilise une partie de ses fonds pour aider à mettre en œuvre des programmes. En Indonésie, une partie du financement sert à mettre en œuvre nos accords de libre-échange. Concrètement, l’argent sert notamment aux règlements, à l’aide aux frontières et aux douanes, à aider nos homologues à comprendre le fonctionnement des systèmes et à la régularisation des licences de produits et des marques de commerce. Nous menons beaucoup d’études de faisabilité. Par exemple, dans le secteur de l’énergie, si un pays veut mettre en œuvre une stratégie nucléaire pour se doter de réacteurs nucléaires ou de petits réacteurs modulaires, ou PRM — ce dans quoi le Canada excelle —, nous pouvons financer l’étude de faisabilité pour aider le pays à la mettre en œuvre.
De même, nous pouvons offrir de l’aide financière au pays pour l’aider à mettre en place des règlements sur, par exemple, l’utilisation de la technologie nucléaire afin qu’il dispose d’un cadre pertinent. Nous effectuons une grande partie de ce travail de fond afin d’accroître les échanges commerciaux de ces pays. Habituellement, ce travail englobe les règlements, parfois le cadre juridique, la formation, la formation technique et professionnelle, les codes du bâtiment et d’autres éléments. C’est le genre de projets pour lesquels nous pouvons aider les pays grâce à notre réserve de fonds pour l’aide au développement. Cette aide semble avoir une grande incidence si on se fie aux débouchés commerciaux et aux accords qui se concrétisent tout de suite après.
Le sénateur Al Zaibak : Merci.
Le sénateur Woo : En principe, cette question s’adresse également au ministre des Finances, mais sur le plan opérationnel, je pense qu’elle vous est destinée. Elle porte sur les nouvelles banques multilatérales de développement et sur notre attitude à leur égard.
Tout d’abord, allons-nous recommencer à travailler avec la Banque interaméricaine de développement, ou BID, étant donné notre recalibrage avec la Chine? Quelle est notre opinion de la banque dirigée par les pays BRICS — le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud —, c’est-à-dire la Nouvelle Banque de développement? Je crois comprendre que nous avons une nouvelle politique étrangère à « géométrie variable. » Il me semble que deux des plus grandes variables sont la banque dirigée par les pays BRICS et la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, ou BAII. J’ai l’impression que nous raterions une occasion si nous ne trouvions pas des moyens d’établir des liens avec elles.
M. Sarai : Encore une fois, je ne serai pas en mesure de répondre. Ces questions relèvent du ministre des Finances, mais nous soutenons les banques qui relèvent de moi : la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement, la Banque interaméricaine de développement et la Banque de développement des Caraïbes. Dans bien des cas, nous leur donnons plus de financement afin qu’elles octroient plus de prêts. Nous donnons plus de garanties. La Banque africaine de développement en est un bon exemple : une garantie de 138 millions de dollars peut se transformer en près de 1,2 milliard de dollars, soit une somme 11 fois plus importante. La banque se retrouve avec la capacité de prêter 1,6 milliard de dollars. Voilà le genre d’initiatives que nous menons.
En ce qui concerne les deux banques que vous avez mentionnées, lorsque vous pourrez discuter avec le ministre des Finances, vous pourrez probablement lui poser la question et voir ce qu’il en est. Je n’ai pas encore vu de changement d’orientation à cet égard dans mon portefeuille.
Le sénateur Woo : Y a-t-il une réflexion en cours au sein des ministères, surtout en ce qui concerne les nouveaux projets d’aide au développement? La Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, si je comprends bien, est peut-être un peu en retrait, mais la Nouvelle Banque de développement, il me semble, s’apparente à la Banque africaine de développement, à la Banque islamique de développement et à la Banque de développement agricole.
M. Sarai : Dans notre milieu, ces réflexions n’ont pas encore eu lieu, mais nous sommes toujours à la recherche de nouvelles possibilités pour aider ceux qui ont besoin d’un petit coup de pouce, ainsi que pour améliorer nos échanges commerciaux. Nous sommes toujours ouverts à toutes les possibilités.
Le sénateur Wilson : Monsieur le secrétaire d’État, j’aborde une question sur l’aide internationale dont nous avons discuté avec d’autres témoins. Le retrait d’un si grand pan de l’aide américaine de l’écosystème mondial de l’aide humanitaire — si je puis l’appeler ainsi — a évidemment laissé un gouffre béant. Nous avons eu de nombreuses conversations avec des intervenants sur l’état de la situation et sur l’incidence de cette décision. Je suis sûr que vous avez des observations étant donné votre rôle. Le Canada ne peut pas répondre à tous les besoins de tous, alors nous devons choisir nos champs d’activités. Que se passe-t-il sur le terrain? D’autres organisations interviennent-elles pour combler le vide laissé, ou voyons-nous des braises fumantes qui, un jour, se transformeront en incendies dévastateurs? Je suis curieux.
M. Sarai : Nous avons tenu notre première réunion des ministres du Développement du G7 il y a plusieurs mois lorsque le Canada a assuré la présidence, et cette réunion a eu lieu à la Banque mondiale à Washington.
À ce moment-là également, il y avait beaucoup d’ambiguïté quant à savoir si les États-Unis allaient se livrer à nouveau à des activités de développement. Nous avons eu une discussion très animée avec les homologues du G7, ce qui, au moins, nous a permis de nous entendre sur ce qui devrait être fait dans les dossiers pour lesquels nous étions tous d’accord, et de ne pas nous chicaner à propos des choses sur lesquelles nous n’étions pas nécessairement d’accord. Dans ces domaines, laissons les gens intéressés faire le travail, et lorsque nous sommes d’accord, faisons-le ensemble. C’était bien. Peu de temps après, les États‑Unis se sont engagés à verser 4 milliards de dollars au Fonds mondial, ce qui était la première annonce des États-Unis. Je pense qu’ils avaient des protocoles d’entente. Ils ont finalement créé un nouveau département pour ce qui est de l’aide humanitaire. Ils procèdent un peu différemment; je pense qu’ils misent davantage sur des accords bilatéraux avec différents pays. Nous observons ce qui se fait. Espérons qu’il y aura une certaine aide pour contribuer à réduire l’écart. Ce ne sera pas suffisant pour l’éliminer; c’était une enveloppe énorme. Nous envisageons différents scénarios.
Certains pays africains qui bénéficiaient de cette aide depuis longtemps intensifient également leurs propres efforts, en se disant qu’ils doivent avoir leurs propres initiatives en matière de soins de santé. Ils constatent qu’ils doivent intensifier leurs efforts. Ces pays, comme le Soudan, sont les plus vulnérables et ont encore besoin de notre aide, et nous allons les aider.
Nous cherchons toujours de nouvelles façons de procéder. Comme je l’ai mentionné, les États du Golfe ont dit qu’ils interviendraient. Ils se trouvent actuellement dans une situation différente, et je ne peux donc pas faire le point à ce sujet. Ils ont toutefois indiqué qu’ils veulent travailler avec le Canada pour intervenir dans beaucoup de ces endroits.
[Français]
La sénatrice Youance : Pour faire un suivi par rapport à la question que j’ai posée plus tôt, est-ce que le Canada entend réserver un pourcentage fixe de l’aide internationale pour l’aide humanitaire?
[Traduction]
M. Sarai : À propos d’un pourcentage, je serai franc et dirai probablement que je ne vois pas cela comme un pourcentage. Nous comptons parmi les principaux pays donateurs par habitant dans le monde, je crois. C’est évident pour toutes les personnes que je rencontre; qu’il s’agisse des pays bénéficiaires ou de nos pays partenaires, les gens aiment vraiment le travail que nous faisons. Nous sommes également dans une situation unique puisque nous acceptons des réfugiés et que nous les installons dans notre pays. À l’heure actuelle dans le monde, très peu de pays le font encore. Même l’Australie a réduit le nombre de personnes acceptées. Les États-Unis en acceptent considérablement moins, et je pense que l’Allemagne ne s’occupe en réalité que des personnes qui arrivent sur ses côtes plutôt que de réinstaller comme avant des milliers de réfugiés qui se trouvaient dans des camps.
Nous en faisons toujours plus, proportionnellement, et je pense que nous continuerons de le faire. Cela dit, en tant que pourcentage du revenu national brut ou du PIB, je ne pense pas qu’il y a un engagement ferme à cet égard, mais je pense que nous continuerons d’en faire plus.
Le président : Je vais poser la dernière question, et c’est vraiment pour donner suite à celle du sénateur Wilson.
Il y a quelques années, lorsque je travaillais dans le domaine du développement international, le maître à penser était le département du développement international, le DFID, l’organisme britannique responsable du développement, qui a depuis été intégré au Foreign Office. Nous avons fait la fusion avec l’Agence canadienne de développement international, ou ACDI, en 2013, et les Australiens ont fait quelque chose de similaire. Les États-Unis ont trouvé le moyen de détruire l’agence des États-Unis pour le développement international, USAID, et de reconstruire une sorte d’entité au sein du Département d’État américain. À une certaine époque, le DFID et USAID ont tous les deux été des maîtres à penser dans certains domaines.
Nous avons tenu nos niveaux relativement élevés. On observe une petite baisse et un rajustement, bien entendu. Y a-t-il un domaine où le Canada peut faire preuve de leadership? Existe-t-il un domaine de spécialité que nous pouvons considérer comme le nôtre en tant que puissance qui va de l’avant, pour reprendre une petite partie du discours du premier ministre à Davos? Pourrions-nous travailler avec les pays nordiques, par exemple? Y a-t-il des domaines où nous pourrions trouver une voie à suivre et permettre à d’autres pays d’emboîter le pas?
M. Sarai : Excellente question. Je pense que cela pourrait être les pays nordiques, ainsi que la Grande-Bretagne, où la baronne Chapman, la ministre responsable, est une très bonne alliée. Je pense que la majorité des pays du G7 veulent vraiment collaborer et travailler, et ils ont des visions semblables aux nôtres.
Le Canada assume de nombreux rôles de leadership, en particulier pour ce qui est des droits des femmes et des filles; nous sommes de véritables leaders à l’échelle mondiale, et nous sommes très respectés à cet égard. C’est également vrai en ce qui concerne le climat. Le potentiel en matière d’énergies renouvelables est probablement énorme, plus particulièrement en Afrique, où 60 % de la population n’a pas de source d’énergie. Nous pourrions être des chefs de file.
Je pense que la façon dont nous faisons les choses à cette fin se déroule plutôt bien et se traduit par de nombreux débouchés commerciaux et une croissance économique dans ces pays, qui sont très peuplés et qui ont un énorme potentiel de croissance et un appétit vorace pour notre énergie et nos produits agricoles de même que pour les échanges technologiques. Je pense que si nous travaillons dans cette optique, c’est bon.
Vous avez raison : il y a eu une transformation. L’ACDI avait une excellente image de marque. J’en entends encore parler partout où je vais. « C’était un projet de l’ACDI, un projet formidable. » C’est un peu plus nuancé pour ce qui est des projets d’Affaires mondiales Canada. L’établissement d’une image de marque demande un certain temps, mais je pense que le pays et, à tout le moins, les intervenants l’apprécient vraiment. Il est un peu plus difficile de déterminer si les gens sur le terrain savent que le financement est canadien. Je pense que des tiers pourraient être en mesure de l’évaluer.
Le président : Merci de la réponse.
Monsieur le secrétaire d’État, au nom du comité, merci de vous être joint à nous aujourd’hui. Dans une de vos réponses, vous avez fait allusion à un retour devant notre comité. C’est inscrit dans le compte rendu, et nous allons vous demander de revenir. Merci beaucoup de votre temps.
Nous allons poursuivre pendant une demi-heure avec les hauts fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada. Je sais que les sénateurs ont d’autres questions.
Le sénateur Wilson : Je vais donner suite à la dernière question posée au secrétaire d’État. Le concept de leadership éclairé dans ce domaine m’intrigue. Y a-t-il un domaine où nous devrions être ou pensons être des leaders d’opinion dans ce milieu?
Mme Urban : Je dirais juste que, avec l’aide internationale canadienne qui change un petit peu dans notre façon de faire les choses — et le ministre a parlé d’un lien entre le commerce et le développement —, je pense que le Canada a une autre occasion de tirer parti de l’expertise que nous avons en tant que Canadiens. Par exemple, nous avons une solide expertise en agriculture. Nous avons aussi des systèmes d’éducation robustes. En tirant parti de ces secteurs pour en faire plus en matière d’aide internationale, nous pourrions multiplier nos activités dans ces domaines et nous spécialiser.
Leslie Norton, sous-ministre adjointe, Secteur des partenariats et des programmes d’aide internationale, Affaires mondiales Canada : Je vais ajouter quelques points.
Nous sommes bien connus à l’échelle internationale pour notre empreinte mondiale en matière de santé et de droits sexuels reproductifs. Je pense que nous devrions nous engager à poursuivre le programme et à continuer de laisser notre marque dans le domaine, même si notre empreinte sera réduite, ce que nous devons reconnaître.
Nous restons déterminés à offrir une aide humanitaire. Le Canada a un excellent bilan en ce qui concerne le financement du développement, et il est question ici du volet climat et des énergies renouvelables dont la ministre a parlé.
Je veux également mentionner, alors que nous observons la nouvelle dynamique mondiale, que l’architecture de l’aide fait également l’objet de changements importants. Le Canada a également l’occasion d’agir un peu en tant que leader d’opinion dans ce domaine.
Sénateur, quelqu’un a parlé de travailler avec les pays nordiques, par exemple. Il existe un certain nombre de minicoalitions. Nous avons notre propre langage dans l’univers du développement international. Nous avons un groupe qui s’appelle Utstein. C’est un groupe de pays aux vues similaires qui se sont réunis il y a plusieurs années pour se pencher sur une gamme de questions liées au développement international. Le Canada en assure actuellement la présidence.
Nous avons examiné de très près le système des Nations unies et ce qui est appelé l’initiative ONU80, qui tient compte des changements importants qui s’opèrent actuellement dans le système des Nations unies. Nous examinons toutes les possibilités pour essayer de voir si nous pouvons travailler avec des coalitions de personnes aux vues similaires afin de tenter de rassembler ces leaders d’opinion et de travailler avec moins de ressources, mais en continuant de faire preuve d’un certain leadership.
La sénatrice Coyle : J’ai beaucoup de questions. J’essaie de me concentrer.
J’appuie sans réserve le lien développement-commerce et, bien entendu, un soutien continu pour l’aide humanitaire. Il y a ensuite tout ce juste milieu important entre la gouvernance, la sécurité et la lutte contre la pauvreté, pour que les gens soient en mesure de suivre le cours pour devenir mécaniciens d’avion. Vous savez de quoi je parle. Que faisons-nous pour atteindre ce juste milieu?
Mme Urban : Je pense que nous allons continuer de faire les nombreuses choses que nous faisons déjà, lorsque nous établissons les besoins des pays où nous menons des activités et faisons du développement. Nous nous demandons quel est précisément le contexte pour le développement dans le pays, puis nous intervenons. Nous travaillons de plus en plus localement, ce qui signifie que nous en faisons beaucoup plus sur le plan communautaire.
Même si on cherchera peut-être à utiliser de plus en plus le lien commerce-développement, cela ne signifie pas que nous allons délaisser le très bon travail que nous continuons de faire.
Mme Norton : Du point de vue de la sécurité, nous avons aussi un certain nombre d’initiatives de paix et de sécurité au ministère qui relèvent de la ministre des Affaires étrangères. Ces programmes seront maintenus à mesure qu’on essaie de donner suite à toute une gamme de nouveaux défis de sécurité et de menaces hybrides.
[Français]
La sénatrice Youance : Le budget fédéral prévoit des réductions dans le financement du développement des programmes de santé mondiale au motif que les contributions du Canada ont cru de façon disproportionnée par rapport à celles des autres pays et institutions financières.
J’aurais deux questions à ce sujet. Est-ce que cette proportion est beaucoup plus grande à cause du retrait de l’USAID, sachant que cet organisme était le principal contributeur et que c’est le secteur qui est le plus touché globalement par la réduction?
Quelles sont maintenant les nouvelles priorités du Canada en matière de santé mondiale?
Mme Norton : Si vous me le permettez, je vais essayer de répondre à votre question, madame la sénatrice.
En fait, si l’on regarde les secteurs les plus touchés au chapitre du développement international, c’est justement du côté de la santé. Comme vous le disiez, les États-Unis étaient le plus grand bailleur de fonds dans ce contexte et dans ce secteur. Cependant, ce n’est pas qu’ils sont complètement partis; ils ont plutôt changé leur approche.
Le secrétaire d’État a mentionné que le fonds global continuera de recevoir des fonds du gouvernement des États‑Unis, mais les Américains ont adopté une approche différente dans le secteur de la santé : ils sont en train de négocier bilatéralement des protocoles d’entente avec les pays où ils avaient une autre approche auparavant. Maintenant, ils essaient de s’assurer que la santé est aussi financée à l’interne par les pays en question.
Donc, oui, la santé est le secteur le plus touché. Oui, vous avez lu le paragraphe qui se trouvait dans le budget.
Avec nos engagements au chapitre de la santé, comme il fallait faire des réductions dans tous les secteurs, et justement en raison du fait qu’on participait dans une plus large proportion aux efforts en matière de santé globale, on a aussi fait des réductions dans ce secteur.
La sénatrice Youance : Quelles seraient les priorités?
Mme Norton : Les priorités seront les mêmes qu’avant. En tout cas, on n’a pas encore eu d’indications sur des changements potentiels.
Je dois aussi indiquer qu’on est en train de discuter de tout cela en ce moment, étant donné qu’on arrive à un moment où l’on aura des budgets beaucoup plus réduits. À un moment donné, il fallait quand même comprendre qu’on sera moins en mesure de faire ce que l’on faisait à l’époque.
[Traduction]
La sénatrice M. Deacon : Merci beaucoup. J’ai une question à propos de l’avancement des droits des femmes et des filles dans le monde.
En 2019, le gouvernement a annoncé un engagement de 10 ans dans ce secteur d’activités de 2020 à 2030. Nous sommes à la mi-parcours. Je me demande si vous pouvez faire le point sur l’avancement du projet. J’ai remarqué que le dernier rapport annuel que j’ai vu remonte à 2022-2023.
Mme Norton : Sénatrice, votre question arrive vraiment à point nommé, car je viens tout juste de passer en revue le rapport sur notre engagement de 10 ans et les résultats que nous avons obtenus. Notre dernière année, je crois — je peux me tromper, mais je pense que c’était en 2022-2023... Le rapport montre que nous avons respecté notre engagement. Je pense que le défi que nous devrons relever à l’avenir se rapporte aux réductions, comme la ministre l’a mentionné.
La sénatrice M. Deacon : Pouvez-vous en dire plus à ce sujet, sur les défis que nous devrons relever selon vous à l’avenir, compte tenu de tous les changements qui s’opèrent autour de nous?
Mme Norton : Je pense que le dénominateur sera moins important. En fait, je pense qu’en général, il sera très difficile pour nous de respecter tous nos engagements avec un dénominateur beaucoup plus petit.
La sénatrice M. Deacon : Plus tôt avec le secrétaire, nous avons posé quelques questions sur l’intelligence artificielle, les budgets et ce genre de choses. Vous êtes un peu plus sur le terrain, et je suis donc curieuse d’entendre ce que vous avez à dire sur les réductions actuelles et prévues des dépenses partout dans l’appareil gouvernemental. Quelles sont les répercussions sur les programmes et les priorités de financement de l’aide internationale? Avez-vous dû passer à... Je ne vais pas proposer d’idées; je ne veux pas le faire, mais j’espère que vous comprenez la question.
Mme Urban : Certainement. D’un point de vue opérationnel, lorsqu’on regarde comment notre ministère mène ses activités et les gens qui y travaillent, on constate que nos employés se servent déjà régulièrement de l’intelligence artificielle au quotidien. Ils peuvent ainsi faire leur travail plus efficacement.
Par exemple, ils utilisent l’intelligence artificielle pour préparer des rapports. Nous en produisons beaucoup lorsque nous avons des chefs d’équipe de projet qui vont sur le terrain, examinent les activités de développement et en font rapport à l’administration centrale. Auparavant, il leur aurait fallu beaucoup de temps pour rédiger un rapport, mais l’intelligence artificielle peut les aider à rédiger ce rapport rapidement. De plus, l’intelligence artificielle nous permettra de prendre de nombreux rapports, de les synthétiser et de faire des analyses supplémentaires. Cela pourrait rendre l’analyse du développement et la prise de décisions sur les priorités beaucoup plus efficaces et encore plus précises.
L’intelligence artificielle peut même nous aider à suivre l’évolution des conflits dans le monde. Nous pouvons l’utiliser pour nous aider à déterminer où nous pensons qu’il pourrait y avoir des répercussions sur le développement au cours des six prochains mois en raison de ce qui se passe aujourd’hui, puis commencer à faire de la planification afin de gérer nos ressources. Je dirais que l’intelligence artificielle commence déjà à transformer très concrètement notre façon de mener nos activités.
De façon plus générale, parce que cela nous permet d’établir l’ordre de priorité de nos ressources, la clé pour donner suite efficacement à nos engagements est de ne pas s’éparpiller. Dans le passé, pour relever certains défis, on accordait des ressources dans des domaines non prioritaires. La clé pour nous, après l’examen exhaustif des dépenses, c’est de nous assurer de prendre intelligemment toutes les ressources dont nous disposons et de les affecter à nos priorités.
Le président : Merci beaucoup.
Le sénateur Woo : Y a-t-il eu des changements importants dans la façon dont nous définissons ce qui constitue l’aide publique au développement, ou APD? Je pense à la manière dont le Royaume-Uni a comptabilisé toutes ses dépenses en matière de logement pour les demandeurs d’asile dans l’APD. Faisons-nous quelque chose de semblable?
Geoff Black, directeur général, Direction générale de la politique d’aide internationale et de la coopération stratégique, Affaires mondiales Canada : Merci de me recevoir parmi vous. C’est la première fois que je comparais devant le comité, et j’en suis ravi.
Il y a une discussion animée à l’échelle mondiale, à laquelle nous participons, au sujet de la définition de l’aide publique au développement, de la façon dont elle est comptabilisée et des personnes qui y participent. Certains de mes collègues ont parlé de la réforme du système international et des différentes initiatives en cours. Nous plaisantons à l’interne en disant qu’il s’agit en quelque sorte d’une industrie artisanale à l’heure actuelle. Pour répondre à votre question, monsieur le président, il y a un certain nombre de leaders d’opinion, par exemple la fondation Gates, ODI Global et le Center for Global Development, qui essaient de réfléchir à ce que sera l’APD à l’avenir. Nous pensons que la présidence française du G7 fera un examen rigoureux du Comité d’aide au développement de l’OCDE pour déterminer s’il est toujours adapté aux objectifs, en 2026 et pour la suite, en ce qui concerne la façon dont il mesure l’aide publique au développement et la manière dont elle est comptabilisée.
À l’échelle nationale, au sein de notre ministère, je ne pense pas que cela fasse l’objet d’une discussion aussi animée, mais nous essayons d’orienter la discussion mondiale grâce à certaines de ces différentes initiatives.
Le sénateur Woo : Avons-nous changé notre définition? Incluons-nous les postes dont les fonds sont dépensés au pays? Je ne parle pas du personnel, mais de la façon de procéder du Royaume-Uni.
M. Black : Des éléments des dépenses nationales sont actuellement comptabilisés. La façon de procéder n’a pas considérablement changé dernièrement. Nous avons montré la voie à suivre pour ce qui est d’un certain cadre, et c’est probablement une chose à laquelle vous avez participé, monsieur le président. Il y a un certain nombre d’années, nous avons présenté au monde un nouveau cadre de comptabilisation, qui ne se limite pas à l’aide au développement puisqu’il englobe aussi l’aide internationale de manière générale, afin de mieux tenir compte des flux de capitaux privés, du rôle du secteur privé et d’une partie de la philanthropie dans le monde. C’est le travail que nous essayons de faire avancer, y compris par l’entremise du Comité d’aide au développement de l’OCDE.
Le président : Merci beaucoup. Je vais poser une question, puis je donnerai la parole à la sénatrice Coyle qui posera la dernière.
La question s’adresse à la sous-ministre adjointe. Vous avez beaucoup d’expérience dans le système multilatéral. Vous avez été notre ambassadrice aux Nations unies à Genève. Dans quelle mesure le système est-il menacé par le retrait des États-Unis? Nous pouvons parler de l’Organisation mondiale de la santé et de ce que cela signifie, mais de façon plus générale, d’un point de vue systémique, est-il temps de vraiment paniquer, ou cette initiative, l’ONU80, permettra-t-elle à un certain nombre de pays de faire front commun, de former une petite coalition, pour sauver les Nations unies?
Mme Norton : Merci, monsieur le président. J’avais l’habitude de vous réserver le titre de sous-ministre, car je relevais également de vous. Je le mentionne pour donner un peu de contexte.
Le sénateur Woo : Veuillez vous adresser à lui avec ce titre.
Mme Norton : J’ai appris auprès des meilleurs.
Dans de nombreux cas, le système multilatéral des Nations unies est menacé, mais cette menace ne provient pas d’une seule source. Si l’on examine les compressions budgétaires généralisées, on constate qu’elles émanent actuellement de nombreux États membres partageant les mêmes idées. Pendant de nombreuses années, lorsque j’étais à Genève, la polarisation s’était déjà amorcée avant mon arrivée, et elle s’est rapidement accentuée. À mon avis, nous venons d’atteindre le point de basculement où la polarisation a probablement atteint son paroxysme depuis que nous nous souvenons, et il est donc impératif que les États membres qui croient encore au système multilatéral — et nous en faisons partie — continuent à œuvrer pour en faire une organisation plus efficace et efficiente.
Quand on pense à la situation de l’UN80, trois grands volets d’initiatives sont en cours. On les appelle des « axes de travail », un concept très poétique à l’ONU. Ces axes de travail visent à améliorer l’efficacité au sein même du Secrétariat de l’ONU. En procédant à une réévaluation de nos mandats, nous nous sommes rendu compte qu’il existait plus de 40 000 mandats créés par les États membres. Comme vous le savez, nous avions l’art de créer des mandats, mais nous n’avons jamais eu de stratégie de sortie progressive; nous sommes donc également en train d’essayer de faire le ménage dans toute cette pléthore de mandats.
Le troisième axe de travail concerne la réorganisation des programmes et des structures. C’est dans ce domaine que nous réfléchissons beaucoup à la fusion de certaines entités. Là encore, cette démarche vise en partie à gagner en efficacité et en partie à identifier les doublons. Je pense que c’est en nous concentrant sur les éléments et les services communs à ces entités que nous ferons la différence à l’avenir.
Dans le domaine humanitaire, ils procèdent également à une refonte de leur approche. Ils s’efforcent notamment de repenser la fourniture de l’aide humanitaire sur le terrain. Ils veillent à ce que le Programme alimentaire mondial des Nations unies, l’UNICEF et le HCR recourent tous à une seule et même chaîne d’approvisionnement pour répondre à l’ensemble des besoins humanitaires sur le terrain.
Beaucoup de travail est en cours, mais nous sommes à un tournant décisif. Je pense qu’il est impératif que tous ceux qui sont attachés au système multilatéral continuent à œuvrer sans relâche pour le maintenir en vie, mais le rendre plus efficace et plus performant.
Le président : Merci beaucoup pour cette réponse.
La sénatrice Coyle : J’apprécie également les points que vous venez d’aborder. Je vous en remercie, car l’intégrité du système est essentielle pour gagner la confiance de tous ceux qui y investissent, et qui comptent sur lui. Je vous remercie sincèrement, et je vous félicite pour le travail que vous et vos collègues accomplissez dans votre domaine; c’est absolument essentiel.
J’ai deux questions plutôt longues à vous poser.
Tout d’abord, lorsque nous avons évoqué l’intelligence artificielle tout à l’heure et que le secrétaire d’État a parlé des gains d’efficacité générés par vos systèmes, je me demande si de tels gains d’efficacité vont également améliorer la situation pour vos partenaires, car vous savez que vos organisations sont réputées pour être coûteuses et difficiles à gérer. J’ai été de l’autre côté, comme beaucoup d’autres. Vous le savez, et je sais que cela ne vous plaît pas non plus. Je me demande si ces gains d’efficacité liés à l’intelligence artificielle sauront profiter à vos partenaires, tant à l’échelle canadienne qu’à l’échelle internationale.
Ma deuxième question porte sur le volet géographique, que nous n’avons pas beaucoup abordé aujourd’hui. D’après ce que j’ai lu, je crois que vos priorités sont l’Ukraine, l’Éthiopie et Haïti, dans cet ordre. Je me demande si des pays importants comme Haïti continueront à figurer sur cette liste et, le cas échéant, à quel niveau. Voilà donc mes deux questions.
Mme Norton : Le secrétaire d’État a évoqué l’Initiative de transformation des subventions et des contributions, l’ITSC. Ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que nous reconnaissons que nos partenaires expriment beaucoup de frustration quant à leur collaboration avec notre ministère. Ils évoquent certaines des difficultés qu’ils rencontrent généralement lorsqu’ils travaillent avec nous. Ils soulignent la durée de chaque étape. Ils mentionnent également la complexité de nos nombreux systèmes.
Nous les avons entendus, et c’est pourquoi nous avons mis sur pied l’ITSC. Il s’agit d’un programme sur six ans; nous n’en sommes pas encore à mi-parcours, mais nous en sommes à notre troisième année. Nous nous efforçons de remplacer ces systèmes obsolètes, d’alléger la charge administrative, et d’améliorer l’expérience de nos partenaires. Pour y parvenir, nous avons demandé à certains partenaires de détacher des collaborateurs au sein de cette initiative, afin que nous puissions travailler sur les domaines qui les concernent directement, et qu’ils puissent nous faire part de leurs observations à ce sujet.
L’objectif est de mettre en place des outils numériques intégrés dotés de processus standardisés, qui permettront d’accélérer la prise de décisions et d’améliorer le suivi des données et des résultats.
Du côté des responsables, l’objectif est de leur permettre de consacrer davantage de temps aux questions de fond plutôt qu’aux aspects procéduraux, car le lancement d’un appel à propositions représente un véritable défi, et nous devons établir des critères de comparaison entre toutes les propositions reçues. Vous pouvez imaginer à quel point ce serait un soulagement si nous disposions d’un système modernisé. C’est la direction que nous prenons, et c’est là notre objectif.
Mme Urban : Oui. Pour répondre à la question concernant l’orientation géographique, c’est un aspect que nous examinons en permanence au sein du ministère. Nous nous demandons sans cesse quelle place le Canada devrait occuper et où se situent les besoins les plus importants. Bref, il s’agit d’un processus continu.
Compte tenu de l’évolution de l’aide internationale, d’une légère réorientation vers un développement économique accru dans certaines régions et du lien entre commerce et développement, nous procéderons à certains ajustements afin de nous positionner là où nous pourrons mettre en place des accords mutuellement avantageux, de type « gagnant-gagnant », ce qui impliquera une certaine concentration de nos efforts.
Parallèlement, nous continuerons d’intervenir dans les régions où nous sommes déjà présents, car nous nous concentrons sur les zones où la pauvreté et l’extrême pauvreté sont très répandues. Nous privilégions également les régions où le Canada a toujours joué un rôle de premier plan et où il dispose d’une solide expérience en matière de développement sur laquelle s’appuyer.
Enfin, je dirais que la politique d’aide internationale du Canada s’inscrit également dans le cadre de nos priorités en matière de politique étrangère. Ainsi, si l’on examine les pays que vous avez étudiés, on trouve l’Éthiopie, qui compte une population importante et connaît en réalité des niveaux de pauvreté élevés. L’Ukraine et Haïti constituent des priorités majeures de la politique étrangère du gouvernement du Canada; ces priorités continuent donc de déterminer notre action.
Le président : Je vous remercie. Notre séance touche à sa fin. Au nom du comité, je tiens à remercier la sous-ministre adjointe Norton, la sous-ministre adjointe Urban, ainsi que le directeur général Black de leur présence parmi nous aujourd’hui, ainsi que d’avoir accompagné le secrétaire d’État lors de la première partie de la séance. Nous vous sommes reconnaissants de votre expertise, et du travail que vous accomplissez pour le Canada. Veuillez transmettre nos remerciements à vos équipes dévouées, tant ici qu’à l’étranger.
Chers collègues, nous nous réunirons demain matin dans cette salle à 10 h 30 pour discuter d’un sujet d’actualité, à savoir la situation en Iran.
(La séance est levée.)