LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’ÉNERGIE, DE L’ENVIRONNEMENT ET DES RESSOURCES NATURELLES
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le mardi 9 juin 2026
Le Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles se réunit aujourd’hui, à 18 h 33 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement concernant l’énergie, l’environnement, les ressources naturelles et les changements climatiques.
La sénatrice Joan Kingston (présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Bonsoir à tous. Je suis ravie de vous voir tous ici.
Avant de commencer, je voudrais demander aux sénateurs de consulter les fiches disposées sur la table pour prendre connaissance des consignes visant à prévenir les incidents liés aux incidents acoustiques perturbateurs. Je vous remercie tous de votre coopération à cet égard.
Je tiens tout d’abord à rappeler que notre travail à Ottawa se déroule sur le territoire traditionnel et non cédé de la nation algonquine anishinabe. Les peuples algonquins vivent sur ces terres depuis des temps immémoriaux. Nous sommes reconnaissants de pouvoir nous réunir sur ce territoire.
Je m’appelle Joan Kingston, je suis sénatrice du Nouveau-Brunswick et présidente du Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles. Je vais demander à mes collègues de se présenter.
[Français]
La sénatrice Verner : Josée Verner, du Québec.
Le sénateur Aucoin : Réjean Aucoin, de la Nouvelle-Écosse.
La sénatrice Youance : Suze Youance, du Québec.
[Traduction]
Le sénateur Lewis : Todd Lewis, de la Saskatchewan.
La sénatrice Coyle : Mary Coyle, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse.
La sénatrice McCallum : Mary Jane McCallum, du territoire visé par le Traité no 10, au Manitoba.
[Français]
La sénatrice Miville-Dechêne : Julie Miville-Dechêne, du Québec.
[Traduction]
La présidente : Nous avons le plaisir d’accueillir notre collègue, la sénatrice Mary Coyle, qui témoignera au sujet de cet enjeu, auquel elle s’intéresse depuis très longtemps.
Aujourd’hui, conformément à l’ordre de renvoi reçu du Sénat le 25 septembre 2025, nous étudions le rapport final de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. Nous avons le plaisir d’accueillir, dans notre premier groupe de témoins, notre collègue, l’honorable sénatrice Mary Coyle, à titre personnel. Nous accueillons aussi, avec vidéoconférence, Mme Jasmin Kay, directrice de MASS LBP. Nous entendrons également Mme Erika De Torres, directrice de l’impact et du développement de l’organisme L’apathie c’est plate. Nous avons aussi avec nous Mme Leticia Deawuo, directrice générale d’Environmental Leadership Canada.
Nous vous remercions d’avoir accepté notre invitation. Nous sommes prêts à écouter vos déclarations préliminaires. Vous disposez chacune d’un maximum de cinq minutes. Ensuite, les sénateurs vous poseront leurs questions. Nous allons commencer par la sénatrice Coyle.
L’honorable sénatrice Mary Coyle, à titre personnel : Chers collègues, je suis ravie d’être parmi vous aujourd’hui, bien qu’occupant une autre chaise, pour parler de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. Je m’adresse à vous non pas à titre de membre permanente du Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles, mais de coprésidente du groupe Sénateurs pour des solutions climatiques.
Comme plusieurs d’entre vous le savent et en sont peut-être membres, le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques rassemble, informe et soutient les sénateurs canadiens qui souhaitent trouver des solutions efficaces aux changements climatiques. Nous comptons actuellement 60 sénateurs engagés, issus de tous groupes et de tous partis et représentant toutes les régions du Canada. Nous voulions que notre groupe garde l’esprit ouvert afin d’accueillir des sénateurs aux profils très variés. Sa conception s’inspire du groupe d’action sur le climat de la Chambre des lords du Royaume-Uni, Peers for the Planet.
Notre travail revêt de multiples facettes. Nous élaborons des fiches d’information et organisons des conférences d’experts sur un vaste éventail de thèmes liés au climat. Nous collaborons avec d’autres parlementaires au Canada et à l’étranger. Nous travaillons avec des groupes de recherche, avec des organismes de la société civile, avec le secteur privé ainsi qu’avec des groupes de réflexion et des universités. Grâce à ces activités, nous fournissons de précieuses connaissances sur les sciences du climat et sur les stratégies d’atténuation et d’adaptation et nous démystifions les tendances technologiques émergentes afin de contribuer à la réalisation des engagements climatiques du Canada.
Hier encore, notre nouvelle gouverneure générale, Mme Louise Arbour, déclarait :
Les jeunes du Canada sont des citoyens du monde : ils sont instruits, profondément sensibilisés aux enjeux climatiques et dotés d’une remarquable maîtrise du numérique.
L’une de nos collaborations les plus passionnantes a eu lieu en 2025, quand nous avons participé, aux côtés des organismes MASS LBP et Environmental Leadership Canada, à l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. Pendant l’été 2025, à la suite de 3 rencontres en ligne, 33 jeunes Canadiens sélectionnés par tirage au sort parmi 700 candidats sont venus à Ottawa pour discuter pendant 5 jours d’une question cruciale : que peut faire le Canada pour respecter ses engagements climatiques tout en reflétant les valeurs et les priorités de leur génération?
Ils ont présenté leurs recommandations à 21 parlementaires le 21 septembre 2025 dans la salle du Sénat. La Présidente Gagné était là, avec d’autres invités.
Il s’agissait de la première assemblée citoyenne nationale sur le climat tenue au Canada et de la première assemblée citoyenne au monde qui avait été organisée tout particulièrement pour les jeunes adultes de 18 à 25 ans. De nombreux pays ont organisé des assemblées citoyennes sur le climat, notamment la France et l’Irlande.
Les jeunes qui témoigneront après moi vous présenteront directement les recommandations produites lors de cette assemblée. L’organisme MASS LBP vous présentera le processus, et Environmental Leadership Canada parlera de son rôle de leader et de son soutien continu. Vous entendrez aussi Mme Erika De Torres, membre du comité de consultation et de surveillance, qui est assise juste à côté de moi. Je vais vous expliquer pourquoi le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques a participé à cette activité et pourquoi la présentation a eu lieu dans la salle du Sénat.
Par sa conception même, notre Sénat vise bien au-delà des cycles électoraux. Il adopte une perspective à long terme et accorde une attention particulière aux réalités régionales et aux voix sous-représentées. La politique climatique requiert précisément cette perspective : des décisions fermes et durables qui tiennent compte des différentes régions du Canada afin qu’elles avancent ensemble dans une même direction.
Les assemblées citoyennes renforcent la confiance entre les citoyens et leurs représentants et raffermissent le muscle démocratique. Les changements climatiques se trouvent parmi les enjeux déterminants de notre époque qui divisent les esprits. Pendant les assemblées citoyennes réunissant des jeunes de tout le pays qui ont des points de vue différents, les participants reçoivent des renseignements fiables et entament des conversations productives. C’est une bonne chose. Le rapport de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat s’adresse aux parlementaires, donc, à nous. Il faut que nous acceptions ses recommandations et que nous les étudiions. Ce rapport décrit aussi les principes que les parlementaires doivent garder à l’esprit pendant cette étude : collaboration, transparence, impartialité, pragmatisme et équité.
Ma collègue, Mme Jasmin Kay, va maintenant vous parler du processus d’assemblée citoyenne et de la manière de l’organiser pour qu’elle devienne un outil puissant de renforcement de la démocratie. Je me réjouis d’entendre vos questions sur le déroulement de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat et sur son impressionnant rapport final. J’espère que vous avez eu l’occasion de le consulter. Après avoir entendu le prochain groupe de témoins, nous pourrons discuter des moyens d’appliquer les recommandations de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. Merci.
Jasmin Kay, directrice, MASS LBP : Je vous remercie de m’avoir invitée à participer à ces délibérations. Je m’appelle Jasmin Kay, et je suis directrice de MASS LBP, un organisme canadien œuvrant pour la démocratie qui, depuis 18 ans, invite les Canadiens à s’engager et à participer à la prise de décisions. Nous sommes convaincus que les citoyens sont notre ressource la plus fondamentale et que notre démocratie se renforce quand les citoyens contribuent à l’élaboration des politiques qui façonnent leur vie.
Comme vous l’a dit la sénatrice Coyle, MASS a eu le plaisir de collaborer avec le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques et avec Environmental Leadership Canada pour concevoir et animer l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. J’ai eu le privilège de présider cette assemblée. J’ai participé à l’élaboration du programme et du plan d’études avec notre comité de consultation et de surveillance. Tout au long de l’assemblée, mon rôle a été de protéger l’intégrité du processus en veillant à ce que nous respections le programme et les échéances et à ce que toutes les opinions soient entendues.
Ces assemblées de délibérations entre citoyens ne ressemblent pas du tout à des assemblées municipales ou à des réunions de groupes de réflexion. Les participants se réunissent dans le but de résoudre un problème et non simplement pour exprimer leurs opinions. L’assemblée doit aboutir à un consensus approximatif, mais stable, sur un ensemble de recommandations visant à orienter la prise de décisions. Il s’agit autant d’un processus d’apprentissage que d’un dialogue. Il est essentiel que les participants apprennent des experts et des autres participants. Ils créent ainsi pour l’assemblée une base commune de faits ou de preuves qui les aide à trouver un terrain d’entente et à considérer des intérêts et des besoins différents des leurs.
L’assemblée diffère aussi du processus de consultation, car elle réunit délibérément un groupe sociodémographique représentatif afin d’intégrer à la délibération des points de vue variés et des expériences vécues. L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat réunissait dans une même salle de jeunes Canadiens âgés de 18 à 25 ans venant de toutes les régions du pays, autant de grandes villes que de petits villages. Ils apportaient leurs expériences urbaines, suburbaines et rurales. D’un point de vue démographique, ils étaient tout aussi divers en matière de genre, d’ethnie, d’appartenance autochtone et d’autres dimensions fondamentales de l’identité. En outre, ils possédaient différents niveaux de connaissance des changements climatiques et des solutions climatiques du Canada. Certains d’entre eux étaient déjà profondément engagés dans l’action climatique, alors que d’autres ne l’étaient pas du tout.
L’assemblée s’est déroulée sur une période de 35 heures. Cependant, les jeunes nous ont dit plus tard que les discussions continuaient pendant les pauses, en soirée et, dans certains cas, sur la piste de danse.
Le programme d’une assemblée citoyenne doit aborder de manière crédible les multiples dimensions d’un enjeu. Par conséquent, même si les participants à l’assemblée partageaient l’opinion que les changements climatiques sont réels, nous avons invité des conférenciers qui ne s’entendaient pas du tout sur la façon d’y faire face. Avec l’aide du comité de consultation et de surveillance, nous avons fixé trois grandes catégories dans lesquelles l’assemblée formulerait ses recommandations : la préparation aux risques climatiques, la réduction des émissions du secteur pétrolier et gazier et la mobilisation des jeunes pour élaborer et suivre l’action climatique. Le programme offrait des exposés et des tables rondes portant sur ces trois thèmes. Il comprenait aussi des séances sur la compréhension des changements climatiques découlant des connaissances euro-occidentales et du savoir traditionnel autochtone, sur les engagements climatiques du Canada ainsi que sur notre système parlementaire et gouvernemental.
L’assemblée a entendu 22 conférenciers invités sur une période de 10 heures. Le reste du temps a été consacré à des discussions en petits groupes et en plénière. Pendant les premières séances, les participants se sont concentrés sur la création de liens, car l’empathie et la confiance sont des facteurs essentiels à la réussite de ce processus. À Ottawa, les discussions ont porté sur la tâche à accomplir. Des animateurs dirigeaient les discussions en petits groupes. Certains d’entre eux étaient bilingues et aidaient les participants francophones.
Le rapport présente les observations sur lesquelles tous les participants se sont entendus. Elles sont rédigées dans leurs propres mots.
Comme l’a indiqué la sénatrice Coyle, ces cinq jours à Ottawa se sont couronnés par la présentation du rapport dans la salle du Sénat. Ce fut une expérience vraiment exceptionnelle pour nous tous. Après cela, nous nous sommes réunis en ligne pour récapituler le tout et réviser le rapport avant de l’envoyer à un examinateur indépendant.
J’espère que vous avez tous trouvé quelque chose d’utile dans ce rapport. Je l’ai relu avant de venir, et j’ai été frappée par la profondeur des réflexions des jeunes. Ils porteront le poids des décisions que nous prenons aujourd’hui. Leurs appels à un investissement accru dans les services de santé mentale, dans le journalisme, dans des emplois de qualité et dans l’agriculture durable soulignent qu’ils reconnaissent que l’inaction face aux changements climatiques est une menace multidimensionnelle pour nous tous.
En lisant ce rapport, je les entends demander aux parlementaires de veiller à ce que le gouvernement fédéral tienne compte, dans ses décisions, des risques climatiques et de leurs répercussions économiques. Je les entends demander aux parlementaires d’accorder la priorité à ce qui fonctionne déjà : oui, il faut soutenir l’innovation fondée sur des données probantes, mais il faut aussi déployer à grande échelle les projets existants qui accéléreront de manière fiable la transition vers des énergies renouvelables plus propres. Tout cela me paraît extrêmement sensé. Ce rapport ne représente pas les folies de la jeunesse. Ces jeunes sont sérieux, et j’espère que vous apprécierez leur travail à sa juste valeur. Vous les entendrez tout à l’heure, et je suis heureuse que vous ayez cette occasion d’apprendre de ces participants, qui vous impressionneront et vous laisseront émus, comme je l’ai été moi-même.
Merci, et je me ferai un plaisir de répondre à vos questions tout à l’heure.
La présidente : Merci, madame Kay.
Allez-y, madame De Torres.
Erika De Torres, directrice de l’impact et du développement, L’apathie c’est plate : Je vous remercie vivement de m’avoir invitée et de nous consacrer de votre temps pour écouter nos conseils.
Je m’appelle Erika De Torres et je suis directrice de l’impact et du développement de l’organisme L’apathie c’est plate. Depuis plus de 20 ans, notre organisme accompagne les jeunes de tout le Canada en les mettant en contact, en les sensibilisant et en les mobilisant au cœur de notre démocratie. Notre action est nationale et non partisane et elle repose sur une prémisse toute simple : comme tout le monde, les jeunes ont leur mot à dire sur les façons de gouverner notre pays, nos provinces, nos territoires et nos municipalités.
Nous sommes convaincus que, comme les jeunes sont si souvent exclus de la prise de décisions politiques, ils sont particulièrement bien placés pour diriger un mouvement qui vise à les replacer au cœur de la vie politique. Je représentais L’apathie c’est plate comme conseillère à l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. J’y ai présenté mon point de vue sur la meilleure façon de faire participer les jeunes, tant en ligne qu’en présentiel. J’y ai offert des conseils sur les médias sociaux et sur la mobilisation. J’y ai consacré de nos ressources et de notre temps pour que cette initiative profite des leçons tirées de nos programmes, notamment de notre projet axé sur l’environnement intitulé Les jeunes et la carboneutralité. Je tiens à vous remercier tous, et en particulier la sénatrice Coyle, d’avoir permis à tant de jeunes réfléchis de dialoguer avec vous et de proposer des recommandations innovantes sur la manière de relever l’un des défis les plus urgents auxquels notre société fait face.
L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat illustre parfaitement la nécessité de mobiliser les jeunes au cœur de la démocratie. Fondamentalement, cette initiative démontre que les jeunes ne se dissocient pas de la démocratie. Au contraire, ils sont prêts à s’engager de manière sérieuse, éclairée et constructive quand les institutions leur offrent des occasions concrètes de le faire.
Venant de toutes les régions de notre pays avec une grande variété de parcours et d’expériences vécues, les participants ont formulé 23 recommandations pour répondre à l’un des défis les plus complexes auquel le Canada fait face, les changements climatiques. Le processus de cette initiative était tout aussi important que les recommandations qu’elle a produites. Pour L’apathie c’est plate, cette assemblée rappelle que l’engagement des jeunes ne doit pas demeurer symbolique. Les jeunes ne veulent pas qu’on les consulte après avoir pris les décisions. Ils veulent qu’on leur fasse confiance au cœur du processus démocratique.
Cette assemblée avait été conçue pour le leur permettre, et j’en suis très fière. Elle a offert aux jeunes du temps, du soutien, de la légitimité et un accès direct aux parlementaires et aux décideurs. C’était important, car, bien trop souvent, les gens pensent que les jeunes sont apathiques ou se dissocient du processus politique. Or, cette initiative a prouvé le contraire : les jeunes se soucient profondément de l’avenir et surtout d’enjeux comme les changements climatiques, l’abordabilité, l’équité et la démocratie. Le véritable défi n’est pas l’apathie des jeunes, mais la volonté politique d’offrir aux jeunes des occasions de participer de façon significative, et c’est ce que vous avez fait.
C’est pourquoi notre action a trouvé un écho si résonnant dans cette assemblée, et nous avons été ravis d’offrir notre appui à ce projet en lui prodiguant nos conseils. Notre but ultime est d’aider les jeunes à s’engager activement dans la vie civique et démocratique. Nous nous efforçons d’éliminer leurs obstacles, de leur offrir des occasions inclusives de participer et de renforcer leurs liens avec les institutions qui façonnent leur vie. L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat incarne vraiment cette vision.
Elle souligne aussi un aspect crucial du renouveau démocratique. Pour assainir notre démocratie, nous devons offrir aux citoyens des occasions de discuter tout en respectant leurs divergences, d’apprendre les uns des autres et de contribuer concrètement à la prise des décisions gouvernementales. Ces processus délibératifs contribueront à rétablir la confiance, à réduire la polarisation et à démontrer l’efficacité de la participation inclusive.
Cette assemblée et le rapport qui en découle illustrent parfaitement ce à quoi peut ressembler l’innovation démocratique portée par les jeunes. C’est une cause que nous défendons ardemment. Les jeunes ne sont pas seulement participants. Ils sont aussi des organisateurs, des leaders et des décideurs qui contribuent à façonner un avenir meilleur.
Pour nous, les principaux points à retenir sont simples : les jeunes sont prêts à s’engager et à contribuer à résoudre les défis complexes auxquels ce pays fait face. Ils sont prêts à jouer un rôle de premier plan. Il incombe désormais à nos institutions de prendre cette participation au sérieux. L’apathie c’est plate considère l’Assemblée de la jeunesse sur le climat comme un modèle puissant d’engagement des jeunes et d’un appel à leur offrir plus d’occasions de participer à la prise de décisions afin qu’ils y soient dûment représentés.
Nous avons ici des jeunes formidables qui vont vous faire part de leurs expériences et vous présenter leur rapport et leurs recommandations. Toutefois, je tiens à vous citer ce que Noel, l’un de nos participants de Calgary, m’a demandé de vous lire :
Les différentes sessions auxquelles nous avons participé étaient incroyablement enrichissantes. Cependant, mes plus belles prises de conscience me sont venues des autres participants eux-mêmes. [...] Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités et impatients de devenir des membres actifs de notre société.
J’espère qu’à la suite de ce rapport, nous continuerons à soutenir des initiatives dirigées par des jeunes, comme celle-ci. Les jeunes sont prêts. Nous sommes tous prêts. La démocratie à laquelle nous croyons et l’avenir que nous désirons édifier se doivent d’offrir aux jeunes la possibilité de participer d’une façon significative.
Merci beaucoup. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
La présidente : Merci beaucoup.
Leticia Deawuo, directrice générale, Environmental Leadership Canada : Je vous remercie de m’avoir invitée à m’adresser à vous aujourd’hui.
La mission principale d’Environmental Leadership Canada est simple : soutenir les dirigeants politiques et les capacités civiques pour faire face aux crises environnementales actuelles. Pour cela, nous mettons fin aux cloisonnements, encourageons l’action non partisane et investissons dans la prochaine génération de dirigeants.
Nous sommes convaincus que, pour appliquer des solutions climatiques durables, nos institutions démocratiques doivent permettre aux personnes qui hériteront de l’avenir d’y participer activement. C’est précisément ce qui m’amène ici aujourd’hui.
Cette initiative a eu lieu, bien sûr, grâce au généreux soutien de nos fondations partenaires, qui n’ont pas pu se joindre à nous aujourd’hui, mais qui, nous l’espérons, nous écoutent en ligne : la Fondation Ronald S. Roadburg, la Fondation de la famille Trottier et la Fondation Catherine Donnelly.
Nous avons réuni de jeunes Canadiens venus de tout le pays. Je crois que la sénatrice Coyle et Mme De Torres l’ont déjà précisé : ces jeunes n’étaient pas des lobbyistes professionnels, mais de jeunes Canadiens comme tous les autres.
Pourquoi avons-nous collaboré à ce projet avec le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques? Parce que nous savions que, pour que l’engagement des jeunes soit constructif, il ne doit pas se limiter à un simple geste symbolique. Il nécessite un lien direct avec des décideurs politiques et avec des législateurs qui sont prêts à écouter.
Le couronnement de cette assemblée s’est déroulé le 21 septembre dernier, quand ces jeunes ont présenté leur rapport consensuel historique directement aux parlementaires, ici même, dans la salle du Sénat. Devant vous se trouve une carte postale. Au verso, vous y verrez un code QR qui vous permettra d’accéder au rapport complet, en français et en anglais.
Ce rapport démontre que, même sur des enjeux polarisants comme la transition climatique, un processus de discussions mûrement réfléchies peut produire des solutions concrètes et consensuelles. Cependant, comme l’a si bien rappelé la sénatrice Coyle à la Chambre, le point culminant de septembre n’était pas une fin en soi; ce n’était qu’un début. Alors maintenant, posons la question suivante : que va-t-il se passer? Je suis sûre que vous vous demandez tous ce qui va se passer, après cela.
L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat a démontré que les jeunes ne se contentent pas d’attendre que l’avenir se manifeste. Ils sont prêts à participer maintenant à la prise de décisions. Nous voulons donc, maintenant, assurer la continuité. Nous allons veiller à ce que la dynamique enclenchée en septembre se traduise par des occasions durables et institutionnalisées qui permettent aux jeunes de dialoguer avec les parlementaires. Les jeunes Canadiens désirent que l’on tienne compte de leur rôle dans l’élaboration des politiques climatiques, et ils veulent que les institutions démocratiques leur ouvrent leurs portes en permanence.
Nous recherchons activement des moyens de pérenniser ce modèle afin de garantir que les recommandations produites lors de cette assemblée continuent d’éclairer les débats législatifs. Nous tenons à garantir aux futurs diplômés la possibilité de vous décrire directement leurs expériences vécues.
Nos programmes de stages parlementaires pour l’environnement et de stages municipaux sur le climat comblent ce fossé au quotidien. Depuis 9 ans maintenant, nous envoyons des stagiaires de 18 à 30 ans travailler à plein temps dans les bureaux de députés des principaux partis politiques. Pendant 10 mois, ces jeunes sont rémunérés pour travailler directement sur des dossiers liés au développement durable, à l’environnement et au climat. Ils rédigent des fiches d’information, apportent du soutien aux comités et mènent des recherches tout en respectant les normes d’intégrité et d’impartialité. D’ailleurs, deux d’entre eux, Michel et Encosi, sont parmi nous aujourd’hui.
L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat et ce programme de stages parlementaires démontrent tous deux que, si l’on donne aux jeunes une tribune, des ressources et une place à la table des discussions, ils ne se contentent pas de se plaindre de la crise climatique, ils contribuent à la résoudre. Nous sommes extrêmement reconnaissants du soutien et des conseils que nous avons reçus du groupe Sénateurs pour les solutions climatiques. Nous vous demandons de continuer à bâtir sur les fondations que nous avons posées en septembre dernier et de veiller à ce que les jeunes du Canada demeurent des partenaires actifs dans l’édification d’un avenir résilient et durable.
Vous n’êtes pas obligés de me croire sur parole. Certains des jeunes qui ont participé à cette assemblée sont parmi nous ce soir, et ils vont vous présenter l’essentiel de leurs recommandations. J’espère sincèrement que vous saisirez cette occasion d’écouter ce qu’ils ont à vous dire. Ils ont travaillé sans relâche tout en jonglant avec les nombreuses tâches de leurs études et de leurs emplois pour élaborer ces recommandations et vous les présenter aujourd’hui.
Merci beaucoup. Je serai ravie de répondre à vos questions.
La présidente : Merci. J’aime votre idée de laisser la porte ouverte. C’est justement une chose que nous pouvons offrir, je pense. Merci pour cette suggestion.
Entamons la série de questions.
[Français]
La sénatrice Youance : Merci pour votre présence et merci pour tout le travail qui a été fait. Avant d’entrer plus particulièrement dans les questions relatives au climat, je voulais vous dire que je suis fascinée par le processus et la démarche de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat.
Vous en avez parlé, mais je voulais savoir ceci : comment l’idée est-elle venue de développer des principes pour les parlementaires? Vous avez parlé de réplication d’autres dossiers et de réplication de ce processus pour d’autres éléments ou d’autres approches pour la démocratie. On revient justement de la Chambre, où l’on a discuté d’une étude en vue de ramener l’âge de voter à 16 ans.
Parlez-moi un peu du processus; surtout, comment avez-vous développé les principes pour les parlementaires? Cela nous aiderait à voir comment on peut répliquer en ce qui concerne cette démarche.
[Traduction]
La sénatrice Coyle : Vous nous demandez comment tout cela a commencé? D’où est venue l’idée au départ?
[Français]
La sénatrice Youance : Brièvement, oui. Vous avez élaboré sept principes qui sous-tendent la prise de décisions de la part des parlementaires. Comment la discussion s’est-elle déroulée pour en arriver à développer ces sept principes?
[Traduction]
La sénatrice Coyle : Je vais répondre à la première question, et Mme Kay pourra peut-être répondre à la deuxième. Vous pourriez aussi poser cette question aux jeunes quand ils se présenteront devant vous.
Merci pour cette question. Merci à vous tous de nous avoir ouvert cette possibilité. Ce que nous venons d’accomplir ici est un événement historique, et le monde entier a les yeux rivés sur nous en ce moment même. Les gens sont enthousiasmés par ce que fait le Sénat du Canada.
Quand nous avons créé le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques, un collègue originaire de Calgary, le sénateur Grant Mitchell, qui n’est plus parmi nous aujourd’hui, s’intéressait au climat et à la participation citoyenne. Il m’a fait découvrir le concept des assemblées citoyennes. Il s’intéressait particulièrement aux façons de mobiliser les jeunes. Nous avons visité l’organisme de Mme Kay, MASS LBP, pour en savoir plus. Cela date de plusieurs années. Au fil du temps, les membres du groupe Sénateurs pour des solutions climatiques ont commencé à s’informer sur les assemblées citoyennes. Nous avons organisé une séance d’information pour en savoir plus. Cette idée a beaucoup enthousiasmé les participants. Certains sénateurs souhaitaient vivement entamer un dialogue direct avec les jeunes.
Je ne vais pas entrer dans les détails, mais, de fil en aiguille, nous avons conclu un partenariat avec Environmental Leadership Canada et avec MASS LBP pour concevoir un projet, avec l’aide du très efficace comité de consultation et de surveillance. Madame Kay, vous pourriez peut-être nous dire qui étaient les membres de ce comité de supervision. Ils ont contribué à concevoir cette initiative très spéciale grâce à laquelle les jeunes ont pu présenter leurs observations aux parlementaires.
La présidente : Madame Kay, avez-vous quelque chose à ajouter à l’explication de la sénatrice Coyle?
Mme Kay : Bien sûr. Merci de la question. Je suis ravie que cette démarche vous fascine. Merci beaucoup.
La définition de principes pour les parlementaires et les assemblées citoyennes relève d’un processus très structuré. Comment les jeunes sont-ils parvenus à ces sept principes? Je suis d’accord avec la sénatrice Coyle : il serait formidable de leur demander de nous renseigner sur leurs discussions et de dire comment ils sont arrivés à ces sept principes.
Nous intégrons la notion de principes ou de valeurs au processus délibératif, à la fois pour aider les membres à comprendre comment ils pourraient collaborer entre eux, mais aussi pour encourager le décideur, quel qu’il soit, qui recevra le rapport et en étudiera les recommandations, l’aider en lui indiquant une étoile polaire qui guidera ses choix. L’élaboration de politiques prend du temps et c’est une tâche complexe, différents éléments pouvant changer en cours de route. Parfois, ces principes aident les décideurs à opter pour une décision qui soit conforme sinon à la lettre de la recommandation, du moins à l’esprit qui la sous-tend. Je vous encourage à poser des questions sur le choix de ces sept principes.
Nous avons constaté que les principes ou les valeurs qui animent ces processus sont également utiles pour aider les décideurs à aller au fond des choses et à comprendre les intentions qui expliquent les attentes d’un grand nombre de membres. J’espère que mon point de vue vous éclaire.
[Français]
Le sénateur Aucoin : Sénatrice Coyle et chers collègues, bravo et félicitations pour cette initiative. Ce qui en est ressorti est vraiment intéressant. Je me demandais simplement si on pouvait en discuter davantage ou si vous aviez des idées. Voilà un exemple de la façon dont les jeunes ont pu ou pourraient influencer nos décisions ou de futurs projets de loi. En plus de répéter cette expérience, voyez-vous d’autres façons de consulter ces jeunes? Comment pourraient-ils nous informer dans différents domaines, au fur et à mesure que les changements climatiques s’aggravent et que les parlements progressent? Je pose la question à tout le monde.
[Traduction]
Mme De Torres : Merci de cette question.
Je le répète, nous sommes vraiment ravis de participer à cette initiative. Nous avons un réseau de milliers de jeunes avec qui nous travaillons et qui s’intéressent à une foule de choses. Beaucoup de leurs intérêts découlent de leur compréhension de la démocratie et de leur attachement à elle.
Quant à la participation des jeunes à la démocratie, nous la constatons dans ce que nous appelons le cadre d’innovation démocratique dirigé par les jeunes. Ce cadre considère les jeunes comme des organisateurs créatifs. Ils sont perçus comme des leaders de mouvements et des décideurs. Il appartient aux institutions de leur ouvrir des voies pour assumer ces rôles, tous ensemble ou un à la fois à tout moment, afin qu’ils puissent participer librement.
Un bon exemple auquel le Sénat a collaboré est le projet de loi S-222 de la sénatrice McPhedran sur le droit de vote à 16 ans. Des jeunes de seulement 16 ans ont pu exprimer leurs opinions, soutenir le projet de loi et communiquer directement avec leurs sénateurs et leurs élus. C’est une excellente façon pour un jeune d’assumer le rôle de leader de mouvement, de manifester sa passion pour la démocratie et de participer aux débats. Il n’y a aucun lien avec le climat, je sais, mais c’est un excellent exemple de la façon dont les jeunes s’engagent auprès des décideurs.
Au-delà de la participation à des manifestations ou de la signature de pétitions, beaucoup de jeunes sont aussi actifs dans la création de projets communautaires visant des questions qui leur tiennent à cœur. Un exemple est notre programme R.I.S.E. À Montréal, dans ce cadre, des jeunes de toute la ville ont créé une campagne contre l’utilisation de gobelets jetables, campagne menée dans leur établissement local, c’est-à-dire l’université.
Les jeunes s’organisent et se mobilisent selon des modalités qui ne sont pas nécessairement structurées, mais qui sont orientées vers la communauté et enracinées dans leur milieu. Ils trouvent aussi maintenant plus de moyens de communiquer avec leurs élus. Des organisations comme la nôtre et Environmental Leadership Canada, ou ELC, ont mis à leur disposition des ressources pour les aider à comprendre comment ils peuvent entrer en contact avec leurs élus. Elles leur rappellent que les courriels adressés au député local ne coûtent rien et leur expliquent comment communiquer officiellement avec leurs sénateurs et entretenir des échanges avec eux.
Voilà quelques exemples, chez L’apathie c’est plate, qui peuvent être concrètement utilisés et s’avérer utiles quand on réfléchit aux moyens à prendre pour avancer et aux prochaines étapes des initiatives climatiques.
Mme Deawuo : Je n’ai pas grand-chose à ajouter à ce qu’Erika De Torres a dit.
Les jeunes ont utilisé tous les moyens disponibles pour se faire entendre des dirigeants. La question que nous nous posons tous ici est la suivante : les écoutons-nous?
D’après les exemples de Mme De Torres, les jeunes Canadiens ont fait tout ce à quoi on peut penser dans l’ensemble de notre pays, y compris cette assemblée sur le climat. Maintenant, c’est à vous de voir à quel point vous êtes prêts à les écouter.
La sénatrice Coyle : Pour conclure, merci à mes collègues et merci pour la question, sénateur Aucoin.
Y a-t-il d’autres façons d’interagir avec nous? Je répondrai d’abord ceci. À mes yeux, le modèle de l’assemblée citoyenne est très attrayant pour bien des raisons.
D’abord, nous nous trouvons en présence d’un groupe diversifié de personnes que nous représentons. Nous représentons la diversité au Canada : diversité d’opinion et diversité de parcours. Nous avions des enfants provenant du milieu agricole, des enfants de milieu urbain, des enfants autochtones — pardon, pas des enfants, mais des jeunes. Même mes petits-enfants ont cet âge maintenant, et je les appelle encore des enfants. Ce sont des jeunes. Je ne voulais pas leur manquer de respect — pas intentionnellement, du moins.
On obtient par ce choix aléatoire une représentation diversifiée : 700 personnes qui sont empressées de participer. Elles ne sont pas choisies pour leurs connaissances sur le climat, pas du tout. Elles sont choisies pour leur diversité à l’échelle du pays : géographique, etc. Ensuite, elles sont bien informées, car on ne leur demande pas seulement leur opinion; on sollicite leur opinion éclairée.
On veille à ce que chacun soit très bien informé. On obtient ainsi des instances consultatives et de surveillance très équilibrées, avec la participation de l’ancienne ministre conservatrice Lisa Raitt, qui en faisait partie, ainsi que d’autres experts du climat, etc. Donc, on a là une entité totalement légitime qui s’assure que le programme est équilibré, etc.
Ensuite, il y a MASS LBP, l’organisation experte qui a organisé des assemblées citoyennes sur d’autres sujets, comme les méfaits en ligne, les diverses formes de scrutin et toute une variété de thèmes. Cette combinaison a fait de cet événement quelque chose de tout à fait à part.
Y a-t-il d’autres éléments? Nous sommes habitués à ce que ce soient les gens qui viennent vers nous. Cette fois, c’est nous qui invitons. C’est peut-être ce à quoi nous devons réfléchir collectivement aussi, en plus de bien assurer le suivi. La Chambre haute, les sénateurs, peuvent-ils s’y prendre autrement pour inviter les jeunes à venir éclairer leur travail?
Ce qui m’a plu dans cette démarche, c’est que nous avons invité un groupe diversifié. Ce n’étaient pas des gens qui frappaient à nos portes, bien qu’il n’y ait rien de mal à cela. Il est important que les gens viennent frapper à nos portes. Nous y sommes habitués. Mais dans ce cas, ce ne sont pas des gens qui frappent à nos portes. Il est vraiment précieux de les inviter, pour changer.
[Français]
La sénatrice Miville-Dechêne : Merci, sénatrice Coyle, madame De Torres, madame Deawuo et madame Kay, de nous avoir expliqué ces processus; c’est très intéressant.
Je vais vous poser une question d’ancienne journaliste. Évidemment, vous faites des appels aux candidats, vous cherchez des candidatures, mais ceux et celles qui se sont présentés — les jeunes qui se sont présentés —, par définition, avaient un intérêt pour l’environnement. On ne parle donc pas ici d’un groupe « représentatif », mais plutôt d’un groupe diversifié de personnes ayant un intérêt pour l’environnement. Donc — et corrigez-moi si je me trompe —, on parle ici d’une tranche de jeunes.
Ce que je trouve formidable, c’est que vous avez mis des ressources en place pour que les connaissances environnementales soient au même niveau et que la conversation ait lieu avec une base commune. Toutefois, il reste que nous avons ici — et c’est très bien — une tranche de la jeunesse qui est particulièrement allumée sur les questions de l’environnement, j’imagine. Je voulais vous entendre là-dessus. Cela n’enlève rien à la légitimité de la démarche; je voulais juste savoir si vous aviez essayé d’aller chercher des gens qui étaient plus sceptiques face aux questions environnementales et qui voulaient plutôt qu’on s’occupe d’économie, ou si, au départ, c’était des gens qui s’inquiétaient de l’environnement.
[Traduction]
La sénatrice Coyle : Les médias sociaux ont été un moyen parmi d’autres, car nous cherchions à joindre les jeunes. Jasmin Kay vous parlera des envois postaux. Pour les assemblées citoyennes, on cherche à atteindre un large éventail de foyers dans tout le pays. Inutile d’avoir de grandes connaissances sur le climat. Il suffisait de vouloir participer à une initiative portant sur le climat. Tout comme ceux qui auraient demandé à participer à l’assemblée sur les méfaits en ligne n’avaient pas à être des militants de cette cause. Même chose pour l’innovation démocratique ou d’autres sujets auxquels ont été consacrées des assemblées citoyennes. Ces participants doivent toutefois manifester de l’intérêt, sans pour autant avoir tel point de vue ou tel autre. Ils souhaitent participer. C’est ce qui compte d’abord. Cela ne signifie pas qu’ils sont des militants climatiques ou qu’ils ont une connaissance approfondie de l’enjeu.
Je passe la parole à Jasmin Kay, si vous le permettez, madame la présidente.
Mme Kay : Merci, sénatrice Coyle.
Merci de cette question. Elle est très pertinente et nous est souvent posée.
Je suis d’accord avec la sénatrice Coyle. Oui, des jeunes intéressés par l’assemblée se sont inscrits. Mais comme elle l’a dit, ils n’avaient pas tous des connaissances sur le climat; ils n’avaient pas tous une opinion arrêtée sur ce qu’il fallait faire. À titre de présidente, j’ai eu des entretiens individuels avec chacun. Je leur ai demandé pourquoi ils s’étaient proposés. L’un d’eux a répondu :
C’était mon année pour dire oui. J’ai reçu une lettre par la poste, et j’ai dit oui. Et voilà que j’ai été choisi.
D’autres ont dit qu’ils voulaient participer, rencontrer des gens ou en apprendre davantage. Certains ont été motivés par la curiosité.
Bien entendu, d’autres participants travaillaient en sciences de l’environnement ou avaient une formation sur le climat et étaient déjà actifs. Mais nous avions clairement un bon groupe de personnes moins engagées ou moins informées qui souhaitaient participer.
Bien sûr, il y a eu des divergences sur ce qu’il fallait faire, comme c’est le cas au sein de la population en général. Tout le monde ne partageait pas le même avis sur la façon de s’attaquer au problème des changements climatiques.
Donc, oui, je suis d’accord. Il fallait bien sûr que les gens s’intéressent à la question et veuillent participer.
La sénatrice Coyle a évoqué notre méthode de recrutement. Les médias sociaux ont effectivement joué un rôle, c’est certain. Nous avions une liste d’environ 170 organisations œuvrant auprès des jeunes; pas nécessairement des organisations qui s’intéressent au climat, mais des organisations ayant des liens avec les jeunes, et nous avons envoyé des invitations par leur intermédiaire.
Nous avons également distribué un envoi postal par Postes Canada. Quatre mille foyers ont été visés, choisis au hasard dans les listes de Postes Canada, parmi les ménages où nous savions qu’il y avait des jeunes âgés de 18 à 25 ans. Nous avons envoyé ces invitations de façon aléatoire, invitant ces personnes à envisager de s’inscrire.
Le sénateur Lewis : Merci de vos observations et félicitations pour avoir su mener le projet à bien. Il a fallu un travail de coordination considérable. Compte tenu du rapport et de tout le reste, c’est une belle réussite.
Pour répondre à votre réflexion, je dirai que la patience est une denrée rare, notamment chez les jeunes. Comment gérez-vous les attentes dans une situation comme celle-là? C’est la partie la plus difficile. Vous avez tout un groupe de personnes engagées, et « l’apathie c’est plate », mais il est difficile d’éviter qu’elle ne se réinstalle ou de mobiliser les gens une fois engagés. Avec votre travail et votre expérience, comment gérez-vous les attentes et essayez-vous de faire en sorte que ces personnes engagées ne se désengagent pas et ne quittent pas le projet en se disant que c’est désespéré?
Mme Deawuo : Grande question, certes, et question importante aussi. Ceux d’entre nous qui font ce genre de travail doivent aussi faire un effort pour garder espoir. Je suis sûre que tous en conviendront.
Pour nous, un aspect important de ce travail est de reconnaître qu’il y a encore des jeunes intéressés par la cause qui ne se contentent pas de dire : « Nous avons le rapport, et maintenant? » Nous voulions nous assurer que les jeunes restent engagés dans tout ce qui découlera de cette initiative. C’est aussi une occasion d’apprentissage pour eux : comprendre comment les parlementaires travaillent, comment les décisions se prennent, etc.
Nous avons notamment créé un groupe WhatsApp où les jeunes peuvent échanger entre eux à propos des recommandations et des prochaines étapes clés pour eux-mêmes : comment peuvent-ils soutenir ce travail, depuis les recommandations jusqu’à la prise de décisions sur certains aspects?
Ce sont les jeunes qui entretiennent réellement l’espoir en chacun de nous, car, malgré le climat politique actuel, ils sont là. Sept d’entre eux sont ici, à Ottawa, avec nous. Nombre de ceux qui n’ont pu être présents soutiennent leurs camarades en ligne, les aidant à préparer leurs interventions et les appuyant, afin qu’ils puissent se présenter sous leur meilleur jour pour s’exprimer ici aujourd’hui. Ils sont une source d’inspiration. Ils incarnent l’espoir. Ils sont présents. Ils sont engagés, malgré la situation politique actuelle.
Ce sera également une bonne question à leur poser. Je ne veux pas vous mettre la pression, mais ce serait vraiment une excellente question à leur poser au cours de leur comparution.
Mme De Torres : À titre de membre du comité consultatif, ce que j’ai particulièrement apprécié dans la méthode d’animation de Jasmin Kay et de MASS LBP est leur engagement à proposer un terrain d’essai pour la participation. Il s’agit d’une manière structurée de communiquer avec les jeunes tout au long de l’animation sur ce que pourraient être leurs attentes. Cela a été extrêmement utile.
D’après l’expérience de L’apathie c’est plate, dans le cas du vote — champ d’intérêt pour lequel nous sommes surtout connus —, plus un jeune commence tôt à voter et à s’engager, plus il a de chances de rester engagé. Les jeunes qui sont mobilisés ici resteront vraisemblablement — espérons-le, touchons du bois — des électeurs à vie.
Cela témoigne du parcours de nombreux jeunes avec qui nous travaillons et avons noué des liens lorsqu’ils n’avaient que 18 ans et qui, aujourd’hui, ne sont pas loin de la trentaine, par exemple. J’ai entendu parler de L’apathie c’est plate quand j’avais 12 ans, et voyez où j’en suis aujourd’hui : je poursuis ce parcours de la démocratie.
Je dirais que l’espoir est bien vivant chez les jeunes. Il perdure. Plus on les incite à participer et à s’engager dans leur milieu dès leur plus jeune âge, plus ils auront vraisemblablement tendance à s’engager davantage par la suite. C’est formidable de pouvoir compter sur cette communauté, et je pense que celle-ci se dynamise d’elle-même et entretient ces échanges.
Mme Kay : Je suis ravie. Je suis tout à fait d’accord. C’est une excellente question à poser à ceux qui vont se joindre à vous sous peu. Il faut leur demander ce dont ils ont besoin.
Les jeunes comprennent bien. Ils ne s’attendent pas à voir les choses changer du jour au lendemain. Ils sont avisés et ont le sens politique; ils comprennent le contexte et savent comment se débrouiller. Ils pourraient vous expliquer avec prévenance ce dont ils ont besoin.
D’après notre expérience, le simple fait de s’engager apporte quelque chose. Restez en contact. Ce que vous faites ici est formidable. Il est formidable d’avoir cet auditoire et d’échanger avec lui.
Ensuite, il s’agit de continuer à essayer de maintenir l’engagement : continuer à s’engager pour éviter que ce soit un simple événement ponctuel, assurer un contact permanent, de sorte que lorsque les choses tournent mal, ils comprennent la situation parce qu’ils font partie intégrante des échanges. Il y avait dans la salle une grande générosité qu’il s’agit justement d’accueillir. Merci.
La présidente : J’ai une question. Pas sûre qu’elle soit très juste pour vous, mais je la pose quand même.
Avez-vous songé, vous ou quelqu’un de votre entourage, à une deuxième cohorte? Je me dis que si je faisais partie de ces 38 jeunes, je serais un excellent mentor pour quelqu’un d’autre. Vous avez réussi à tenir une assemblée une fois. Avec mon optimisme habituel, je me dis que ce serait plus facile la prochaine fois, car c’est un peu comme bâtir une armée. La réalité démographique veut que chacun prenne un an de plus chaque année. À strictement parler, très bientôt, vous ne serez plus jeune, même si je me considère toujours ainsi. Il y a bien longtemps que j’aurais dû me raviser. A-t-on songé à tenir une deuxième assemblée?
Mme Deawuo : Tout à fait, oui. Il s’agit de réunir les ressources nécessaires. C’est une entreprise gourmande en ressources, comme vous pouvez l’imaginer. Si nous parvenons à rassembler les bons partenaires financiers, c’est assurément une possibilité que nous voudrions étudier, oui.
La sénatrice McCallum : Merci d’être là. Félicitations.
Puisqu’il s’agit des changements climatiques, avez-vous eu des échanges avec des acteurs du secteur pétrolier et gazier? En effet, bien des gens pensent que si on arrêtait d’exploiter le pétrole et le gaz, tout s’arrangerait du jour au lendemain, mais ce n’est pas vrai. Le pétrole et le gaz seront présents pendant de longues années encore.
Nous savons que les énergies renouvelables — l’hydroélectricité, par exemple — ne sont pas encore prêtes à alimenter un système couvrant tout le pays pour les véhicules électriques ou pour autre chose.
Avez-vous discuté avec ces acteurs pour voir s’ils allaient adopter une approche plus respectueuse du climat et de l’environnement? S’ils le faisaient, cela pourrait résoudre certains des problèmes actuels. Il semble difficile de communiquer avec eux.
La sénatrice Coyle : Voulez-vous dire que les milieux pétrolier et gazier pourraient être plus respectueux de l’environnement?
La sénatrice McCallum : Oui.
La sénatrice Coyle : D’accord.
La sénatrice McCallum : À Toronto, j’ai aussi demandé pourquoi il en était ainsi. Avez-vous consulté ces gens-là? La combustion produit beaucoup d’émissions, et on circule partout au Canada. Avez-vous parlé aux simples citoyens de leur utilisation à volonté de leurs véhicules? Même en ville, on en voit beaucoup qui ont un seul occupant. C’est de la consommation. Notre pays devrait y réfléchir et chercher des solutions.
Mme Deawuo : Chez Environmental Leadership Canada, nous n’avons pas eu d’échanges avec le secteur pétrolier et gazier. Nous nous sommes intéressés avant tout aux jeunes.
La sénatrice McCallum : D’accord.
Mme Deawuo : Que ce soit pour l’assemblée ou pour le programme de stages que nous offrons également, ce fut la priorité pour nous.
Je suis aussi curieuse de savoir, étant donné le travail des Sénateurs pour des solutions climatiques, si ce groupe a eu des occasions de dialoguer avec le secteur pétrolier et gazier.
La sénatrice Coyle : Des experts qui ont rencontré les jeunes ont effectivement parlé de l’industrie pétrolière et gazière. Nous avons accueilli un professeur de l’Alberta, expert en énergie, notamment pétrolière et gazière. Le sujet a été abordé.
À propos de la consommation, je ne sais pas si le sujet a été discuté, mais les jeunes pourraient peut-être vous dire s’ils en ont parlé.
La présidente : Là-dessus, nous pouvons mettre un terme à l’audition de ce groupe de témoins. Merci à vous tous de votre présence. Les témoignages ont été formidables. Vous avez tout mis en place pour l’audition des jeunes représentants qui composeront le prochain groupe.
Nous avons la chance d’accueillir quatre jeunes qui ont participé à l’assemblée. Je vais les présenter tous les quatre, et je les invite à faire comme au Sénat, car tout s’est déroulé de manière très fluide, d’un intervenant à l’autre. Je vais les présenter dans l’ordre qu’ils ont indiqué.
Nous accueillons Victoria Romero, Kessiena Kama, Toshibaa Govindaraj et Hargun Rekhi. Victoria Romero commencera, puis vous prendrez la parole dans l’ordre indiqué.
Victoria Romero, représentante jeunesse, Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat : Je m’appelle Victoria Romero et je viens du territoire du Traité no 1, à Winnipeg, au Manitoba. Ma passion pour l’environnement vient de mes expériences vécues en pleine nature au parc provincial de Whiteshell, dans la partie manitobaine du Bouclier canadien, ainsi que de mes études sur le développement des droits humains après l’industrialisation.
L’Assemblée canadienne de la jeunesse a réuni un échantillon statistiquement représentatif de jeunes Canadiens afin de définir nos priorités en matière d’action climatique. Bien que nous soyons issus de milieux différents et ayons des points de vue divergents, nous comprenons collectivement que notre mode de vie actuel est fondamentalement incompatible avec un avenir vivable. Nous vous exhortons à considérer l’action climatique non pas comme une question isolée, mais comme un élément indissociable de toutes les facettes de la vie. Lorsque nous ne prenons pas en compte le climat et privilégions systématiquement le profit au détriment des êtres vivants, notre bien-être collectif est menacé. Aucun d’entre nous n’est à l’abri de ces risques, mais ce sont les moins coupables de la crise climatique qui sont les premiers et les plus durement touchés par elle. Que ce soit la hausse des coûts de l’alimentation, les problèmes de logement ou les risques pour la santé, ce sont les plus vulnérables de notre société qui paient le prix des décisions imprudentes des parlementaires. Les jeunes sont de plus en plus anxieux et apathiques face à la crise climatique, car ils héritent d’un avenir qui, selon ce qu’on dit, n’existera même pas. Nous ne pouvons pas rester là en toute bonne conscience sans tenir compte de la manière dont les décisions de nos dirigeants et les projets financés par nos impôts ont contribué à cette crise.
Nous ne pouvons pas, au nom de la maximisation des profits, continuer à rejeter des preuves scientifiques écrasantes des changements climatiques. Le gouvernement du Canada a la capacité et les moyens d’être un chef de file de la transition verte, mais nous avons à maintes reprises décliné ce rôle, préférant maintenir notre dépendance au pétrole, au gaz et aux industries à fortes émissions. Il ne peut y avoir de nation forte ni d’économie canadienne sans une planète vivable. Les sénateurs ont le pouvoir de faire jouer les freins et contrepoids pour repousser les lois dangereuses. Nous vous supplions d’écouter nos voix avant que toutes nos forêts ne soient calcinées, que notre eau potable ne soit polluée et que notre air pur ne soit chargé de smog.
Kessiena Kama, représentante jeunesse, Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat : Je m’appelle Kessiena Kama, et je représente Epekwitk, à l’Île-du-Prince-Édouard. Ma formation en études environnementales sur une île aussi petite m’a donné une perspective à la fois théorique et pratique sur les liens qui existent entre les catastrophes causées par les changements climatiques, un thème central de notre rapport. La section qui porte sur la préparation en prévision des risques climatiques met en avant la résilience intergénérationnelle et le pragmatisme dans la préparation aux urgences, ce qui est crucial si nous voulons garantir que toutes les communautés, surtout les plus vulnérables de notre pays, puissent résister aux effets croisés des changements climatiques qui se manifestent en temps réel, en particulier les feux de forêt, les inondations et la sécheresse. Nous exhortons donc les parlementaires à créer un organisme intergouvernemental afin d’assurer que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, les municipalités et les gouvernements autochtones coordonnent leurs efforts pour maximiser l’efficacité des communications d’urgence, de l’affectation des ressources et des initiatives lancées pour se préparer et réagir aux urgences et aux catastrophes.
Il est essentiel de s’appuyer sur des systèmes interconnectés et des infrastructures résilientes face aux catastrophes climatiques. Chaque fois qu’un phénomène météorologique extrême frappe, nous reconstruisons les actifs, quitte à ce qu’ils soient à nouveau détruits. Ce cycle coûteux doit cesser au plus tôt.
C’est pourquoi nous demandons aux parlementaires d’établir et de financer, par la réaffectation des subventions consenties au secteur pétrolier et gazier, des politiques nationales qui priorisent la construction d’infrastructures résistantes aux changements climatiques. En investissant dans des rénovations majeures et des technologies de construction durables pour les espaces publics, les logements et les entreprises qui sont déjà là, nous pourrons affronter les problèmes environnementaux plus fréquents et plus graves qui se manifestent maintenant.
Cela permettra non seulement de réduire les coûts récurrents de reconstruction et d’offrir des possibilités de carrière aux jeunes, mais aussi de donner aux communautés à risque l’assurance que les infrastructures dont ils ont besoin tous les jours tiendront bon dans les années à venir.
Toshibaa Govindaraj, représentante jeunesse, Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat : J’ai grandi sur les territoires traditionnels du conseil Ta’an Kwäch’än et de la Première Nation Kwanlin Dün, également appelés Whitehorse, au Yukon.
L’article sur la réduction des émissions liées au pétrole et au gaz porte principalement sur la diminution de notre dépendance aux combustibles fossiles et la transition vers des énergies propres. Je vais parler des recommandations 5, 6, 7 et 9.
Partout au Canada, les jeunes reconnaissent les conséquences désastreuses de l’exploitation abusive des ressources, et aujourd’hui, nous vous exhortons à faire de même. Les subventions fédérales accordées aux secteurs du pétrole et du gaz prolongent notre dépendance à une industrie qui nous tue.
Nous représentons la jeunesse et nous vous demandons d’éliminer progressivement cette industrie et d’effectuer la transition vers un avenir vert sans faire peser le fardeau des coûts sur nous, les consommateurs. Il n’y a pas d’autre chemin que d’agir maintenant pour le climat. Nous devons passer aux énergies propres dès maintenant. Cependant, les énergies propres nécessitent aussi l’extraction de ressources, ce qui s’est historiquement fait au détriment de l’environnement, des droits des peuples autochtones et du bien-être des collectivités et des consommateurs.
Nous vous demandons de respecter les droits protégés par la Constitution et de travailler avec les nations autochtones afin de leur restituer les terres, l’intendance et la gestion des ressources naturelles pour permettre la réconciliation économique et sociale. Nous devons apprendre des erreurs du passé et changer l’approche et les pratiques du Canada en matière d’exploitation des ressources pendant cette transition.
Nous vous demandons également de veiller à ce que la transition vers les énergies propres crée des opportunités pour les jeunes qui font actuellement face à des taux de chômage sans précédent. Les jeunes méritent de faire partie de la solution, et nous méritons des occasions de contribuer, d’innover et de diriger.
Hargun Rekhi, représentante jeunesse, Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat : Bonjour, je viens de Toronto, en Ontario. Mon intérêt pour le mouvement climatique a été inspiré par les paysages naturels canadiens que j’ai découverts après avoir immigré.
Alors que les catastrophes climatiques s’intensifient et menacent la santé humaine, planétaire et économique, une organisation efficace est essentielle pour mobiliser l’action mondiale.
Nos recommandations portant sur la responsabilisation climatique mettent l’accent sur la confiance, la reddition de comptes et l’action. La confiance est le ciment de l’action collective pour le climat. La reddition de comptes garantit que les promesses de grande ampleur en matière de climat se traduisent en réductions mesurables des émissions plutôt qu’en simple rhétorique.
L’action est vitale pour le mouvement climatique, car elle traduit les avertissements scientifiques en solutions concrètes et oblige les dirigeants mondiaux à accorder la priorité à un avenir durable.
Je veux mettre en avant les recommandations 2, 5, 7 et 8. Nous appelons les parlementaires à garantir l’accès à une information fiable sur les politiques climatiques au Canada afin de combattre la mésinformation. Nous demandons que les grandes entreprises, les industries à fortes émissions et les organisations du secteur public divulguent publiquement l’ensemble des émissions de portée 1, 2 et 3, rendant ainsi les impacts climatiques plus transparents et permettant un meilleur contrôle public et gouvernemental.
Nous soulignons aussi le rôle vital des savoirs autochtones, du leadership autochtone et de l’autodétermination dans la promotion du développement durable, et demandons un engagement envers le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause, conformément à la Loi concernant la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Enfin, nous plaidons pour une participation significative des jeunes dès les premiers stades des processus décisionnels, par le biais d’occasions de participation accessibles, représentatives et sans obstacles.
Les systèmes qui nous ont conduits à la situation présente sont incompatibles avec la préservation des terres pour les générations futures. Une vision tournée vers l’avenir, fondée sur la conservation et la préservation, garantira le succès des jeunes Canadiens. Nous ne voulons pas vivre dans un pays qui privilégie et encourage l’accumulation de capital car nous préférons vivre sur une planète habitable.
La présidente : Merci.
[Français]
Le sénateur Aucoin : Merci beaucoup de votre présence ici. Je vous remercie de votre initiative ainsi que de votre présentation, qui était très intéressante et informative. Il se peut que vous pensiez que je suis contre l’environnement et pas en faveur de restreindre la pollution, mais ce n’est pas du tout le cas. Après avoir entendu vos discours, je me demande si vous pourriez préciser votre pensée. Si l’on cessait l’exploitation des hydrocarbures et si l’on se tournait vers des ressources qui sont meilleures pour l’environnement... Il n’y a pas de système parfait, même l’hydroélectricité; on va créer beaucoup de gaz à effet de serre si on inonde des forêts ou même si on coupe les forêts auparavant, tout ce carbone entassé dans les forêts va se libérer dans l’atmosphère. On va peut-être creuser des tranchées dans la terre ou dans les montagnes.
Dans le cas des éoliennes, il faut les ancrer dans la terre ou dans la mer, il faut les ancrer au fond de l’océan, ce qui crée des problèmes pour la pêche et les poissons. Par exemple, que fait-on en ce qui concerne les voitures électriques? Il nous faut d’autres mines pour les métaux précieux, mais que fait-on avec toutes les piles électriques dont nous devrons nous débarrasser? Qu’allons-nous en faire?
J’aimerais vous entendre à ce sujet. Comment peut-on équilibrer l’exploitation gazière et les hydrocarbures aujourd’hui avec la position dans laquelle on voudrait se trouver à l’avenir avec les énergies plus vertes?
[Traduction]
Mme Rekhi : La formulation de votre question était très intéressante, car vous avez souligné tous les problèmes liés aux énergies renouvelables, mais avez choisi d’omettre ceux liés au pétrole et au gaz. L’industrie du pétrole et du gaz présente des inconvénients majeurs; cependant, parce que vous êtes plus âgé et que certains systèmes vous sont familiers, vous choisissez d’accepter ces inconvénients et d’opter pour la poursuite de ces systèmes.
Cependant, pour ce qui est des énergies renouvelables, même si les inconvénients que vous avez mentionnés existent, les avantages existent aussi. Nous proposons une voie vers des politiques de substitution, car nous sommes jeunes et donc nous sommes en mesure d’imaginer un avenir différent de la réalité actuelle.
Lorsque vous examinez une politique, vous devez prendre en compte le coût de renonciation. Il ne s’agit pas seulement de ce que vous perdez en prenant une décision, mais aussi de ce que vous gagnez. En optant pour les énergies renouvelables, les nombreux gains que vous obtenez dépassent largement tous les inconvénients que vous avez mentionnés.
Le pétrole et le gaz, aujourd’hui, représentent une menace pour notre mode de fonctionnement, et c’est la principale raison pour laquelle une grande partie de nos discussions a porté sur les recommandations que nous avons présentées aujourd’hui. Nous voulons une réalité différente et nous vous demandons de contribuer à soutenir et à façonner cette réalité, plutôt que de rester ancrés dans des systèmes qui ne fonctionnent plus.
La présidente : Quelqu’un d’autre souhaite-t-il ajouter quelque chose?
[Français]
Mme Romero : Je suis désolée. J’aimerais répondre en français, mais je crois que j’aurais besoin de mon Bescherelle. Je devrai donc répondre en anglais.
[Traduction]
Vous avez raison de dire qu’il n’existe pas de solution parfaite, mais comme l’a mentionné ma collègue, les torts causés par l’industrie pétrolière et gazière sont immenses et touchent souvent les membres les plus vulnérables de notre société.
Dans le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, nous avons constaté un lien direct entre des projets d’exploitation des ressources, comme les pipelines, et les cas de femmes et filles autochtones disparues et assassinées ainsi que la violence à l’égard des femmes autochtones; mais cela n’est pas un cas isolé. Au Manitoba, nous misons beaucoup sur l’hydroélectricité. J’ai des amis dont des proches ont été profondément affectés par des violences similaires envers les femmes et filles autochtones en lien avec ces projets. Ce n’est pas forcément un problème inhérent à la ressource elle-même, mais plutôt à la manière dont nous abordons et regardons cette ressource.
Lorsque nous adoptons des lois comme le projet de loi C-5 et des politiques qui accélèrent la mise en œuvre de ces projets sans le consentement libre et éclairé des peuples autochtones, sans une consultation complète des collectivités, et en contournant les règlements environnementaux, ce sont des façons dangereuses de procéder. Accélérer un projet n’est pas dans l’intérêt national, car cela ne tient aucun compte des facteurs de santé, de justice et d’équité, qui relèvent aussi de l’intérêt national. Il existe des moyens d’aborder ces projets et ces facteurs sous un prisme climatique et de veiller à ce que ces projets soient dirigés par les Autochtones et par les collectivités les plus touchées. Bien sûr, la transition vers les énergies vertes nécessitera l’exploitation minière. Elle impliquera l’extraction de ressources, donc il nous faut trouver des moyens de composer avec ces réalités sans causer davantage de tort à d’autres collectivités.
Nous faisons face à une épidémie de violence non seulement envers les humains, mais aussi envers la nature et la planète, et ces éléments sont indissociables. Nous ne pouvons plus ignorer la science, les preuves et les faits qui démontrent les nombreuses failles du mode de vie actuel.
Une des recommandations que nous formulons dans notre rapport consiste à dire que si nous ne pouvons pas mettre fin à l’industrie du pétrole et du gaz, alors il faut mettre fin aux subventions fédérales à ces secteurs. Nous ne pouvons plus accepter que des milliards de dollars des contribuables financent ces projets sans contrôle. Il n’existe pas de registre officiel des montants consacrés à ces subventions dans le secteur pétrolier et gazier. Il n’y a aucune transparence sur les dépenses qui compromettent notre avenir.
Il existe de toute évidence des meilleures manières d’agir, que ce soit dans le cadre de cette transition et même dès aujourd’hui. Merci.
Mme Govindaraj : À la fin de votre question, vous avez demandé comment nous pouvons équilibrer énergies propres, pétrole et gaz. Pour ajouter à ce qui a été dit, je pense que ce n’est pas nécessaire. Nous pouvons faire le meilleur choix parmi les options disponibles. Vous avez cité de nombreuses façons différentes de produire de l’énergie propre, et c’est vraiment un grand avantage des énergies propres. Nous ne sommes pas contraints d’investir tous nos fonds et tous nos efforts dans une solution unique. Il existe tellement de manières différentes d’obtenir de l’énergie propre que la solution est de diversifier nos investissements dans le plus grand nombre possible de voies.
[Français]
La sénatrice Youance : En fait, ma question tombe à point après les éléments soulevés par mon collègue.
Justement, vous avez travaillé sur différents défis et situations problématiques. Je me suis posé la question : comment en sont-ils arrivés à un consensus? Comment avez-vous réussi à trouver les meilleures recommandations à faire à la suite de vos discussions? Pouvez-vous nous dire lesquelles ont suscité les discussions les plus difficiles? Comment en êtes-vous arrivés à un consensus?
À la fin de votre rapport, il y a une section qui porte sur les rapports minoritaires. On vous a demandé de soumettre vos intérêts particuliers. Était-ce une manière de trouver ce consensus? Parlez-nous un peu du processus qui vous a permis de développer ces recommandations.
[Traduction]
Mme Govindaraj : Cela a été difficile, mais aussi très facile. Je crois qu’il y a bien plus de consensus autour de l’action climatique que ce que l’on pourrait penser. Nous comprenons tous, plus ou moins, les causes et les problèmes liés aux changements climatiques. Au fond, je pense que nous étions assez unanimes et que nous partagions à peu près les mêmes principes. Nous avions les mêmes idées sur la façon d’aborder la question. Il y a peut-être eu de petites différences, mais globalement, nous avions une vision similaire des recommandations à formuler, de leur niveau de priorité et de ce qui est important.
Nous avons procédé dans l’ordre inverse de la lecture du rapport. Nous avons d’abord défini nos principes, puis les avons utilisés pour déterminer nos recommandations. Certaines ont nécessité plus de délibérations que d’autres. Beaucoup ont fait consensus facilement, mais certaines ont demandé plus d’échanges. Je trouve qu’il a été très enrichissant de voir les différentes perspectives converger. Voilà ma réponse à la première partie de votre question.
Concernant les rapports minoritaires, nous n’avons eu qu’une semaine pour délibérer et nous accorder sur ces recommandations. En réalité, nous n’avons eu qu’un jour ou deux pour les formuler. Une grande partie de la semaine était consacrée à des présentations, et notre temps de parole était donc limité pour aborder certains enjeux précis.
Les rapports minoritaires sont certes une façon de parvenir à un consensus, mais aussi de souligner toute la complexité de beaucoup de ces sujets. Il y a certains points que nous n’avons peut-être pas eu le temps d’aborder, ou des choses qui étaient prioritaires pour certains, mais pas pour l’ensemble du groupe.
Je pense que les rapports minoritaires sont tous très bien rédigés. À leur lecture, je ne crois pas que dans l’ensemble ils font état d’un désaccord avec ce qui a été dit ou inscrit dans le rapport. De façon générale, il existe un consensus parmi les jeunes sur les changements climatiques et sur ce que nous devons faire à l’avenir.
La sénatrice Coyle : Merci d’être ici.
Deux de vos recommandations font, à vrai dire, partie des priorités du gouvernement. Le Corps jeunesse pour le climat figure parmi vos recommandations, tout comme un réseau électrique national. Nous venons justement d’assister à la présentation de la stratégie sur l’électricité.
Comment percevez-vous actuellement l’état d’avancement de ces deux dossiers? Quelle est votre évaluation du statut de ces deux recommandations maintenant que le gouvernement a fait certaines annonces? Que faut-il encore faire à ce sujet?
Mme Romero : En ce qui concerne le Corps jeunesse pour le climat, nous avons tous été ravis de voir cet investissement initial réalisé à l’automne. Cependant, il est toujours possible d’y consacrer davantage de moyens financiers. Je suis sûre que beaucoup d’entre vous savent qu’il existe une crise du chômage dans ce pays, en particulier chez les jeunes. Non seulement nous faisons face à la menace d’une planète qui risque de ne plus être habitable, mais en plus nous avons du mal à trouver un emploi, à démarrer notre carrière, à fonder une famille et à vivre ce qui est censé être une vie normale.
Le fait d’offrir aux jeunes des occasions de participer, non seulement au processus, comme c’est le cas avec l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat qui contribue à l’élaboration ou à la proposition de politiques, mais aussi à l’atteinte des objectifs et des résultats que nous voulons obtenir, est inestimable. Le Corps jeunesse pour le climat est une excellente occasion de faire d’une pierre deux coups.
Nous apprécions vraiment cet investissement initial. Je sais qu’une partie de ces fonds est actuellement immobilisée — ils sont en cours de déboursement —, mais nous en avons pris acte, et nous remercions tous les parlementaires qui ont participé à cet effort.
Cependant, il n’y aura jamais assez de fonds pour cette cause. Pour en revenir à la recommandation de mettre fin aux subventions aux secteurs du pétrole et du gaz, c’est également un domaine où ces fonds pourraient être redirigés.
Mme Rekhi : J’aimerais ajouter quelque chose.
Aujourd’hui, nous avons aussi eu la chance de rencontrer le cabinet de la ministre Julie Dabrusin. Nous avons également discuté avec les représentants d’ECCC de la possibilité de créer le Corps jeunesse pour le climat et de ce à quoi il pourrait ressembler en pratique. Nos échanges ont porté sur une participation significative des jeunes, qui soit constante et dépasse la simple participation au Corps, et sur la manière de la formuler concrètement et d’en faire une réalité. Ce sont des discussions importantes. Bien que des fonds aient été alloués au Corps jeunesse pour le climat, nous devons aussi faire en sorte de prendre en compte les voix des jeunes quant à la forme que devrait prendre ce corps, car, au bout du compte, c’est nous qui y participerons.
En ce qui concerne l’électrification, nous avons ajouté cette recommandation, car nous avons constaté un manque de lien entre les jeunes d’un océan à l’autre. Beaucoup d’entre nous ignoraient le fonctionnement des autres provinces. En ce qui me concerne, je suis Ontarienne et je ne savais pas grand-chose des provinces maritimes. La seule chose que je connaissais de cette région était sa façade maritime, jusqu’à ce que je rencontre des gens qui m’en fassent découvrir davantage.
En matière d’électrification, l’absence de connectivité interprovinciale était un problème auquel nous voulions remédier. Si nous construisions un réseau provincial et territorial qui relie ces régions, cela résoudrait bien des problèmes liés à la fiabilité de l’électricité et, à long terme, nous permettrait de recourir à des modes différents d’approvisionnement énergétique que nous ne pouvons actuellement pas exploiter, faute de réseau électrifié interconnecté.
La sénatrice Coyle : Comme vous l’avez dit, vous avez rencontré aujourd’hui des membres du cabinet de la ministre Dabrusin, et je crois comprendre que vous aurez une réunion virtuelle avec la ministre elle-même début juillet. Je pense que vous étiez présente à la première réunion et que vous avez entendu la question du sénateur Lewis sur la gestion des attentes. Le travail que vous accomplissez est impressionnant. C’est formidable. Quelle serait votre principale attente pour cette réunion avec la ministre Dabrusin?
Mme Govindaraj : Puis-je poser une question pour clarifier?
La sénatrice Coyle : Oui.
Mme Govindaraj : Parlez-vous de notre recommandation principale à présenter ou de la participation?
La sénatrice Coyle : Les deux.
Mme Govindaraj : En ce qui concerne la participation, lors de notre rencontre d’aujourd’hui avec les membres du cabinet, nous avons beaucoup discuté de ce qu’une participation significative des jeunes impliquait. Un point qui revenait souvent est qu’il devait s’agir d’un dialogue allant dans les deux sens. Nous ne voulons pas d’une simple rencontre ponctuelle, après laquelle nous ne recevrons plus jamais de vos nouvelles. Si nous vous transmettons des recommandations, nous vous demandons de bien vouloir répondre à ces recommandations, de nous faire part de vos opinions, de commentaires constructifs ou d’autres retours, afin que nous ayons le sentiment d’avoir été réellement entendus et parties prenantes, plutôt que d’avoir une seule rencontre et ne plus jamais avoir de vos nouvelles. Voilà ma réponse à propos de nos attentes.
En ce qui concerne la recommandation principale à formuler, je ne peux pas parler au nom de l’assemblée, mais un thème qui est revenu très souvent lors de nos débats est l’importance de la réconciliation et du respect des droits des peuples autochtones, et de veiller à ce que les voix des peuples autochtones soient entendues, respectées et prises en compte de manière significative, et à ce que l’on œuvre en faveur de la souveraineté autochtone et de l’accès des peuples autochtones à des postes leur permettant de prendre des décisions. Il ne s’agit pas seulement de les consulter, mais de leur conférer un réel pouvoir sur leurs terres. C’est un sujet qui revenait sans cesse.
Le gouvernement fait actuellement des efforts pour revenir en arrière sur les réglementations environnementales et la consultation des peuples autochtones. Ce point faisait consensus. Je ne pense pas qu’il y ait eu de débat au sein de notre assemblée sur l’importance de ces questions. Ce sera sans doute l’une des principales recommandations que nous présenterons.
Le sénateur Lewis : Pour poursuivre sur ce sujet, que se passera-t-il si les représentants du ministère ne vous reçoivent qu’une seule fois et ne sont guère attentifs à ce que vous dites? Quelles seront les étapes suivantes? J’ai été à votre place pendant des années avant d’arriver ici. Je ne suis ici que depuis un an. C’est un processus de longue haleine. La patience est très difficile à acquérir, mais c’est une réalité à laquelle vous serez tous confrontés à mesure que vous avancerez. On vous dira « non » un grand nombre de fois. Cela ne changera pas du jour au lendemain. En quoi ce processus vous aide-t-il à apprendre pour la suite? Vous avez toute la vie devant vous, et vous continuerez à poser ces questions et à essayer de faire avancer ces positions. Comment voyez-vous cela? Vous êtes au sommet en ce moment. Vous rencontrez des ministres. Vous avez été au Sénat. Vous avez accompli toutes ces choses, mais allez-vous rentrer chez vous pour essayer de faire avancer les choses localement? Comment les choses vont-elles se passer à l’avenir? Y avez-vous réfléchi?
Mme Kama : Merci pour vos remarques. Il y a des réflexions et des commentaires de cette nature. Chaque fois qu’on nous dit « non », nous savons que c’est une réponse que nous avons entendue toute notre vie. Et chaque fois que cela arrive, cela nous donne assez d’énergie pour réessayer, redoubler d’efforts, revoir notre stratégie et changer de direction.
Au contraire, l’assemblée y verra une source d’énergie pour déterminer comment susciter la participation, comment promouvoir notre cause et faire entendre notre voix. En ce qui concerne les mesures concrètes à prendre pour obtenir une réponse, en nous appuyant sur le déroulement du processus et sur la manière dont nous sommes tous parvenus à un consensus sur les recommandations et sur celles que nous avons jugées prioritaires, le thème général que je souhaitais aborder tout à l’heure, à savoir l’esprit dans lequel nous avons géré nos désaccords ou nos difficultés, c’est que nous avons pris conscience que nous luttions tous du même côté et pour la même cause. Je pense que c’est l’un des enseignements importants qu’a suscités le processus d’élaboration de ces recommandations. Chaque fois que nous rencontrons une résistance, il est plus facile de s’en souvenir, puis de déterminer comment nous pouvons manœuvrer pour faire entendre nos voix et obtenir la participation que nous souhaitons véritablement.
Mme Romero : Il existe plusieurs voies pour participer. Il se peut que nous ne puissions pas obtenir une rencontre de suivi avec la ministre ou que nous devions recourir à une mobilisation plus publique, mais la responsabilité que nous portons comme jeunes vis-à-vis de cette assemblée est importante. Chacun de nous comprend l’influence que nous avons et pouvons continuer d’avoir, ainsi que le devoir qui est le nôtre de représenter la voix de la jeunesse.
Pour aujourd’hui, nous vous demandons de bien vouloir transmettre nos recommandations au Sénat et de les lui présenter officiellement. Nous disposons d’autres moyens de mobilisation, que ce soit des pétitions ou des articles d’opinion, mais, comme quelqu’un l’a dit lors de notre première réunion ce matin, même si nous arrêtions tous de parler des changements climatiques, cela ne mettrait pas fin au sujet, car il s’agit d’un problème qui continuera d’évoluer.
De nouvelles questions surgiront à mesure que nous développerons de nouveaux secteurs d’activité. De nouvelles préoccupations apparaîtront à l’avenir. C’est votre devoir de parlementaires. Les parlementaires et les fonctionnaires ont le devoir d’écouter le public : qu’il s’agisse de nous, les jeunes d’aujourd’hui, ou de ceux plus jeunes qui viendront après nous, nous espérons que nos parlementaires s’acquitteront de leur devoir civique en écoutant leurs électeurs.
Mme Govindaraj : Vous avez dit que nous étions actuellement au sommet. J’en suis à la fois d’accord et en désaccord.
Le sénateur Lewis : Vous êtes au sommet de ce processus. Ne vous méprenez pas. Je parle simplement de ce processus. Ce n’est pas du tout le point culminant de votre parcours.
Mme Govindaraj : Merci, oui. L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat a pris fin après la publication du rapport, en octobre dernier. Tout ce qui s’est passé ensuite a eu lieu parce que nous voulions rester mobilisés.
Nous avons publié un rapport. Peu de personnes nous ont répondu, c’est ainsi. Mais nous sommes restés mobilisés, nous avons trouvé d’autres voies et nous avons fait en sorte de venir ici, au point culminant de ce rapport. Nous allons continuer à faire pression. Même si nous n’obtenons pas de nouvelle réunion de suivi, ce ne sera pas grave, même si je serai déçue, car nous irons de l’avant, nous trouverons d’autres voies, et cela ne sera pas la fin de notre action climatique.
La sénatrice McCallum : Merci pour tout votre travail. Ma première question, comme celle du sénateur Aucoin, ne découle pas d’une position favorable au secteur pétrolier et gazier. Je siège au Comité de l’énergie depuis environ sept ans et demi maintenant. La première chose que j’ai remarquée est l’impact de l’extraction des ressources sur les terres des Premières Nations. Quand je suis arrivée, 80 % des intervenants représentaient le secteur pétrolier et gazier et seulement 1 % les Premières Nations. Cette situation a lentement changé. À un moment, les représentants du secteur pétrolier et gazier ne voulaient plus comparaître devant le Comité de l’énergie. C’est pourquoi je vous ai demandé si vous les aviez rencontrés pour voir s’ils pouvaient adopter une approche plus axée sur le climat.
Je voudrais aborder la question du réseau électrique. Nous avons le même problème avec Manitoba Hydro. J’ai rencontré le premier ministre, le ministre et des membres des Premières Nations affectées. J’ai écrit une lettre il y a plus d’un an. Je n’ai pas reçu de réponse. Concernant Manitoba Hydro, la province prévoit un déficit de 1,6 milliard de dollars en raison de pertes attribuées à des niveaux d’eau plus faibles, à la sécheresse, aux incendies de forêt nécessitant des réparations d’infrastructures et à une diminution des revenus d’exportation vers le Minnesota. Manitoba Hydro va désormais augmenter ses tarifs pour les trois prochaines années. Cette hausse est inévitable. S’ils sont les seuls à le faire, leurs tarifs augmenteront. Les tarifs ne resteront pas bas indéfiniment.
Dans le cadre de mon travail auprès des Premières Nations, ce sont 40 collectivités qui sont concernées. Vous avez évoqué la réconciliation et souligné que leurs voix devaient être entendues et respectées, et qu’elles devaient disposer d’un pouvoir sur leurs terres. Elles se sont battues pour cela. Rien n’a changé. Et aujourd’hui, certains affirment que nous avons besoin de nouveaux méga-barrages. Cela m’inquiète beaucoup, car les personnes avec lesquelles je travaille n’ont même pas d’eau pour se laver. Vous savez qu’il s’agit de la nation Tataskweyak et de ce groupe de South Indian Lake. La faune et la pêche ont disparu, tout comme leur mode de vie traditionnel. L’une de ces collectivités a été déplacée parce qu’il faut maintenir un niveau élevé dans le réservoir. Il n’y a pas d’eau. Les gens ne peuvent pas quitter l’endroit où ils se trouvent car ils ont besoin d’un bac. S’il y a des incendies cet été, je ne sais pas ce qui va se passer. Ils ont soulevé cette question auprès d’Hydro, sans obtenir de réponse.
Quand je pense à nos tentatives de rencontrer la province pour examiner cette question, je trouve cela très décourageant.
Mais ce sont des jeunes comme vous, qui vous engagez, qui vous informez, qui faites vos recherches et qui nous donnez à tous l’espoir que les choses vont changer. En attendant, je me rends d’ailleurs sur place la semaine prochaine pour aller sur le terrain avec les gens; je passe donc le week-end là-bas, simplement pour découvrir ce que cela fait d’être sur le terrain.
C’est ce qui m’inquiète concernant le réseau électrique. Je ne sais pas où cela va nous mener, car si l’on prend l’exemple du barrage du Site C, du Québec puis de Terre-Neuve-et-Labrador, ce sont là les quatre provinces dont les réseaux électriques sont les plus développés. Je tiens simplement à soulever ce point afin que vous preniez conscience de nos réalités.
Mme Romero : Merci beaucoup pour votre engagement sans faille et pour ce que vous faites. C’est ma région. Bon nombre de mes amis, leurs proches et leurs communautés sont profondément touchés par ces problèmes.
Je participais à une manifestation l’été dernier, si je me souviens bien, aux côtés des membres de la Première Nation de York Factory qui se retrouvaient bloqués.
La sénatrice McCallum : C’est bien celle-là.
Mme Romero : Oui. Ce sont là des problèmes qui continuent d’être ignorés par tous les paliers de gouvernement.
Nous assistons actuellement au développement du nouveau gazoduc Churchill GNL au Manitoba. Notre premier ministre qualifie les opposants autochtones de « détracteurs ». Je pense que la responsabilité minimale qui nous incombe, comme colons sur ce territoire, est de faire entendre la voix des peuples autochtones afin de garantir que nos mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques ne puissent se faire sans le leadership des Premières Nations. Les Autochtones sont les gardiens originels de la terre. Ils sont systématiquement exclus des politiques climatiques et des politiques d’adaptation aux changements climatiques, qu’il s’agisse d’évacuations en cas d’incendies de forêt ou de prévention des crues. Les membres des Premières Nations représentent une part très importante des personnes évacuées en raison d’incendies de forêt au Canada, bien qu’ils ne constituent qu’une très faible partie de la population.
Comme je l’ai mentionné, ces projets d’extraction de ressources, qu’il s’agisse de pétrole, de gaz ou d’hydroélectricité, ont entraîné une recrudescence de la violence faite aux femmes et aux filles autochtones ainsi qu’aux personnes bispirituelles. Ces camps de travailleurs masculins ne sont pas des lieux sûrs. Ils entraînent un afflux de misogynie et de violence dans des collectivités qui sont déjà confrontées à l’isolement, à la hausse des prix des denrées alimentaires et au manque d’eau potable autant de conditions minimales indispensables à la vie humaine qui ne sont pas encore respectées. C’est une honte. Nous ne pouvons pas parler de projets de construction nationale s’ils ne visent qu’à accroître la prospérité de certaines parties de notre nation, surtout quand ils excluent ceux qui sont les gardiens de la terre. Nous ne pouvons pas exclure les peuples des Premières Nations de la construction d’une nation.
Nous avons tenté d’exprimer dans notre rapport le fait que les mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques sont indissociables de la réconciliation. Il ne s’agit pas de deux choses distinctes. La transition vers les énergies vertes doit être menée par les collectivités autochtones et les Autochtones. Qu’il s’agisse ou non d’une transition verte, si un nouveau pipeline doit voir le jour, ce sont les Autochtones qui doivent en prendre la direction. C’est à eux de décider s’ils souhaitent participer et tirer profit des avantages économiques que cette réconciliation pourrait leur apporter.
Mais nous ne pouvons pas continuer à prendre des décisions et à mener une colonisation moderne sur ces terres. C’est en effet ce que nous faisons dans le cas d’une mesure comme le projet de loi C-5, qui passe complètement outre les droits des peuples autochtones sans même y prêter attention. C’est exactement cela : une colonisation moderne. Il n’y aura pas de voie efficace à l’avenir si nous continuons ainsi. La santé de notre nation, la justice pour l’ensemble de notre peuple, ainsi que pour nos bipèdes et nos quadrupèdes : tout cela relève d’une seule et même question. Rien ne peut se faire sans cela.
C’est là un aspect essentiel de ce que nous avons tenté de rappeler aux parlementaires. L’une de nos recommandations consiste à leur rappeler que le Canada a adhéré à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et que nous disposons, au Canada, de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Nous sommes censés respecter ces engagements. Il ne peut plus s’agir de paroles en l’air, car c’est ce qu’elles ont été tout au long de l’histoire de ce que nous appelons le Canada.
Mme Rekhi : Je voudrais ajouter quelques mots à ce sujet. Je tiens à m’associer aux remerciements de Mme Romero pour le travail que vous avez accompli et pour les services que vous avez rendus au Sénat.
En ce qui concerne la collaboration avec les Autochtones, j’ai eu la chance de découvrir de nombreux points de vue autochtones dans le cadre de mon master, et j’ai passé toute la semaine dernière à suivre un cours sur l’écologie politique et l’économie internationales, au cours duquel plusieurs défenseurs des terres venus de tout l’Ontario ont été invités à intervenir dans notre université. Ils ont évoqué les difficultés auxquelles ils sont confrontés, de la Première Nation d’Attawapiskat à celle de Neskantaga, en passant par celle de Batchewana, dans la région du Lac Supérieur. Bon nombre de ces intervenants ont abordé les problèmes auxquels ils sont confrontés et les défis qu’ils s’efforcent de résoudre.
Mon professeur, qui travaille en étroite collaboration avec ces collectivités, a fini par aborder les solutions à ces problèmes. Parmi les thèmes communs que nous avons identifiés, il y a l’idée de réclamer la restitution de la compétence. Lorsque vous avez décrit ces problèmes, vous avez souligné que la société d’hydroélectricité n’avait pas répondu à vos demandes d’explications. Dans ce cas, nous confions la compétence à la société d’hydroélectricité. Mais en qualité de membres du gouvernement, vous occupez également une position privilégiée qui vous permet de décider à qui attribuer cette compétence. Ce pouvoir devrait-il revenir à la société d’hydroélectricité, ou devrait-il incomber à quelqu’un d’autre pour déterminer la manière dont ces politiques et ces actions sur le terrain sont mises en œuvre?
En posant les questions fondamentales et en repensant en profondeur le fonctionnement du droit colonial, nous pourrons alors créer une réalité meilleure pour ces collectivités autochtones. Les réponses et les solutions existent déjà. Si l’on se penche sur les traditions juridiques anishinabées, qui privilégient les discussions plus collaboratives, les réponses existent déjà. Le problème réside dans un manque de mise en œuvre et un manque d’agentivité pour déterminer qui détient la compétence sur ces problèmes complexes.
[Français]
La sénatrice Youance : En ce qui concerne les prochaines étapes, Mme Romero a mentionné plus tôt que votre rapport final serait déposé à la Chambre. Comment voyez-vous cela? Est-ce que vous voyez le rapport avec des recommandations particulières? Par exemple, souhaitez-vous mettre l’accent sur la priorité que vous avez identifiée avec les Premières Nations?
Ce matin, vous avez dit que vous alliez appuyer le projet de loi C-241, si je ne me trompe pas, le projet de loi sur la sécheresse et les inondations. Avez-vous identifié d’autres projets de loi qui sont sur la liste et qui correspondraient à vos recommandations? Que voulez-vous que nous fassions?
[Traduction]
Mme Romero : Pour commencer, l’un des points que j’ai tenté de souligner dans l’introduction et tout au long du rapport est que nous espérons que vous ne considérez plus les mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques comme une question isolée. C’est un enjeu qui est intimement lié à tous les aspects de notre vie et aux affaires émanant du gouvernement, qu’il s’agisse des soins de santé, de l’éducation, de la création d’emplois, des infrastructures — tous ces domaines —, de la sécurité alimentaire ou de l’agriculture.
Chaque parlementaire peut participer d’une manière ou d’une autre dans ce domaine. Si vous vous passionnez pour un domaine particulier, n’hésitez pas à l’aborder sous l’angle de la lutte contre les changements climatiques, car rien de tout cela n’aura de sens si nous ne disposons pas d’une planète habitable. Les changements climatiques sont ce qu’on appelle un « multiplicateur de menaces », ce qui signifie qu’ils exacerbent des problèmes déjà existants, qu’il s’agisse de la violence fondée sur le sexe, des systèmes de production alimentaire, de la sécurité alimentaire, de la sécurité de l’approvisionnement en eau ou des infrastructures — tous ces problèmes vont s’aggraver avec l’arrivée et la persistance de la crise climatique.
Nous espérons donc que vous pourrez vous identifier personnellement à ces recommandations, afin de déterminer dans quelle mesure vous et les habitants de votre région vous y reconnaissez, et ce qui vous touche le plus. À partir de là, agissez comme bon vous semble en fonction de vos centres d’intérêt.
Ces recommandations sont de nature générale. Elles s’adressent à l’ensemble des parlementaires, dans l’espoir qu’ils s’en inspirent, et nous espérons que vous le ferez comme bon vous semble.
La présidente : Je vais poser moi-même la dernière question. Je ne sais pas si vous pourrez y répondre, mais vous avez bien préparé le terrain. Elle concerne la passion qui vous anime, quelle qu’elle soit.
Je suis infirmière de formation. Je repense sans cesse aux différents témoignages sur l’anxiété climatique que vous avez présentés. Ce qui m’a particulièrement marquée et qui m’est resté en tête, c’est le moment où cette jeune femme de la Saskatchewan s’est levée pour raconter ce qu’elle ressentait alors qu’elle se tenait dans sa ferme en regardant les incendies. Je me demande quel impact cela a eu sur sa vision de l’avenir.
Vous avez une recommandation, et j’avais l’intention de la lire. Cependant, vous pourriez sans doute me la réciter. Comment les systèmes de soins de santé des provinces — qui, comme vous le savez, relèvent pour l’essentiel de la compétence provinciale — pourraient-ils commencer à réorienter leurs ressources en matière de santé mentale dans ce sens?
De quoi a-t-on réellement besoin? Quelles mesures concrètes peut-on prendre face à l’anxiété climatique, aujourd’hui et à l’avenir? Nous parlons ici de problèmes dont la résolution prendra des années. Que faire en attendant? Par où commencer? Comment attirer l’attention sur cette question?
Mme Romero : Comme le soulignent les recommandations, la nécessité d’agir en matière de santé mentale face aux crises climatiques, aux catastrophes naturelles et de façon plus générale, est un enjeu qui doit absolument être pris en compte. Qu’il s’agisse d’éco-anxiété ou d’une augmentation des taux de TSPT et de troubles dépressifs majeurs, nous constatons ces phénomènes chez les jeunes à la suite des conséquences des feux de forêt ou d’autres catastrophes climatiques.
Nous constatons également que les jeunes filles, ainsi que les jeunes ayant des identités de genre diverses et les jeunes queer, sont beaucoup plus touchés par ces problèmes; il s’agit donc d’une question intersectionnelle. Il est indispensable que cette question soit prise en compte. Les taux de troubles mentaux sont déjà élevés. La situation ne fera qu’empirer avec les changements climatiques.
Comme vous l’avez mentionné, alors qu’une personne peut ressentir cette anxiété en se trouvant dans sa ferme, une autre personne, dans une autre région du Canada, peut la ressentir au supermarché face à la hausse des prix.
Ces phénomènes vont avoir des répercussions sur les jeunes à bien des égards, et nous avons besoin d’une stratégie coordonnée pour répondre aux nombreux problèmes de santé mentale qui apparaissent actuellement et qui continueront d’apparaître.
Mme Rekhi : Pour ce qui est de susciter un intérêt pour ce rapport, si vous devez en retenir quelque chose — même si vous n’êtes pas d’accord avec tout —, je tiens avant tout à souligner qu’en matière de gouvernance au Canada certains points de vue ne sont jamais pris en compte et que nous devons les intégrer. En créant l’assemblée citoyenne, la sénatrice Coyle et son équipe ont réussi à faire participer une partie importante de la population canadienne qui a été largement ignorée dans le processus d’élaboration des politiques au Canada.
Lorsque nous mettons en place de tels systèmes, nous faisons participer des personnes qui ne sont pas uniquement les gens d’Ottawa ou ceux qui occupent des postes à responsabilité, ce qui leur permet d’apporter leur contribution et de participer activement à la démocratie. C’est essentiel.
Pour donner plus de poids à ce rapport, cela pourrait être un moyen de dire que, oui, ces autres points de vue existent, qu’ils méritent d’être pris en compte et qu’il convient de les intégrer aux discussions où ils n’avaient pas encore été pris en compte.
La présidente : Au nom de mes collègues et en mon nom propre, je tiens à vous remercier tous très sincèrement d’être ici. Ce n’est qu’un début, pas une fin. Nous pouvons dire que nous sommes ouverts à la discussion. Nous discuterons de la manière dont nous pourrons donner suite à certaines de vos suggestions quant aux prochaines étapes à suivre.
Merci à vous tous de votre participation.
(La séance est levée.)