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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Les relations entre la France et l'Acadie

5 février 2026


Chers collègues, en 1966, une délégation de 40 Acadiens dont faisaient partie mes parents se rendit à Belle-Île-en-Mer, en France, afin de commémorer le bicentenaire de l’arrivée des Acadiens sur cette île après la déportation. Ce voyage précurseur, dont nous commémorons le 60e anniversaire cette année, annonçait ce qui, deux ans plus tard, allait marquer le début de nouvelles relations entre la France et l’Acadie grâce à la rencontre historique entre quatre leaders acadiens — que nous surnommons affectueusement les « quatre mousquetaires » — et le président Charles de Gaulle, lui qui avait déclaré un jour : « Les Acadiens sont de la race de ceux qui ne meurent jamais. »

La relation entre la France et l’Acadie est très ancienne. Elle est aujourd’hui plus fertile et vibrante que jamais. Elle est faite de mémoire, de résilience, de reconnaissance et d’aspirations communes dans un monde fragilisé par les conflits et les tensions géopolitiques. Cette relation repose sur une histoire partagée et un dialogue contemporain nourri par la francophonie. Les liens politiques, culturels et économiques qui unissent l’Acadie à la France demeurent vivants à travers la diplomatie culturelle, la coopération institutionnelle et la participation commune à des institutions comme l’Organisation internationale de la Francophonie. Nos échanges contribuent à maintenir la visibilité de l’Acadie sur la scène internationale et renforcent l’engagement de la France envers la diversité du monde francophone, tout en lui offrant une porte d’entrée en Amérique.

Je tiens à exprimer ma gratitude la plus sincère à la France pour sa présence en Acadie et pour la distinction que le président de la république m’a remise ce matin par l’intermédiaire de l’ambassadeur de France au Canada, Son Excellence Michel Miraillet. Cette distinction, que notre Présidente a également reçue récemment, dépasse de loin ma personne. Elle honore un parcours collectif, des combats partagés, des fidélités patientes, des solidarités profondes et des actions politiques affirmées. Elle me permet de rendre hommage à ma famille, à mon conjoint, Luc Rondeau, qui est présent aujourd’hui dans cette enceinte, à vous, mes collègues, et à tous ceux et celles qui œuvrent chaque jour pour la vitalité de la langue française, pour la justice sociale et pour la reconnaissance des identités minoritaires.

Recevoir cette distinction, c’est aussi reconnaître celles et ceux qui nous ont précédés. Je pense à mon compatriote Pascal Poirier, premier sénateur acadien, avocat et homme de théâtre, qui a reçu la Légion d’honneur en 1902 et qui est, encore à ce jour, le citoyen qui a siégé le plus longtemps au Sénat du Canada.

Chers collègues, être nommé chevalier de la Légion d’honneur n’est pas un point d’arrivée, mais une invitation renouvelée à la responsabilité. Défendre la langue française, la dignité humaine, l’égalité et la liberté d’être soi-même n’est jamais un luxe ni une mode. C’est une responsabilité morale. C’est le refus de l’indifférence. C’est croire que nos sociétés sont plus fortes, plus justes et plus créatives lorsqu’elles accueillent pleinement toutes les identités. En effet, il n’y a pas de véritable francophonie sans inclusion, pas de langue vivante sans diversité et pas de dialogue durable sans respect des droits fondamentaux.

Je reçois donc cet honneur avec gratitude et avec la ferme intention de continuer de servir dans cette enceinte les valeurs qui l’incarnent : la liberté, l’égalité et la fraternité.

Merci. Meegwetch.

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