L’honorable Claudette Tardif
Interpellation—Fin du débat
20 mars 2018
L’honorable Sénateur René Cormier :
Honorables sénateurs, je suis conscient de l’heure avancée, mais vous me permettrez de rendre brièvement hommage à la sénatrice Tardif, qui nous a quittés récemment.
Honorables sénatrices et sénateurs, en cette Journée internationale de la Francophonie, c’est avec une immense gratitude que je me joins à celles et ceux qui ont récemment rendu hommage à cette grande dame qu’est la sénatrice Claudette Tardif.
« Sur la toile de ce vaste pays », pour utiliser un vers du jeune auteur-compositeur franco-albertain Paul Cournoyer, la sénatrice Tardif aura marqué le territoire canadien et le Sénat du Canada de son amour incommensurable de la langue française, de sa passion pour l’éducation, de sa rigueur au travail et, bien sûr, de son élégance lumineuse.
Durant toutes ses années à la Chambre haute, cette ambassadrice de la francophonie canadienne et des communautés de langue officielle a travaillé avec une détermination sans faille pour faire entendre la voix des minorités de ce pays.
Professeure, chercheuse, doyenne, sénatrice et récipiendaire de tant de distinctions, y compris celle de commandeure de l’Ordre de la Pléiade — qu’elle reçoit en ce moment même à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie —, Mme Tardif a toujours fait preuve d’une grande humilité dans l’exercice des ses fonctions parlementaires.
Je connaissais la sénatrice Tardif avant mon arrivée au Sénat, mais c’est au Comité sénatorial permanent des langues officielles que j’ai pu saisir toute la profondeur de son action et de son engagement. Elle a assumé la présidence de ce comité avec une telle sensibilité, avec une qualité d’écoute si remarquable, et en faisant preuve de tant de rigueur et de fermeté dans la conduite des travaux, que votre humble serviteur doit aujourd’hui travailler avec ardeur à titre d’actuel président de ce comité pour être à la hauteur de celle qui en a assumé la présidence pendant plusieurs années.
Tout au long de son mandat à la présidence, son amour de la francophonie canadienne s’est conjugué à celui de la défense de la minorité anglophone du Québec.
[Traduction]
[Français]
Son départ de la Chambre haute date de quelques semaines à peine, mais sa présence dans cette enceinte nous manque déjà beaucoup. Cela dit, puisqu’elle est une femme résolument tournée vers l’avenir, elle s’est assurée de nous laisser un magnifique projet, celui de mener cette vaste étude sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles.
Comme nous le savons tous, honorables sénateurs, la Loi sur les langues officielles aura 50 ans en 2019. Comme l’affirmait l’honorable Mélanie Joly lors des consultations menées dans les communautés linguistiques en milieu minoritaire en 2017, et je cite :
Les Canadiens de partout au pays sont attachés aux deux langues officielles de leur pays qui sont à la base même de notre contrat social. Les histoires, les expériences et les défis sont différents d’une région à l’autre, mais il ne fait pas de doute que nos langues officielles font aussi partie intégrante de notre identité.
En effet, le bilinguisme fait partie de notre identité collective, et c’est avec conviction que la sénatrice Tardif a toujours travaillé à la promotion de la dualité linguistique. Elle aura été à la base de cette étude qui est en cours au Comité sénatorial permanent des langues officielles, soit celle qui examine la perspective des Canadiens au sujet d’une modernisation de la Loi sur les langues officielles en consultant cinq segments de la population : les jeunes, les communautés de langue officielle en situation minoritaire, les témoins de l’évolution de la loi, le secteur de la justice et les institutions fédérales. Voilà les champs d’étude qui permettront à ce comité de déposer un rapport au gouvernement du Canada au printemps 2019. Je me fais le porte-voix des membres du comité pour remercier la sénatrice Tardif de son formidable leadership, dont est née cette initiative si importante pour notre pays.
Cela dit, malgré ses bonnes intentions en quittant le Sénat, la retraite n’existe pas vraiment pour la sénatrice Tardif. Elle devra se faire très discrète si elle veut vivre cette retraite pleinement, car, il faut se le dire, le destin de Claudette Tardif est intimement lié à la communauté franco-albertaine. La preuve, c’est que si un jour vous avez le bonheur de vous rendre à Sherwood Park, en Alberta, vous verrez cette école qui porte le nom d’école Claudette-et-Denis-Tardif, une des plus belles manifestations de l’engagement de cette sénatrice et de son mari.
La voix de Claudette Tardif continuera d’illuminer la francophonie canadienne et de résonner en cette Chambre.
Pour terminer, honorables sénateurs, et pour rendre hommage à cette grande dame, à son amour de la langue française et à sa détermination en vue de renforcer les liens qui unissent le Canada et la France, voilà quelques vers de l’artiste Yves Duteil, qui résument si bien son engagement :
C’est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents [...]
C’est une langue belle à qui sait la défendre
Elle offre des trésors de richesses infinies
Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre
Et la force qu’il faut pour vivre en harmonie
(1920)
Merci, madame la sénatrice, merci, Claudette.
Je vous remercie de votre attention.