DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le Centre de fabrication pour la photonique du Canada
2 juin 2026
Honorables sénateurs, le mois dernier, le gouvernement a annoncé que le Conseil national de recherches du Canada fera du Centre de fabrication pour la photonique du Canada une entité autonome.
Le fait que le Centre de fabrication pour la photonique du Canada devienne une entité commerciale autonome est une excellente nouvelle. Pourquoi? Parce que, à l’ère de l’intelligence artificielle, la demande de capacité de calcul explose, doublant tous les trois mois. Transformer le Centre de fabrication pour la photonique du Canada en une entité autonome donne l’occasion d’accroître le potentiel souverain latent de cette fonderie de pointe qui fabrique des micropuces.
Jusqu’à récemment, les capacités de traitement des micropuces doublaient tous les deux ans, mais cette technologie a atteint sa limite. Pour pallier ce problème, les centres de données ont commencé à interconnecter les puces, fabriquant ainsi une micropuce extrêmement puissante. Cependant, à cause de la capacité limitée de transmission de données du fil de cuivre, cette solution de rechange était limitée à 72 puces.
C’est là qu’intervient le Centre de fabrication pour la photonique du Canada. Le centre fabrique les composants qui permettent la transmission optique des données au moyen de photons. Comparativement aux électrons dans les fils de cuivre, les photons peuvent transmettre en toute sécurité 100 fois plus de données, 100 fois plus vite et jusqu’à 200 fois plus loin en n’utilisant qu’un dixième de l’électricité.
Le Centre de fabrication pour la photonique du Canada est un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement mondiale des technologies photoniques. Les pays s’efforcent de contrôler de tels actifs stratégiques parce que ceux-ci sont une source de pouvoir souverain et d’influence géopolitique.
Comme les détails de cette scission n’ont pas encore été annoncés, je m’inquiète que les décideurs ne mesurent peut-être pas pleinement le potentiel incroyable de cette occasion.
Mes craintes ne sont pas sans fondement. Pensez à la privatisation des Connaught Medical Research Laboratories dans les années 1980. Au fil des décennies, ils avaient acquis une excellente réputation mondiale grâce à leur leadership dans la commercialisation du vaccin Salk contre la poliomyélite, à l’élimination de la variole et à la production de pénicilline, pour ne nommer que quelques-unes de leurs nombreuses réalisations. La Corporation de développement du Canada a fini par vendre Connaught à Sanofi Pasteur en 1989. C’est n’est probablement qu’au moment de la pandémie de COVID-19 que l’on a bien saisi toute l’ampleur de cette erreur stratégique.
Le Centre national de recherche a retenu les services d’une société d’État semblable, la Corporation de développement des investissements du Canada, pour gérer la scission du Centre de fabrication pour la photonique du Canada. Cette entité gouvernementale est dirigée par des généralistes de talent et non par des experts du domaine qui comprennent profondément la valeur stratégique du Centre de fabrication pour la photonique du Canada.
Par conséquent, il faut que les investisseurs canadiens dans les innovations radicales et les experts canadiens de l’industrie qui connaissent le marché participent à ce processus. Ils ont les idées, les incitatifs et la compréhension nécessaires pour façonner une structure de l’actionnariat et de la gouvernance qui garantira que les capacités de fabrication supérieures du Centre de fabrication pour la photonique du Canada bénéficient à long terme à tous les Canadiens.
Chers collègues, ne ratons pas cette occasion unique de libérer toute la valeur stratégique à la fois économique et géopolitique du Centre de fabrication pour la photonique du Canada. Merci.