Rapport
Faits saillants
Au Canada, les responsabilités en matière de santé et de langue sont partagées. Les attentes sont élevées à l’égard du gouvernement fédéral afin qu’il agisse comme chef de file pour protéger les droits linguistiques de la population canadienne en matière de santé. Dans le contexte où les différents paliers de gouvernement travaillent à bâtir un Canada plus fort, chaque Canadienne et Canadien devrait pouvoir bénéficier de services de santé dans la langue officielle de son choix.
Dans ce rapport, le Comité sénatorial permanent des langues officielles présente les résultats de 18 mois d’audiences publiques ayant porté sur le thème de l’accès aux services de santé dans la langue de la minorité. Au total, ce sont 121 témoins et 36 soumissions écrites qui ont alimenté les 14 recommandations du Comité sénatorial. Celles-ci ont pour objectif de faire tomber les barrières linguistiques en santé.
Ce rapport s’adresse à divers ministres fédéraux ainsi qu’à leurs partenaires en vue d’assurer des soins de qualité, sécuritaires et équitables. Il prône le respect du droit des utilisateurs du système de santé à recevoir des services dans une langue qu’ils comprennent et dans laquelle ils souhaitent être compris. De cette manière, les résultats en santé s’en trouveraient inévitablement améliorés.
Le Comité sénatorial constate dans son rapport que les iniquités en santé ont un coût pour lequel les communautés de langue officielle en situation minoritaire payent trop souvent le prix. Le manque de planification sur l’ensemble du continuum de soins et de services de santé explique en partie ces piètres résultats. Pourtant, le gouvernement fédéral peut donner l’exemple afin d’offrir une gamme complète de services dans la langue officielle de son choix dans tous les milieux de soins et à toutes les étapes de la vie. Évidemment, la collaboration avec l’ensemble de ses partenaires demeure essentielle.
Le Comité sénatorial demande au gouvernement fédéral de revoir certaines de ses lois ou pratiques, afin de mieux aligner les besoins, l’offre de services et les capacités disponibles. L’insertion d’objectifs linguistiques à même la loi fédérale sur la santé fait partie des solutions à envisager. L’adoption d’un cadre réglementaire privilégiant une définition claire des exigences de consultation des communautés de langue officielle en situation minoritaire et des clauses linguistiques est une autre solution à privilégier.
Le Comité sénatorial suggère que la prochaine stratégie pangouvernementale en matière de langues officielles bonifie l’appui aux organismes communautaires et aux établissements postsecondaires de la minorité. Il faut combiner à ces engagements des mécanismes favorisant un financement stable et pluriannuel. De plus, il y a lieu de cibler les secteurs où les besoins sont les plus critiques, afin de favoriser de meilleurs résultats en santé pour les communautés de langue officielle minoritaire. Cela suppose des efforts accrus pour tenir compte des besoins de main-d’œuvre bilingue en santé, y compris le développement d’une passerelle accélérée pour les travailleuses et travailleurs de la santé francophones et bilingues.
Le Comité sénatorial est d’avis que l’adoption par les institutions fédérales d’une lentille linguistique adaptée aux besoins de ces communautés favoriserait de meilleurs résultats. De plus, la promotion de normes linguistiques nationales auprès de tous les partenaires apparaît nécessaire. Ces actions doivent s’accompagner de recherches à jour sur les communautés. Celles-ci doivent intégrer des variables linguistiques dans la collecte de données selon une approche intersectionnelle qui répond aux besoins des communautés vulnérables. Ces façons de faire inciteront à l’adoption de meilleures pratiques. Plus ces pratiques seront systématiques et partagées, plus les services de santé à la population minoritaire s’amélioreront, ce qui aura des effets positifs sur l’état de santé de celle-ci.
Le Comité sénatorial préconise l’implantation de pratiques exemplaires de concordance linguistique et d’offre active de services dans les deux langues officielles. L’identification linguistique des patients, l’identification des ressources et des services bilingues, la formation linguistique des professionnels de la santé et l’interprétation professionnelle sont quelques-uns des exemples cités durant les audiences publiques. Le gouvernement fédéral doit s’en inspirer. L’intégration de ces pratiques dans tout le système de santé canadien ne pourra se faire qu’avec les ressources nécessaires. Ainsi, il faut non seulement recruter et retenir des professionnels bilingues, mais aussi les identifier afin de faciliter l’accès aux services disponibles.
Par ailleurs, le Comité sénatorial encourage le gouvernement fédéral et ses partenaires à prendre en compte les besoins linguistiques de la population dans les stratégies de déploiement des nouvelles technologies et dans les pratiques de privatisation des soins de santé. Dans tous les cas, l’offre active de services de qualité égale dans les deux langues officielles et la consultation avec les communautés de langue officielle en situation minoritaire doit être encouragée.
En somme, une planification rigoureuse, stratégique et systématique des services de santé dans la langue de la minorité est l’idéal à atteindre. Mais elle n’est possible qu’avec la collaboration de tous les partenaires en santé concernés. Le Comité sénatorial demande au gouvernement fédéral d’envoyer un message clair et sans équivoque sur l’importance de garantir à chaque Canadienne et Canadien l’accès à des services de santé dans la langue officielle de son choix.
Recommandations
Revoir la Loi canadienne sur la santé
Recommandation 1
Que le gouvernement fédéral revoie la Loi canadienne sur la santé afin que les investissements fédéraux en santé respectent les principes de la Loi sur les langues officielles et appuient formellement les services de santé destinés aux communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Définir les clauses linguistiques
Recommandation 2
Que le président du Conseil du Trésor inclue dans le règlement fixant les modalités d’exécution de la partie VII de la Loi sur les langues officielles une définition claire des clauses linguistiques. Celles-ci doivent inclure des obligations en matière :
- de consultation des communautés;
- de collecte de données à leur égard;
- d’identification des résultats à atteindre;
- de surveillance de leur mise en œuvre;
- de transparence;
- de reddition de compte.
Recommandation 3
Que le président du Conseil du Trésor travaille en collaboration avec la ministre de la Santé pour inscrire ces clauses linguistiques dans tous les accords bilatéraux en santé lors de la prochaine ronde de négociation avec les provinces et les territoires.
Bonifier le financement direct aux organismes communautaires
Recommandation 4
Que le ministre responsable des Langues officielles bonifie l’appui aux organismes communautaires dans sa prochaine stratégie pangouvernementale en matière de langues officielles, avec des mécanismes de financement stables et pluriannuels qui encourageront la collaboration entre les organismes et avec tous les partenaires en santé.
Bonifier le financement direct aux établissements postsecondaires
Recommandation 5
Que le ministre responsable des Langues officielles bonifie l’appui aux établissements postsecondaires de la minorité dans sa prochaine stratégie pangouvernementale en matière de langues officielles, avec des mesures développées en consultation avec eux et en collaboration avec les provinces, les territoires, les ordres professionnels et les organismes d’accréditation qui cibleront :
- le maintien à long terme des programmes en place;
- le développement de nouveaux programmes de formation en santé dans les secteurs en demande;
- le développement d’une stratégie pancanadienne de formation linguistique destinée aux professionnels d’ici et de l’étranger;
- la réduction des barrières linguistiques d’accès à la profession;
- la réduction des barrières linguistiques de transition vers le marché du travail.
Attirer de la main-d’œuvre bilingue
Recommandation 6
Que la ministre de l’Emploi et des Familles travaille en collaboration avec la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté et le ministre responsable des Langues officielles pour que les efforts de reconnaissance des titres de compétence étrangers tiennent compte des besoins de main-d’œuvre bilingue en santé des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Que dans le cadre de la prochaine stratégie pangouvernementale en matière de langues officielles, le gouvernement fédéral développe une passerelle accélérée pour les travailleuses et travailleurs de la santé francophones et bilingues.
Appuyer le continuum de soins et de services de santé dans la langue de la minorité
Recommandation 7
Que toutes les institutions fédérales incluent une lentille linguistique adaptée aux besoins des communautés de langue officielle en situation minoritaire dans toute leur diversité, y compris ceux des communautés vulnérables, lorsqu’elles élaborent leurs programmes, politiques et initiatives en santé.
Recommandation 8
Que la ministre de la Santé appuie la mise en œuvre de la norme « accès aux services de santé et aux services sociaux dans les langues officielles » auprès de tous les partenaires en santé dans tout le continuum de soins et de services de santé.
Accélérer la collecte de données linguistiques et le partage de données désagrégées
Recommandation 9
Que Santé Canada, Statistique Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé travaillent en collaboration avec tous les partenaires en santé pour intégrer des variables linguistiques dans les bases de données concernant :
- l’état de santé de la population;
- l’offre ou la demande de services de santé;
- la main-d’œuvre en santé.
Que ces données soient partagées à grande échelle, notamment pour éclairer les décideurs des institutions fédérales dans la prise de mesures positives visant la santé des communautés de langue officielle en situation minoritaire ainsi que pour appuyer la prise de décision des autres partenaires en santé.
Appuyer la recherche et les analyses intersectionnelles
Recommandation 10
Que les Instituts de recherche en santé du Canada, avec l’aide de Patrimoine canadien et d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada et en consultation avec les communautés de langue officielle en situation minoritaire :
- développent et appliquent systématiquement une lentille linguistique aux recherches en santé;
- incitent la communauté des chercheurs, dans le cadre des projets en santé financés par le gouvernement fédéral, à mesurer l’impact linguistique dans leurs recherches;
- appuient les chaires de recherche existantes consacrées à la santé des communautés de langue officielle en situation minoritaire et considèrent en créer de nouvelles pour répondre aux besoins des communautés vulnérables.
Que les institutions fédérales appuient de manière ciblée la recherche sur la santé de ces communautés dans toute leur diversité et qu’elles identifient les moyens à prendre pour répondre à leurs besoins différenciés en santé.
Soutenir les mesures de concordance linguistique en collaboration avec tous les partenaires
Recommandation 11
Que le gouvernement fédéral s’assure que tous les partenaires en santé appliquent des pratiques exemplaires de concordance linguistique, comme l’identification linguistique des patients, l’identification des ressources et des services bilingues, la formation linguistique des professionnels de la santé et l’interprétation professionnelle, tout en offrant les ressources humaines, financières et matérielles nécessaires pour en assurer l’intégration dans tout le système de santé canadien.
Viser une pratique normalisée de l’offre active
Recommandation 12
Que le gouvernement fédéral s’assure que tous les partenaires en santé appliquent des pratiques exemplaires en matière d’offre active, tout en offrant les ressources humaines, financières et matérielles nécessaires pour en assurer l’intégration dans tout le système de santé canadien.
Assurer la prise en compte des langues officielles dans les nouvelles pratiques
Recommandation 13
Que le gouvernement fédéral développe, en collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, une stratégie pancanadienne pour l’offre de services de télémédecine, de services numériques et de soins virtuels dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire et qu’il prenne en compte les besoins de ces dernières dans le déploiement des outils d’intelligence artificielle en santé.
Recommandation 14
Que le gouvernement fédéral s’assure que les gouvernements provinciaux et territoriaux appliquent les normes applicables aux entreprises privées qui agissent pour le compte d’établissements publics de santé en matière :
- d’offre active de services de qualité égale dans les deux langues officielles;
- de consultation des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Ottawa – La population canadienne qui ne peut accéder à des services de santé dans la langue officielle de son choix risque de subir des répercussions négatives sur sa santé, selon un rapport du Comité sénatorial des langues officielles.
La toute première étude approfondie du comité sur le secteur de la santé examine les obstacles liés à la prestation de services de santé dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Ces obstacles comprennent : une pénurie de professionnels de la santé bilingues; une absence de normes linguistiques nationales auprès de tous les partenaires de santé; un manque de données sur les communautés linguistiques en situation minoritaire; et un manque de planification dans tout le continuum des services de santé.
Sur une période de 18 mois, le comité a entendu de nombreux témoignages sur la façon dont les barrières linguistiques peuvent avoir un effet sur la qualité, la sécurité et l’équité des soins offerts aux patients. Le rapport présente 14 recommandations visant à garantir à chaque Canadien et Canadienne l’accès à des services de santé dans la langue officielle de son choix. Ces recommandations sont notamment : inscrire des clauses linguistiques dans les accords bilatéraux en matière de santé; augmenter le financement offert aux organismes communautaires et aux établissements postsecondaires; accélérer le processus d’immigration pour les travailleurs de la santé francophones et bilingues tout en améliorant la reconnaissance des titres de compétence étrangers; donner la priorité aux besoins linguistiques lors du déploiement de nouvelles technologies; et, améliorer la collecte de données linguistiques.
Le comité exhorte le gouvernement fédéral à faire preuve de leadership pour garantir que l’ensemble de la population canadienne ait un accès équitable aux soins de santé dans la langue officielle de son choix.
En bref
- Le comité a entendu 121 témoins et reçu 36 soumissions au cours d’une période de 18 mois.
- Selon des consultations menées en 2022 par Santé Canada, les communautés anglophones et francophones en situation minoritaire ont des difficultés à accéder aux services de santé dans leur langue. Les soins primaires, les soins de longue durée, les soins à domicile et les soins de santé mentale figurent parmi les secteurs présentant les plus grands obstacles.
- Le secteur de la santé a été inscrit dans la Loi sur les langues officielles modernisée comme un secteur essentiel à l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
- L’Enquête sur la population de langue officielle en situation minoritaire, publiée par Statistique Canada en 2024, illustre les difficultés rencontrées par les adultes de langue anglaise au Québec et les adultes de langue française à l’extérieur du Québec en matière d’accès aux services de santé. Les mêmes difficultés ont été observées dans les témoignages entendus par le comité.
Citations
« Le système universel de soins de santé du Canada est un pilier du pays, mais plusieurs Canadiens et Canadiennes font face à d’importantes barrières quand vient le temps d’accéder à des services de santé dans la langue de leur choix. En vertu de la Loi sur les langues officielles modernisée, la population canadienne a le droit de s’attendre à ce que les institutions fédérales prennent des mesures positives concrètes pour faciliter et améliorer l’accès aux services de santé dans la langue officielle des patients, à travers tout le système de santé canadien. »
- Sénateur Allister Surette, président du comité
« Que ce soit chez le médecin, aux urgences ou dans un établissement de soins de longue durée, les patients vivant dans une province où des garanties linguistiques existent s’attendent, à juste titre, à recevoir des soins de santé dans la langue officielle de leur choix. Pourtant, ce n’est malheureusement pas la réalité de nombreuses personnes vivant en milieu minoritaire – et cela doit changer. »
- Sénatrice Rose-May Poirier, vice-présidente du comité
Liens connexes
- Lisez le rapport : Faire tomber les barrières linguistiques en santé : pour des soins et des services de santé de qualité, sécuritaires et équitables.
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Pour plus de renseignements :
Sabryna Lemieux
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343-598-3547 | Sabryna.Lemieux@sen.parl.gc.ca
Multimédia
Sénateurs qui ont participé à cette étude
Allister Surette
GSI - Nouvelle-Écosse
Rose-May Poirier
C - Nouveau-Brunswick (Saint-Louis-de-Kent)
René Cormier
GSI - Nouveau-Brunswick
Amina Gerba
GPS - Québec (Rigaud)
Lucie Moncion
GSI - Ontario
Rebecca Patterson
GSC - Ontario
Membres d’office du comité : l’honorable sénateur Pierre Moreau, c.p., ou l’honorable sénatrice Patti LaBoucane-Benson, l’honorable sénateur Leo Housakos ou l’honorable sénatrice Yonah Martin, l’honorable sénatrice Raymonde Saint-Germain ou l’honorable sénatrice Bernadette Clement, l’honorable sénateur Scott Tannas ou l’honorable sénatrice Rebecca Patterson, l’honorable sénateur Francis Brian ou l’honorable sénatrice Judy A. White
Autres sénatrices et sénateurs ayant participé à l’étude : l’honorable sénateur Réjean Aucoin, l’honorable sénatrice Michèle Audette, l’honorable sénateur Claude Carignan, c.p., l’honorable sénateur Jean-Guy Dagenais (à la retraite), l’honorable sénateur Pierre J. Dalphond, l’honorable sénatrice Raymonde Gagné, l’honorable sénateur Tony Loffreda, l’honorable sénatrice Marie-Françoise Mégie (à la retraite), l’honorable sénatrice Julie Miville-Dechêne, l’honorable sénateur Percy Mockler (à la retraite) et l’honorable sénatrice Suze Youance
