Déclarations de sénateurs
Haïti
21 novembre 2018
L’honorable Sénatrice Mary Coyle :
Je prends la parole aujourd’hui, après un séjour d’une semaine en Haïti, pour vous parler d’espoir plutôt que de désespoir. La source de mon espoir? La jeunesse haïtienne.
On peut lire dans le Miami Herald de lundi :
Au moment où Haïti commémorait le 215e anniversaire de sa bataille décisive contre les Français [...], dimanche, le pays poursuivait sa dégringolade [...]
La plupart des Canadiens savent qu’il y a eu un tremblement de terre dévastateur en 2010 en Haïti. Certains savent qu’Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques et l’un des plus inégalitaires de la planète. Certains savent qu’Haïti a été la proie, pendant des décennies, d’atteintes aux droits de la personne et de corruption sous les dictatures brutales des Duvalier. Jean-Claude Duvalier a dit : « C’est le destin du peuple haïtien de souffrir. »
Eh bien, à vrai dire, non, ce n’est pas son destin, et bien des jeunes Haïtiennes et Haïtiens en ont assez de la souffrance, de la corruption et des abus de pouvoir perpétués par les gouvernements subséquents, les gangs et d’autres délinquants.
Dimanche, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues d’Haïti pour dénoncer la corruption du gouvernement en lien avec les fonds PetroCaribe de Chavez. Il y avait beaucoup de jeunes — les petrochallengers — qui exigeaient que le gouvernement rende des comptes. Leur slogan, c’est « Ayiti Nou Vle A », ou l’Haïti que nous voulons!
Les jeunes leaders sont fiers de pouvoir dire qu’Haïti est le seul pays issu d’une révolte d’esclaves. Ils sont fiers que leurs ancêtres esclaves aient créé, en 1804, le premier pays indépendant d’Amérique latine et des Antilles.
La semaine dernière, la délégation canadienne, accompagnée de l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Frank McKenna, a rencontré des jeunes chefs de file haïtiens qui prônent l’amélioration de la situation d’Haïti et s’emploient eux-mêmes à faire changer les choses.
À Cité Soleil, un bidonville haïtien qualifié par les Nations Unies d’endroit le plus dangereux sur Terre, nous avons rencontré Garisnne Gamma Pierre, une jeune militante qui, avec d’autres membres du mouvement Konbit Solèy Leve, s’emploie à transformer sa communauté en mettant en place des initiatives de dépollution environnementale, d’éducation civique et d’entrepreneuriat, une station radio pour les jeunes, un prix communautaire pour la paix et une bibliothèque, que nous avons d’ailleurs visitée. Le mouvement Konbit Solèy Leve pratique le genre de leadership responsable dont il fait la promotion.
Gamma et ses compagnons de Solèy Leve sont rattachés à un réseau national de 2 000 jeunes formés et appuyés par le Centre Haïtien du Leadership et de l’Excellence, le CLE, un partenaire du Coady International Institute, un organisme canadien.
La ministre Bibeau, lors de son passage en Haïti en février, a souligné qu’il est important que les femmes fassent preuve de leadership. Gamma et ses compagnons exercent leur leadership pour améliorer leur communauté, notamment pour qu’elle présente une image de résilience et de créativité plutôt que de violence et de pauvreté.
Si Gamma et ses jeunes compatriotes peuvent transformer le style de leadership actuel du gros homme qui prend tout en un leadership transformateur axé sur l’aspect civique, Haïti deviendra ce que souhaitaient ses ancêtres esclaves révolutionnaires et le pays que les manifestants ont réclamé en fin de semaine.
Ce nouveau visage du leadership haïtien, incarné par Gamma, me donne de l’espoir.