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Le harcèlement et la violence sexuels dans les Forces armées canadiennes

Les Forces armées canadiennes n’en font pas assez pour comprendre et prévenir le harcèlement sexuel au sein de l’organisation

Recommandations

Recommandation 1
Sachant que la Directive et ordonnance administrative de la défense (DOAD) 9005-1 (Intervention en cas d’inconduite sexuelle) sera promulguée, le comité recommande que les DOAD 5012-0 (Prévention et résolution du harcèlement), 5019-1 (Relations personnelles et fraternisation), 5019-5 (Inconduite sexuelle et troubles sexuels) et 9005-1, ainsi que les politiques du Conseil du Trésor qui les concernent, soient examinées à la lumière des recommandations de la REE. Elles devraient être modifiées pour que certaines définitions, comme celle du harcèlement, de l’inconduite sexuelle et des relations personnelles préjudiciables, soient revues, et pour que les notions de consentement, d’environnement de travail hostile, de traumas sexuels militaires et d’obligation de signaler soient abordées; les révisions des DOAD devraient être rédigées en langage clair, dans la mesure du possible, et employer une terminologie conforme aux définitions du Code criminel du Canada, notamment de l’agression sexuelle.
En outre, toute la série des DOAD pertinentes (5012-0, 5019-1, 5019-5 et 9005-1) devrait être révisée en fonction des plus récentes dispositions législatives fédérales sur le harcèlement et la violence qui se produisent dans le cadre de l’emploi, la Loi modifiant le Code canadien du travail (harcèlement et violence), la Loi sur les relations de travail au Parlement, et la Loi no 1 d’exécution du budget de 2017, comme suit : « [Harcèlement] Tout acte, comportement ou propos, notamment de nature sexuelle, qui pourrait vraisemblablement offenser ou humilier un employé ou lui causer toute autre blessure ou maladie, physique ou psychologique, y compris tout acte, comportement ou propos réglementaire. » Les DOADs devraient continuer de viser le harcèlement en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne (c.-à-d. fondé sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial, la situation de famille, la déficience, l’état de personne graciée ou dont la suspension du casier judiciaire a été ordonnée). De plus, les politiques et les directives devraient clairement indiquer que les plaignants ont la possibilité de saisir la justice à l’extérieur du système militaire, s’ils le souhaitent.
Plus précisément, la DOAD 5012-0 devrait être redéfinie pour couvrir le harcèlement pouvant se produire à l’extérieur du milieu de travail pour les membres des FAC, compte tenu de la nature des organisations militaires, qui sont des « institutions totalitaires » où les militaires vivent, travaillent, s’entraînent et socialisent les uns avec les autres. La DOAD 5012-0 devrait également englober :

  • le harcèlement sexuel au moyen de divers types de médias sociaux;
  • des exemples de comportement qui, sans être exhaustifs, aideront à comprendre ce qui constitue un harcèlement sexuel interdit, notamment :
    • la tenue de propos dénigrants faisant référence à des parties du corps;
    • les invitations ou demandes importunes de nature sexuelle;
    • les attouchements ou tapotements non nécessaires;
    • les regards lubriques jetés sur le corps d’une personne;
    • les insinuations ou railleries importunes et réitérées au sujet du corps, de l’apparence ou de l’orientation sexuelle d’une personne;
    • les propos suggestifs ou d’autres formes d’agression verbale de nature sexuelle;
    • l’affichage de propos ou d’images dégradants ou offensants de nature sexuelle.

Recommandation 2
Que le mandat et les ressources du Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle (CIIS) soient revus afin qu’il réponde mieux aux besoins des individus qui y demandent du soutien et qu’un mécanisme externe soit mis en place pour mesurer l’efficacité du Centre.

Recommandation 3
Que le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle fournisse le plus d’information possible à sa clientèle sur les différents mécanismes de plainte ainsi que sur les avantages et les désavantages du système de justice militaire et du système de justice civil. On devrait offrir aux personnes qui portent plainte, que ce soit dans le système de justice militaire ou dans le système de justice civile, un soutien juridique et thérapeutique par l’entremise de fournisseurs de services civils qualifiés du CIIS – ou un financement suffisant des FAC pour que les plaignantes et plaignants retiennent leurs propres services juridiques et thérapeutiques pendant au moins un an, avec l’option de présenter une demande de prolongation. Dans tous les cas, les FAC devraient fournir assez de financement pour éponger les frais de déplacement ou autres que les victimes et leurs témoins doivent assumer en ce qui a trait à la résolution de leur plainte.

 

Recommandation 4
Que les FAC et le ministère de la Défense nationale (MDN) mettent en place des politiques et des pratiques fondées sur des données probantes pour s’assurer que tous les membres des FAC, les anciens membres des FAC et les civils qui travaillent pour l’une ou l’autre des organisations qui ont fait l’objet d’une inconduite sexuelle ou qui en ont subi les effets obtiennent le soutien médical, psychologique, social, juridique et financier nécessaire pour guérir du traumatisme sexuel dans l’armée, peu importe la forme. Les programmes de soutien qui encadrent ces politiques doivent être conçus spécialement pour les victimes de traumatismes sexuels et combler les besoins cliniques individuels des membres qui utilisent ces programmes, tout en faisant preuve de sensibilité à l’égard du genre et en agissant avec compétence sur le plan culturel. Les conjoints ou conjointes des militaires et leurs enfants qui ont subi les effets d’une inconduite sexuelle devraient obtenir le même niveau de soutien. Les politiques et programmes doivent prendre en considération les besoins de soutien particuliers des membres des FAC qui sont célibataires, et les besoins des membres déployés ou en mission. À l’appui de cette recommandation, le chapitre 34 d’Ordonnances et règlements royaux applicables aux Forces canadiennes, Volume I, devrait être modifié pour s’assurer que tous les personnes nommées ci-haut ont les droits appropriés et adéquats pour les soins.
Pour être efficaces dans l’atteinte des résultats escomptés, le Chef d’état-major de la défense (CEMD) devrait utiliser l’expertise disponible au sein du groupe consultatif récemment établi par les FAC, en allouant davantage de personnel de soutien et de financement, y compris le versement d’allocations. Le groupe consultatif devrait avoir un mandat renouvelable de cinq ans, ce qui lui permettrait de consacrer une partie de son temps et de son expertise à l’examen des résumés de toutes les enquêtes sur n’importe quelle forme de traumatisme sexuel dans l’armée (en indiquant le sexe ou le genre, mais en retirant les autres détails d’identification) pour que ce groupe consultatif puisse évaluer les résultats, cerner les aspects préoccupants et faire des recommandations dans le but d’améliorer le traitement de ces plaintes. Ces conseillers n’auraient pas le pouvoir d’appliquer les lois et règlements, mais leurs conseils seraient transmis au CEMD ou au Vice-chef d’état-major de la défense (VCEMD) au cours de la période initiale de cinq ans du mandat, et on informerait tous les officiers assumant des responsabilités de gestion, dans n’importe quel secteur de la chaîne de commandement, des domaines où on leur demande de mettre en œuvre des améliorations, et ce, dans un délai déterminé. Ainsi, le CEMD ou le VCEMD pourrait préparer des rapports annuels publics précis à l’intention du ministre de la Défense nationale sur les mesures à prendre, le cas échéant, afin de donner suite aux constatations et aux recommandations du groupe consultatif. Un examen de l'efficacité devrait être effectué après les cinq premières années.

Recommandation 5
Que le MDN/FAC emploie des psychologues cliniques en uniforme ou des professionnels de la santé ayant des compétences équivalentes en matière de rétablissement après un traumatisme à caractère sexuel et qu’ils soient mis à la disposition de tous les membres, anciens ou actuels, des FAC. Les membres des FAC doivent avoir accès à des psychologues ou à d’autres professionnels médicaux qui ont reçu la formation nécessaire sur la façon d’aider les victimes d’inconduite sexuelle en déploiement ou en mission.

Recommandation 6
Que le gouvernement revoie les lois, règlements et politiques qui font que les membres actifs et les anciens membres des FAC ayant fait l’objet d’une inconduite sexuelle n’ont accès qu’à très peu d’information, voire aucune, au sujet des conclusions des examens administratifs qui ont été enclenchés par le dépôt d’une plainte à la suite d’une inconduite sexuelle.

Recommandation 7
Qu’il y ait une meilleure reddition de comptes et une surveillance accrue des engagements pris dans le cadre de l’opération HONOUR, notamment par le biais de la diffusion plus fréquente de rapports documentant les progrès effectués, incluant en respectant l’engagement de produire des rapports trimestriels. Qu’un comité externe indépendant soit aussi mis sur pied afin d’évaluer l’efficacité des mesures mises en place dans le cadre de l’opération HONOUR, étant donné que le CIIS ne saurait être considéré comme une entité externe. Une possibilité serait de donner des pouvoirs de surveillance au nouveau Conseil consultatif externe.

Recommandation 8
Que le MDN/FAC recueille et dissémine mieux les données sur les CSDI au sein de ces organisations, notamment sur la façon dont les minorités visibles, les membres de la communauté LGBTQ2 (lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queers et bispirituels) et d’autres groupes désignés sont touchés par des comportements sexuels dommageables et inappropriés (CSDI). Le CIIS pourrait jouer un rôle en ce qui concerne la collecte centralisée de données.

Communiqué

Ottawa – Le plus récent rapport du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense a conclu que les Forces armées canadiennes n’en font pas assez pour comprendre et prévenir l’inconduite sexuelle au sein de son organisation, et pour y remédier.

Le comité a consacré une période de six mois à étudier les comportements sexuels dommageables et inappropriés dans les Forces armées canadiennes (FAC) et l’incidence des changements apportés depuis 2015. Il publie ses constatations dans un rapport intitulé Le harcèlement et la violence sexuels dans les Forces armées canadiennes.

Après s’être entretenu avec 15 témoins et avoir examiné l’information publiquement accessible, le comité a appris que les tentatives déployées récemment pour traiter le problème sont inadéquates.

En 2014, les magazines Maclean’s et L’actualité ont révélé que des agressions sexuelles au sein des FAC sont commises environ cinq fois par jour. En réponse, les FAC ont retenu les services de l’honorable Marie Deschamps, une ancienne juge de la Cour suprême, pour se pencher sur les politiques et les pratiques des FAC liées aux agressions sexuelles et au harcèlement sexuel.

Le rapport de la juge Deschamps a incité les FAC à lancer l’Opération HONOUR en 2015, qui visait à enrayer le comportement sexuel dommageable et inapproprié au sein de l’organisation militaire, et a mis en place le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle.

Le comité constate que même si cette opération répond à certaines des préoccupations soulevées dans le rapport de la juge Deschamps et dans les médias à l’époque, elle ne va pas assez loin et ne vient pas suffisamment en aide aux personnes qu’elle était censée protéger.

Parmi les recommandations du comité figurent des changements fondamentaux : veiller à ce qu’il soit clair que les plaignants peuvent poursuivre leur affaire à l’extérieur du système militaire s’ils choisissent de le faire; attribuer des ressources et des fonds suffisants pour le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle afin qu’il puisse adéquatement aider les plaignants; et assurer que les FAC fournissent un soutien médical, psychologique, social, juridique et financier à tous les membres, anciens membres et personnel civil du MDN qui sont victimes d’inconduite sexuelle dans leur « milieu de travail » (étant entendu que les organisations militaires sont des « institutions totales » où les membres vivent, travaillent, s’entrainent et socialisent ensemble).

Des mesures immédiates et déterminantes doivent être prises pour éviter d’autres cas de traumatismes sexuels militaires ainsi que l’érosion de la capacité des FAC de recruter et de maintenir en poste des Canadiens qualifiés en offrant un environnement de travail sécuritaire et des perspectives de carrière satisfaisantes.

Faits en bref

• Le comité effectue huit recommandations au gouvernement fédéral, demandant des changements aux politiques des FAC, des mesures de soutien pour les victimes (incluant l’aide à naviguer le système de justice civil ou militaire), et des mécanismes de contrôle et de responsabilisation pour les engagements de l’Opération HONOUR.

• Bien que les résultats de l’enquête de Statistiques Canada de 2018 sur l’inconduite sexuelle dans les FAC seront publiés le 22 mai 2019, l’enquête menée en 2016 a révélé que parmi les membres de la Force régulière, 27,3 % des femmes et 3,8 % des hommes ont été victimes d’agressions sexuelles à au moins une reprise depuis qu’ils se sont joints aux FAC.

• La même enquête a dévoilé que dans les 12 mois précédant leur participation à l’enquête, environ quatre sur cinq membres de la Force régulière (79 %) ont entendu parler d’un comportement sexualisé ou ont été personnellement ciblés par un tel comportement.

Citations

« Il est plus que temps d’agir. Le gouvernement est tenu de veiller à ce que tous les lieux de travail – notamment ceux des Forces armées canadiennes – soient sécuritaires pour chaque Canadienne et chaque Canadien. Bien que certaines mesures aient été prises en 2015, le gouvernement doit faire davantage pour remédier à cette situation. »

- Sénatrice Gwen Boniface, présidente du comité

« Les expériences éprouvantes des victimes ont été mises en lumière par les témoignages des témoins. Ce que notre comité a réalisé, c’est que des mesures concrètes doivent être prises pour protéger les survivants lorsque ces types d’agressions surviennent.

- Sénateur Jean-Guy Dagenais, vice-président du comité

« Chaque personne qui risque sa vie pour défendre ce pays mérite notre respect absolu. Personne ne devrait faire l’objet de harcèlement de tout genre au travail, surtout pas nos héroïques soldats en uniforme. »

- Sénatrice Mobina S.B. Jaffer, vice-présidente du comité

 

Liens connexes

• Lisez le rapport Le harcèlement et la violence sexuels dans les Forces armées canadiennes.
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• Abonnez-vous au Bulletin électronique du Sénat.


Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec :

Sonia Noreau
Agente, Relations publiques
Direction des communications | Sénat du Canada
613-614-1180 | sonia.noreau@sen.parl.gc.ca

 

 

Les sénateurs qui ont participé à cette étude

Gwen Boniface

Gwen Boniface
GSI - Ontario

Jean-Guy Dagenais

Jean-Guy Dagenais
GSC - Québec (Victoria)

Mobina S. B. Jaffer

Mobina S. B. Jaffer
GSI - Colombie-Britannique

Pierre-Hugues Boisvenu

Pierre-Hugues Boisvenu
C - Québec (La Salle)

Marc Gold, c.p.

Marc Gold, c.p.
Non affilié(e) - Québec (Stadacona)

Diane F. Griffin

Diane F. Griffin
GSC - Île-du-Prince-Édouard

Paul E. McIntyre

Paul E. McIntyre
C - Nouveau-Brunswick

Marilou McPhedran

Marilou McPhedran
Non affilié(e) - Manitoba

Victor Oh

Victor Oh
C - Ontario (Ontario)

Donald Neil Plett

Donald Neil Plett
C - Manitoba (Landmark)

André Pratte

André Pratte
GSI - Québec (De Salaberry)

David Richards

David Richards
C - Nouveau-Brunswick

Membres d’office du comité : Peter Harder, C.P. (ou Diane Bellemare, ou Grant Mitchell), Larry W. Smith (ou Yonah Martin), Joseph A. Day (ou Terry M. Mercer), Yuen Pau Woo (ou Raymonde Saint-Germain)

Autres sénateurs ayant participé à l’étude : Wanda Elaine Thomas Bernard, Norman E. Doyle

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