La Loi sur les aliments et drogues
Projet de loi modificatif--Deuxième lecture--Suite du débat
4 mai 2023
Honorables sénateurs, j’ai attendu la Semaine de la santé mentale pour lire ce texte. Je prends la parole aujourd’hui pour appuyer le projet de loi S-254 du sénateur Brazeau. Tout d’abord, parce que je suis tenu de le faire, étant donné que j’ai parcouru le même chemin, que j’ai vu les mêmes résultats et que j’ai été témoin des mêmes conséquences. Je soutiens également ce projet de loi parce que l’apposition d’une étiquette d’avertissement, même si elle ne résoudra pas le problème de l’alcoolisme ou tous les dommages liés à l’alcool, pourrait bien, d’une certaine manière, aider ceux qui en tiennent compte et atténuer les souffrances que de nombreuses personnes endurent chaque jour en raison de l’abus d’alcool, à savoir la honte et la déchéance que l’alcool peut causer non seulement à la personne touchée, mais aussi à sa famille, la perte d’emploi, de revenus et de respect de soi, ainsi que les maladies que la consommation d’alcool peut engendrer, sans parler de tout ce qui s’ensuit.
J’aimerais donc moi aussi que l’on appose sur les bouteilles d’alcool une étiquette indiquant les graves risques pour la santé, le développement des fœtus et le risque de maladies qui peuvent découler d’une surconsommation. Je serais le dernier à vouloir sermonner les gens, mais je serais le premier à dire qu’il faut les informer. L’étiquette devrait nous informer que la consommation excessive d’alcool pourrait bien être dangereuse pour notre bien‑être et celui de notre famille, tout comme elle entraîne un retard dans le développement du fœtus et les conséquences dévastatrices du syndrome d’alcoolisation fœtale.
Je sais que cela s’est déjà vu, cela peut causer des ravages horribles dans une famille. Je n’entrerai pas dans les détails, mais j’ai vu beaucoup de destruction à cause de l’alcool et je parie que beaucoup de sénateurs en ont aussi été témoins.
L’étiquette de mise en garde pourrait être une bonne chose. Je sais qu’il ne s’agit pas d’une panacée pour les jeunes et que la rébellion est essentielle à la croissance d’un jeune. La consommation d’alcool fait partie de cela. Je crois aussi que la responsabilité individuelle est essentielle à la vie d’une personne.
Sans entrer dans les moindres détails de ma propre histoire, j’ai commencé à boire à l’âge de 14 ans et, rendu à 20 ans, je buvais tous les jours. Il est inutile de s’étendre sur le sujet. Je ne ferai jamais non plus étalage de mes afflictions dans cette enceinte.
Ces étiquettes de mise en garde seront-elles utiles? Je ne saurais le dire, mais je sais qu’elles ne feront pas de mal. Je sais que ce projet de loi est le fruit d’une expérience et d’un combat personnels, et j’en félicite le sénateur Brazeau.
Je vais vous raconter une histoire. Il y a plusieurs années, un ami à moi voulait que j’aille boire avec lui. C’était le meilleur ami de mon frère. Nous avons chassé et bu ensemble. C’était un jeune Mi’kmaq, et nous étions des amis si proches qu’il pouvait entrer à la maison sans frapper à la porte. Quand nous nous retournions, il était là, dans notre cuisine, et il nous regardait en souriant. Il m’a demandé de l’accompagner ce soir-là. Je lui ai dit que je devais finir le livre que j’étais en train d’écrire. J’avais six mois de retard, et l’éditeur attendait après moi. J’ai ajouté : « De toute façon, on dirait que chaque fois qu’on va boire ensemble, on se met dans le pétrin. » Il a répondu : « C’est ce qui rend les choses amusantes. » C’est la dernière chose qu’il m’a dite. Une heure plus tard, il est mort dans un accident qui a aussi démoli les jambes de mon frère. Je me suis souvent dit que ma décision de rentrer à la maison pour travailler sur mon livre m’a sauvé la vie, alors je lui ai dédié ce livre qui, par une étrange coïncidence, s’intitule Lives of Short Duration. Il est l’un des 17 jeunes que j’ai connus dans mon enfance et qui ne se sont pas rendus à l’âge adulte.
Pour lui et pour les dizaines d’autres que j’ai connus et que je connais encore, pour les enfants avec qui j’ai grandi, aussi vibrants d’amour et de compassion que tous les autres et qui sont morts dans un accident de voiture ou qui se sont donné la mort, et pour tous ceux et celles à qui l’alcool a enlevé la santé et les repères, j’appuie le sénateur Brazeau et son projet de loi et je vous demande de renvoyer celui-ci au comité.
Le sénateur répondrait-il à une question?
Oui.
Sénateur Richards, merci de votre intervention et merci de nous avoir raconté votre propre expérience. Je sais que vous avez dit vouloir éviter d’entrer dans les détails, mais je crois qu’on en sait suffisamment pour avoir une idée claire de ce que votre famille et vous avez pu vivre.
Que cela nous plaise ou non, le Sénat est une institution partisane. Or, le projet de loi S-254 est apolitique. L’enjeu, ici, c’est la santé des Canadiens et le droit qu’ont les consommateurs du pays de connaître les effets et les conséquences auxquels ils s’exposent en consommant de l’alcool.
Aujourd’hui, nous sommes au Sénat, mais je caresse le rêve de voir ce projet de loi se rendre au moins jusqu’à une salle de comité afin que les spécialistes puissent venir nous dire ce qu’ils en pensent et répondre aux questions que nous avons tous. Ce combat, nous l’avons mené il y a plusieurs années contre les cigarettiers, et je vous demande aujourd’hui de m’indiquer ce qui, à votre avis, permettrait que ce projet de loi soit renvoyé au comité le plus rapidement possible.
Je viens de dire ce que j’en pense, c’est‑à-dire que le projet de loi devrait être renvoyé au comité pour étude. Selon moi, une étiquette de mise en garde sur les boissons alcoolisées n’est pas une mauvaise chose. En fait, c’est une bonne chose. Il est tout à fait logique que cela puisse se faire, qu’un comité étudie le projet de loi. Dans mon discours, j’ai énoncé les raisons explicites pour lesquelles je pense cela. C’est à peu près tout ce que je peux dire, monsieur le sénateur.