DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — L'honorable Mohammad Al Zaibak
Remerciements
11 juin 2026
Honorables sénateurs, merci à tous pour la gentillesse des hommages que vous m’avez rendus cet après-midi. Je me souviendrai toujours de vos bons mots. À vrai dire, je suis très ému par tant de chaleur, de gentillesse et de générosité. Merci à tous.
[Note de la rédaction : Le sénateur Al Zaibak s’exprime en arabe.]
Honorables sénateurs et chers amis, j’ai pris la parole à maintes reprises dans cette enceinte au cours des deux dernières années. J’avoue qu’aucune de ces interventions n’a été aussi difficile à écrire que celle-ci, parce qu’aujourd’hui, c’est la première fois que je dois faire mes adieux.
Comme je l’ai fait dans mon premier discours au Sénat, je dirai d’abord que la seule émotion qui me semble adaptée dans les circonstances est un sentiment de profonde humilité. Je ressens aussi une gratitude trop grande pour qu’elle puisse tenir dans une seule phrase.
Lors de mon assermentation le 6 février 2024, je tenais la Charte canadienne des droits et libertés dans mes mains pendant que je prononçais mon serment solennel.
Quelques semaines plus tard, le Sénat s’est plongé dans le débat sur le projet de loi C-62 au sujet de l’aide médicale à mourir, l’un des débats les plus introspectifs qu’un Parlement puisse tenir.
La force des arguments pour et contre, présentés par des orateurs admirés et chevronnés, en particulier des sénateurs ayant une solide réputation dans le domaine médical — notamment les docteurs Mohamed Ravalia, Rosemary Moodie, Stan Kutcher, Gigi Osler et Sharon Burey —, m’a donné l’impression d’être assis dans une classe universitaire pratiquant la méthode des cas dans toute sa splendeur. Ce fut une étude de cas dynamique, menée avec intelligence et indépendance, marquée par un véritable second examen objectif.
Alors que mon mandat au Sénat s’achève, nous avons été saisis du projet de loi C-9, qui vise à lutter contre la haine, et le projet de loi C-11, qui porte sur la modernisation du système de justice militaire — des débats tout aussi profonds. Ces deux séries de débats auront marqué le début et la fin de mon mandat. Entre les deux, j’ai eu l’impression de fréquenter la meilleure école de ma vie. Le mot qui me vient à l’esprit aujourd’hui n’est donc pas « retraite ». C’est « graduation ».
Avant d’aller plus loin, je tiens à mentionner les gens qui sont présents à la tribune, des gens sans qui je n’aurais aucune raison d’être reconnaissant pour quoi que ce soit. Najla est ma femme et partenaire de vie depuis plus de 45 ans. C’est aussi mon amie la plus proche. Tous les succès qui m’ont été attribués t’appartiennent à parts égales.
Tu étais à mes côtés lorsque nous avons quitté notre pays. Tu étais à mes côtés pendant que nous bâtissions une vie nouvelle au Canada. Tu étais à mes côtés — du moins en esprit — pendant toutes les longues journées et les longues soirées de travail ces deux dernières années.
Et tu es encore là à m’encourager alors qu’un autre chapitre tire à sa fin. J’espère que tu sais que tout ce que j’ai fait de bien dans ma vie, je l’ai fait avec toi et notre famille — et mes défunts parents — toujours à l’esprit. Merci, mon amour.
À notre fils, Omar, et à nos filles, Leen et Jana : vous voir devenir les personnes que vous êtes aujourd’hui a été le plus grand privilège de ma vie.
À nos gendres, Michael et Khaled, merci de l’amour que vous apportez à notre famille. À ma sœur, Mona, et à ma nièce, Lara, merci d’être ici au nom de notre famille élargie, et merci de votre amour indéfectible.
À nos petits-fils, Dean et Jude : vous êtes tous les deux bien trop jeunes pour vous intéresser à un discours au Sénat, et je ne vous en veux pas du tout. Vous lirez peut-être ces mots un jour et, si c’est le cas, j’espère que vous vous souviendrez que votre grand-père croyait au service, à l’humanité, à la communauté et à la patrie; et que la vie publique n’est pas une question de titres, mais de responsabilité et de contribution. J’espère que vous vous souviendrez que, de tous les titres que votre grand-père a reçus, celui qu’il chérissait le plus était « grand-papa », ou jeddo en arabe.
Je vous aime.
Chers collègues, je suis né et j’ai grandi au cœur de Damas, la ville la plus ancienne continuellement habitée au monde, dans le quartier de l’ancienne rue que la Bible appelle la droite. C’est là, durant mon enfance et ma jeunesse, que mes parents m’ont inspiré et m’ont appris à aimer et à respecter les autres. Ils m’ont enseigné un principe qui a guidé toute ma vie. Ils disaient : « E’mel khair wa irmi bil bahr », ce qui se traduit littéralement par « Accomplis de bonnes actions et jette-les à la mer ». En d’autres termes, donne sans condition ni attente de retour, et l’univers s’occupera du reste. Les récompenses viennent de manière inattendue.
J’ai emporté cette sagesse avec moi au Canada, et voici ce qui s’est produit : je suis tombé amoureux de ce pays et, à ma grande joie et pour mon plus grand bonheur, le Canada m’a rendu cet amour. Il a permis à un jeune entrepreneur immigrant de créer une entreprise, de fonder une famille et, après un certain temps, de siéger dans cette enceinte en tant que premier sénateur d’origine syro-arabe depuis la Confédération de 1867.
C’est une responsabilité que j’espère avoir bien assumée pour la communauté arabe canadienne, la communauté musulmane canadienne et ma province. J’espère aussi que j’aurai été le premier d’une longue lignée à jouer ce rôle, car c’est une communauté qui a encore beaucoup à offrir au Sénat et au Canada.
J’ai appris ici qu’être Canadien dépend non pas de l’endroit où l’on est né, mais de ce que l’on est prêt à construire ensemble.
Le monde arabe au sens large — 22 États et quelque 500 millions de personnes, du golfe Persique à l’Afrique du Nord, et jusque sur les rivages de l’Atlantique — est, pour le Canada, que j’adore, un partenaire stratégique naturel, qu’il s’agisse du commerce, des investissements ou des liens d’amitié.
Honorables collègues, je n’oublierai jamais le jour de mon entrée en fonction. C’est mon parrain, le sénateur Peter Boehm, qui m’a fait entrer dans cette enceinte. L’ancien sénateur Marc Gold m’y a accueilli, puis l’huissier du bâton noir, Greg Peters, m’a guidé avec grâce. Le greffier par intérim de l’époque, Gerry Lafrenière, m’a fait prêter serment. Enfin, la Présidente, la sénatrice Raymonde Gagné, m’a reçu comme sénateur.
Ce fut une journée mémorable.
Le même jour, j’ai prêté serment aux côtés de la sénatrice Paulette Senior, de la sénatrice Marnie McBean, mon vieil ami, le sénateur Toni Varone, et de ma voisine de banquette, la sénatrice Mary Robinson. La sénatrice Manuelle Oudar s’est jointe à nous deux jours plus tard.
J’ai été honoré de la présence du très honorable Joe Clark et de l’honorable Charles Sousa, qui est également ici aujourd’hui. Merci, Charles, d’être présent.
Plusieurs membres de la communauté arabe du Canada m’ont aussi fait l’honneur d’être là.
J’ai été accueilli à bras ouverts par les dirigeants de tous les groupes parlementaires présents au Sénat. Je me souviens des sénateurs Marc Gold, Jane Cordy, Scott Tannas, Yonah Martin et Raymonde Saint-Germain. Vos paroles m’ont fait chaud au cœur. Pour tout vous dire, vous m’avez fait me sentir chez moi.
Plusieurs petites attentions resteront gravées dans ma mémoire. Je pense par exemple à la sénatrice Michèle Audette et à sa bougie parfumée aux herbes, que je ne suis pas près d’oublier, mais aussi aux sénateurs Rob Black, Colin Deacon, Salma Ataullahjan, Amina Gerba, Mohamed Ravalia, Rebecca Patterson — j’en oublie sûrement —, qui ont été les premiers à venir me serrer la main et à me prendre dans leurs bras. Merci. Je me rappelle bien les visages familiers de mes anciennes amies, les sénatrices Ratna Omidvar et Mary Coyle; mais aussi des coups de pouce que m’ont offerts les sénateurs Woo et McPhedran. Merci à vous tous. Vous m’avez beaucoup aidé à trouver mes repères dans cet endroit fantastique.
Quelques semaines plus tard, le sénateur Andrew Cardozo a veillé sur moi pendant un événement moins agréable, mais cette histoire sera pour un autre jour.
Le sénateur Pierre Dalphond m’a donné un cours intensif de cinq heures sur l’essence constitutionnelle de notre assemblée, et la sénatrice Raymonde Saint-Germain est devenue mon amie.
Je compte ces amitiés parmi les plus beaux cadeaux que m’aura faits le Sénat.
Chers collègues, je croyais bien connaître le Sénat avant d’arriver ici, mais j’ai vite constaté que le peu que j’en savais n’était que la pointe de l’iceberg. En à peine une semaine, les séances d’orientation m’avaient guéri de ma vanité.
Si j’ai une chose dont je pourrais me plaindre concernant mon passage ici, c’est à quel point il aura été bref. J’aurais tellement souhaité avoir quelques années de moins pour que je puisse encore être utile à mes collègues et à notre estimable assemblée. Si le bref chapitre de ma vie qui s’est écrit ici devait avoir un seul thème, ce serait : je suis celui qui bâtit des ponts, physiquement, culturellement et métaphoriquement.
J’ai passé ma vie professionnelle à rapprocher ce qui était éloigné. Avant d’arriver au Canada, j’ai mis sur pied l’entreprise conjointe internationale qui a bâti la chaussée du roi Fahd, qui relie Bahreïn et l’Arabie saoudite. Une fois ici, j’ai cofondé le partenariat public-privé dont mes collègues ont parlé tout à l’heure. J’ai fait entrer le registre foncier de l’Ontario dans l’ère numérique. J’ai cofondé des organismes à but non lucratif qui ont permis de bâtir des ponts entre les différents groupes de la société en misant sur les arts, la musique et la créativité. Je suis venu au Sénat pour faire la même chose.
Que ce soit au Comité des affaires étrangères ou à titre de vice‑président du Comité de la sécurité nationale et de la défense, je me suis employé, avec mes honorables collègues, à renforcer les ponts entre le Canada et un monde secoué par les turbulences.
Grâce à nos groupes d’amitié parlementaires, j’ai toujours eu la conviction que la diplomatie parlementaire et le dialogue entre les gens ne sont jamais vains. La sécurité de notre pays, j’en suis venu à le constater, n’est jamais une question partisane. Il s’agit d’une responsabilité nationale que nous devons assumer tous ensemble, ou pas du tout.
Le temps que j’ai passé ici a été mémorable. En deux ans à peine, j’ai assisté à la prorogation du Parlement, puis à sa dissolution, à des élections et à la formation d’un nouveau gouvernement sous la direction du premier ministre Mark Carney. Je siégeais dans cette enceinte avec vous lorsque Sa Majesté le roi Charles III est venu en personne ouvrir le Parlement et prononcer le discours du Trône, le premier monarque régnant à le faire en sol canadien depuis 1977, il y a près d’un demi-siècle.
Pas plus tard que cette semaine, dans cette enceinte, nous avons accueilli notre nouvelle gouverneure générale, Son Excellence la très honorable Louise Arbour, qui a déjà poursuivi les auteurs des crimes les plus graves sur Terre au nom des droits de la personne.
Au-delà de nos frontières, le retour d’un ancien gouvernement à Washington a mis à l’épreuve la souveraineté de ce pays, son économie et sa détermination, mais a aussi rappelé aux Canadiens qui nous sommes.
Le monde entier a également pris le temps de souligner des événements marquants. L’année dernière a marqué le 80e anniversaire de la fondation des Nations unies, née des cendres de la Seconde Guerre mondiale. J’ai toujours cru que le Canada doit être au cœur de telles institutions, et non en marge, en tant que puissance moyenne qui exerce un leadership fondé sur la diplomatie, l’établissement de partenariats et le respect de principes.
Tout cela m’amène à parler du travail qui m’est le plus cher et de ma terre natale. En avril dernier, c’était le 80e anniversaire de l’indépendance de la Syrie. Par coïncidence, il s’avère que ma mère et mon père se sont mariés cette année-là. Je suis arrivé cinq ans plus tard, le premier de neuf enfants. Je vous laisse faire le calcul.
On m’a dit que certains parmi vous, avec une grande bonté, ont créé une pétition — avec déclaration sous serment, imaginez un peu — disant que le registraire avait fait une erreur et que je n’avais pas encore 75 ans. Cette complicité secrète me touche, et j’admire la créativité du geste, mais la Constitution a ceci en commun avec ma défunte mère : elle a toujours le dernier mot.
Chers collègues, en 2024, le régime oppressif qui assombrissait la Syrie depuis un demi-siècle est enfin tombé, et depuis la sécurité du Sénat, j’ai vu mon pays natal commencer à tourner une page alors que je craignais qu’elle ne puisse jamais y arriver. Des années auparavant, alors que la guerre chassait des millions de Syriens de leurs foyers, un groupe d’entre nous à Toronto a contribué à la création de Survie Syrie. Je dis « nous », et je le pense vraiment, car je n’ai été, tout au plus, qu’un catalyseur et un participant.
Le gros du travail a été accompli par des personnes remarquables : l’ancienne sénatrice Ratna Omidvar, cofondatrice et première présidente de Survie Syrie; John Sewell, ancien maire de Toronto; Sheldon Levy, ancien président de l’Université métropolitaine de Toronto; mon ami Frank Palmay, un avocat de société qui était lui-même venu au Canada avec ses parents en tant que réfugié hongrois; et bien d’autres encore. Le groupe a reçu le soutien de l’ancien maire de Toronto John Tory, du gouvernement de l’Ontario sous la direction de la première ministre Kathleen Wynne et de l’honorable Charles Sousa, ancien ministre des Finances de la province, qui est parmi nous aujourd’hui. Un ancien maire, un président d’université et un avocat qui avait lui-même été réfugié : c’étaient des Canadiens de tous horizons. C’était bien là l’essentiel.
Cela dit, le plus grand travail a été accompli par des milliers de Canadiens ordinaires dont on ne connaîtra jamais les noms. Ils ont ouvert leur foyer à des étrangers arrivant sans rien d’autre que de l’espoir.
Lifeline Syria a depuis longtemps rempli son mandat, et l’organisme n’est désormais plus actif, comme prévu. Il a été conçu pour une saison, et il a été présent cette saison-là. Il a été créé pour une raison, et il s’est montré à la hauteur de cette raison. Ensuite, il s’est effacé. Toutefois, les familles qu’il a aidé à accueillir sont aujourd’hui canadiennes, des parents qui élèvent leurs enfants et qui bâtissent ce pays.
Mes parents m’ont appris à faire le bien, à le jeter à la mer et à ne rien attendre en retour. Lifeline Syria a incarné cette leçon. Nous avons jeté à l’eau tout le bien que nous pouvions, et la mer nous l’a rendu au centuple dans le visage des nouveaux Canadiens dont ce pays est maintenant la patrie. Si j’ai une preuve de la véracité de ce que je vous dis aujourd’hui, c’est en eux qu’elle se trouve.
Chers collègues, tous les jalons n’étaient pas une affaire d’État. Certains étaient les joies tranquilles d’une famille. À peine six semaines après mon assermentation, nous avons accueilli notre deuxième petit-fils, Jude, qui ne pouvait pas être parmi nous aujourd’hui. L’été dernier, notre fille cadette, Jana, s’est mariée.
Ce n’est pas le seul moment de fierté à avoir marqué mon passage ici. Le 3 avril 2025, pendant une cérémonie officielle organisée par l’huissier du bâton noir, j’ai eu l’honneur de remettre la Médaille du couronnement du roi Charles III à 20 de mes compatriotes canadiens — des Arabes, des non-Arabes, des musulmans, des chrétiens, des juifs et même des athées. Cette cérémonie s’est ouverte sur l’hymne national, qui a retenti en anglais, en français et en arabe pour la toute première fois de l’histoire du Sénat. Si vous voulez savoir ce qui définit le Canada à mes yeux, c’est cet endroit ce matin-là. C’est le pont qui m’a rendu visible.
Il y a exactement un an, le 11 juin 2025, je me suis adressé à notre assemblée pour présenter une nouvelle fois le projet de loi sur le Mois du patrimoine arabe.
Il y a dans tout cela, chers collègues, plus d’histoire que beaucoup de gens n’en voient en une décennie.
Au parrain du projet de loi à l’autre endroit, mon ami l’honorable Ahmed Hussen, merci de tout ce que vous faites pour mener ce projet de loi à bon port, et merci pour votre incroyable engagement envers le service public. Je remercie aussi mes collègues du Sénat de leur contribution à l’adoption du projet de loi.
Chers collègues, permettez-moi de dire clairement ce que chacun d’entre vous sait déjà : je suis arrivé ici tard et je pars bientôt. La Constitution me renvoie chez moi à 75 ans, mais un court chapitre peut tout de même être un chapitre riche.
Je serai transparent avec vous, comme le Sénat s’attend à ce que nous le soyons tous. Je suis arrivé en tant que bâtisseur, impatient de nature et de tempérament, avec un programme rempli de projets de loi et d’initiatives que j’avais l’intention de mener à bien. Une grande partie de ce travail est toujours inachevée; il y a des dossiers que je n’ai pas pu clore et du travail important que je n’ai plus le temps de terminer. Je ne prétendrai pas que cela ne fait pas mal.
Travailler aussi fort que possible et laisser malgré tout la table seulement à moitié débarrassée, c’est un chagrin silencieux que cause un mandat court. Je le ressens vivement aujourd’hui.
Je vais donc faire la seule chose qui est encore en mon pouvoir : je vais remettre mon travail inachevé entre vos mains, dans les documents d’orientation et les études que j’ai commandés, en espérant que des mains plus patientes et plus expérimentées que les miennes mèneront ce travail à bien.
Chers collègues, si je peux vous laisser une seule conviction, que ce soit celle-ci : il faut préserver l’indépendance du Sénat. À mon arrivée, je croyais en un Sénat réformé et non partisan. Aujourd’hui j’en pars plus que jamais conforté dans cette conviction.
J’ai vu de mes propres yeux comment le passage à une Chambre non partisane et fondée sur le mérite a amélioré la qualité de nos débats et la confiance du public que nous servons. Ce n’est pas seulement mon opinion. Ce printemps, comme nous l’a appris il y a deux jours notre collègue la sénatrice Dasko, un sondage Nanos qu’elle a commandé a révélé que, pour la première fois en 10 ans, la perception positive des Canadiens à l’égard du Sénat l’emporte sur la perception négative.
Je vais me permettre une pensée un peu présomptueuse. Peut-être que notre cohorte et ceux d’entre nous qui sont arrivés en 2024 et après ont été bons pour l’image du Sénat et ont contribué à faire pencher la balance.
L’indépendance n’est pas un acquis. C’est quelque chose qui se renouvelle à tous les débats, à tous les votes. C’est le lien le plus important de tous, celui entre les gens de ce pays et le second examen objectif auquel ils ont droit. J’ai bon espoir que vous le cultiverez.
Je ne peux malheureusement pas inclure tout le monde dans ma liste de remerciements, alors je vous prie de m’excuser si vous n’y figurez pas.
D’abord, je remercie les personnes à qui je dois cette position : le Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat, le très honorable Justin Trudeau et l’ancienne gouverneure générale Mary Simon.
Merci à notre Présidente, l’honorable sénatrice Gagné, qui est aussi équitable que patiente; à mes collègues du Groupe des sénateurs canadiens et à nos leaders, les sénateurs Gigi Osler et Scott Tannas, qui ont veillé à ce que je sois à l’aise dès les premiers jours; et aux présidents des comités au sein desquels j’ai siégé — les sénateurs Peter Boehm, Marty Deacon, Hassan Yussuff et Tony Dean — ainsi qu’à leurs greffières, Ericka Paajanen et Chantal Lalonde. Merci pour votre soutien et votre aide.
Merci à ma voisine de banquette, et maintenant présidente de notre groupe, Mary Robinson, pour son amitié et son soutien.
Merci à tous mes amis présents dans cette salle, ainsi qu’aux anciens sénateurs dont l’amitié a survécu à la fin : Jane Cordy, Ratna Omidvar, Stan Kutcher et Brent Cotter.
Et merci à ceux qui font véritablement fonctionner cet endroit : le sénateur René Cormier, Président intérimaire; les greffiers du Bureau et les pages; les équipes de l’administration, des finances, des services de protection, des communications, des ressources humaines, de l’audiovisuel, de l’interprétation, des services législatifs et juridiques; les documentalistes de la Bibliothèque du Parlement. Vous faites tourner les rouages invisibles de notre démocratie, et vous avez toute ma gratitude.
Je m’adresse maintenant à mon directeur des affaires parlementaires, Shiraz Keushgerian. Je t’avais dit que je ne voulais pas d’un béni-oui-oui. Tu as pris cela à cœur, pour mon plus grand bien, et cela a fait de toi un meilleur conseiller. Merci.
À toute l’équipe de mon bureau, passée et présente — Tina Emiri, Sofiia, Garance, Sara Alby et Venus Ramos — merci pour votre attention, votre dévouement et votre soutien.
Sofiia, joyeux anniversaire aujourd’hui.
Enfin, in absentia, j’aimerais dire à Anne Drakes, mon adjointe administrative, le roc sur lequel repose mon bureau de Toronto depuis plus d’une décennie, celle qui, discrètement et consciencieusement, veille à ce que tout fonctionne bien : merci d’être le moteur silencieux de mon bureau. Je n’aurais jamais pu y arriver sans vous. Je suis désolé que vous n’ayez pas pu être des nôtres aujourd’hui.
Honorables sénateurs, je quitte le Sénat, mais je n’arrête pas de travailler, car je n’ai jamais été très doué pour rester assis sans bouger. J’ai l’intention de continuer à bâtir des ponts dans ma collectivité, dans mon pays, partout où ce sera nécessaire.
Honorables collègues, lorsque j’ai prononcé mon premier discours au Sénat, j’ai dit que nous sommes meilleurs lorsque nous nous aidons les uns les autres, qu’il est plus sage d’accueillir le nouvel arrivant que de l’isoler, qu’une vie d’altruisme est plus riche qu’une vie d’égoïsme. J’y croyais à l’époque. J’y crois encore plus profondément aujourd’hui.
À une époque où certaines personnes dans d’autres pays s’emploient à ériger des murs, voici le meilleur souhait que je peux vous offrir : bâtissez des ponts, mes amis, pas des murs. C’est la conviction que je vous souhaite. Elle ne m’a jamais trahi.
Honorables collègues, ce fut un privilège incroyable pour un homme né et élevé à Damas — autrefois un pôle pour les sciences, la littérature et la civilisation et, pendant des millénaires, une importante plaque tournante commerciale et culturelle du monde antique — de devenir le premier sénateur canadien né en Syrie à siéger au Parlement d’une des démocraties les plus avancées du monde moderne. Cela témoigne de la diversité, de l’inclusion et de la civilité qui caractérisent notre cher Canada.
Honorables collègues, siéger avec vous aura été le plus grand honneur de ma vie. Vous me manquerez. Mes amis, ce n’est pas un adieu, c’est un au revoir.
Merci. Meegwetch, choukrane.