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La Loi sur la capitale nationale

Projet de loi modificatif--Deuxième lecture--Suite du débat

5 février 2026


Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour appuyer le projet de loi S-229, Loi modifiant la Loi sur la capitale nationale (parc de la Gatineau). En octobre dernier, mon collègue, le sénateur Cardozo, a pris la parole à l’appui de ce projet de loi. Je vous recommande vivement de relire son discours, car il y décrit avec éloquence la beauté de ce parc, sa majesté et l’importance culturelle et historique de ce joyau de la région de la capitale nationale.

En juin 2025, lorsque ma chère collègue, la sénatrice Galvez, a présenté ce projet de loi, elle nous a exposé de manière exhaustive les raisons qui le justifient, notamment en résumant ses grandes lignes et le vaste appui dont il bénéficie de la part d’un certain nombre d’importants acteurs de la région, dont Sophie Chatel, députée de Pontiac—Kitigan Zibi, le conseil municipal de Gatineau et le chef Jean Guy Whiteduck, au nom du conseil de bande des Anishinabeg de Kitigan Zibi. Elle nous a récemment transmis une autre lettre d’appui de Mme Chatel.

La sénatrice Galvez a replacé ce projet de loi et ce moment dans leur contexte en attirant notre attention sur les graves menaces écologiques qui pèsent sur nous tous et sur le noble travail accompli par de nombreux membres de la communauté internationale pour protéger cet héritage sacré pour les générations futures. Chers collègues, je vous exhorte encore une fois à relire son discours.

J’ai ressenti le besoin de m’adresser à vous aujourd’hui parce que, parmi les nombreuses raisons invoquées par la sénatrice Galvez pour justifier l’adoption du projet de loi sur le parc de la Gatineau, elle a souligné que ne pas protéger notre « diversité écologique [...] aura des répercussions négatives sur l’économie de la planète et la santé de la population ».

Je vais développer ce point et consacrer le temps qui me reste à certains aspects physiques, mentaux et psychosociaux de la santé et leur relation avec la nature.

Selon mon estimée collègue la sénatrice Boyer :

Pour les Premières Nations, les Métis et les Inuits, la terre n’est pas une ressource sur laquelle nous avons autorité. C’est un parent vivant auquel nous appartenons. La terre est porteuse d’esprit, de mémoire et de responsabilité.

Il y a près de 2 500 ans, Hippocrate, que je considère comme le père de la médecine occidentale, a fait remarquer que « la nature est le médecin des maladies ». Ce brin de sagesse des Grecs anciens est corroboré par un nombre croissant de recherches scientifiques démontrant que la nature a vraiment une incidence profonde sur notre santé.

Par conséquent, de nombreux médecins prescrivent maintenant la nature comme forme d’écothérapie. En Colombie-Britannique, la BC Parks Foundation dirige une initiative fondée sur des données probantes appelée Prescri-Nature, un programme d’exposition à la nature où les médecins prescrivent de passer au moins 2 heures par semaine à l’extérieur dans le cadre de séances de 20 minutes ou plus.

Dirigée par des professionnels de la santé, l’initiative Prescri-Nature vise à améliorer la santé des patients en les encourageant à passer régulièrement du temps à l’extérieur. L’objectif principal du programme est d’aider les gens à intégrer des expériences axées sur la nature dans leur localité et dans leurs activités quotidiennes. Prescri-Nature est actuellement offert dans toutes les provinces du Canada.

Pourquoi prescrire la nature? Elle est peu coûteuse ou gratuite. Son efficacité est prouvée. Elle favorise la protection de l’environnement. L’un des grands atouts de la prescription de la nature réside dans son accessibilité financière. Profiter des bienfaits du plein air coûte souvent peu ou ne coûte rien, surtout dans les parcs publics, les sentiers et les espaces verts du Canada. Grâce à des initiatives comme PaRx, les obstacles financiers s’effacent peu à peu, permettant à chacun de bénéficier de cette ordonnance naturelle.

Le parc de la Gatineau, qui est riche en biodiversité et proche de centres urbains, joue un rôle crucial dans le bien-être des collectivités. Par conséquent, lui donner le statut de parc national contribuerait à protéger son intégrité écologique tout en veillant à ce que tout le monde puisse bénéficier de cette prescription naturelle pour les générations à venir.

Je félicite le gouvernement et le premier ministre Carney de leurs investissements historiques par l’intermédiaire du laissez-passer Un Canada fort, qui a offert l’entrée gratuite aux lieux administrés par Parcs Canada, des rabais sur les tarifs de VIA Rail et l’accès à certaines des destinations les plus emblématiques du pays. Cette initiative a ouvert des portes aux familles dans tout le pays, renforcé les liens sociaux et permis aux Canadiens de tous les horizons de profiter de notre patrimoine naturel et culturel commun et de le célébrer.

C’est une priorité de longue date pour moi en tant que pédiatre. Depuis des décennies, je comprends les avantages de la nature et du jeu en plein air et je les recommande régulièrement à mes patients et à leur famille.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, plusieurs études scientifiques ont montré que le fait de passer du temps dans la nature améliore considérablement la santé des patients. Par exemple, une étude publiée dans la revue à comité de lecture Molecular Psychiatry a démontré que l’exposition aux environnements naturels réduit l’activité dans l’amygdale, la région du cerveau associée à la peur et au stress, tout en améliorant les fonctions cognitives comme la mémoire, l’attention et la créativité. Autrement dit, la nature favorise et façonne considérablement le développement sain du cerveau.

Selon Prescri-Nature, les bienfaits de la nature sur la santé comprennent également — écoutez bien, chers collègues — une réduction du risque de maladies cardiaques, d’hypertension et de diabète. La thérapie par la nature améliore le bien-être psychologique des patients atteints de cancer et active les cellules qui détruisent les tumeurs. Dans 90 % des cas, les gens sont plus heureux après avoir passé du temps dans la nature et les hormones du stress diminuent considérablement après seulement 15 minutes dans la forêt. Certaines études montrent qu’une promenade de 20 minutes dans un parc peut améliorer la concentration des enfants atteints de TDAH de manière semblable à un médicament. Pour plus de renseignements, je vous renvoie au site prescri-nature.ca.

Ces avantages sont particulièrement importants si l’on considère l’impact économique des problèmes de santé mentale au Canada, qui coûteraient environ 51 milliards de dollars par an à l’économie, selon un rapport publié en 2024 par l’Agence de la santé publique du Canada. Chers collègues, il s’agit là d’une estimation prudente.

Je ne cesse de le répéter : « Il ne peut y avoir de véritable santé sans santé mentale. » C’est pourquoi la santé mentale, la toxicomanie et la dépendance doivent devenir une priorité nationale pour l’édification du pays.

Un rapport récemment publié par ParticipACTION attire l’attention sur le besoin urgent d’améliorer l’activité physique au Canada. La troisième édition de leur rapport, intitulé De la stagnation à l’action : Faire bouger le Canada, souligne la stagnation coûteuse des niveaux d’activité physique et l’occasion cruciale de tirer parti de l’activité physique comme outil d’édification nationale. Voici les principales conclusions : seuls 46 % des adultes âgés de 18 à 79 ans respectent les recommandations hebdomadaires en matière d’activité physique, qui sont de 150 minutes d’activité modérée à intense.

L’inactivité physique coûte au système de santé 3,9 milliards de dollars par an, alors qu’une modeste augmentation de 15 % des niveaux d’activité pourrait permettre des économies annuelles de près de 1 milliard de dollars en coûts associés aux soins de santé, à l’absentéisme et à la gestion des maladies chroniques.

De plus, la Société canadienne de pédiatrie recommande que les enfants et les jeunes fassent au moins 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour.

Alors que le Canada cherche à réduire les dépenses publiques, à s’attaquer à la crise de santé mentale et à renforcer les liens sociaux, ParticipACTION souligne que l’activité physique est une solution éprouvée.

Chers collègues, la protection du parc de la Gatineau n’est pas seulement un impératif environnemental et il ne s’agit pas que d’un investissement en santé publique. Il s’agit de préserver notre histoire commune, de l’avenir de nos enfants et de nos jeunes, et de la façon dont nous bâtissons un Canada fort, prospère et sûr.

Je vous exhorte à renvoyer le projet de loi S-229 au comité pour qu’il fasse l’objet d’une consultation et d’un examen approfondis dès que possible.

Merci, meegwetch.

L’honorable Lucie Moncion [ - ]

Sénatrice Burey, je vais faire un préambule. Je suis originaire d’Ottawa. J’ai été élevée ici et mes parents avaient un chalet dans le parc de la Gatineau. Ce dernier est déjà un parc. Il est administré par le gouvernement du Québec, qui, je crois, a une meilleure capacité de protection des lacs et des marécages que le Canada. Il y a une meilleure administration des sentiers existants, parce qu’on utilise réellement le parc de la Gatineau. D’ailleurs, il est vraiment bien organisé. Il y a des pistes de ski de fond. On peut y faire de la raquette ou de la randonnée en montagne. Il y a des chalets pour avoir des soirées en amoureux. Vous entrez dans les chalets, vous pouvez faire de petits feux, prendre une bouteille de vin et manger un petit morceau de fromage. Ce parc est bien aménagé, il est au Québec et il est situé tout près de la capitale nationale.

J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi l’on prendrait un parc qui appartient au gouvernement du Québec et qui est mieux protégé du point de vue environnemental pour en faire un parc national. On a déjà tous les bienfaits de l’écologie. Lorsqu’on connaît le parc de la Gatineau et son étendue, on sait à quel point il y a des accès partout. Le parc est très grand et bien aménagé. J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi on prendrait un parc provincial pour le transformer en parc national. Pourriez-vous m’expliquer pourquoi on ferait cela? J’ai de la difficulté à comprendre cette partie.

Je vous remercie de la question.

Je ne suis pas experte en la matière. Je parlais en particulier des aspects liés à la santé.

D’après ce que j’ai compris, premièrement, comme on le souligne dans le sommaire du projet de loi, le fait d’en faire un parc national établirait les limites du parc de la Gatineau, d’abord et avant tout. Je pense que vous verrez beaucoup de coordonnées de longitude et de latitude dans le projet de loi.

Deuxièmement, cela accorderait la priorité à l’intégrité écologique du parc et à sa gestion par la Commission de la capitale nationale, car on craint que l’intégrité écologique ne soit pas suffisamment protégée à l’heure actuelle.

Troisièmement, cela interdirait la vente de terres publiques situées dans le parc, à certaines exceptions près, ce qui garantit la longévité du parc. Je pense aussi, et c’est très important, que cela renforcerait la consultation et la collaboration entre la Commission de la capitale nationale, la nation algonquine anishinabe et les municipalités voisines. Comme je l’ai dit dans mon discours de ce soir et dans d’autres discours, celles-ci ont donné leur appui.

Voilà donc, en somme, la meilleure réponse que je puisse vous fournir.

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