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Les projets de loi budgétaires omnibus : Un enjeu croissant

Un rapport du Comité sénatorial des finances nationales exhorte les sénateurs à s’opposer aux projets de loi d’exécution du budget qui intègrent des mesures non financières et limitent un examen adéquat. Il recommande de scinder ces projets de loi, d’utiliser davantage les outils procéduraux et d’encourager la présentation de mesures distinctes afin d’assurer un examen rigoureux.

Résumé

Les lois d’exécution du budget (LEB) ont pris beaucoup d’ampleur depuis les années 1990, et regroupent de plus en plus les mesures non financières avec les dispositions financières fondamentales. En raison de cette évolution, il est devenu plus difficile pour le Sénat d’exercer sa fonction d’examen et de servir les Canadiens en toute efficacité, en particulier compte tenu de la convention selon laquelle il n’amende pas la législation financière ou qu’il hésite à le faire.

Il est regrettable que les LEB, autrefois succinctes et axées sur les mesures financières, soient devenues des projets de loi de plus en plus longs et complexes qui regroupent des mesures non financières diverses, et parfois controversées, afin d’accélérer leur adoption, une pratique qui porte atteinte à la capacité du Parlement, ainsi qu’à la possibilité pour les Canadiens, d’examiner ces mesures de manière approfondie, comme elles le méritent.

Le présent rapport examine les pratiques en vigueur au Sénat, les contraintes institutionnelles et les options permettant d’améliorer son examen des mesures non financières dans les LEB sans retarder l’adoption par le Parlement des mesures financières essentielles.

Le Sénat est grandement dépendant des études préalables pour effectuer son examen des LEB, mais celles-ci sont restreintes par des échéances serrées liées au calendrier des travaux législatifs du gouvernement. Des témoignages d’experts et des précédents en matière de procédure confirment que le Sénat dispose d’outils — dont les études préalables en amont, la division des projets de loi et l’effet de levier institutionnel — qui pourraient être appliqués de manière plus systématique.

Le comité a aussi entendu des arguments probants en faveur du renforcement de la coordination entre les institutions. Le rétablissement du leader du gouvernement au Sénat au sein du Cabinet pourrait améliorer la communication, améliorer la planification des travaux législatifs et donner au Sénat davantage voix au chapitre dans la fixation d’échéances réalistes pour l’examen des LEB.

En outre, le comité estime que le gouvernement devrait rendre l’examen parlementaire plus efficace en présentant deux projets de loi distincts : un pour les mesures financières et un autre pour les mesures non financières. Cela permettrait d’adopter en temps opportun les postes budgétaires tout en permettant un examen plus rigoureux des autres dispositions.

Néanmoins, le Sénat conserve le pouvoir de scinder lui-même les projets de loi au besoin.

Prises ensemble, ces mesures aideraient le Sénat à jouer son rôle de Chambre de second examen objectif du Parlement, en garantissant que les mesures non financières fassent l’objet d’un examen approprié dans l’intérêt des Canadiens tout en permettant aux mesures financières de suivre leur cours sans retard injustifié.

Compte tenu de ce qui précède, le Comité sénatorial permanent des finances nationales formule les recommandations suivantes.

Recommandations

Recommandation 1

Que le Sénat fasse un usage plus systématique des outils procéduraux à sa disposition — notamment en officialisant le recours aux études préalables des LEB et, le cas échéant, en exerçant son pouvoir de scinder les projets de loi — tout en tirant davantage parti de son influence institutionnelle pour influencer le calendrier des travaux législatifs du gouvernement. L’utilisation coordonnée de ces approches inciterait le gouvernement à présenter plus tôt ses projets de loi et favoriserait une plus grande collaboration quant à la séparation des mesures financières et non financières, tout en renforçant la surveillance parlementaire des lois d’exécution du budget de plus en plus complexes.


Recommandation 2

Que, dans un esprit de collaboration avec le gouvernement, le Sénat adopte une motion demandant au gouvernement du Canada de présenter deux projets de loi distincts sur l’exécution du budget — l’un portant sur les mesures financières et l’autre sur les mesures non financières — afin d’améliorer l’examen parlementaire. Le fait de séparer ces éléments permettrait aux mesures financières d’être mises en œuvre en temps voulu, tout en garantissant que les dispositions non financières fassent l’objet de l’examen approfondi et indépendant qu’elles requièrent. Le comité souligne que le Sénat conserve néanmoins le pouvoir de scinder un projet de loi si les circonstances l’exigent.


Recommandation 3

Que le Sénat adopte une motion demandant au gouvernement du Canada de nommer le leader du gouvernement au Sénat au Cabinet, rétablissant ainsi une pratique qui permettait auparavant au leader du gouvernement au Sénat d’influencer les échéanciers des travaux législatifs en fixant des dates butoirs claires pour les projets de loi et de renforcer la coordination entre le Sénat et le gouvernement.

Communiqué

Ottawa – Les sénateurs devraient réagir contre les projets de loi d’exécution du budget qui nuisent à l’examen parlementaire en raison des mesures non financières qui y sont discrètement intégrées, selon un rapport publié par le Comité sénatorial des finances nationales le mardi 24 mars 2026.

Il est devenu courant à la Chambre des communes de glisser des lois non pertinentes dans les projets de loi d’exécution du budget. Pressés d’adopter rapidement ces projets de loi par les contraintes de temps, les sénateurs ont rarement l’occasion d’étudier les mesures non financières avec tout le soin nécessaire.

Par exemple, le projet de loi C-15, Loi no 1 d’exécution du budget de 2025, que le Sénat a reçu le 26 février 2026, édicte la Loi sur le réseau ferroviaire à grande vitesse, qui vise à accélérer la mise en place d’une voie ferrée pour trains à grande vitesse et qui comporte un processus d’expropriation. Ces changements pourraient avoir d’énormes conséquences pour des familles canadiennes et méritent d’être étudiés séparément.

Le Sénat a le pouvoir de s’affirmer. Les sénateurs ont la possibilité de voter pour que le projet de loi soit scindé en plusieurs parties pouvant être examinées séparément. Ils peuvent aussi recourir davantage aux études préalables pour s’assurer que chaque mesure d’importance contenue dans les projets de loi surchargés fasse l’objet d’un examen adéquat.

Dans son rapport, le comité recommande que le Sénat fasse un usage plus systématique des outils procéduraux à sa disposition. Il recommande aussi que le Sénat invite le gouvernement à présenter deux projets de loi distincts sur l’exécution du budget, l’un portant sur les mesures financières et l’autre sur les mesures non financières.

En tant que Chambre de second examen objectif, le Sénat a le devoir d’examiner les projets de loi en tenant compte des intérêts des Canadiens. Le Sénat doit s’élever contre les pratiques parlementaires abusives.

Faits en bref

Citations

« Le gouvernement est libre de structurer ses projets de loi comme il l’entend. Toutefois, lorsqu’il choisit de regrouper un grand nombre de mesures dans un même projet de loi omnibus, il incombe au Sénat d’utiliser pleinement les outils parlementaires à sa disposition afin d’en assurer un examen rigoureux et éclairé. »

– Le sénateur Claude Carignan, C.P., président du comité

« Le Sénat est un maillon essentiel du processus législatif. Les sénateurs font valoir les intérêts des régions et des groupes traditionnellement sous-représentés à la Chambre des communes. La tendance à produire des projets de loi d’exécution du budget démesurément longs et complexes est une pratique non parlementaire qu’il faut renverser. »

– Le sénateur Éric Forest, vice-président du comité

« Je demande depuis longtemps une réforme des pratiques liées aux projets de loi d’exécution du budget. Notre travail consiste à représenter les intérêts des Canadiens durant l’étude des projets de loi, mais nous ne pouvons pas le faire efficacement quand on nous demande d’examiner des projets de loi démesurés en peu de temps. »

– Le sénateur Scott Tannas, membre du comité

Liens connexes

Pour plus de renseignements :

Monica Granados
Agente de communications | Sénat du Canada
343-550-5448 | monica.granados@sen.parl.gc.ca

Sénateurs qui ont participé à cette étude

Claude Carignan, c.p.

Claude Carignan, c.p.
C - Québec (Mille Isles)

Éric Forest

Éric Forest
GSI - Québec (Golfe)

Andrew Cardozo

Andrew Cardozo
GPS - Ontario

Pierre J. Dalphond

Pierre J. Dalphond
GSI - Québec (De Lorimier)

Rosa Galvez

Rosa Galvez
GSI - Québec (Bedford)

Clément Gignac

Clément Gignac
GSC - Québec (Kennebec)

Martine Hébert

Martine Hébert
GSI - Québec (Victoria)

Joan Kingston

Joan Kingston
GSI - Nouveau-Brunswick

Jane MacAdam

Jane MacAdam
GSI - Île-du-Prince-Édouard

Elizabeth Marshall

Elizabeth Marshall
C - Terre-Neuve-et-Labrador

Krista Ross

Krista Ross
GSC - Nouveau-Brunswick

Membres d’office du comité : l’honorable Pierre Moreau (ou Patti LaBoucane-Benson), l’honorable Leo Housakos (ou Yonah Martin), l’honorable Lucie Moncion (ou Joan Kingston), l’honorable Flordeliz (Gigi) Osler (ou Robert Black), l’honorable Brian Francis (ou Judy A. White)

Autres sénateurs ayant participé à l’étude : l’honorable René Cormier, l’honorable Daryl S. Fridhandler, l’honorable Patti LaBoucane-Benson, l’honorable Tony Loffreda, l’honorable Julie Miville-Dechêne, l’honorable Kim Pate, l’honorable Paulette Senior, l’honorable Larry W. Smith, l’honorable Scott Tannas

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