DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le Jour du souvenir acadien
15 décembre 2021
Honorables sénateurs, le 13 décembre dernier était le Jour du souvenir acadien. Chaque année, à pareille date, l’Acadie s’émeut en se remémorant un des jours les plus sombres du Grand Dérangement, qui s’est échelonné de 1755 à 1764.
Les 12 et 13 décembre 1758, deux navires britanniques, le Violet et le Duke William, ont sombré dans les eaux de l’océan Atlantique emportant avec eux des familles acadiennes déportées. Sept cent cinquante femmes, hommes et enfants ont péri noyés ou de maladie, mais c’est près de 3 000 Acadiens et Acadiennes de l’île Saint-Jean, aujourd’hui l’Île-du-Prince-Édouard, qui ont été expulsés de leurs terres et entassés dans des navires en direction de l’Europe, à cette époque.
Quelque part entre le Nouveau Monde et le Vieux Continent, des voix se sont alors éteintes au fond de l’océan, emportant avec elles les aspirations et les rêves de tout un peuple. Des voix acadiennes-françaises que les conquérants de l’époque voulaient voir disparaître à jamais. Des voix qui, pourtant, depuis 1604, aidées par le peuple mi’kmaq, avaient chanté, prié et crié leur existence en terre d’Acadie, là où se trouve actuellement la Nouvelle-Écosse.
Charles Lawrence, le gouverneur britannique responsable de la Déportation, avait bel et bien l’intention d’anéantir l’identité culturelle et sociale des Acadiens. Or, c’était bien mal connaître ce peuple résilient qui a su déjouer le destin et resurgir, des décennies plus tard.
En effet, ces voix qu’on pensait éteintes à jamais au fond de l’Atlantique ont émergé plus fortes et plus affirmées que jamais. Aujourd’hui, elles se font entendre ici dans notre pays et sont reconnues ailleurs dans le monde.
Le mercredi 24 novembre 2021, une de nos voix acadiennes les plus vibrantes a été honorée par la France. Ce jour-là, à Paris, accompagnée d’une délégation composée d’universitaires, d’artistes, de gens d’affaires et de militants, l’auteure acadienne Antonine Maillet, première Canadienne à recevoir le prestigieux prix Goncourt, a été promue au grade de commandeur de la Légion d’honneur « en reconnaissance de l’ensemble de son œuvre ». Cette rencontre aura permis de réaffirmer les liens indissociables qui unissent l’Acadie à la France.
Cette marque de reconnaissance nous rappelle aussi qu’ici, au Canada, plus de 257 ans après la Déportation, le peuple acadien doit encore et toujours lutter pour que la langue française, une des langues officielles de notre pays, soit respectée dans nos institutions et au sein de nos gouvernements.
Le 24 novembre, accompagnée du président français, Antonine Maillet a planté un chêne en terre de France, comme un symbole d’enracinement dans la terre d’origine d’un peuple à qui on avait tout enlevé quelques siècles plus tôt en Amérique.
Le même jour, un canot gonflable transportant des migrants kurdes irakiens sombrait dans la Manche, faisant 27 morts, 2 blessés et 1 disparu, près de Calais.
L’histoire se répète sans cesse, chers collègues. Aussi, en cette fin d’année 2021, soyons solidaires de tous ces peuples déracinés et déplacés qui subissent un sort semblable à celui du peuple acadien, et agissons ensemble pour que cessent ces drames inhumains.
Je vous remercie.