Déclarations de sénateurs
Le Jour du souvenir acadien
15 décembre 2016
L’honorable Sénateur René Cormier :
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd'hui pour rappeler à notre mémoire collective un des jours les plus sombres de l'histoire d'un des peuples fondateurs de notre pays. Il y a deux jours, le 13 décembre, nous soulignions le Jour du souvenir acadien afin de commémorer les nombreuses pertes humaines subies lors du Grand Dérangement.
L'expropriation massive et la déportation des Acadiens qui a eu lieu de 1755 à 1763, lors de la prise de possession par les Britanniques d'une partie des anciennes colonies françaises, a marqué à jamais la destinée de ce peuple francophone d'Amérique installé sur la côte atlantique dès 1604.
Cette déportation constitue une opération de nettoyage ethnique de grande envergure, compte tenu de la démographie de l'époque. Soixante-quinze pour cent de la population acadienne a alors été déportée. Des 13 000 personnes qui vivaient en Acadie, plus de 10 000 hommes, femmes et enfants, séparés les uns des autres, ont été expropriés et déportés.
Le 13 décembre 1758 a été le jour le plus meurtrier de cet ethnocide. Parmi les 4 250 Acadiens vivant sur l'isle Saint-Jean, aujourd'hui l'Île-du-Prince-Édouard, 3 000 ont été déportés, et plus de la moitié ont succombé à la maladie ou sont morts noyés.
Malheureusement, nos livres d'histoire font encore trop peu état de cette grande tragédie humaine.
L'histoire de l'Acadie reste inconnue de la plupart des Canadiens. Comme un citoyen m'a dit candidement récemment : « Bien sûr qu'à l'école on nous a enseigné que vous aviez été déportés. Le problème, c'est que personne ne nous a dit que vous étiez revenus. » Eh bien, non seulement les Acadiens sont revenus, mais certains d'entre eux avaient réussi à ne pas être déportés.
Aujourd'hui, installé principalement dans les provinces atlantiques, mais également dans toutes les provinces et dans les territoires du Canada, le peuple acadien contribue, avec dynamisme, au développement de ce pays. S'il a réussi à prendre racine, c'est en grande partie grâce à l'appui des Premières Nations et, particulièrement, de la nation mi'kmaq.
Le soutien que la nation mi'kmaq a accordé à notre peuple pendant et après la déportation est inestimable. Les Acadiens sont conscients de tout ce qu'ils doivent à cette nation. Welaliog!
Si l'Acadie continue de s'épanouir aujourd'hui, c'est notamment grâce à la Loi sur les langues officielles, qui lui a permis de se doter d'institutions d'enseignement et d'organisations économiques, culturelles et sociales qui contribuent à l'essor du Canada. Cette loi est fondamentale à l'identité de notre pays et à l'épanouissement de toutes les communautés de langue officielle vivant en milieu minoritaire. Il reste encore beaucoup à faire pour qu'elle soit pleinement fonctionnelle et efficace.
Honorables sénateurs et sénatrices, si je souligne cet événement tragique aujourd'hui, c'est pour mieux éclairer le présent. Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 65 millions de personnes dans le monde ont été forcées de fuir leur foyer en 2015 et, comme pour le peuple acadien, de nombreuses familles ont été séparées.
Dans quelques heures, nous allons rentrer chez nous pour célébrer avec notre famille et nos amis. Ayons une pensée pour les millions d'êtres humains qui ont été séparés de leur famille parce qu'ils étaient à la recherche de la liberté.
Faisons en sorte que l'histoire, l'éducation et la culture soient des vecteurs de connaissances permettant aux Canadiennes et aux Canadiens de mieux collaborer, en toute solidarité, afin de construire l'avenir de notre pays. Merci!
Des voix : Bravo!