LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le jeudi 12 février 2026
Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui à 8 h 01 (HE), par vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, le rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada.
La sénatrice Mary Robinson (la présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Je m’appelle Mary Robinson et je suis la présidente du comité. Bienvenue aux membres du comité, à nos témoins ainsi qu’aux personnes qui regardent cette réunion en ligne. J’aimerais commencer en soulignant que les terres sur lesquelles nous nous réunissons se trouvent sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinaabe.
Avant de donner la parole à nos témoins d’aujourd’hui, j’aimerais demander aux sénateurs et sénatrices de se présenter.
La sénatrice Martin : Yonah Martin, de la Colombie-Britannique.
Le sénateur McNair : Bonjour et bienvenue. Je suis John McNair, du Nouveau-Brunswick.
La sénatrice Burey : Bonjour. Sharon Burey, sénatrice de l’Ontario.
La sénatrice Sorensen : Karen Sorensen, de l’Alberta, territoire du Traité no 7.
La sénatrice McBean : Marnie McBean, de l’Ontario.
La sénatrice Muggli : Bonjour. Tracy Muggli, de la Saskatchewan, territoire du Traité no 6.
La présidente : Je demanderais à tout le monde de consulter les cartes placées sur les tables pour prendre connaissance des lignes directrices visant à prévenir les incidents liés au retour de son. Je tiens également à rappeler à tous les participants de bien vouloir ne pas changer de langue en milieu de phrase et de ne pas parler trop rapidement. Un son clair facilite l’interprétation, la transcription et le sous-titrage.
Aujourd’hui, le comité poursuit son étude sur le rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada.
Dans notre premier groupe de témoins, nous avons le plaisir d’accueillir M. Sylvain Charlebois, professeur et directeur, Laboratoire d’analyse agroalimentaire, de l’Université Dalhousie; M. Alex Boyd, chef de la direction, Greener Village; M. Geoffrey McCarney, directeur exécutif de l’Institut pour l’IntelliProspérité; et M. Michael Twigg, directeur, Économies de la Nature, lui aussi de l’Institut pour l’IntelliProspérité.
Merci de vous joindre à nous. Nous commencerons par vos déclarations liminaires avant de passer aux questions des membres. Vous aurez cinq minutes chacun; j’attirerai votre attention quand il ne vous restera qu’une minute et je ne vous lâcherai pas des yeux quand votre temps sera écoulé. Monsieur Charlebois, vous avez la parole.
Sylvain Charlebois, professeur et directeur, Laboratoire d’analyse agroalimentaire, Université Dalhousie, à titre personnel : Merci pour l’invitation, honorables sénateurs et sénatrices.
Quand nous parlons de l’avenir du secteur agroalimentaire du Canada, cela commence souvent par le coût des aliments. Cependant, les coûts ne sont pas le problème, ils sont le symptôme. Le véritable défi auquel l’agriculture canadienne fait face aujourd’hui est structurel, et j’aimerais fonder ma déclaration liminaire sur les preuves tirées des travaux effectués par le Laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie.
J’aborderai trois points ce matin. Premièrement, le Canada perd tranquillement sa compétitivité agroalimentaire. Notre problème d’inflation alimentaire a commencé, en réalité, en 2008. Dans notre Rapport sur les prix alimentaires 2025, qui s’appuie sur les données nationales sur les prix, des enquêtes de l’industrie et des modélisations de la chaîne d’approvisionnement, nous observons de manière constante que les pressions liées au coût des aliments sont de plus en plus liées aux coûts structurels, et non pas à des perturbations à court terme.
Notre travail mène à une conclusion sans équivoque : quand la croissance de la productivité est nulle et que l’investissement en capital stagne, l’abordabilité se détériore au fil du temps, indépendamment des mesures d’atténuation temporaires comme le programme de crédit pour la TPS, fondé sur la bonne foi.
Deuxièmement, la complexité des politiques est devenue l’un des principaux facteurs de coût de l’industrie. Dans de nombreuses analyses en laboratoire sur la tarification du carbone et le coût des aliments, nous avons observé que les effets les plus importants sont ressentis dans les secteurs du gros et de la transformation, et non directement le secteur du commerce de détail. Cette distinction passe souvent inaperçue dans les débats publics. Quand la compétitivité est affaiblie en amont, les coûts s’accumulent à mesure que les produits cheminent dans le système. Nous devons optimiser la gestion de l’offre.
Nous avons également examiné les perturbations de la chaîne d’approvisionnement et les frictions réglementaires, y compris le rôle de la capacité d’inspection et les goulots d’étranglement dans le transport. Nos conclusions montrent que l’incertitude — les retards liés à l’inspection, à la certification ou au transport — agit comme une taxe implicite sur les producteurs alimentaires canadiens, particulièrement les exportateurs.
Troisièmement, la sécurité alimentaire est, aujourd’hui, une affaire de résilience et non pas seulement de production. Dans le cadre de nos recherches sur la confiance des consommateurs et l’étiquetage alimentaire, nous avons constaté que la transparence et la clarté sont plus importantes que les approches fortement coercitives. Quand la confiance s’effrite — que ce soit dû à la confusion quant aux prix, à la lassitude à l’égard de l’étiquetage ou à la mésinformation —, le soutien à l’agriculture nationale s’affaiblit.
Nous avons également étudié l’approvisionnement alimentaire institutionnel, particulièrement dans les établissements financés par l’État. Les décisions prises sans une pleine compréhension des répercussions sur la chaîne d’approvisionnement peuvent, sans le vouloir, diminuer la résilience en réduisant les sources d’approvisionnement et en augmentant la dépendance aux importations.
Pour conclure, nos recherches montrent constamment que les mesures d’abordabilité à court terme ne règlent pas les faiblesses structurelles. Vous ne pouvez pas combler un écart de productivité à si bon compte, vous ne pouvez pas susciter la confiance avec un règlement et vous ne pouvez pas atteindre la souveraineté alimentaire sans des politiques cohérentes qui soutiennent l’investissement, la capacité d’inspection et l’innovation.
Si le Canada veut un secteur agroalimentaire abordable, compétitif et résilient, l’attention doit passer de la gestion des coûts à la facilitation de la production, de l’investissement et de la cohérence de l’ensemble du système.
Merci. Je suis impatient de répondre à vos questions.
La présidente : Merci. Monsieur Boyd, c’est à vous.
Alex Boyd, chef de la direction, Greener Village : Merci. Tout d’abord, j’aimerais dire que je suis reconnaissant d’avoir l’occasion de vous parler de l’expérience que j’ai acquise en travaillant aux premières lignes de l’insécurité alimentaire.
L’organisme Greener Village offre ses services aux gens de la collectivité de Fredericton depuis plus de 40 ans. L’on parle de 40 ans de soutien à des personnes qui sans nous n’auraient pas eu assez à manger, 40 ans de développement pour répondre aux besoins croissants et à la faim immédiate que les gens connaissent, inévitablement, lorsqu’ils vivent l’insécurité alimentaire, mais c’est également 40 ans de développement pour offrir des programmes plus complets dans les domaines de l’habilitation, de l’automatisation et du renforcement communautaire.
Vous avez entendu, et vous continuerez à entendre, les témoignages de gens qui sont bien plus informés sur les politiques, les statistiques, les systèmes alimentaires et l’insécurité alimentaire. Greener Village est un lieu concret, qui offre une aide réelle aux personnes qui souffrent, et, même si nous recueillons et utilisons des statistiques, je pense qu’il est très important de noter que les statistiques, même si elles sont très utiles, doivent être présentées à la lumière des vies des personnes qu’elles représentent.
L’insécurité alimentaire est un problème qui prend de l’ampleur. Aux fins de ma déclaration liminaire, appelons l’insécurité alimentaire maladie. Nous devons éradiquer cette maladie. Elle menace notre longévité, limite notre potentiel, compromet notre sécurité et érode notre cohésion sociale. Mais, pendant que nous cherchons à éliminer cette maladie, des personnes souffrent des symptômes de cette maladie.
En ce moment même, des gens se heurtent à des obstacles qui les empêchent d’accéder aux éléments essentiels pour aller de l’avant. En ce moment même, des gens se heurtent à des obstacles qui les empêchent d’accéder aux éléments essentiels dont ils ont besoin pour réaliser leur potentiel.
C’est le rôle qu’ont assumé les banques alimentaires partout au pays; combler la différence, en s’assurant que les ressources restent dans les mains de ceux qui en ont besoin; qu’il s’agisse d’une mère célibataire qui essaie de décider si elle devrait manger aujourd’hui ou garder cette nourriture pour ses enfants; de la famille de nouveaux arrivants pour qui la recherche d’emploi est difficile, dans cet environnement culturel totalement nouveau; de l’étudiant universitaire qui travaille avec l’énergie du désespoir pour réaliser son potentiel grâce à l’éducation; du couple en situation de handicap qui assiste à un cours de cuisine simplement pour vivre un sentiment de communauté; ou peut-être de la personne prise dans le cycle de la pauvreté et qui ne peut pas trouver d’issue. Les banques alimentaires comblent la différence, et j’aimerais vous parler de la solution innovante qu’a trouvée Greener Village pour réduire les répercussions et veiller à ce que les gens aient accès à des aliments frais et sains.
Les banques alimentaires ont souvent eu du mal à utiliser efficacement les produits agricoles. Les banques alimentaires ne sont pas considérées comme des partenaires de choix pour l’agriculture locale, et elles font face à des obstacles infrastructurels qui les empêchent d’utiliser les aliments frais à mesure qu’ils sont disponibles, surtout à grande échelle. En raison des difficultés liées à l’infrastructure, de nombreuses banques alimentaires dépendent fortement des produits transformés à longue durée de conservation qui en général ne viennent pas de sources locales et qui ne sont peut-être pas les plus sains. Des investissements comme le Fonds des infrastructures alimentaires locales visent à combler ces lacunes, mais des investissements importants à l’échelle nationale sont toujours nécessaires pour régler les problèmes.
Même si ces obstacles restent bien réels, il existe aussi une occasion importante pour l’agriculture locale en partenariat avec les banques alimentaires. Dans son rapport Bilan-Faim 2025, l’organisme Banques alimentaires Canada a noté le nombre ahurissant de 2,165 millions de visites mensuelles aux banques alimentaires. Ces visites reflètent le volume massif des aliments obtenus par l’intermédiaire de dons alimentaires ou de dons en argent aux banques alimentaires. À quoi pourrait ressembler notre système si tous les dons en argent utilisés pour acheter de la nourriture étaient intégrés dans le système agricole local? Même en investissant 25 $ par visite, cela représenterait plus de 50 millions de dollars dépensés mensuellement pour l’agriculture locale. Plutôt que d’utiliser des fonds pour expédier partout dans le monde des produits extrêmement transformés, nous pourrions investir dans la distribution au Canada de produits qui pourraient être transformés localement pour les familles dans le besoin.
C’est pourquoi Greener Village est en train de construire un centre de récupération de denrées périssables appelé THRIVE. L’objectif de cette nouvelle installation est très simple: éviter le gaspillage d’aliments frais et investir dans les produits cultivés localement. Le centre pourra recevoir et traiter les fruits et légumes frais pour les transformer en un produit congelé stable qui sera distribué aux banques alimentaires dans tout le Nouveau-Brunswick. Greener Village et ses partenaires, NourrirNB et Banques alimentaires Canada, concluent déjà des partenariats avec des producteurs locaux pour élaborer des aliments locaux sains qui peuvent être transformés et distribués. Cela signifie des aliments de meilleure qualité pour les personnes que je viens de mentionner, une amélioration de la santé et une meilleure alimentation afin que les gens puissent être plus performants au travail ou à l’école.
Nous avons bon espoir que notre centre de récupération des denrées périssables THRIVE sera un projet pilote réussi et qu’il réinventera la manière dont les banques alimentaires peuvent réduire le gaspillage alimentaire et traiter les produits issus de l’agriculture locale pour ceux qui en ont le plus besoin. N’importe quelle initiative de sécurité alimentaire future doit inclure le Global Food Banking Network comme partenaire.
Merci de m’avoir invité pour contribuer à cette étude importante. J’ai bien hâte de répondre à toutes les questions que vous pourriez avoir.
La présidente : Vous terminez juste à temps, monsieur Boyd. Merci. Enfin, M. McCarney prendra la parole, suivi de M. Twigg.
Geoffrey McCarney, directeur exécutif, Institut pour l’IntelliProspérité : Merci de m’avoir invité à comparaître aujourd’hui.
Je suis le directeur exécutif de l’Institut pour l’IntelliProspérité, un institut national de recherche sur l’environnement et l’économie de l’Université d’Ottawa. Je suis accompagné par mon collègue, M. Twigg, directeur de Économies de la Nature, qui dirige nos équipes de recherche sur la nature et l’agriculture depuis plus de cinq ans.
Nos travaux portent principalement sur la manière dont les outils stratégiques et commerciaux peuvent améliorer la productivité, la compétitivité et la résilience du Canada en renforçant les systèmes naturels qui les sous-tendent. Le mémoire que nous présenterons aujourd’hui au comité vise à établir que la sécurité alimentaire est un enjeu économique et de résilience environnementale, en plus d’être un enjeu social urgent lié à l’abordabilité et à l’équité d’accès.
Nous observons plusieurs tendances préoccupantes dans le secteur, et les chiffres en disent long. Le Canada est passé de la cinquième à la neuvième place parmi les producteurs alimentaires mondiaux. Nous gaspillons plus de la moitié des aliments que nous produisons — et nous pourrions éviter un tiers de ce gaspillage. Notre dépendance à l’égard des aliments importés croît régulièrement depuis les deux dernières décennies. Ces tendances signalent deux préoccupations principales.
Premièrement, nos systèmes de production deviennent de plus en plus instables. Dans de nombreuses provinces, nous observons une détérioration de la santé des sols, des déséquilibres dans les nutriments essentiels du sol et une sensibilité accrue à la sécheresse. En 2024, les trois quarts des agriculteurs canadiens ont rapporté être touchés par des phénomènes météorologiques violents. Au même moment, le revenu agricole a baissé de 26 %; c’est la plus forte baisse depuis 2018. Pendant ce temps, les paiements d’assurance-récolte ont presque triplé, passant de 1,9 milliard de dollars en 2018 à 5,7 milliards de dollars en 2023. Même si les conditions se sont améliorées en 2025, environ 75 % des agriculteurs faisaient toujours face à des conditions de sécheresse anormales. Des données plus récentes montrent que les paiements restent au-dessus des niveaux de 2018, les paiements d’assurance-récolte pour les trois premiers trimestres de l’année dernière seulement s’élevant à 3,3 milliards de dollars.
Les goulots d’étranglement dans les infrastructures exacerbent ces risques. En 2024, l’Ouest canadien, qui s’occupe de 70 % des expéditions de céréales canadiennes, a vu les temps de transport augmenter de plus de 40 jours, ce qui a entraîné une augmentation des temps de stockage ainsi que des pertes pour les ports.
Deuxièmement, notre système alimentaire national dépend des exportations de matières premières et des importations d’aliments. Cela le rend de plus en plus vulnérable aux changements rapides du commerce international et des conditions du marché mondial. Environ 65 milliards de dollars de la valeur totale du secteur sont exposés aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, à l’instabilité géopolitique, aux conflits commerciaux et aux chocs climatiques au-delà de nos frontières. Des perturbations majeures récentes ont montré à quelle vitesse les risques liés à la chaîne d’approvisionnement mondiale peuvent se concrétiser et aggraver ceux auxquels nous faisons face chez nous.
Notre message aujourd’hui, à la suite de ces observations, est clair : en plus de ses dimensions socioéconomiques, la sécurité alimentaire au Canada dépend de deux choses.
Premièrement, pour assurer la sécurité alimentaire, il faut des producteurs ayant une certaine résilience financière. Si l’économie des exploitations agricoles canadiennes n’est pas stable, les systèmes alimentaires canadiens seront plus exposés, et le Canada sera contraint de dépendre de plus en plus de sources d’approvisionnement plus volatiles.
Pour renforcer cette résilience financière, il faut d’abord investir dans les systèmes naturels qui soutiennent notre production alimentaire. Nous ne pouvons pas traiter la question de la sécurité alimentaire au Canada sans reconnaître que nos systèmes alimentaires dépendent fondamentalement de la santé de nos systèmes naturels qui les soutiennent. Cela comprend les terres agricoles, l’eau, la biodiversité et la stabilité générale du climat.
Deuxièmement, nous devons encourager l’efficience à l’échelle du système pour garantir l’abordabilité des aliments, de la ferme à la table. Le gaspillage alimentaire évitable a augmenté de 6,5 % dans les dernières années, et l’insécurité alimentaire de plus de 5 %. Les communautés racisées sont les plus à risque.
Des politiques et des marchés qui aident les producteurs à réduire les risques climatiques et à améliorer la santé des sols sont essentiels si nous voulons un système alimentaire plus sûr. Encourager les efforts proactifs en matière de gestion des risques, par exemple en raffermissant la santé des sols grâce à des pratiques agricoles régénératrices, peut être doublement avantageux, c’est-à-dire que cela réduit les pertes de l’exploitation agricole et limite le passif total du secteur des assurances. Les programmes de gestion des risques commerciaux sont aussi incroyablement importants, surtout dans un secteur soumis au climat, où les risques devraient augmenter, selon toute attente.
De plus, nous devons penser à la manière dont les politiques et les programmes existants encouragent l’adaptation et réduisent les risques systémiques. Cela suppose, par exemple, d’harmoniser entre eux les programmes publics et les incitatifs privés pour augmenter la résilience des fermes. Un système alimentaire résilient a des retombées positives cumulatives pour les acteurs publics et privés, et une transition généralisée vers des pratiques plus résilientes nécessitera des investissements de la part de ces deux groupes. Les politiques, marchés et programmes qui ont une forte incidence sont ceux qui activent les propositions de valeur du secteur privé, permettent aux acteurs du secteur privé de prendre leur envol et attirent un financement mixte.
L’infrastructure est un autre élément clé, et nous devons investir dans la modernisation des infrastructures portuaires et ferroviaires, ainsi que dans l’expansion de la capacité de production à valeur ajoutée nationale, y compris les installations de transformation. En bâtissant des systèmes alimentaires plus autonomes et une infrastructure de transport plus fiable, nous réduirons notre exposition aux perturbations externes, tout en saisissant des occasions d’exportation à plus forte valeur ajoutée et en créant de nouveaux emplois au Canada.
Pour finir, nous devons réduire le gaspillage alimentaire évitable grâce à un système circulaire. La perte de nourriture, de nutriments et de ressources, à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, n’est pas viable et sous-tend une double crise d’abordabilité et du gaspillage. Un système alimentaire circulaire réduirait le gaspillage et permettrait aux fermiers et aux producteurs agricoles de mieux utiliser ce qu’ils ont déjà.
Cela comprend des mesures visant à réduire les coûts et à améliorer la résilience des fermes, par exemple en encourageant l’utilisation de fumier composté ou de résidus de récoltes pour améliorer la santé des sols tout en réduisant la dépendance aux engrais synthétiques, ainsi que des mesures visant à augmenter les revenus en tirant davantage parti de ce que nous produisons et utilisons déjà, par exemple en mettant à niveau les infrastructures pour améliorer l’entreposage et le transport des récoltes.
Il ne suffit pas de produire davantage pour assurer la sécurité alimentaire. Il faut augmenter la résilience financière et productive des fermes canadiennes tout en réduisant l’exposition du secteur aux risques et aux coûts inutiles à long terme. Il s’agit d’augmenter la fiabilité et l’efficience des systèmes de production et des chaînes de valeur agroalimentaires, de réduire le gaspillage et d’améliorer la prévisibilité à l’échelle du système alimentaire.
Merci. Je suis tout à fait prêt à répondre à vos questions.
La présidente : Merci, monsieur McCarney.
Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs. Chers collègues, vous aurez chacun cinq minutes pour les questions incluant les réponses. Si le temps nous le permet, nous pourrons faire un deuxième tour.
Le sénateur McNair : Merci d’être ici aujourd’hui. Ma question s’adresse à M. Boyd. Selon votre site Web, Greener Village distribue chaque mois plus de 2 100 boîtes d’épicerie aux familles clientes et a enregistré l’an dernier une augmentation de 42 % de la demande des clients. Monsieur Boyd, quels facteurs ont contribué à l’augmentation de 42 % de la demande des clients de Greener Village?
M. Boyd : Merci de la question. Nous constatons une augmentation dans chaque groupe démographique que nous servons — davantage de familles nouvellement arrivées, d’aînés et de travailleurs, qui ne sont tout simplement pas capables de joindre les deux bouts. Nos clients nous disent que le coût du logement et le coût des produits alimentaires sont les raisons principales pour lesquelles ils demandent de l’aide à Greener Village. Cela veut dire que nous voyons de nouvelles familles chaque jour, et que les familles utilisent aussi nos services plus longtemps.
Le sénateur McNair : Quels obstacles rencontrent les clients de votre région quand ils veulent accéder à une alimentation saine, et pourquoi?
M. Boyd : Le plus grand obstacle à l’accès à des aliments frais et sains est le coût. Malheureusement, dans les épiceries, les repas rapides ultratransformés sont moins chers que les produits frais. De plus, la société, dans son ensemble, n’est pas suffisamment éduquée sur la nutrition et sur la façon de préparer des aliments sains. À l’époque, nos enfants faisaient cet apprentissage dans la cuisine. Nous sommes devenus très occupés, et cette option n’est pas toujours au rendez-vous.
C’est pourquoi des organismes comme Greener Village essaient de pallier ce manque d’éducation en aidant les gens à apprendre à préparer des aliments sains et à ne pas considérer l’alimentation saine comme une corvée. On peut prendre plaisir à bien manger, mais il faut d’abord savoir comment bien préparer ces aliments.
Le sénateur McNair : Merci.
La sénatrice Sorensen : Merci à vous tous d’être ici. Je vais commencer par M. Charlebois. Une coordination efficace du système alimentaire canadien dépend de la qualité des informations. Je me plais à dire que les données sont reines. Quelles données clés nous manque-t-il, actuellement, et quels obstacles empêchent les gouvernements de les recueillir ou de les communiquer efficacement? Les décideurs ont-ils accès à des données actualisées en temps réel sur l’insécurité alimentaire et sur les risques liés à la chaîne d’approvisionnement ou prennent-ils des décisions en se fondant sur des informations plus subjectives?
M. Charlebois : Merci de la question. C’est une question très importante. Nous publions des articles sur le manque de données au Canada depuis maintenant plus d’une décennie. C’est un problème. Nous recevons des appels, au laboratoire, et on nous demande de recueillir des informations sur tel ou tel marché, sur ce qui se passe, et surtout sur l’inflation alimentaire, parce que c’est le principal sujet d’actualité, présentement. Nous aidons la province du Manitoba actuellement. Comme vous le savez peut-être, le premier ministre Kinew s’est montré très proactif dans ses efforts pour comprendre l’inflation alimentaire dans sa propre province, et ce n’est pas une tâche facile. Il n’y a tout simplement pas de données. Pour prédire le prix des aliments au Canada, nous utilisons les données des États-Unis et de l’Union européenne. Cela en dit long.
La sénatrice Sorensen : Donc la réponse est non, il n’y a pas assez de données.
M. Charlebois : C’est pour cela que nous avons créé le laboratoire : pour fournir des données, d’une manière démocratique, sans frais, en anglais et en français, aux Canadiens qui cherchent désespérément ces données.
La sénatrice Sorensen : Avez-vous un commentaire à faire à ce propos? Je vous pose la question parce que vous vous êtes regardés.
M. McCarney : Cela est lié de près aux travaux de M. Twigg, donc je vais peut-être le laisser en parler. Plus précisément, nous essayons de comprendre les mêmes défis liés aux données et de surmonter ces mêmes défis en comprenant les répercussions de l’amélioration des systèmes naturels sur la productivité, et les mêmes lacunes dans les données se retrouvent là aussi.
Michael Twigg, directeur, Économies de la Nature, Institut pour l’IntelliProspérité : Merci de la question. Je dirais la même chose. Envisageons les choses du point de vue des producteurs; les nombreuses incertitudes liées aux différents défis ou aux différentes transitions vers une agriculture plus régénératrice ou plus sécuritaire, en ce qui concerne l’approvisionnement, ces incertitudes et le manque de données empêchent la prise de risques supplémentaires. En ce qui concerne les risques économiques à ce niveau-là, les marges sont tout simplement trop faibles, du point de vue des données, pour assumer cette incertitude et pour réellement risquer de ne pas avoir de récolte, de ne pas avoir de revenu et donc de ne pas pouvoir fournir des aliments au système. Donc, les données sont une préoccupation importante.
La sénatrice Sorensen : Merci. Et je crois que c’est un point important dont nous devons tous nous souvenir pendant que nous travaillons sur ce rapport.
Monsieur Boyd, votre initiative me fascine, et je suis curieuse de savoir une chose : comment des initiatives comme les vôtres complètent-elles la stratégie plus générale du Canada en matière de sécurité alimentaire, et quels sont les défis liés à la reproduction de votre modèle partout au pays? Ou y a-t-il des modèles semblables ailleurs au Canada? Je m’intéresse aussi beaucoup — le sujet pourrait être abordé dans une autre réponse — aux moyens qui seraient les plus efficaces pour récupérer, stocker et distribuer les denrées périssables.
M. Boyd : Merci de la question, parce que je n’ai pas lu mon paragraphe, par manque de temps, et donc je vais le lire maintenant, si vous êtes d’accord. Merci de m’en donner l’occasion.
Les banques alimentaires comme les particuliers ont de la difficulté à établir un contact significatif avec le secteur agricole. Souvent, nous sommes contraints d’acheter des produits auprès de distributeurs, d’épiceries ou d’autres utilisateurs finaux plutôt que de les acheter au début de la chaîne de production agricole. Une infrastructure est nécessaire si l’on veut créer un environnement où davantage de particuliers, d’institutions et d’organismes pourront entrer directement en contact avec les agriculteurs. Et si vous ne pouvez pas traiter les aliments au moment de la récolte, étant donné les volumes qui seront produits, vous n’allez tout simplement pas participer à la discussion. Nous devons pouvoir communiquer tôt avec les fermiers et leur dire : « Nous avons besoin d’un tel volume d’un tel produit. » Mais si nous ne pouvons pas traiter les aliments quand ils sont produits, c’est un problème.
Je crois que c’est la même chose pour les particuliers. Sauf dans les marchés de producteurs, il est très difficile pour eux d’accéder à des produits dès les premières étapes de la production agricole. Nous avons seulement accès aux produits quand ils arrivent à la fin du système alimentaire. Le centre de récupération de denrées périssables de Greener Village est le premier en son genre à proposer ce mode de fonctionnement; nous l’utilisons donc comme projet pilote en collaboration avec Banques alimentaires Canada pour montrer que c’est un modèle viable que nous pouvons reproduire ailleurs au pays. Nous espérons que cela veut dire que, dans les années à venir, des centres de récupération de denrées seront construits à des endroits stratégiques partout au pays pour récupérer davantage d’aliments gaspillés, tout en aidant les banques alimentaires à intervenir au début du système alimentaire plutôt qu’à la fin.
La sénatrice Sorensen : Je vis à Banff, une petite ville où passent beaucoup de jeunes, et nos épiceries locales fournissent des aliments à notre petite banque alimentaire, mais les produits arrivent et partent en quelques jours, mais c’est un modèle intéressant. Merci.
La sénatrice Martin : Merci beaucoup de vos exposés. Deux points que vous avez soulevés ont attiré mon attention. Même si j’avais préparé beaucoup de questions, je vais me concentrer sur ces deux points.
Plusieurs d’entre vous ont dit que nous gaspillons beaucoup d’aliments, au Canada.
J’ai récemment visité un organisme appelé la Food Link Society, en Colombie-Britannique, d’où je viens, et on m’a parlé de la distinction entre les banques alimentaires et les centres de récupération des aliments et de leur travail. Monsieur McCarney et monsieur Boyd, en ce qui concerne le gaspillage observé, vous avez dit que nous devons mettre en contact certains organismes clés et certaines parties clés du secteur pour créer cette chaîne complète.
Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont nous pouvons prévenir le gaspillage alimentaire? L’organisme dont j’ai parlé est le plus important organisme de récupération des aliments en Colombie-Britannique. D’après ce que j’ai entendu, nous avons besoin de plus d’organismes de ce genre et je présume, monsieur Boyd, que votre organisme y travaille également. Selon vous, comment pouvons-nous réduire le gaspillage? Que devrions-nous faire précisément au Canada?
M. Boyd : Merci de la question. Le gaspillage alimentaire est une difficulté. La production d’aliments entraîne inévitablement un certain niveau de gaspillage. Mais nous pouvons éviter une grande partie de ce gaspillage. Il est question ici des produits excédentaires et des produits visuellement peu attrayants. Certains pays ont interdit le gaspillage alimentaire dans les épiceries. La France est un chef de file à cet égard. Selon nous, dans un pays comme le Canada, où nous avons à manger, jeter de la nourriture alors qu’il y a des gens qui ne mangent pas à leur faim est un problème moral. Je ne me souviens plus quel pape a dit que c’était un problème moral de jeter des denrées dont les gens ont désespérément besoin.
Quant au gaspillage au niveau de l’agriculture, c’est souvent du fait qu’il serait insensé sur le plan économique pour les fermiers de récolter ces produits. La récolte coûterait plus cher en main-d’œuvre aux fermiers que cela ne leur en rapporterait. C’est ici, comme je l’ai mentionné plus tôt, qu’il serait moins coûteux pour les banques alimentaires d’utiliser les dons reçus pour se procurer ces aliments directement du champ, lorsqu’ils sont récoltés, que de les acheter à la fin du système alimentaire.
Nous pouvons utiliser les ressources dont nous disposons présentement de plusieurs façons, si nous avons l’infrastructure nécessaire, comme notre centre de récupération des aliments, afin de récolter ces aliments et de les transformer en un produit qui peut ensuite être distribué.
M. McCarney : Merci. Je pense que cela correspond bien à ce que l’on dirait. L’exemple de la France est intéressant; là-bas, on a demandé aux épiceries de récupérer la nourriture. Quand vous pensez à ce genre de mesures incitatives, vous voulez aussi vous assurer que vos politiques incitatives qui visent à réduire le gaspillage alimentaire ne feront pas augmenter le coût des aliments, parce que, sinon, vous ne faites que transférer l’argent d’une main à l’autre. Donc, il est intéressant d’étudier des exemples de récupération de nourriture qui ne fait pas augmenter les coûts, et de voir comment cela fonctionne en France. Vous pouvez aussi penser à simplement améliorer la connectivité du système. Les producteurs, les fournisseurs ou les détaillants ignorent souvent que les aliments qu’ils n’ont pas vendus peuvent servir à quelque chose, donc ils les jettent, parce que ce n’est pas dans leur intérêt de sous-traiter cela. Ce sont des coûts supplémentaires pour eux. Si on peut mettre la connectivité de l’avant d’une façon créative, on peut inclure graduellement ces changements dans le système.
Il en est de même pour les exploitations agricoles; si on examine le gaspillage alimentaire dans les exploitations agricoles en se demandant s’il est possible de récupérer ces aliments ou de réutiliser les résidus de récolte dans les systèmes d’exploitation, souvent, on réalise que ce genre de choses exige des investissements initiaux risqués de la part des producteurs et que le rendement de l’investissement est long à venir. Vous pourriez réduire le gaspillage alimentaire, mais vous devez combler le déficit d’investissement dans la productivité et aider les producteurs à atténuer ce risque, dans un climat incertain et difficile. Aimeriez-vous ajouter quelque chose?
M. Twigg : Oui. J’aimerais seulement ajouter que l’essentiel du gaspillage alimentaire ne se fait pas dans les exploitations agricoles, même si c’est un problème. Je suis d’accord avec ce que M. Boyd a dit, soit que ce n’est pas possible, sur le plan économique, de récolter tout ce qui est réellement produit. Mais, quand on se demande où il y a le plus de gaspillage alimentaire, on réalise que c’est dans les secteurs de la distribution, de la transformation et du commerce de détail. Au bout du compte, il n’y a pas de coût d’approvisionnement à cette étape. Le gaspillage n’a pas de coût, et c’est un des principaux problèmes que nous avons quand nous essayons de réutiliser certains des produits gaspillés à cette étape.
La sénatrice Martin : Je vais intervenir pendant la prochaine ronde de questions.
La présidente : Monsieur Charlebois voulait lui aussi intervenir.
La sénatrice Muggli : Monsieur Charlebois, mettez-vous à l’aise. J’ai quelques questions à vous poser. Vous avez peut-être rédigé des articles à ce sujet. Pourriez-vous expliquer pourquoi la diminution de la taxe sur le carbone n’entraîne pas une diminution des prix des aliments? Si le transport coûte moins cher — à une certaine époque, nous avons imputé l’augmentation des coûts de la nourriture aux frais de transport et à la tarification du carbone —, pourquoi le prix de la nourriture ne diminue-t-il pas?
M. Charlebois : Merci de la question. Dans les deux études que nous avons publiées dans des revues universitaires, nous avons montré que l’effet cumulatif de la taxe sur le carbone pour les industries, qui est toujours en vigueur, a une incidence sur la capacité de notre industrie d’être concurrentielle, essentiellement. Il y a eu beaucoup de débats sur les prix au détail, et nous avons souligné qu’il n’y avait aucune corrélation entre la taxe sur le carbone et les prix au détail parce que beaucoup de choses peuvent se passer dans le secteur du commerce de détail.
Il y a 45 différents facteurs reconnus différents qui peuvent faire changer les prix au détail en une heure, comme la météo et notre propre comportement. À mon avis, le débat sur les prix au détail est futile en ce qui a trait à la taxe sur le carbone. Il faut se concentrer sur la compétitivité de la chaîne d’approvisionnement, et nous avons toujours une politique sur la tarification du carbone qui a une incidence sur notre compétitivité. Nous commençons à voir ses répercussions avec l’inflation des prix des aliments, parce que le Canada est le pays du G7 où le taux d’inflation du prix des aliments est le plus élevé à l’heure actuelle.
C’est un point important, donc je vous remercie de m’avoir permis d’en parler.
La sénatrice Muggli : Pourriez-vous aussi nous donner votre opinion sur un code de conduite des épiceries?
M. Charlebois : Merci. C’est une politique très importante. Je dois reconnaître les efforts du gouvernement fédéral à cet égard. Je milite en faveur d’un code d’épicerie depuis des années. Beaucoup de Canadiens croient que les épiciers profitent des Canadiens et les escroquent. Ce n’est pas le cas, mais ils escroquent les fournisseurs. C’est ça, le problème. Ils imposent des frais sortis de nulle part, et les fournisseurs sont forcés d’augmenter leurs prix.
Ce qui est propre à l’industrie agroalimentaire, c’est que les fournisseurs doivent payer leurs clients pour faire des affaires avec eux: Pepsi, Coca-Cola et tous les autres paieront Loblaws pour faire affaire avec lui et pour qu’il vende leurs produits. Il arrive parfois que les épiciers décident unilatéralement d’augmenter les frais, sans aucune raison, forçant ainsi les fournisseurs à augmenter leurs prix, ajoutant ainsi de la volatilité au marché, ce qui a une incidence sur les consommateurs. Les marges ne changent pas pour les commerces de détail, mais tout change toujours, dans le secteur de la vente en gros, et c’est ça, le problème.
La période de gel des prix vient de se terminer, le 1er février. Donc, du 1er novembre au 1er février, les fournisseurs n’avaient pas le droit d’augmenter les prix. Mais qu’arrive-t-il quand vous ne pouvez pas augmenter vos prix pendant trois mois durant l’année? Les fournisseurs gonflent les prix, en octobre, et ils le font de nouveau en février. Cela fait encore plus mal aux consommateurs. La relation est donc vraiment dysfonctionnelle, et nous espérons que le code disciplinera le marché.
La sénatrice Muggli : C’est très intéressant de comprendre les manœuvres des secteurs.
M. Charlebois : Beaucoup ne le savent pas, mais c’est un jeu de prestidigitation dont personne ne sait rien.
La sénatrice Muggli : Merci. Vous avez aussi dit que l’une des mesures clés, c’est de faciliter la production, et j’aimerais en savoir un peu plus à cet égard, dans l’optique nationale, parce que je sais que nous produisons beaucoup de nourriture destinée au monde entier. Je ne parle pas ici de sécurité alimentaire à l’échelle mondiale; je parle de sécurité ou d’insécurité alimentaire à l’échelle nationale. Selon vous, y a-t-il un élément clé sur lequel nous devrions mettre l’accent dans nos recherches sur la production alimentaire au Canada?
M. Charlebois : Nous le faisons déjà beaucoup. J’ai présenté au Sénat un rapport que nous avons préparé avec MNP. Je vais m’assurer de le communiquer à la greffière. Dans ce rapport, on reconnaît que nous faisons énormément d’investissements pour appuyer l’innovation à la ferme au Canada.
Nous avons deux problèmes, au Canada. Tout d’abord, le secteur privé n’en fait pas assez. C’est le gouvernement qui fait l’essentiel des efforts. Ce n’est pas viable, donc il faut que ça change. Il faut tout de même souligner que, mardi, Financement agricole Canada a dit que 20 groupes d’investisseurs avaient promis d’investir 5 milliards de dollars dans le secteur agroalimentaire, ce qui est bon signe. Cela soutient la transformation, un très bon aspect que vous avez souligné.
L’autre problème que nous avons, au Canada, c’est que nous n’arrivons pas à faire croître nos entreprises.
La présidente : Merci, monsieur Charlebois. Le temps est écoulé pour cette question. Nous pourrons y revenir durant la deuxième série de questions. Excellent. Vous me tenez en haleine.
La sénatrice McBean : Je vais parler du même sujet encore un peu, même si cela concerne un autre comité, qui se penche sur la question du logement, et nous parlons du « chaînon manquant ». M. Charlebois, et vous tous, avez dit que l’agriculture est un chaînon dispendieux. Je trouve que c’est intéressant d’entendre parler de ces fournisseurs qui se font escroquer.
Monsieur Charlebois, je reconnais que vous avez dit que l’un des problèmes, c’est la complexité des politiques, mais, selon vous, y a-t-il des politiques ou des réformes réglementaires fédérales qui pourraient renforcer grandement la production et la distribution alimentaires à l’échelle nationale?
M. Charlebois : Merci de la question. Pour en revenir à la question qui a été posée plus tôt, ce que je voulais dire, c’est que les obstacles commerciaux interprovinciaux sont incroyablement problématiques. Si vous éliminiez tout simplement ces obstacles, vous pourriez réellement aider les Canadiens. Chaque Canadien économiserait entre 500 et 700 $ par année en aliments parce que, essentiellement, vous permettez à de nombreuses installations provinciales autorisées de vendre des produits à l’extérieur de leur province. Cela augmente la concurrence seulement à l’intérieur du pays.
Je crois que le gouvernement fédéral a fait ce qu’il devait pour établir les conditions qui permettront aux provinces de faire le travail. Ce sont aux provinces de faire le gros du travail, et je n’ai pas encore vu de province, ni l’Ontario ni le Québec, d’ailleurs, ouvrir le marché à d’autres provinces. C’est très frustrant de voir cela.
Je crois que cela aboutirait à deux choses. Cela augmenterait la concurrence, mais cela permettrait aussi à beaucoup d’excellentes petites entreprises canadiennes de croître. C’est impossible dans les Maritimes, par exemple, d’où je viens, ou d’où vient M. Boyd, à Fredericton, de faire croître une entreprise, au Nouveau-Brunswick, à l’Île-du-Prince-Édouard ou en Nouvelle-Écosse, où vous êtes éloigné, très loin de tout. Si vous pouviez vendre vos produits facilement au Québec et en Ontario sans dépenser 2 millions de dollars et obtenir l’accréditation fédérale, cela aiderait beaucoup.
La sénatrice McBean : Monsieur Boyd, j’étais très intéressée par votre idée, et certains de mes collègues en ont parlé, de vous servir d’une partie de ces dons pour acheter des produits agricoles — des produits périssables.
Quel système permettrait le mieux de recueillir cet argent pour faire cela? Pensez-vous que les cours d’économie ménagère devraient revenir à l’école?
M. Boyd : Pour ce qui est de votre deuxième question, absolument. Plus nous donnons des compétences pratiques à nos jeunes, mieux c’est. On ne doit pas seulement former les esprits, à l’école; il faut former la personne en entier, et l’économie ménagère est une bonne partie de la formation.
Pour ce qui est d’investir l’argent des banques alimentaires dans le système agricole local, c’est un défi, parce que, même si nous sommes un réseau, ce réseau est composé d’organismes indépendants. Donc chaque organisme doit affecter ses ressources à ce qui est le plus logique pour lui. Mais les organismes d’avant-garde disent :
Si je peux travailler avec un producteur local pour qu’il produise à l’avance les aliments dont j’ai besoin pour mes clients, c’est mieux pour moi à long terme de toute façon.
C’est sans doute plus économique, surtout si nous pouvons transformer ces aliments. C’est ce qui manque vraiment au Nouveau-Brunswick, et depuis longtemps, c’est ce que fait le centre de récupération des aliments périssables pour pallier le problème. Si nous savons que nous allons servir 25 000 familles par année, nous savons de combien de livres de carottes nous avons besoin pour remettre un sac de deux livres à chaque client. Nous pouvons ensuite aller voir un producteur au début de la saison et lui demander de produire 25 000 livres de carottes, et il le fera. Alors, nous avons un produit prévu. C’est plus facile pour nous que d’attendre une aubaine ou des aliments en conserve ou autre chose.
La sénatrice McBean : Une des choses dont j’ai entendu parler, c’est le plastique dans la distribution alimentaire. De quel volume de plastique ce système aurait-il besoin?
M. Boyd : On en aurait besoin d’un certain volume. À l’heure actuelle, dans notre étude, nous envisageons diverses possibilités d’emballage. Nous avons un gestionnaire de projet qui travaille spécifiquement sur la façon dont nous emballerons les produits surgelés. Évidemment, ils ne seront pas mis en conserve.
La sénatrice McBean : Donc l’intention serait de prendre cet aliment frais et de le surgeler, c’est bien cela?
M. Boyd : Le produit final sera surgelé parce que c’est la solution la plus saine.
La sénatrice McBean : Est-ce plus difficile pour les gens de ramener des produits surgelés chez eux?
M. Boyd : Nous avons fait un sondage auprès de nos clients, et ils ont dit qu’ils n’ont pas beaucoup d’aliments surgelés parce qu’ils sont plus dispendieux pour eux, mais nous avons découvert que la plupart des gens peuvent conserver des produits surgelés. Pour ceux qui en sont incapables, nous avons d’autres options; mais pour la plupart des familles que nous servons, les produits surgelés sont toujours une très bonne option.
La sénatrice Burey : Merci d’être ici. Nous avons tellement de questions. J’ai tellement de questions. Je ne sais même pas par où commencer parce que je sais que je vais manquer de temps, mais heureusement, il y aura une deuxième série de questions.
Je vais dire pour commencer que j’ai beaucoup aimé que vous parliez des deux aspects de la sécurité alimentaire, l’abordabilité, ou l’inflation des prix, et la structure de la production alimentaire, ou les chaînes d’approvisionnement, et tout ce genre de choses, et que vous nous ayez brossé un tableau plus holistique des systèmes dont nous avons besoin. Je lève mon chapeau à notre comité pour avoir lancé le débat, même si nous avons entendu dire que le premier ministre volait nos études sur la sécurité alimentaire et notre stratégie en matière de sécurité alimentaire. Je vais y revenir, mais merci. Le Sénat a commencé à faire bouger les choses.
J’aimerais m’adresser à vous pour commencer, monsieur Boyd. Merci du magnifique travail que vous faites. Je suis originaire de la région de Windsor-Essex, où nous avons beaucoup de cultures de serre ainsi que le Leamington Regional Food Hub, le carrefour alimentaire régional de Leamington, où l’on recueille les aliments frais des producteurs pour les surgeler et les envoyer partout en Ontario. Vous parliez de la Colombie-Britannique. Il y a beaucoup d’idées comme celle-là, qu’on ne peut pas reproduire, mais ce serait intéressant. La province aide aussi les personnes au chômage, offre de la formation et ce genre de choses. En fait, au Canada, nous avons tous ces projets pilotes, mais nous ne les faisons pas croître.
Je voulais savoir si votre groupe regarde ce qui se passe partout au pays et s’il s’informe à propos des pratiques exemplaires.
M. Boyd : Merci de la question. Oui, absolument. Une des choses extraordinaires pour nous, en tant que petit organisme local du Nouveau-Brunswick, c’est le partenariat avec Banques alimentaires Canada qui nous permet de faire partie d’un réseau. Même si nous sommes tous des organismes indépendants qui font du travail indépendant, nous sommes réunis dans un réseau dont le but est de défendre nos intérêts, éduquer, communiquer de l’information et partager des ressources. Selon nous, l’organisme Hub of Opportunities, anciennement Unemployed Help Centre of Windsor, est un modèle clé de la façon de faire des affaires. Oui, absolument.
La sénatrice Burey : Je vais maintenant passer aux changements structurels dont vous avez parlé: la concurrence et l’investissement. Vous avez parlé des obstacles commerciaux interprovinciaux et avez souligné que le gouvernement fédéral avait fait sa part. Y a-t-il d’autres facteurs qui peuvent améliorer la concurrence, et pouvez-vous nous en parler?
M. Twigg : C’est une question importante, et merci de l’avoir posée. Quand il est question de la concurrence interne au Canada, il faut parler du producteur.
Notre travail consiste essentiellement à essayer de gérer proactivement les risques afin d’avoir à l’épicerie une plus grande variété de produits directement du producteur. Pour ce qui est du style et des politiques qui peuvent favoriser cela, nous avons l’occasion de réfléchir aux pratiques agricoles, comme les pratiques de gestion bénéfiques axées sur les cultures de couverture, les cultures intercalaires ou la gestion de la santé des sols, qui permettent à un producteur d’entrer sur le marché et de prendre davantage de risques quant à ce qu’il peut offrir. C’est important dans le contexte canadien si nous voulons faire grossir le panier d’aliments que nous proposons habituellement aux Canadiens, plutôt que d’aller chercher ce type de production alimentaire et d’approvisionnement à l’extérieur du pays.
Comme il a été dit dans notre déclaration liminaire, au cours des deux dernières décennies, la part des produits canadiens que nous consommons a en fait diminué. Ce sont des choses que nous produisons dans les faits, mais que les producteurs, économiquement parlant, ne peuvent pas continuer d’offrir sur le marché. Donc, si nous pensons à la concurrence dans cette optique, nous perdons en fait du terrain au profit des produits qui viennent d’ailleurs.
Nous pouvons entre autres favoriser la concurrence en atténuant un peu les risques pour les producteurs, à la fois sur le terrain et à l’épicerie.
M. Charlebois : J’ai effectivement mentionné quelque chose brièvement dans ma déclaration liminaire sur la gestion de l’offre. Je sais que c’est une question délicate sur le plan politique, mais je crois que nous devons reconnaître que le concept de la gestion de l’offre existe depuis bien plus de 50 ans et qu’il faut le revoir. Il faut l’optimiser.
Nous gaspillons beaucoup de lait et de butyrine. L’Université McGill et l’Université Dalhousie viennent tout juste de publier l’année dernière une étude qui montre que nous gaspillons sans doute entre 600 millions et 1 milliard de litres par année.
La présidente : Merci, monsieur Charlebois. Le temps est écoulé.
La sénatrice Martin : Puis-je vous demander de terminer votre intervention? Je suis très curieuse.
M. Charlebois : L’étude a été publiée dans une revue universitaire, et nous avons découvert qu’il y avait beaucoup de gaspillage, dans les fermes, mais cette semaine, nous avons aussi publié un énoncé au sujet de l’écrémage. Les vaches produiront de la matière grasse butyrique et du lait écrémé, mais la demande en butyrine est plus élevée. Avant que le produit arrive dans les installations de transformation, on a perdu entre 1 et 5 % de lait écrémé. À ma connaissance, la seule province qui rapporte ce genre de gaspillage est l’Ontario. Nous n’avons aucune idée pour ce qui est du Québec.
Pour en revenir à votre question sur le manque de données, qui sont incroyablement importantes, j’encouragerais évidemment les offices de commercialisation, s’ils veulent convaincre les Canadiens que c’est une politique importante, d’être au moins transparents quant au gaspillage parce que, actuellement, ils ne le sont pas.
M. McCarney : Laissez-moi également revenir à une conversation qui a eu lieu plus tôt; nous devons penser à une structure qui permettrait d’offrir des mesures incitatives non seulement pour le système alimentaire actuel, mais aussi pour le système alimentaire futur. Nous ne devons pas oublier les répercussions futures de l’évolution de la concurrence, tant au Canada que mondialement, et je pense ici aux producteurs avec lesquels nous sommes en concurrence ailleurs dans le monde. Même si nous pouvons nous demander si certaines politiques ont une incidence sur les coûts aujourd’hui, nous devons soupeser ces coûts par rapport à la baisse possible de notre compétitivité future si nous n’offrons pas de mesures incitatives pour faire de notre système un système de production faible en carbone et économe en ressources. Nous devons soupeser les compromis. Si, en offrant aux producteurs de bonnes mesures incitatives qui tiennent compte des conditions actuelles et qui préparent le terrain pour le système alimentaire que nous voulons — un système durable, productif, économe en ressources et concurrentiel —, nous remettons les coûts à plus tard plutôt que de les assumer aujourd’hui et de penser au gaspillage pour bien le gérer dès aujourd’hui... Cela vient essentiellement à se demander comment on peut mettre en place des mesures incitatives qui réduiront les émissions de carbone et qui favoriseront les pratiques agricoles. C’est important d’y penser.
La sénatrice Martin : C’est la deuxième chose que nous pourrions faire en tant que comité, dans l’avenir. Aujourd’hui, nous tentons de comprendre ce qui se passe.
Une des choses que j’ai retenues de vos nombreux exposés concerne l’harmonisation du système en entier. Je sais qu’il y a des obstacles commerciaux interprovinciaux et interterritoriaux, mais, pour ce qui est de l’harmonisation du système en entier, c’est un enjeu complexe à plusieurs volets. Comment pouvons-nous faire cela? Si vous avez une réponse — parce que je sais que vous en avez parlé dans vos exposés —, vous pourriez peut-être nous la fournir par écrit et nous dire comment nous pourrions mieux harmoniser le système en entier. Ce serait très utile. Merci.
La sénatrice Muggli : Monsieur Charlebois, pourriez-vous me donner deux ou trois exemples d’obstacles commerciaux interprovinciaux pour nous aider à faire diminuer le coût final des aliments à l’épicerie?
M. Charlebois : Merci de la question. La plus grande part du montant de 500 ou 700 $ dont j’ai parlé plus tôt découle sans doute de la gestion de la demande. Comme vous le savez sans doute, les quotas sont gérés par les provinces. On m’a demandé plusieurs fois au fil des ans s’il y avait une chose que l’on pouvait faire pour maximiser la gestion de la demande, parce que je ne crois pas du tout que nous devrions mettre fin au système des quotas. Nous devons le conserver pour nos industries et pour le bien de la sécurité alimentaire. Nous sommes tout juste au nord des États-Unis, et ils ont des exploitations agricoles très compétitives, là-bas; si nous éliminions les quotas demain, notre secteur laitier disparaîtrait, au minimum. Ce n’est pas ce que veulent les Canadiens. Mais si vous voulez optimiser le système de gestion de la demande, vous n’avez qu’à établir de nouveaux quotas à l’échelle nationale plutôt que provinciale. Cela récompenserait l’efficience; cela récompenserait l’efficacité. Mais comme vous pouvez l’imaginer, si vous faites cela, toute la richesse du secteur laitier, en particulier, se déplacerait vers l’ouest, et le Québec le sait.
La sénatrice Muggli : Je vais poser ma dernière question parce que vous devrez peut-être fournir une réponse par écrit. Il y a les producteurs, puis il y a le prix final à l’épicerie. Avez-vous des données sur la répartition des coûts et des pourcentages entre ces deux éléments?
M. Charlebois : Très bonne question. On nous la pose souvent. Il y a 26 000 unités de stock dans une épicerie. Il y a 26 000 différences et histoires. Cela varie. Pour ce qui est du secteur laitier, évidemment, si vous achetez un litre de lait, environ 60 % du prix revient au producteur, mais c’est sans doute le pourcentage le plus important.
La sénatrice Muggli : Quel est le pourcentage pour une miche de pain?
M. Charlebois : Le pain, c’est sans doute entre 5 et 10 %.
La sénatrice Muggli : Qui revient au producteur?
M. Charlebois : Oui. Le reste serait réparti dans la chaîne d’approvisionnement, encore une fois, en fonction de la marque et de l’épicerie. Si c’est une épicerie spécialisée, évidemment, la marge est un peu plus élevée au détail, mais cela dépend, vraiment. Mais au bout du compte, pour en revenir au manque de données, c’est extrêmement difficile de comprendre ce qui se passe exactement.
La sénatrice Muggli : Si vous pouviez nous communiquer des articles qui expliquent à quel point c’est complexe, cela serait utile.
M. Charlebois : Absolument.
La sénatrice McBean : Chez moi, les changements climatiques apportent leur lot de défis pour les Canadiens. Une vague de chaleur intense en 2021 a fait monter le prix des céréales et forcé les éleveurs à acheter des aliments pour leur bétail, ce qui a fait augmenter le prix des aliments pour animaux, ce qui, par ricochet, a fait augmenter le coût du bœuf. Il ne s’agit que d’un seul exemple de l’effet d’entraînement. Selon des études de l’Université de Calgary, les changements climatiques sont un facteur important dans le coût de la nourriture. Est-ce que quelqu’un aimerait dire quelque chose là-dessus?
M. McCarney : Cela nous ramène à ce que je disais plus tôt. Si nous ne réagissons pas, nous n’offrons pas des systèmes qui aident les agriculteurs à pallier les risques croissants liés à des choses comme les changements climatiques et d’autres perturbations environnementales, notre système alimentaire perd de sa résilience et cela se traduira, au bout du compte, par des coûts plus élevés et moins de sécurité alimentaire. Donc, nous devons réfléchir aux bonnes politiques et aux bonnes pratiques à mettre en œuvre pour aider les producteurs à adopter des pratiques de gestion du risque et modifier ce système tout en gardant à l’esprit que toute notre économie est liée à une stratégie de réduction des émissions de carbone et en tenant compte du contexte mondial actuel et de ce que font nos partenaires commerciaux, mais il faut être prêt pour l’avenir.
M. Charlebois : Merci de la question. Pour ce qui est des changements climatiques, nous avons reconnu que c’était sans doute le facteur qui avait le plus d’incidence sur la sécurité alimentaire au Canada, c’est certain. Toutefois, j’ai vu cette étude de l’Université de Calgary. Je dirais que les changements climatiques entraînent de la volatilité sur le marché ainsi que de l’imprévisibilité. Nous menons beaucoup d’excellentes recherches pour aider les agriculteurs à mieux composer avec les changements climatiques. Le problème, c’est que, parfois, les répercussions sont soudaines, et cela entraîne plus de volatilité. L’ennemi juré des consommateurs, des Canadiens, c’est la volatilité. Ce n’est pas nécessairement l’inflation alimentaire en soi. L’inflation du prix des aliments est un problème, mais, quand les prix montent comme cela, surtout pour les produits en périphérie des épiceries, où l’on trouve les produits sains et frais, cela incite les consommateurs à se rapprocher du centre où il y a plus d’aliments transformés. C’est le danger des changements climatiques. Donc, il faut s’assurer que le système est stable pour éloigner les consommateurs du centre de l’épicerie.
La sénatrice Burey : Encore une fois, je vais m’adresser à vous, monsieur Charlebois. Dans votre déclaration liminaire, vous avez dit quelque chose qui m’a intéressée en tant que pédiatre : le prix, c’est un symptôme. Mais je voulais en réalité vous parler de confiance et de transparence. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet et nous dire à quoi cela pourrait ressembler en tant qu’un des piliers qui sécuriseraient davantage le système?
M. Charlebois : Merci de la question. J’ai deux exemples concrets à vous donner. L’automne dernier, dans le secteur de la viande, il y avait un débat concernant le clonage et la viande clonée. Santé Canada a approuvé les petits des animaux clonés; il n’y a eu qu’une seule annonce sur son site Web et aucun communiqué de presse. Les consommateurs ont réagi, et on nous a demandé de fournir au public de l’information sur ce qui se passait. Santé Canada a finalement décidé de suspendre l’approbation pour la raison suivante : cela n’allait pas être indiqué sur les étiquettes. Il est maintenant question d’un débat sur le porc génétiquement modifié. Il a été approuvé par Santé Canada il y a quelques semaines à peine. Je pense que la science est assez claire. C’est sécuritaire, mais il n’est pas question, ici, de sécurité. Il est question de reconnaître la nature hétérogène de notre marché. Certaines personnes aimeront cela, et d’autres non. Et si elles se rendent au comptoir de la viande et qu’elles ne savent pas où se trouve le porc génétiquement modifié, elles n’achèteront tout simplement pas ce porc aux dépens des producteurs biologiques, comme duBreton au Québec, par exemple, le plus grand producteur de porc biologique au monde. Donc, moins les consommateurs sont informés, plus ils sont confus et plus ils sont sceptiques, et c’est le danger qui nous guette présentement.
La présidente : J’ai une question. Il me reste quelques minutes, je pense. Monsieur McCarney, dans votre déclaration liminaire, vous avez évoqué la résilience financière des agriculteurs et avez fini par aborder la gestion des risques de l’entreprise dans la liste des éléments que vous avez présentés. Je me demande si vous pourriez parler de la GRE et nous dire comment celle-ci pourrait être améliorée, en quoi nous sommes à la traîne d’autres administrations et comment partager le risque avec nos producteurs alimentaires.
M. McCarney : C’est une chose sur laquelle nous travaillons activement, et comme M. Twigg dirige ce travail, il est peut-être mieux placé pour en parler.
M. Twigg : Merci de poser la question. Oui, c’est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur. Le seul mot qui me vient à l’esprit est « proactif ». Il est démontré de façon générale qu’une gestion proactive des risques de l’entreprise réduit les coûts à la ferme — et prévient donc les incidents graves — et dans le meilleur scénario, il semble que rien ne se passe du tout. Vous avez donc plus de stabilité et moins de volatilité. Ce que nous entendons dire, c’est que, pour un producteur, c’est aussi quelque chose dont il faut tenir compte. Chaque année, les producteurs doivent prendre décision après décision. Alors, si on arrive à stabiliser une partie des risques externes, cela peut créer davantage de certitude, de confiance et de volonté d’innover.
La statistique que nous citons souvent est qu’une gestion proactive des risques de l’entreprise ne coûte qu’un quinzième du coût total des dommages dans les résultats. Alors si l’on prend comme exemple les conditions de sécheresse de l’an dernier, qui ont déjà coûté 3,3 milliards de dollars pour les trois premiers trimestres — ce n’est même pas une année complète — il en coûterait le quinzième pour encourager une gestion proactive des risques de l’entreprise sur le terrain. Donc, en abordant le problème de front, on réduit les coûts à la fois pour les producteurs et pour le système dans son ensemble, ce qui crée, au bout du compte, plus de sécurité dans l’ensemble du système alimentaire du Canada.
La présidente : Pouvez-vous nous donner un exemple de ce à quoi ressemble une gestion proactive?
M. Twigg : Cela peut être d’encourager l’adoption de différentes pratiques. La matière organique du sol est un élément d’une gestion proactive des risques de l’entreprise qui réduit l’incidence ou la gravité des conditions de sécheresse sur le terrain. Donc, lorsque les résidus sont intégrés dans le champ à l’aide de procédures de production agricole, comme couvrir le sol la plus grande partie de la saison en utilisant des pratiques de culture de couverture ou de culture intercalaire, ces types d’activités peuvent prévenir la gravité de la sécheresse. Cela réduit donc la quantité d’humidité libérée dans l’atmosphère par des pratiques comme le labourage ou simplement par les méthodes courantes de production agricole. Encourager ces pratiques a un coût : ce ne sont pas des mesures que les agriculteurs peuvent adopter gratuitement. Cela s’assortit d’un coût, d’une incertitude ainsi que d’un impact sur le rendement. Avancer des fonds pour encourager ces types de pratique permettrait à ces agriculteurs de bâtir une résilience au fil du temps et entraînerait moins de volatilité en cours de route.
La présidente : Pourriez-vous dire un mot, par exemple, sur le Fonds d’action à la ferme pour le climat, le FAFC, et sur le mode de financement du programme? Comment y adhère-t-on? Quel est l’intérêt des producteurs à l’échelle du pays? Le financement est-il adéquat?
M. Twigg : La suffisance du financement dépend de chaque cas. Chaque producteur a une situation différente. Certains le jugeront très adéquat pour leur réalité, et d’autres non en fonction de leur réalité. Il est difficile d’évaluer si le financement est adéquat. Il est bien dirigé pour ce qu’il tente d’accomplir. L’une des choses dont nous avons parlé, c’est du fait d’être moins réactifs dans certains des aspects du financement et des programmes que nous souhaitons présenter et d’adopter une approche plus proactive. Cela revient à l’élément proactif plutôt qu’à l’élément réactif.
À l’approche des négociations pour l’avenir et d’un cadre en matière de politique agricole, c’est quelque chose que nous pouvons apporter à la table et essayer d’encourager. Il s’agit davantage d’une révision de ce qui se passe déjà que d’une transformation complète.
La présidente : C’est intéressant. J’aimerais vous poser d’autres questions, mais je dois également respecter le temps. Encore une fois, je remercie les témoins d’avoir été avec nous, d’avoir préparé leur déclaration liminaire et d’avoir répondu à nos questions. Nous allons maintenant passer à notre deuxième groupe de témoins.
Pour notre deuxième groupe, nous accueillons Me Mary Lou McDonald, présidente et avocate générale, de Safe Food Matters Inc.; et Mme Lisa Bishop-Spencer, directrice exécutive, du Centre canadien pour l’intégrité alimentaire. Merci à vous deux de vous joindre à nous en personne.
En ligne, nous recevons Mme Ashley Bruner, directrice, Recherche et engagement des parties prenantes, du Centre canadien pour l’intégrité alimentaire; et Mme Carrie-Anne Palmeri, présidente du conseil d’administration et gestionnaire du programme biologique, Nature’s Path Organic Foods, de l’Association pour le commerce des produits biologiques du Canada.
Au nom des membres du comité, merci à vous toutes d’être ici aujourd’hui. Nous allons maintenant entendre vos déclarations liminaires de cinq minutes chacune, qui seront suivies par les questions des sénateurs. Je vous ferai signe lorsqu’il vous restera une minute, puis je vous indiquerai lorsque votre temps sera écoulé. Sur ce, maître McDonald, la parole est à vous.
Mary Lou McDonald, présidente et avocate générale, Safe Food Matters Inc. : Merci. Tout d’abord, je tiens à remercier le comité de me recevoir. C’est un privilège de venir à cette tribune et de présenter mon point de vue en tant que Canadienne.
Je m’appelle Mary Lou McDonald et je représente Safe Food Matters Inc. Nous sommes un organisme de bienfaisance qui œuvre dans le domaine de la réglementation. Notre objectif est de veiller à la salubrité de nos aliments. Nous avons concentré notre travail principalement sur les pesticides et la contamination des aliments par les pesticides. Nous sommes allés jusqu’à poursuivre Santé Canada pour son homologation du glyphosate, qui est un produit utilisé dans le Roundup. Notre préoccupation concerne l’utilisation avant la récolte du glyphosate sur les grandes cultures, comme les légumineuses, l’orge, les lentilles et les pois chiches, que nous consommons tous. Cette affaire est toujours en cours, et j’en sais donc beaucoup à ce sujet — plus que je le voudrais, en vérité.
La sécurité alimentaire signifie que tous les Canadiens ont accès à des aliments salubres — ce qui est très important — nutritifs et diversifiés sur le plan culturel. J’aborderai ces aspects en m’appuyant sur trois dimensions : la qualité des aliments, l’accès aux aliments et le marché de consommation. Je parlerai des points positifs, c’est-à-dire la manière de les améliorer, et des points négatifs, soit la façon de les réduire.
Il y a également un mémoire plus détaillé à ce sujet sur notre site Web qui se trouve dans la section des documents, qui est en cours de rédaction. Je vous le ferai également parvenir pour que vous puissiez accéder aux liens, etc., menant aux données qui appuient ces informations, si vous le voulez.
En ce qui concerne la qualité des aliments, l’important, du point de vue positif, est d’accroître la valeur nutritive des aliments. Nous savons qu’une bonne alimentation provient de bons sols. Le Conseil canadien de la santé signale que les produits chimiques, les pesticides et l’agriculture industrielle ont appauvri les minéraux essentiels dans nos terres agricoles à un point tel que les aliments comptent maintenant 40 % moins de nutriments qu’il y a 50 ans.
Même lorsque nous consommons des aliments sains, la valeur nutritive que nous en tirons n’est peut-être pas celle d’autrefois. Le blé moderne, par exemple, compte de 19 à 28 % moins de zinc qu’auparavant. Le brocoli a perdu 60 % de son calcium. Tout cela découle de l’appauvrissement du sol. Lorsque l’agriculture repose largement sur les produits chimiques, on doit ajouter des intrants alimentaires et des engrais, qui remplacent certains nutriments majeurs, mais pas tous les micronutriments, qui ne peuvent être restaurés qu’en reconstruisant la santé du sol. Nous nous retrouvons donc devant une forme de faim cachée.
Pour ce qui est de réduire les points négatifs, il est important de réduire la contamination, et cela passe par la réduction des pesticides qui se trouvent dans et sur nos aliments. Ceux-ci sont principalement utilisés lors de la pré-récolte. Les tests effectués par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, ou ACIA, ont révélé que 85 % des produits à base de grain au Canada contiennent du glyphosate, et l’utilisation avant la récolte, qui consiste à pulvériser les pesticides une semaine ou deux avant la récolte pour tuer les mauvaises herbes ou la récolte afin qu’elle soit plus facile à recueillir, ne représente que 2 % de l’utilisation du glyphosate, mais 50 % de l’exposition alimentaire.
Les étiquettes ne fonctionnent pas pour ce qui est d’indiquer que la pulvérisation est sécuritaire lorsque les graines ont une teneur en humidité de 30 % ou moins, parce que la variabilité dans un champ est si grande qu’on ne peut jamais vraiment déterminer quelles zones sont humides, et parce que la teneur en humidité des graines varie également, surtout pour les cultures indéterminées, ce qui signifie qu’elles produisent constamment de nouvelles graines; il y aura donc toujours de jeunes graines. Ce sont ces graines qui attirent les résidus de pesticide provenant de pesticides systémiques. L’un des moyens de réduire cette contamination est d’abandonner la pulvérisation avant la récolte.
Parlons de l’accès aux aliments. Je suis heureuse d’entendre beaucoup de choses au sujet du gaspillage. L’un des aspects négatifs est le gaspillage. Les statistiques sont incroyables. L’organisme Second Harvest a publié un excellent rapport qui montre que l’insécurité alimentaire a doublé, mais 60 % des aliments produits au Canada sont gaspillés. Fait intéressant, un des principaux facteurs du gaspillage est la date meilleur avant, ce que j’ignorais. Vous semblez tous le savoir, mais je ne le savais pas. C’est assez incroyable. La date meilleur avant n’est pas exigée, sauf pour certains aliments. C’est là, et les gens se disent : « Pour être un parent consciencieux, je dois jeter ces produits. » Alors, intervenir à ce niveau serait très utile, à mon avis.
Apporter des changements infrastructurels constituerait un point positif sur le plan de l’accès aux aliments; par exemple, les infrastructures qui soutiennent l’accès direct, dont nous avons entendu parler avec les banques alimentaires. Le Programme national d’alimentation scolaire du Canada est une chose formidable…
La présidente : Je suis désolée, maître McDonald, mais votre temps est écoulé. Vous pouvez peut-être prendre 10 secondes.
Me McDonald : Je vais passer au développement des marchés. Avec les marchés de consommateurs, les jeunes veulent aujourd’hui consommer des produits biologiques.
La présidente : Merci. Nous passons maintenant à Mme Bishop-Spencer.
Lisa Bishop-Spencer, directrice exécutive, Centre canadien pour l’intégrité alimentaire : Merci, madame la présidente. Merci au comité de me donner l’occasion de comparaître aujourd’hui.
Je m’appelle Lisa Bishop-Spencer et je suis directrice exécutive du Centre canadien pour l’intégrité alimentaire, ou CCIA. Je suis accompagnée d’Ashley Bruner, directrice de la recherche et de l’engagement des parties prenantes, qui vient de Windsor.
Le CCIA est une organisation indépendante nationale à but non lucratif créée pour bâtir la confiance dans le système alimentaire du Canada. Nous menons la recherche sur la confiance du public la plus ancienne au Canada afin de comprendre comment les Canadiens vivent le système alimentaire et comment leur niveau de confiance évolue au fil du temps.
La perspective que nous offrons aujourd’hui est que la sécurité alimentaire se vit non seulement par la production et l’offre, mais aussi par l’abordabilité, ainsi que la confiance dans la capacité du système de continuer de fonctionner.
Mme Bruner décrira brièvement les données de recherche, puis je discuterai de leurs répercussions pour la sécurité alimentaire et la résilience.
Ashley Bruner, directrice, Recherche et engagement des parties prenantes, Centre canadien pour l’intégrité alimentaire : Notre recherche montre que les Canadiens connaissent la sécurité alimentaire d’abord par l’abordabilité. Dans les recherches nationales sur la confiance du public que nous avons menées, nous avons constaté que le coût des aliments est constamment cité comme la principale préoccupation des Canadiens, devant les soins de santé et l’inflation. Cela indique que la sécurité alimentaire se vit dans les ménages dans les décisions d’achat tous les jours plutôt que dans la connaissance de l’offre nationale.
Nous faisons également le suivi de la confiance dans le système alimentaire au fil du temps. La confiance du public s’est améliorée au cours de la dernière année, et la confiance dans la sécurité alimentaire et la réglementation demeure forte. Nos données donnent à penser que cette augmentation est étroitement liée au renforcement du sentiment procanadien pendant une période d’incertitude mondiale et d’instabilité géopolitique. Lorsque nos systèmes internationaux semblent moins prévisibles, les Canadiens ont tendance à exprimer une plus forte confiance dans la production alimentaire nationale. Nous avons observé des tendances similaires aux débuts de la pandémie de COVID-19. Le suivi longitudinal démontre que cette confiance est situationnelle. Elle augmente pendant les périodes de perturbation, puis diminue lorsque l’attention se déplace.
Nous avons également observé un écart entre les personnes à qui les Canadiens font confiance pour obtenir des renseignements alimentaires et l’endroit où ils les obtiennent. Les chercheurs, les agriculteurs et les experts de la santé sont parmi les sources les plus fiables, alors que l’information circule principalement par les médias, les commerces de détail, les marques et les plateformes numériques.
Pendant les périodes de pressions liées à l’abordabilité, ce désalignement augmente la confusion et contribue à la désinformation. Plus de la moitié des Canadiens, en fait, disent changer leurs habitudes d’achat et de consommation à cause des allégations alimentaires alarmantes, et nombreux sont ceux qui découvrent plus tard que les renseignements étaient inexacts.
Ensemble, ces données montrent que la sécurité alimentaire est façonnée non seulement par la disponibilité, mais aussi par la confiance et la circulation d’information.
Mme Bishop-Spencer : Cette recherche présente des répercussions évidentes pour la sécurité alimentaire.
La sécurité alimentaire existe non seulement lorsque les aliments sont disponibles, mais lorsque les gens pensent que le système continuera de fonctionner pour eux. La confiance du public ne remplace pas de bonnes politiques ou une forte production, mais elle définit la manière dont les Canadiens réagissent à la pression exercée sur le système.
Lorsque la confiance est forte, la volatilité est absorbée plus efficacement. Lorsque la confiance s’érode, l’anxiété et la désinformation se propagent rapidement. Cela explique en partie pourquoi l’abordabilité, la sécurité alimentaire et la confiance sont si étroitement liées.
La souveraineté alimentaire est également un facteur contribuant à la résilience alimentaire. Lorsque la confiance est renforcée, les gens croient que le Canada a la capacité de produire des aliments à l’échelle nationale tout en demeurant lié aux marchés mondiaux. Lorsque la production nationale est reconnue comme une force, la participation dans le commerce mondial est considérée comme un choix plutôt que comme une vulnérabilité.
Enfin, la capacité d’innover est un facteur clé dans notre sécurité alimentaire. L’innovation est comprise par les Canadiens non pas comme une technologie qui sert ses propres besoins, mais comme des résultats, tel qu’un approvisionnement fiable, la durabilité et l’abordabilité. Lorsque la confiance dans l’innovation est faible, la confiance envers la capacité du système de réagir aux nouvelles pressions diminue, et les organismes de réglementation ont tendance à adopter une approche plus conservatrice en matière de risque. Au fil du temps, cela limite notre capacité d’adaptation et augmente notre vulnérabilité. Essentiellement, la sécurité alimentaire est à la fois une condition technique et sociale. Le système alimentaire du Canada peut être sûr sur papier et fragile dans la pratique si la confiance du public s’effondre. Reconnaître la confiance du public en tant qu’élément intégral de la sécurité alimentaire renforce la résilience.
Merci. Nous serons ravies de répondre à vos questions.
La présidente : Merci beaucoup. Madame Palmeri, vous avez maintenant la parole.
Carrie-Anne Palmeri, présidente du conseil d’administration et gestionnaire du programme biologique, Nature’s Path Organic Foods, Association pour le commerce des produits biologiques du Canada : Merci de me donner l’occasion de prendre la parole.
Je m’appelle Carrie-Anne Palmeri, je suis présidente de l’Association pour le commerce des produits biologiques du Canada chez Nature’s Path Organic Foods, la plus grande entreprise indépendante de nourriture pour le petit déjeuner et de collations biologiques de l’Amérique du Nord. Il est reconnu que l’agriculture biologique contribue à la sécurité alimentaire du Canada, et elle s’inscrit dans la Politique alimentaire pour le Canada.
Par sécurité alimentaire, on entend un accès fiable à des aliments sains et appropriés sur le plan culturel. Le système biologique du Canada y contribue grâce à une certification réglementée par le gouvernement fédéral et effectuée par des tiers, fondée sur la prévention et la résilience. La demande continue de croître. En 2025, les Canadiens ont dépensé 10,55 milliards de dollars pour des produits biologiques, les ventes ayant augmenté de 8 % une année sur l’autre, ce qui situe le Canada dans les cinq principaux marchés biologiques mondiaux. Ce niveau de maturité du marché procure une durabilité concrète au système alimentaire du Canada.
À l’ère des risques climatiques, comme vous l’avez entendu aujourd’hui, la sécurité alimentaire repose sur la performance en situation de stress, et non seulement sur les rendements obtenus lors des années idéales. L’agriculture biologique améliore la santé du sol, la matière organique et la capacité de rétention de l’eau, ce qui renforce la capacité d’une exploitation agricole de résister à des sécheresses et à des inondations et de produire des rendements stables. Des recherches à long terme menées par le Rodale Institute dans le cadre d’un essai de 40 ans sur les systèmes agricoles montrent que les rendements biologiques sont comparables aux rendements conventionnels durant des années normales et produisent environ 30 % plus de rendement de maïs pendant les sécheresses.
C’est quelque chose que nous avons observé en Colombie-Britannique. Depuis 2020, les agriculteurs de la Colombie-Britannique ont fait face à la pandémie, au dôme de chaleur de 2021, à des inondations catastrophiques et à des sécheresses et des incendies de forêt continus. Lorsque les tablettes des épiceries étaient vides et que les corridors de transport étaient coupés, les fermes biologiques locales et les chaînes d’approvisionnement ont comblé les lacunes critiques, nourrissant leurs communautés au moyen de ventes directes. De plus, leurs pratiques de régénération du sol ont permis de réduire les pertes de terre végétale pendant les inondations, ont aidé les exploitations agricoles à subir des cycles répétés de sécheresse et ont favorisé la circulation des aliments.
La sécurité alimentaire repose à la fois sur des terres résilientes et des relations résilientes, et une agriculture biologique renforce les deux.
Nous n’y pensons pas souvent, mais la dépendance aux intrants façonne également la sécurité alimentaire. Les marchés d’engrais mondiaux, fortement exposés aux perturbations géopolitiques, créent une volatilité pour les agriculteurs. Les systèmes biologiques atténuent cette vulnérabilité en misant sur un cycle des nutriments en circuit fermé à la ferme, ce qui diminue la dépendance aux intrants importés et renforce la souveraineté alimentaire du Canada.
Les réalités économiques des exploitations agricoles comptent elles aussi pour la sécurité alimentaire. Les recherches menées par Cultivons Biologique Canada ont révélé que les exploitations agricoles biologiques obtiennent en moyenne un rendement à l’acre net supérieur de 117 %, attribuable à une moins grande dépendance aux intrants et aux prix plus élevés. L’agriculture biologique contribue également à la vitalité des régions grâce à la diversification des cultures, à la réduction de l’exposition aux pesticides et à une meilleure préservation des terres agricoles.
Pour conclure, le Canada doit examiner deux principales occasions stratégiques. La première est d’introduire des programmes et des mesures de soutien propres aux produits biologiques. Le plan d’action national sur l’agriculture biologique, lancé en 2025, décrit les principales recommandations visant les aliments et l’agriculture biologiques au Canada. Nos principaux partenaires commerciaux, l’Union européenne et les États-Unis, ont déjà adopté des stratégies et des cibles audacieuses en matière de politiques biologiques, investi fortement dans la recherche et créé des mesures de soutien à la transition pour atténuer les risques liés à l’adoption de produits biologiques. Ils ont également favorisé l’élargissement des marchés biologiques afin de créer une demande prévisible et des occasions d’encourager des systèmes biologiques résilients. Le Canada doit faire la même chose pour conserver les dollars investis dans les aliments au pays, renforcer les économies rurales et traduire la forte demande des consommateurs en sécurité alimentaire à long terme.
La deuxième occasion stratégique clé consiste à harmoniser les outils fédéraux existants avec les résultats en matière de sécurité alimentaire. La Politique alimentaire nationale pour le Canada est axée sur la résilience, la durabilité et l’accès à des aliments nutritifs, toutes des forces centrales d’une agriculture biologique. Les programmes fédéraux, comme le Programme national d’alimentation scolaire et le Fonds des infrastructures alimentaires locales, peuvent mieux s’harmoniser pour soutenir les chaînes d’approvisionnement biologiques.
Les marchés publics sont un levier éprouvé pour renforcer la sécurité alimentaire. Copenhague a réussi à offrir 90 % des repas scolaires biologiques sans coût supplémentaire, et le projet pilote « de la terre à la table » de l’UBC Okanagan, en Colombie-Britannique, a démontré que de petites exploitations agricoles biologiques peuvent approvisionner de manière fiable les institutions. Nature’s Path a démontré la faisabilité d’un accès à grande échelle grâce au programme national américain de déjeuners scolaires, servant 1,5 million de bols de la toute première céréale biologique certifiée USDA conforme aux normes scolaires dans plus de 350 écoles depuis 2024, permettant ainsi aux enfants de commencer leur journée par une option alimentaire saine.
Notre politique alimentaire nationale peut s’inspirer de ces modèles pour privilégier des options biologiques dans les achats publics, dans les programmes alimentaires tant nationaux que régionaux. Pour terminer, la sécurité alimentaire repose sur des terres résilientes, des agriculteurs solides ainsi que des communautés rurales dynamiques. L’agriculture biologique répond à ces trois impératifs.
Merci. Je répondrai à vos questions.
La présidente : Merci, chers témoins.
Chers collègues, je propose cinq minutes pour la question et la réponse. Pour ce qui est des témoins, c’est le sénateur qui a la parole à ce moment-là et qui détermine donc qui peut intervenir.
Le sénateur McNair : Je remercie les intervenantes présentes aujourd’hui. Ma question s’adresse au Centre canadien pour l’intégrité des aliments. Vous pouvez décider qui doit répondre.
En 2025, votre organisation a effectué un sondage omnibus afin de mieux comprendre le sentiment des gens par rapport à l’innovation dans le système alimentaire du Canada. Si j’ai bien compris, le sondage a révélé que, bien que la plupart des Canadiens soient optimistes à propos de l’innovation, environ un Canadien sur cinq exprime une préoccupation constante. Avez-vous été en mesure de déterminer pourquoi les Canadiens ressentent de l’incertitude par rapport à l’innovation dans notre système alimentaire? De plus, comment, le cas échéant, les préoccupations cessent-elles lorsque l’innovation est encadrée par des résultats concrets, comme la sécurité alimentaire, la création d’emplois et une chaîne alimentaire fiable?
Mme Bishop-Spencer : Merci de poser la question. Je vais répondre à celle-ci.
Nous avons appris ces derniers temps que notre message sur l’innovation ne passe pas. Lorsqu’ils doivent dire la vérité au sujet des innovations et des nouvelles technologies, les Canadiens se rangent dans l’un de deux camps, à savoir les « gens comme eux » et « les chercheurs ». C’est un constat important. Nous constatons que les Canadiens recherchent quelqu’un à qui ils peuvent s’identifier, mais aussi une expertise. Toutefois, en ce qui concerne les messages liés aux caractéristiques du système alimentaire... lorsque nous parlons de caractéristiques du système alimentaire, bien sûr, les mots « abordable », « sûr » et « sain » arrivent en tête de liste, mais tout en bas de cette liste, on trouve « novateur ». C’était une constatation importante pour nous en tant que secteur, car nous nous sommes rendu compte que notre message ne passait pas.
En consultant les Canadiens et en leur demandant comment positionner l’innovation d’une manière à ce qu’ils la soutiennent, nous avons appris que, encore une fois, un Canadien sur cinq réagit systématiquement avec anxiété lorsqu’il est question d’« innovation » et de « production alimentaire ». Cela correspond à ce que nous savons déjà. Les gens adorent l’innovation en matière d’éducation et de soins de santé, mais lorsqu’il s’agit de nourriture, le sujet devient alors très personnel pour eux.
Lorsque nous parlons d’innovation sur le plan des résultats, c’est là que le message trouve un écho — que les gens comprennent ce qu’ils ont à y gagner. Quand nous pouvons dire que, grâce à notre travail, plus d’aliments sont produits ici au Canada, cela suscite plus d’appui et de compréhension. Quand nous disons que, grâce à notre travail, nous pouvons aider à nourrir 400 millions de personnes dans le monde, c’est à ce moment-là que nous voyons les gens adopter le message.
Ce que nous avons appris au cours de la dernière année, c’est que lorsque nous positionnons l’innovation en fonction des résultats, c’est à ce moment-là que nous pouvons capter la fierté des Canadiens dans les innovations, ainsi que leur compréhension. Lorsque nous utilisons des termes que les Canadiens ne comprennent pas ou auxquels ils ne s’identifient pas, ils s’en détachent. Il est donc important pour nous de définir l’innovation dans ce secteur — qui est très innovant — d’une manière qui leur parle. En fin de compte, ils veulent savoir : « Qu’est-ce que j’y gagne? »
Le sénateur McNair : Que devrait faire le gouvernement fédéral pour aider à renforcer cet enthousiasme et cette confiance également?
Mme Bishop-Spencer : De nombreuses idées me viennent à l’esprit lorsque vous me posez cette question. La première est qu’il faut vraiment appuyer les organisations qui font la promotion de l’innovation dans le secteur. La deuxième chose, c’est de créer un environnement dans lequel l’innovation peut prospérer.
Encore une fois, nous avons remarqué que, lorsqu’il s’agit de sécurité alimentaire, si la confiance envers le système n’est pas là, l’innovation peut parfois devenir trop protégée. Nous constatons que les règlements deviennent un peu trop restrictifs, je dirais. Dans le secteur, nous devons être en mesure d’innover davantage.
Le gouvernement — je ne veux pas parler des politiques; nous n’appuyons pas les politiques d’une manière ou d’une autre — a un rôle à jouer pour enseigner aux Canadiens qu’il s’agit d’un secteur qui contribue à l’économie, innove et fait partie intégrante du tissu canadien. Nous sommes fiers de dire que le système alimentaire du Canada est un moteur économique, un moteur d’innovation et un élément qui contribue à l’identité canadienne, et c’est ce message qui trouvera davantage un écho auprès des Canadiens.
Le sénateur McNair : Comme nous avons entendu les témoins du groupe précédent le dire, la transparence et la clarté sont essentielles. Merci.
La sénatrice McBean : Madame McDonald, j’ai entendu auparavant l’argument selon lequel les aliments biologiques contiennent plus de nutriments, et je me demande ceci : comment mesurez-vous et comparez-vous la qualité des aliments et des nutriments qui les composent? Qu’est-ce qui rend le brocoli biologique d’aujourd’hui meilleur que le brocoli cultivé de façon conventionnelle?
Me McDonald : Vous pouvez examiner les études sur le sujet, mais ce sont des minéraux clés comme le fer et le cuivre. Si vous me donnez une minute, je peux consulter mes notes.
La sénatrice McBean : Bien sûr.
Me McDonald : Si les nutriments se trouvent dans un sol régénéré, ils iront dans la plante, puis dans notre corps. Ils seront biodisponibles pour nous. À l’inverse, si le sol est appauvri et qu’on y ajoute simplement des intrants,on n’obtiendra pas les micronutriments qui proviennent du sol.
La sénatrice McBean : Je tenais à ce que vous sachiez que je suis une disciple de cette ligne de pensée depuis longtemps, mais en même temps, je siège au comité AGFO, et j’entends dire que nos agriculteurs innovent réellement et obtiennent un meilleur sol et ainsi de suite.
Alors j’aimerais savoir : comparons-nous les produits biologiques d’il y a 15 ans, ou plutôt les produits biologiques à des aliments cultivés sans techniques modernes de gestion du sol, cultures de couverture et toutes ces approches différentes? Pensez-vous qu’il est possible que l’écart se resserre entre les produits biologiques et ceux issus de l’agriculture conventionnelle?
Me McDonald : Je ne le sais pas, mais ce que je sais avec certitude, c’est qu’il y a dans mon esprit un concept de barrière écologique. Il y a un maximum à ce qu’on peut retirer de la nature, et il faut travailler dans ce système, même si cela ne nous convient pas.
Alors, qu’entend-on par innovation? Voulons-nous dire par là que nous tentons de dépasser cette barrière en adoptant des outils qui augmenteront les rendements, au détriment d’un système durable capable de perdurer? Cela pourrait être un problème. C’est un peu comme un jeu de taupe : un nutriment manque, alors on ajoute un intrant, au lieu de laisser le système le produire naturellement.
La sénatrice McBean : En fait, je suis du même avis que vous. J’essaie de comprendre cela. On essaie de noyer le poisson.
Comment Ottawa pourrait-il s’assurer que la réglementation sur la sécurité alimentaire reste solide tout en soutenant l’innovation et l’efficacité dans tout le secteur agroalimentaire? J’écoute et j’essaie de comprendre cela. N’y a-t-il pas de place pour des systèmes hybrides où un agriculteur peut augmenter la production à l’aide de pratiques biologiques? Je vais vous laisser toutes les deux réfléchir à cela un moment.
Me McDonald : Selon moi, que signifie l’innovation? Qu’est-ce que la production? Quel est le résultat? Que cherche-t-on? Si l’innovation signifie que l’on va produire un tas d’aliments génétiquement modifiés ou utiliser des pesticides qui finiront par nuire au système naturel que j’essaie de promouvoir, c’est un problème. Si l’innovation signifie qu’on va enrichir le sol avec des nutriments biodisponibles, tout va bien. Donc, que signifie l’innovation?
Je suis pour l’innovation si elle aide à régénérer le sol, parce que c’est la base de tout cela. C’est ce que cherchent et reconnaissent les consommateurs. Ils veulent des aliments authentiques, et « authentiques » signifie provenant d’un vrai sol qui nourrit le corps et qui lui apporte tous les nutriments nécessaires.
La sénatrice McBean : J’ai récemment mangé une laitue fantastique qui provenait de la tourbe.
Avez-vous quelque chose à dire concernant des systèmes hybrides? Même l’octroi de permis et les certifications des agriculteurs biologiques font partie des autres éléments. Quelle est la meilleure manière de maintenir cela pour que les agriculteurs ne se retrouvent pas à produire des récoltes qui coûtent vraiment cher? Ce sont les supermarchés qui en tirent le plus profit, et non pas les agriculteurs eux-mêmes.
Me McDonald : En ce qui concerne les agriculteurs biologiques, tout va bien après trois ans. On finit par gagner plus d’argent, et le système fonctionne après trois ans. Il y a donc cet élément clé de la transition. Ce qui est nécessaire, c’est d’apporter un soutien pendant cette transition de trois ans, ensuite, c’est bon.
La sénatrice McBean : Bon comme dans rentable?
Me McDonald : Comme dans rentable; comme dans meilleur que l’agriculture classique. La ferme Upland Organics en Saskatchewan en est un excellent exemple. Ils ont produit des lentilles à l’échelle internationale; ils ont survécu à la sécheresse quand leurs voisins pratiquant l’agriculture classique n’y ont pas survécu; ils ont traversé cette période de transition de trois ans; et aujourd’hui, plusieurs années plus tard, ils tournent à plein régime.
La sénatrice McBean : D’accord. Merci. Madame Palmeri, sachez que je reviendrai à vous avec la même question pendant la deuxième série de questions.
La sénatrice Sorensen : Je suis ravie que vous reveniez à cette question avec Mme Palmeri. Je ne vais pas céder mon temps de parole, mais vous avez posé une excellente question.
Je vais commencer par Me McDonald et Mme Bishop-Spencer, mais j’espère avoir le temps de poser une autre question à Mme Palmeri.
On a beaucoup parlé de l’abordabilité, de la durabilité et de la résilience, mais la politique alimentaire concerne bon nombre d’ordres de gouvernement. Selon vous, quelles sont les lacunes les plus importantes dans l’approche actuelle du Canada en matière de sécurité alimentaire aux paliers fédéral, provincial et municipal? Travaillent-ils parfois à contresens? Je commencerai par Mme Bishop-Spencer.
Mme Bishop-Spencer : C’est une question intéressante.
Nos membres nous ont dit que nous fonctionnons dans un environnement où l’on ne tient pas souvent compte de la confiance du public dans les considérations actuelles. Je pense qu’il faut créer un environnement dans lequel la confiance du public fait partie de l’infrastructure.
Nous travaillons souvent avec des données, la science et toutes ces choses, mais il faut comprendre que la confiance du public nous permet de fonctionner. C’est notre source d’acceptation sociale. C’est plus que cela. On doit arrêter de la considérer comme un exercice de communication sur le coin d’une table, et elle doit vraiment faire partie intégrante de notre façon de faire des affaires et de fonctionner en tant que société.
Sans la confiance du public, la confiance envers le système s’effrite. La confiance envers l’innovation s’effrite; la confiance dans toute la réglementation que nous avons mise en place s’effrite. Nous devons donc nous assurer que nous fonctionnons dans un contexte où la confiance du public est prioritaire, et je pense que nous devons nous assurer que nous maintenons un juste équilibre.
Actuellement, nous savons que la confiance envers le système canadien d’inspection des aliments a atteint un nouveau pic en 2025. Près de trois Canadiens sur 10 sont aujourd’hui tout à fait d’accord pour dire qu’ils font confiance à la sécurité alimentaire canadienne. C’est une augmentation significative de 13 points par rapport à l’année dernière.
Cela met en évidence le rôle de la transparence et d’une réglementation efficace comme base de la confiance envers le système alimentaire en général. Mais en même temps, le système ne doit pas être restrictif au point d’empêcher le secteur d’innover et d’évoluer. Nous devons simplement trouver le juste équilibre, en veillant à maintenir la confiance du public tout en laissant une marge de manœuvre au secteur.
La sénatrice Sorensen : Je reviens à Mme Palmeri pour la prochaine question, et vous pouvez répondre à la question que je viens de poser. J’espère pouvoir revenir à Me McDonald, si nos chemins se croisent.
Madame Palmeri, comment la politique alimentaire nationale peut-elle mieux soutenir les fermes petites et moyennes, les producteurs autochtones et les groupes sous-représentés tout en renforçant la sécurité alimentaire dans son ensemble?
Mme Palmeri : Merci de la question. Je reviendrai à ce que nous avons pu entendre, à savoir qu’il faut atténuer les risques de la transition pour mettre en place de meilleures pratiques, que ce soit biologiques ou dans l’ensemble. Nous voulons permettre aux agriculteurs de prendre au nom de la société le risque de mettre en place de nouvelles pratiques plus efficaces — comme les pratiques que nous avons vues dans les systèmes biologiques —, et nous assurer qu’ils ont le soutien nécessaire pour le faire. La raison en est que la période initiale de l’adoption d’une pratique est la plus difficile pour les agriculteurs, surtout avant de pouvoir avoir accès à ce marché prisé à l’aide de certifications supplémentaires comme la certification biologique, par exemple.
La sénatrice Sorensen : Serait-ce la responsabilité du gouvernement fédéral de s’en assurer?
Mme Palmeri : Oui. Nous avons vu des programmes d’incitation à la transition vraiment efficaces aux États-Unis et dans l’Union européenne. Le Plan d’action biologique que nous avons présenté en 2025 prévoit plusieurs niveaux de soutien à la transition qui, selon nous, seraient efficaces à cette fin.
La sénatrice Sorensen : Maître McDonald, revenons à la question sur les différents ordres de gouvernement qui travaillent à contresens, ou sur la façon dont l’un nuit ou non à l’autre. Dans votre domaine, est-ce principalement au gouvernement fédéral qu’il revient de prendre en considération ce qui vous intéresse le plus?
Me McDonald : Ce que je connais le mieux, c’est l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire et ses évaluations des pesticides, qui sont comme des passoires, et toutes sortes de pesticides pénètrent dans nos aliments.
Si l’agence peut améliorer son processus d’évaluation, cela ferait toute la différence. Nous utilisons des données sur la consommation concernant ce que les Américains mangent. Nous n’examinons pas l’ensemble du produit; nous étudions uniquement l’ingrédient actif. Nous examinons la charge corporelle des personnes. Nous examinons chaque pesticide de façon cloisonnée, disons que tout ce que nous mangeons, c’est du glyphosate, et c’est tout. Nous ne mangeons jamais de dicamba ni de glyphosate. Des mélanges en cuve sont en même temps pulvérisés. Ils sont évalués individuellement, isolés les uns des autres. Cela ne correspond pas à la réalité.
Si l’on pouvait évaluer la réalité, ce serait très utile, et on pourrait mettre fin à de nombreux aspects négatifs liés à la qualité des aliments; je pense notamment aux pesticides qui se trouvent directement dans nos aliments.
La sénatrice Sorensen : Excusez mon ignorance, parce que je ne sais pas. En ce qui concerne les pesticides, la décision concernant ce que l’on peut ou ne peut pas utiliser, est-elle prise à l’échelle nationale ou cela relève-t-il du palier provincial ou municipal?
Me McDonald : Comme la beauté du Canada, c’est tout cela à la fois. Les pesticides sont approuvés au palier fédéral, mais les provinces mettent souvent l’approbation en œuvre au moment d’accorder des permis pour les pulvérisateurs de pesticides.
La sénatrice Sorensen : Merci.
Me McDonald : Je vous en prie.
La sénatrice Muggli : Je pense que cette question s’adresse à tout le monde. J’aimerais savoir quels investissements seraient nécessaires pour faire avancer la recherche dans ce domaine pour que les producteurs puissent s’intéresser davantage... ou considérer davantage l’agriculture biologique comme une possibilité. Maître McDonald, je sais que vous avez parlé de la transition de trois ans, mais doit-on mener des recherches sur les maladies et la résistance aux pesticides? J’aimerais le savoir. Je vais peut-être commencer par Mme Palmeri.
Mme Palmeri : Merci de la question. Dans le cadre du Plan d’action biologique que nous avons publié, nous recommandons de créer un secrétariat national de la recherche biologique au Centre d’agriculture biologique du Canada afin qu’il coordonne la recherche dans le secteur, qui englobe beaucoup de choses.
En particulier, il faut également examiner le financement du processus de recherche. Actuellement, l’exigence d’appariement des fonds de l’industrie est une exigence difficile à respecter aux fins de l’octroi de subventions pour la recherche.
Nous recommandons de commencer par créer ce secrétariat, qui peut ensuite gérer les initiatives de financement.
Au-delà de cet aspect, pour convaincre la communauté des producteurs des avantages de la mise en place de pratiques exemplaires, il faut continuer de montrer le rendement environnemental de ces pratiques, leur capacité d’accroître la productivité, les revenus agricoles et, dans l’ensemble, la façon dont ces pratiques contribuent à la résilience en aidant les agriculteurs à faire face à l’incertitude des marchés et aux conditions environnementales.
Le groupe Cultivons Biologique Canada vient de publier certaines recherches solides sur ces aspects, et nous devons continuer de développer cet argument.
La sénatrice Muggli : Maître McDonald, qu’en pensez-vous?
Me McDonald : La première chose qui me vient à l’esprit, c’est l’étude qui examine réellement comment les jeunes perçoivent la nourriture, du point de vue de la confiance, car cette transformation chez les jeunes est incroyable.
Les aliments biologiques ou sains étaient considérés comme un luxe, mais aujourd’hui, c’est une nécessité pour eux; c’est une valeur pour eux, parce qu’ils voient les effets des aliments contaminés sur la santé.
Pour qu’un marché soit viable — je change un peu de sujet ici —, il faut montrer qu’il a une valeur sociale, environnementale et économique. L’aspect social n’a pas été beaucoup étudié, mais il devient vraiment très important chez les nouveaux consommateurs au Canada, et également chez les consommateurs avec lesquels nous espérons conclure des accords dans le cadre des autres accords commerciaux interrégionaux. Les consommateurs européens veulent que cela se traduise par la création d’obstacles au commerce uniquement pour des raisons sociales. Cela n’a pas l’air sain; leurs limites maximales de résidus, les LMR, sont plus élevées que les nôtres.
Nous sommes sur le point d’entamer des pourparlers commerciaux avec l’Inde, et nos LMR sont plus élevées que les LMR de leurs pois chiches. Cela pourrait poser un problème. Les choses seraient plus faciles si nous pouvions suivre la situation et disposer de systèmes d’alerte précoce pour les commerçants en ce qui concerne le contexte international et le contexte des consommateurs à l’échelle nationale.
La sénatrice Muggli : Quand vous parlez des jeunes qui veulent cela, qui sont ces jeunes? Je suppose qu’il y a une classification selon le revenu?
Me McDonald : Il y a une classification par décennie, par génération.
La sénatrice Muggli : Les jeunes qui vivent dans la pauvreté ont-ils le même intérêt? Étant donné qu’il y a un manque d’éducation, de sensibilisation, et cetera, les gens se demandent-ils où ils vont trouver leur prochain repas ou leur prochain repas biologique?
Me McDonald : Je n’ai pas la réponse à cette question, mais je suppose que l’Association pour le commerce des produits biologiques au Canada l’aurait, et ses statistiques ne font pas cette différence que j’ai constatée. Mais je peux faire des recherches à ce sujet et vous tenir au courant.
La sénatrice Muggli : Oui, c’est très intéressant.
Mme Bishop-Spencer : Je vais revenir un peu en arrière, car nous ne préconisons pas un type de production plutôt qu’un autre, mais nous savons que, actuellement, nous sommes dans une période où nous constatons l’un des niveaux de confiance les plus élevés envers l’orientation du système alimentaire et l’impression qu’il donne. Cette impression est très forte chez la génération Z, en particulier chez les hommes de cette génération.
Le gouvernement doit vraiment soutenir les initiatives qui renforcent la confiance du public. Je parle donc de l’initiative relative au système alimentaire canadien dont la sénatrice Robinson a parlé la semaine dernière au Sénat, qui est une initiative sectorielle, sans marque, visant à renforcer la confiance envers le système alimentaire du Canada, et à décrire de façon exhaustive le système alimentaire, de la production à la consommation, afin de créer un environnement dans lequel les gens peuvent comprendre le système alimentaire, les acteurs qui y participent et ce qu’ils font. Ils demandent quelles sont les pratiques et quelles sont les préoccupations pour que nous puissions favoriser une sensibilisation accrue.
Les initiatives comme celle du système alimentaire du Canada nous permettent de raconter ces histoires, d’améliorer le système alimentaire au point où il revêt la même importance dans l’esprit des Canadiens que l’éducation et les soins de santé.
La sénatrice Burey : Merci de votre présence, et merci d’avoir contribué à la richesse et à la profondeur de cette discussion, mais également de votre expertise, car énormément de choses dépendent de la confiance du public. Merci, madame Bishop-Spencer, de nous aider à comprendre que cela devrait être un pilier essentiel de l’infrastructure de notre système alimentaire.
Les jeunes sont toujours un sujet qui m’intéresse. J’aimerais entendre l’avis de tout le monde concernant la façon dont nous pouvons aider les jeunes dans les écoles — je parle de l’école primaire — à s’impliquer. Ils représentent un pilier essentiel. Ils sont touchés autant que leurs parents, en ce qui concerne ce système alimentaire, la confiance et la transparence. La question ne s’adresse à personne en particulier, mais ce serait bien que tout le monde donne son avis.
Mme Bishop-Spencer : Cela ne me dérange pas de commencer, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
Des organisations telles qu’Agriculture en classe Canada travaillent d’arrache-pied pour créer des connaissances et des formations, bâtir la confiance envers le système et montrer aux gens la manière dont cela fonctionne. L’organisation explique aux gens qu’ils n’ont pas besoin d’avoir grandi sur une ferme pour avoir une carrière dans l’agriculture, et que notre système est composé de beaucoup de choses extraordinaires.
Des organisations telles qu’Agriculture en classe Canada travaillent d’arrache-pied pour sensibiliser les jeunes à notre secteur. Il me semble que l’organisme y contribue grandement.
Nous constatons également que davantage de jeunes sont exposés à de l’information. À l’heure actuelle, ce qui importe, c’est qu’ils ne soient pas exposés à de la mésinformation.
Il est essentiel que le secteur agisse et que le gouvernement soutienne les organisations qui prennent des mesures pour raconter les véritables histoires. Nous savons que les gens font le plus confiance aux agriculteurs et aux scientifiques, qui sont perçus comme les plus transparents dans le système. Donc si nous pouvons créer des occasions pour qu’ils racontent mieux leurs histoires, en particulier à ces jeunes, je pense que nous avons une occasion.
La sénatrice Burey : Merci beaucoup. J’aimerais entendre l’avis de Me McDonald. Je vois que vous avez consigné par écrit quelques notes.
Me McDonald : Nous parlons beaucoup de la confiance du public, mais je pense que la question fondamentale, c’est : le système est-il digne de confiance? Les jeunes possèdent aujourd’hui un genre de « sixième sens » que je ne possédais pas moi-même, car ils arrivent à dire si quelque chose est de l’IA. En droit, on dit que ça sent mauvais : il y a quelque chose de suspect. Il se peut qu’ils ressentent la même chose, dans la mesure où le public ne fait pas confiance au système alimentaire, à l’heure actuelle.
Et puis, des choses comme la viande clonée et le porc génétiquement modifié brisent leur confiance. La transparence est essentielle; elle est quasiment plus importante que l’innocuité, lorsqu’on parle de renforcer la confiance. Ils ont traversé la COVID, et ils n’ont donc pas autant confiance en nous qu’avant.
Laissez-les voir les aliments authentiques; laissez-les les toucher et voir ce que cela prend pour faire pousser un aliment dans la vraie terre. Laissez-les également goûter une carotte authentique, et voir la différence entre une carotte biologique et une carotte non biologique. Préparez-la et faites un sauté dans le cadre des cours d’économie domestique. Faites-les participer au processus de préparation des aliments. Enseignez-leur la façon de se nourrir par eux-mêmes.
La sénatrice Burey : Est-ce qu’il nous reste du temps pour d’autres questions? Madame Palmeri, oui, s’il vous plaît, répondez à la question.
Mme Palmeri : Certainement. Je pense qu’ici je peux parler du point de vue de l’association commerciale, et aussi de celui d’un producteur d’aliments. Donc Nature’s Path est une entreprise familiale de deuxième génération qui cultive des produits alimentaires biologiques depuis les années 1980, et nous essayons toujours de découvrir ce véritable facteur évocateur qui lie les produits alimentaires à la société, en particulier à mesure que nous nous éloignons de plus en plus de la source des aliments.
En fait, je viens de recevoir une excellente information provenant d’une source de confiance, qui démontre que les gens commencent à vouloir savoir d’où proviennent leurs aliments, et qu’ils souhaitent connaître la façon dont on les fait pousser.
Nous essayons donc de faire en sorte qu’il y ait plus de transparence autour de notre système alimentaire afin de montrer… Par exemple, nous voulons qu’il y ait plus de transparence au sujet de nos chaînes d’approvisionnement, des relations profondes que nous entretenons avec les agriculteurs qui soutiennent les moyens de subsistance et les collectivités, et ainsi de suite. Voilà donc un élément.
Un autre élément vraiment incontestable, c’est le goût. Nous devons vraiment corriger l’idée selon laquelle les aliments sains n’ont pas un aussi bon goût. Donc par l’entremise de notre programme de petit déjeuner à l’école, nous avons trouvé que lorsque nous accordons la priorité au goût…
La présidente : Je suis désolée, madame Palmeri, notre temps pour cette question est écoulé. Merci.
En réalité, j’ai une question. En tant que présidente, je vais saisir l’occasion de poser une question.
Je voulais poser la question suivante à Mme Bishop-Spencer : au Centre canadien pour l’intégrité alimentaire, vous effectuez beaucoup de sondages et de collectes de données. Je me demandais si vous pouviez parler du rapport annuel. Quelle est la portée de ce rapport, et pour qui, au Canada, le rédigez-vous? Qui vous demande de le faire? Pouvez-vous nous donner quelque chose par écrit pour nous montrer les données que vous avez recueillies?
Mme Bishop-Spencer : Je vais demander à Mme Bruner de parler de la méthodologie, mais je peux dire que nous pouvons absolument fournir les points saillants de notre rapport annuel de l’étude sur la confiance du public. Nous menons cette étude chaque année, vers la fin de l’été ou le début de l’automne, et nous la présentons en octobre. Cela nous permet donc de suivre les choses à long terme.
Ce sera bientôt la dixième année que nous effectuons cette étude, et je vais demander à Mme Bruner de parler de la méthodologie.
Mme Bruner : Absolument. Merci. Il s’agit d’un sondage national en ligne que nous administrons à un grand échantillon de personnes, soit à 3 000 Canadiens environ. Donc nous pouvons décomposer notre étude et analyser les données concernant les hommes de la génération Z et les mamans de la génération Y, par exemple. Il s’agit — nous parlions de la pénurie de données plus tôt — d’une enquête de suivi unique et de longue date.
Encore une fois, étant donné que nous sommes un organisme caritatif sans but lucratif, nous pouvons analyser de nombreux sujets — les aliments biologiques, les pesticides, l’innovation — tout en restant neutres. Nous sommes donc très fiers de l’ensemble de données et de l’information que nous sommes à même de fournir, et dont l’intégralité du système alimentaire pourra, je l’espère, tirer parti. Nous pouvons vraiment renforcer l’information de manière générale, peu importe les personnes que nous représentons ou notre groupe spécifique. Nous pouvons tous grandir ensemble.
La présidente : Merci. Madame Bishop-Spencer, voulez-vous ajouter quelque chose? Nous voudrions voir ce rapport de haut niveau. C’est excellent.
Maître McDonald, j’ai une question. Je vous ai entendu dire, au sujet d’un profil pédologique, que des nutriments étaient ajoutés au sol, plutôt qu’y être naturellement présents... et, si j’ai bien compris, vous dites qu’ils n’étaient pas biodisponibles. Est-ce exact?
Me McDonald : Non. Je pense que si l’on ajoute des nutriments, ils sont probablement biodisponibles, mais, selon ce que j’ai compris, l’apport, par exemple, d’engrais représente uniquement l’ajout de deux ou trois nutriments dans le sol, alors que notre corps et le sol régénérateur en produisent plus que cela.
La présidente : Nous ne comprenons pas les choses de la même façon. J’ai étudié la science des sols.
Me McDonald : D’accord.
La présidente : Je sais que lorsque l’on fait pousser une culture — par exemple, une culture horticole de grande valeur — on prélève des échantillons de feuilles tout au long de la croissance. Et ce que l’on fait — tout comme je donnerais du sang au médecin pour qu’il l’examine et qu’il détermine s’il révèle une carence en fer, qu’il en renferme suffisamment ou si la teneur est trop élevée, ou qu’il trouve que mon organisme présente une carence — c’est que l’on prend cet échantillon en agriculture, et l’on trouve où en est la plante dans sa croissance, et ce dont elle a besoin.
Au cours des différentes phases de croissance, à l’instar d’une personne — que vous soyez un pédiatre ou un gériatre — les plantes ont des besoins différents dans tout leur cycle de vie. Ce qui se passe, en fait, c’est que l’on procède à une application, et bien souvent, la source est considérée comme biologique. Je sais que de nombreux producteurs de produits biologiques utilisent la même méthodologie, et ils donnent à la plante ce dont elle a besoin.
J’essaie de prendre des multivitamines. Maintenant que je suis une femme bientôt en milieu de vie, probablement, ou que j’ai déjà dépassé ce stade, je prends du calcium, par exemple. Nous appliquons ces produits, soit Foli Early, qui est un peu comme une vitamine liquide que l’on vaporise sur une plante, ou on peut aussi les appliquer comme un amendement du sol avant même de planter quoi que ce soit. Car, chaque fois que nous récoltons une culture, ces nutriments auxquels vous et moi essayons d’avoir accès dans nos aliments — comme on fait un retrait d’un compte en banque — nous les retirons du sol.
Donc pour que cette plante se porte bien, qu’elle pousse et qu’on obtienne une récolte l’année suivante, vous devez réalimenter le sol. À l’instar de votre compte en banque, vous devez le réapprovisionner.
Donc je voulais juste mettre les choses au clair; lorsque vous utilisez le terme « biodisponible », j’avais un avis différent, car j’ai plus de connaissances à ce sujet. Je voulais juste que vous le sachiez.
Me McDonald : Merci.
La présidente : Merci.
Dans notre prochaine série de questions, nous avons trois minutes pour les questions.
Le sénateur McNair : Maître McDonald, lors de votre exposé, vous avez parlé des micronutriments et de leur teneur réduite dans le brocoli. Avez-vous d’autres faits ou statistiques? Pouvez-vous juste y revenir rapidement, pour moi?
Me McDonald : Donnez-moi une seconde. Je ne suis pas experte à ce sujet, mais j’ai un lien vers un article qui en parle.
Le sénateur McNair : Il n’y a pas de souci si le lien est là, mais c’est un chiffre hallucinant concernant le brocoli.
Me McDonald : Oui. Voici. Il s’agit du rapport du Health Council of Canada. Il y a un lien dans le rapport que je ne vous ai pas encore fourni sur safefoodmatters.org dans notre page de documents. Selon ce rapport, les taux de calcium dans le brocoli ont chuté de plus de 60 %; la teneur en protéines dans le maïs a chuté de 20 %; les taux de magnésium ont chuté de 25 %. D’après certaines études, le taux de calcium a chuté de 6 à 38 %, et il en va de même pour le phosphate, le fer, la riboflavine et la vitamine C dans diverses cultures.
Le sénateur McNair : Quelle est votre pratique en ce qui concerne la date de péremption et les produits à changer? Que suggérez-vous ici? De ce que je comprends, ça varie selon les générations. Comme vous l’avez dit, les membres de la jeune génération pensent qu’ils sont d’excellents parents, ou peu importe, et ils sont susceptibles de jeter n’importe quel produit à telle ou telle date.
Me McDonald : Eh bien, ce n’est pas non plus mon domaine d’expertise, mais je ne le savais pas. Je veux dire, on dirait que vous le saviez, mais il me semble qu’on ne met une date de péremption sur le produit que si c’est vraiment nécessaire. Si l’objectif, c’est d’essayer de nous faire jeter des produits pour en acheter plus, cette pratique devrait être interdite. Il serait peut-être utile d’examiner la situation et d’enquêter à ce sujet.
Le sénateur McNair : Merci.
La sénatrice McBean : Madame Palmeri, quels investissements dans la recherche, en particulier dans le soutien à la certification, renforceraient le secteur biologique du Canada et son rôle dans la sécurité alimentaire à l’échelle nationale? J’essaie de trouver un moyen pour que ce soit plus facile pour les agriculteurs, et que leurs coûts s’apparentent à ceux que supposent les pratiques régulières en matière d’agriculture.
La présidente : Madame Palmeri, je vais intervenir et vous demander d’être assez concise. Il nous reste environ une minute.
Mme Palmeri : Encore une fois, j’en reviens au mécanisme de financement de la transition. La manière la plus efficace dont nous pouvons les aider dans le processus, c’est probablement en soutenant les agriculteurs au cours de ce processus de transition de trois ans, à mesure qu’ils adoptent de nouvelles pratiques, et cherchent à obtenir de nouvelles certifications.
La sénatrice McBean : Si les céréales que l’on donne aux enfants sont certifiées par le département de l’agriculture des États-Unis, et que nous essayons d’informer les gens et de renforcer leur confiance envers le système, n’y a-t-il également pas un système de certification canadien qui aiderait à renforcer la confiance des gens envers notre propre système?
Mme Palmeri : Il y en a un, effectivement. Notre équivalent, c’est le Régime Bio-Canada.
À l’heure actuelle, nous demandons également un financement continu pour soutenir ces normes ainsi que la section de l’ACIA qui encadre ce système et pour poursuivre le programme, maintenant que l’Office des normes générales du Canada est en cours de démantèlement.
La sénatrice McBean : Pouvez-vous nous préciser par écrit s’il est plus difficile ou non de certifier les Canadiens en ce qui concerne les normes afin que nous ayons des aliments homologués au Canada dans nos étagères?
Mme Palmeri : Oui.
La présidente : Merci d’avoir pris le temps de comparaître devant nous aujourd’hui. La séance a été instructive, et nous vous remercions de votre contribution et de votre temps de préparation pour venir comparaître ici. Cela va contribuer à notre étude de ce projet de loi.
Merci aux interprètes, aux pages, au personnel de soutien, aux techniciens et à tous ceux et celles qui ont veillé à ce que nous, en tant que sénateurs, puissions effectuer nos travaux en comité dans des délais raisonnables.
(La séance est levée.)