Projet de loi sur la stratégie nationale sur les soins oculaires
Projet de loi modificatif--Deuxième lecture
29 mai 2024
Honorables sénateurs, je prends brièvement la parole au sujet du projet de loi C-284. Je n’ai habituellement pas l’occasion de prendre la parole les mercredis, alors c’est un honneur spécial.
Vous avez entendu les chiffres au sujet de la santé oculaire : des millions de Canadiens souffrent d’une perte de la vision; les pertes économiques atteignent les milliards de dollars; l’impact émotionnel de la perte de la jouissance de la vie; le coût pour les Canadiens qui souffrent d’une perte de vision — souvent évitable. Ces informations sont déchirantes et j’espère qu’elles nous motiveront à faire progresser le projet de loi à l’étude.
Cependant, il y a deux choses qui m’ont poussé à prendre la parole aujourd’hui : premièrement, le leadership sage et réfléchi du sénateur Ravalia et, deuxièmement, mon expérience personnelle.
Une des choses remarquables du Sénat de nos jours, c’est l’expertise qu’apporte chacun des sénateurs. Nous voulons tous apporter des contributions significatives et, souvent, nous tirons profit de l’expérience et de l’expertise que nous avons acquises avant de venir au Sénat dans l’espoir de trouver des façons d’apporter des contributions qui correspondent à nos aspirations et à nos valeurs pour rendre le Canada meilleur. Le sénateur Ravalia est exemplaire à cet égard. Il tire profit de son expérience en tant que médecin, de ses connaissances et de son empathie — notamment pour les patients qui souffrent d’une perte de vue, en particulier dans les cas où cette perte de vue était évitable.
Le sénateur Ravalia a accepté de parrainer cet important projet de loi. Celui-ci ne guérira pas les pertes de vision, mais il exigera l’élaboration d’une stratégie nationale qui a déjà trop tardé, dans le but de lutter contre un fléau qui afflige beaucoup de personnes. Je suis convaincu que ce projet de loi est d’une valeur incontestable, de mon point de vue et du vôtre aussi. Il vient du cœur. Je reconnais dans cette mesure qui vient du cœur l’homme qui la parraine au Sénat. J’espère que nous allons apprécier le travail et l’engagement qu’il a consacrés à ce dossier, ainsi que ceux de sa partenaire de l’autre endroit, la députée Judy Sgro.
Je vous remercie, Mohamed. C’est un honneur d’être associé à votre travail, même aussi humblement. Nous allons tous profiter des retombées de cet accomplissement, tant au moment de l’adoption du projet de loi que dans les années à venir, quand un cadre national contribuera réellement à réduire les pertes de vision évitables.
C’est aussi pour une raison personnelle que je prends la parole aujourd’hui. Ma mère est décédée il y a quelques années, à l’âge de 95 ans. C’était une femme aimante, bienveillante, pieuse, qui apportait un grand soutien à notre père. Mon père avait tendance à occuper une place particulièrement importante au sein de notre famille proche, une famille aimante, mais ma mère en était un pilier essentiel.
Pendant les 25 dernières années de sa vie, ma mère a été atteinte d’une dégénérescence maculaire progressive et continue et elle a été aveugle au sens de la loi durant les 20 dernières années de sa vie. Toutefois, ma mère a eu de la chance à bien des égards — ce qui n’est pas toujours le cas de ceux qui souffrent d’une perte de vision. Elle a eu un mariage heureux pendant 55 ans, entourée d’un époux aimant et de merveilleux enfants. Elle n’est pas ici pour contester mes dires. C’est plutôt agréable de n’entendre personne réfuter mes affirmations.
Notre famille vivait modestement, mais confortablement. Ma mère était très croyante, elle avait une foi inébranlable — plus que quiconque j’ai connu. Je mentionne ces détails pour deux raisons. Premièrement, contrairement à de nombreuses personnes dans sa situation, ma mère avait de la chance et elle en était consciente, même si la dégradation constante de sa vision diminuait de manière significative sa qualité de vie. Ce fut un aspect négatif d’une vie autrement enrichissante et bien remplie.
Par exemple, elle aimait voyager. Pour elle, le plaisir de voyager se composait de trois parties : la hâte, l’aventure et les souvenirs. Malgré la dégénérescence maculaire, elle a toujours aimé voyager, et plus les destinations étaient exotiques, plus elle était ravie. Bien que la perte de sa vision ait diminué la qualité de son expérience — nous devions lui expliquer de plus en plus les choses que nous pouvions voir —, elle avait toujours beaucoup de plaisir à découvrir le monde.
Ce goût prononcé pour l’exotisme me rappelle une anecdote. Lorsque ma mère avait environ 80 ans, alors qu’elle avait déjà perdu la plus grande partie de sa vision, nous avons fait un voyage en Ouganda. Pendant le voyage, nous sommes restés dans un centre de villégiature assez simple et non clôturé qui se trouvait près d’un lac en plein cœur d’une réserve où il y avait, entre autres animaux, des hippopotames. Un soir, à la tombée du jour, nous retournions à nos chambres après le souper. Ma fille, Kelly, et ma mère marchaient devant le reste du groupe. À cause d’un malheureux concours de circonstances — le manque de vigilance de ma fille et le manque de vision de ma mère —, elles se sont retrouvées à quelques pieds derrière un hippopotame qui prenait son repas du soir. Nous avons appris par la suite que c’était fort dangereux. Or ma mère, stoïque comme à son habitude, était d’avis que si c’était ainsi qu’elle devait rencontrer son créateur — par la combinaison d’une perte de vision et d’un hippopotame acariâtre —, eh bien soit.
Elle avait la même attitude envers son handicap visuel. C’était son lot dans la vie, pensait-elle. Sa foi profonde lui a permis de l’accepter.
J’admire beaucoup la façon dont ma mère a accepté — voire adopté — cette infirmité, mais nous aurions tous souhaité qu’elle puisse vivre sa vie plus pleinement avec une bonne vue.
J’espère — comme ma mère, j’en suis sûr — que grâce au projet de loi, ce type de perte de vision et bien d’autres handicaps visuels ne seront plus, un jour, qu’un vestige du passé. Ce discours est en quelque sorte un petit hommage que je rends à ma mère.
J’espère que vous appuierez le projet de loi, que vous l’aiderez à franchir la ligne d’arrivée sans tarder afin de mettre en branle ce travail important. Je vous remercie de votre attention.
Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?
Des voix : D’accord.
(La motion est adoptée et le projet de loi est lu pour la deuxième fois.)