DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick
16 juin 2026
Honorables sénateurs, l’article 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel le Canada a dûment adhéré en 1976, précise ce qui suit :
Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.
Voilà bien les aspirations du peuple acadien, qui est présent sur ce territoire depuis plus de 400 ans, qui a subi de la discrimination au fil des siècles et qui aspire aujourd’hui à plus de reconnaissance pour contribuer pleinement à l’édification de notre pays.
Le 12 juin dernier, grâce à une longue lutte menée par la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick et ses partenaires, la Cour suprême du Canada a rendu une décision historique dans l’affaire de la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick.
Sous la plume du juge en chef Wagner, le paragraphe 111 de cette décision est sans équivoque. Il dit ceci :
La nomination d’une personne unilingue à cette charge a pour effet de reléguer la langue officielle qu’elle ne maîtrise pas à un statut secondaire et de miner, par l’effet symbolique même de cette nomination, les droits des francophones de la province. Cette réalité est d’autant plus éloquente lorsqu’on prend en compte l’histoire des relations de la Couronne avec la population francophone acadienne. Le passé témoigne des manquements répétés du Canada à l’égard de la minorité francophone de cette province, qui a été victime de déportation et de discrimination et dont les intérêts, la culture et la langue ont longtemps été négligés par les institutions étatiques.
Le jour même où la Cour suprême a rendu sa décision, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a tenu des états généraux afin de décider de son avenir. Penseurs, chercheurs, acteurs politiques et simples citoyens de différentes générations se sont réunis pour articuler les priorités du peuple acadien pour les 10 prochaines années. Le besoin d’acquérir plus d’autonomie institutionnelle, d’atteindre l’égalité réelle et de faire société était au cœur même des débats de ce grand rassemblement acadien.
Voici ce que le sociologue Joseph Yvon Thériault a affirmé avec éloquence. Je le cite :
La nation demeure dans le monde actuel, malgré la mondialisation, le lieu par excellence où l’on fait société. La nation crée ce lien social invisible mais indestructible, cette cohésion organique sans laquelle une société s’atrophie et se dissout dans l’individualisme contemporain. L’Acadie veut faire société.
L’appartenance à une communauté de langue, de culture et de mémoire n’est pas une frontière qui enferme : elle est la référence à partir de laquelle la culture prend racine. Le sentiment national n’est pas un luxe conceptuel — c’est le carburant de notre résilience historique, le véritable lieu de la solidarité collective.
Chers collègues, j’étais présent à cet évènement en tant que représentant de l’Association acadienne des parlementaires du Canada et sénateur du Nouveau-Brunswick, et j’ai été impressionné par la maturité citoyenne des Acadiennes et Acadiens, qui doivent constamment faire appel aux tribunaux pour faire reconnaître leurs droits et qui continuent, malgré ces embûches, de construire l’avenir du peuple acadien au sein du Canada, avec vigueur, vision et détermination.
Vive l’Acadie, vive le Canada et bon été, chers collègues.