Affaires sociales, sciences et technologie
Motion tendant à autoriser le comité à étudier la prévention du suicide et les besoins en santé mentale des hommes et des garçons canadiens--Ajournement du débat
1 décembre 2020
Conformément au préavis donné le 3 novembre 2020, propose :
Que le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie soit autorisé à examiner, afin d’en faire rapport, la prévention du suicide et les besoins en santé mentale des hommes et des garçons canadiens, et la surreprésentation des peuples autochtones en ce qui a trait au taux de suicide, dès que le comité sera formé, le cas échéant;
Que le comité soumette son rapport final au plus tard le 31 décembre 2021.
— Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour les mêmes raisons que je l’ai fait le 4 février 2020, lors de la dernière législature.
Chers collègues, je ne vais pas répéter ce discours, mais j’aimerais ajouter quelques mots à la motion originale, exhortant le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie à étudier les questions de santé mentale et de prévention du suicide, en mettant un accent particulier sur les jeunes garçons, les hommes, ainsi que les peuples autochtones.
Je vous invite aussi à lire un article d’opinion publié le 18 novembre dans le Hill Times par Rob Whitley, professeur agrégé en psychiatrie à l’Université McGill. Cet article s’intitule Worrying statistics on men’s mental health signal it’s time for an inquiry, ou les statistiques inquiétantes sur la santé mentale des hommes indiquent qu’il est temps de mener une enquête à ce sujet. Je prévoyais parler de cette motion à l’occasion de la Journée internationale des hommes, il y a 12 jours. Cependant, je crois que mes remarques sont pertinentes, peu importe le jour où je les fais.
Quand nous abordons de tels enjeux, nous ne pouvons pas oublier les personnes ayant des problèmes de toxicomanie. Ayant moi-même éprouvé de tels problèmes, je parle en connaissance de cause. Pendant des années, je me suis tourné vers l’alcool pour me remonter le moral rapidement et atténuer ma douleur. J’ai commencé en consommant seulement de l’alcool en société. Je me sentais bien quand je buvais, si bien que je ne croyais pas, je ne réalisais pas et je ne pouvais même pas imaginer que j’avais un problème ou que je me faisais du mal. C’était la faute de tout et de tout le monde, sauf la mienne. Dans une période d’environ trois ans, ma vie a été complètement chamboulée.
Après un certain temps, j’ai commencé à me rendre compte que je souffrais encore. J’ai donc cru, à l’époque, que j’avais besoin de plus d’alcool et, parfois, d’autres substances pour engourdir ma douleur. J’ai vite commencé à boire pour m’endormir ou jusqu’à ce que je n’en puisse plus.
Dès que j’ouvrais les yeux, je ressentais beaucoup de honte. C’est très désagréable de se réveiller dans la souffrance et d’avoir le sentiment de n’avoir aucune raison de vivre. J’avais l’impression d’avoir nulle part où aller, d’avoir personne à qui parler, je choisissais donc de commencer ma journée exactement comme j’avais terminé la précédente : en levant mon verre à ma santé.
J’étais pris dans un cercle vicieux très pernicieux, et je n’avais pas les outils pour m’en sortir. Chaque jour, je revivais le Jour de la marmotte et cela a duré très longtemps, mais il n’y avait rien de drôle.
Je sais que beaucoup de personnes sont aux prises avec des problèmes de consommation d’alcool et d’autres substances. Prenons l’exemple des opioïdes qui font des ravages partout au pays. Dans mon cas, j’ai été dans le déni pendant des années. Comme vous le savez tous, l’abus d’alcool m’a presque fait perdre la vie. Il y avait d’autres facteurs dans ma situation, mais ils dépassent la portée de cette motion.
Toute ma vie, j’ai été témoin des ravages causés par l’alcool, j’ai vu des vies et des familles détruites, et à quel point les personnes changent, autant physiquement que mentalement. Certaines personnes sont chanceuses de pouvoir s’en tenir à des quantités modérées d’alcool, tandis que d’autres sont encore plus chanceuses de ne pas avoir de problèmes du tout avec cette substance. Beaucoup de Canadiens sont atteints de troubles liés à la consommation d’alcool, y compris beaucoup d’Autochtones.
Mettez-vous à ma place un instant. J’ai vécu des problèmes personnels et professionnels sur une période de deux ans et je me suis servi de l’alcool comme béquille. Imaginez maintenant les traumatismes intergénérationnels que les peuples autochtones ont subis à cause des conditions injustes et souvent inhumaines auxquelles ils ont été soumis pendant des années, et même encore aujourd’hui. Devons-nous avoir des pensées, des croyances ou des remarques sévères et stéréotypées par rapport aux peuples autochtones ou par rapport à tous ceux qui éprouvent des difficultés?
Chers concitoyens, les personnes qui souffrent de troubles liés à la consommation d’alcool ont un grave problème de santé mentale, et la réponse à ma question hypothétique est non, sans équivoque. Personne ne devrait être ridiculisé parce qu’il a un problème. Nous devrions faire de notre mieux pour aider ces personnes. Nous connaissons tous les impacts négatifs que l’alcool peut avoir sur les personnes qui en arrachent, et je crois qu’il serait temps d’avoir une discussion à propos de l’alcool et d’autres substances, des impacts négatifs qu’il a sur les personnes, les communautés, les familles, le système de santé et le système judiciaire, ainsi de ce qu’il en coûte de ne pas se préoccuper des personnes qui souffrent.
À tous ceux qui sont aux prises avec un problème de toxicomanie, je dis : je vous comprends et je compatis avec vous. Ce n’est pas facile d’arrêter. Il est difficile de se débarrasser du problème. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. J’y suis arrivé parce que j’ai essayé et échoué maintes fois. J’ai cherché de l’aide à de nombreuses reprises, parce qu’il arrive que le spécialiste consulté ne nous convienne pas. Il faut du courage, de la force et de la volonté. Il n’est pas aisé d’y voir clair quand tout est sombre. Avant tout, il faut de la patience — la patience de guérir. Cela signifie qu’il faut prendre le temps nécessaire. Parfois, il suffit qu’une personne se soucie de nous et nous tende la main. Cela peut changer une vie. Aux dernières nouvelles, la bienveillance ne coûte rien et elle est très enrichissante.
Nous sommes en pleine pandémie, sous un gouvernement minoritaire, mais je crois fermement que l’étude doit avoir lieu aussitôt que possible. Espérons que cet important travail soit entrepris, compte tenu surtout des temps difficiles que nous traversons.
Chers collègues, j’étais la personne la plus têtue que je connaissais. Je ne pensais pas que j’avais un problème. Plus précisément, je croyais que mes problèmes allaient simplement disparaître. J’avais tort. Je refusais de voir la réalité et je n’étais pas moi-même. Aujourd’hui, grâce à des années de travail sur moi, à une intense réflexion et au soutien de mes proches et amis, je suis sobre depuis un bon moment. Je me suis retrouvé ou, à tout le moins, je suis fier de l’Algonquin que je suis aujourd’hui, et je sers les Canadiens du mieux que je peux.
J’en avais assez de ressentir de la douleur et de la tristesse. J’ai finalement pris la décision d’être heureux à nouveau. J’ai avancé à petits pas pour me trouver où j’en suis aujourd’hui. C’est une lutte que je devrai probablement mener pour le reste de ma vie, mais cette fois-ci, je ne sous-estime pas mon adversaire. Je lui fais face et j’espère que mes actions feront en sorte que, cette fois-ci, ce sera lui qui s’épuisera.
Sinon, j’ai l’intention d’être encore debout au son de la cloche finale. Cette fois-ci, je gagnerai la plus dure bataille que j’ai livrée de toute ma vie. Je peux vous dire que j’ai mené un bon nombre de combats. Je suis prêt pour celui-là, mais un jour à la fois.
Honorables sénateurs, je suis convaincu qu’il nous incombe de prendre soin des plus vulnérables. Beaucoup de gens souffrent, mais, ensemble, nous pouvons offrir l’espoir dont ils ont besoin et qu’ils méritent. On parle ici d’hommes et de jeunes garçons. On parle de nos frères, nos pères, nos oncles et nos voisins. Il est temps que les hommes en particulier et les jeunes garçons obtiennent l’aide dont ils ont besoin pour surmonter leurs difficultés. Je vous remercie de m’avoir écouté et de m’avoir accordé votre temps précieux. Merci. Meegwetch.