DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Les policières de la Gendarmerie royale du Canada
Le cinquantième anniversaire
30 mai 2024
Honorables sénateurs, au début de l’année 1974, la Gendarmerie royale du Canada recherchait, comme elle le fait aujourd’hui, des candidats pour sa force de police. Pour postuler, il fallait être blanc, de sexe masculin, célibataire, hétérosexuel et chrétien.
La Commission royale d’enquête sur le statut de la femme n’a pas été impressionnée. Il y a 50 ans ce mois-ci, la GRC a suivi l’exemple de la Police provinciale de l’Ontario — qui avait déjà une classe en formation et qui a ensuite nommé notre estimée collègue la sénatrice Gwen Boniface comme première femme commissaire —, et le paradigme a changé. Sans que le public en soit averti, et encore moins les agents en service, la GRC a annoncé qu’elle acceptait des recrues féminines. Pour les membres actifs, il s’agissait d’un changement radical que certains ont célébré et que d’autres ont déploré. Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : la GRC ne serait plus jamais la même, et moi non plus.
J’ai posé ma candidature le jour même de l’annonce. Avec 31 autres femmes âgées de 19 à 29 ans, j’ai été acceptée dans la troupe 17, la première classe de recrues féminines de la GRC. Bon, j’ai assez parlé de moi. L’organisation n’était pas préparée. L’uniforme a été conçu à la hâte par la même entreprise qui a conçu les vêtements d’Air Canada. Très à la mode — je dois vous le dire —, l’uniforme était aussi incroyablement peu pratique, avec une jupe, des chaussures à talons, une cravate triangulaire et le pire faux pas qui soit : un sac à bandoulière contenant un revolver Smith & Wesson à canon très court. Il a fallu attendre 16 longues années avant que l’emblématique tunique rouge et le chapeau Stetson soient autorisés.
Six mois plus tard, 30 des 32 femmes admises initialement ont obtenu leur diplôme et ont été affectées partout au Canada. Ce que nous avions toutes en commun, c’est que nous voulions être des agentes de la GRC et améliorer les choses. Nous n’avions aucune idée de l’importance de ce changement révolutionnaire. Certaines, comme moi, ont eu une carrière marquée par des enquêtes réussies et des premières. Pour d’autres, le parcours a été plutôt différent : leur présence a suscité de la résistance, et même de l’hostilité. Néanmoins, toutes ont servi avec dévouement et professionnalisme.
En 1974, les radios portables n’avaient pas encore été inventées. Lorsque vous quittiez votre véhicule, il n’y avait aucun moyen de communiquer jusqu’à ce que vous y retourniez. Il n’y avait pas de GPS et souvent pas de système de secours. La technologie a été d’un grand secours, mais une chose a malheureusement changé. À l’occasion, si j’avais des difficultés à effectuer une arrestation, un passant s’arrêtait sans hésiter pour m’aider. Cinquante ans plus tard, les policiers me disent que les badauds se contentent généralement de prendre une photo ou une vidéo pour la publier sur les médias sociaux.
Les femmes représentent aujourd’hui un cinquième des effectifs. Elles travaillent fièrement et courageusement aux côtés de leurs collègues masculins et, ensemble, ils ont fait de cette expérience sociale une réussite. De nos jours, on retrouve des femmes à tous les grades de la police, qui servent fièrement dans toutes les spécialités, de l’équipe d’enquête sur l’exploitation des enfants à l’équipe d’intervention spéciale.
À titre d’exemple, mon invitée, la sergente Collins, membre vedette de la GRC en Colombie-Britannique, a fait de nombreux choix exceptionnels et courageux dans sa vie. Elle connaît une carrière formidable. Elle a exercé des fonctions générales, des fonctions de police autochtone dans des communautés côtières éloignées et des fonctions en civil. Elle dirige actuellement une équipe de 11 personnes enquêtant sur des crimes majeurs dans le district nord de la Colombie-Britannique et elle a voyagé dans le monde entier pour enseigner notamment l’interrogatoire d’enfants victimes vulnérables.
Le 50e anniversaire de l’arrivée des femmes dans la GRC ne concerne pas seulement la troupe 17. Il s’agit d’une célébration des femmes et des hommes qui ont servi dans la GRC depuis cette date historique de 1974 jusqu’à aujourd’hui et qui serviront dans le futur, donnant vie à un patrimoine dont nous n’aurions pu que rêver.
Merci beaucoup.