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Projet de loi no 1 d'exécution du budget de 2025

Deuxième lecture

10 mars 2026


Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour m’exprimer au sujet du projet de loi C-15, Loi portant exécution de certaines dispositions du budget déposé au Parlement le 4 novembre 2025.

Je commencerai par reconnaître l’évidence. Avec ses 600 pages, le projet de loi C-15 illustre, une fois de plus, un défi récurrent : le recours excessif aux projets de loi omnibus.

Au fil des années, des gouvernements de diverses allégeances politiques ont reconnu les problèmes que posent de tels projets de loi. Stephen Harper a soutenu que le Parlement ne devrait pas être appelé à adopter des mesures législatives où « un certain nombre de mesures sans lien entre elles sont regroupées dans un seul et même projet de loi ».

Justin Trudeau s’est engagé à ce que son gouvernement évite la pratique des vastes projets de loi omnibus, qui rendent l’examen parlementaire plus difficile. Ces engagements reflétaient un principe démocratique fondamental : la législation devrait être structurée de manière à permettre au Parlement de l’étudier adéquatement.

Or, le projet de loi C-15 comprend des dispositions qui dépassent largement la simple mise en œuvre du budget. Lorsque des mesures diverses et complexes sont regroupées dans un seul projet de loi, le Sénat se retrouve face à un dilemme pratique. Nos comités doivent tenter d’examiner de multiples domaines de politique publique : la politique budgétaire, la réforme réglementaire, la protection de l’environnement, les droits de la concurrence et bien d’autres, dans des délais très restreints. Cette structure limite la profondeur de l’étude que les Canadiens s’attendent à voir de la part de notre Chambre de second examen objectif.

Si le Parlement veut assurer une véritable reddition de comptes, la législation doit permettre de faire un examen clair, tenir un débat clair et établir une responsabilité claire quant aux objectifs politiques qu’elle met en œuvre.

Pour ces mêmes raisons, je ne peux couvrir que quelques points. Je vais me concentrer sur la polycrise socio-environnementale qui se déroule sous nos yeux et sur son incidence sur les dépenses budgétaires proposées par le gouvernement.

Dans le budget de 2025, le gouvernement a promis un « changement générationnel ». Il a déclaré que « [l]a lutte contre les changements climatiques n’est pas seulement une obligation morale, mais aussi un impératif économique ». Il s’est également engagé à « [avoir] pour priorité nationale d’effectuer des investissements en capital pour bâtir un Canada fort ». Ce sont là, chers collègues, des promesses fort ambitieuses.

En tant que législateurs, nous savons que les budgets ne sont pas jugés en fonction de la façon dont ils sont rédigés, mais en fonction de leur architecture et de leur capacité à atteindre des objectifs mesurables.

Comme je l’ai mentionné dans un discours précédent à ce sujet, il y a des changements majeurs dans la façon dont le budget est présenté. Certains soulèvent des préoccupations.

Malgré l’utilisation de formules anciennes et nouvelles, bon nombre des mécanismes proposés risquent d’affaiblir la transparence et la reddition de comptes, au moment même où les Canadiens s’attendent plutôt à ce qu’on les renforce. Le directeur parlementaire du budget a confirmé cette préoccupation.

Le Canada est confronté à d’énormes défis : l’instabilité climatique, les perturbations économiques mondiales, les inégalités croissantes et l’incertitude géopolitique.

Pour relever ces défis, il faut effectivement une politique budgétaire moderne qui reconnaît que la prospérité économique, le bien-être social et la stabilité écologique sont des objectifs qui ne sont pas concurrents, mais interdépendants. Un budget moderne doit donc faire plus que stimuler la croissance. Il doit renforcer les fondements mêmes de la prospérité, et mesurer celle-ci au moyen d’indicateurs modernes et mieux adaptés que le PIB.

À elle seule, la croissance du PIB ne cerne pas les véritables moteurs de la prospérité. Le PIB mesure la circulation de l’argent dans l’économie : ce qui est dépensé, produit et reconstruit. Cependant, il ne nous dit pas si une activité améliore le bien-être des gens ou la santé des systèmes qui soutiennent la vie.

En fait, le PIB peut croître dans de nombreuses circonstances qui sont liées à de profondes tragédies humaines.

Permettez-moi de vous donner un exemple. Depuis le début de la guerre qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, certains secteurs de l’économie ukrainienne ont affiché une croissance du PIB mesuré attribuable à la production militaire, à l’apport de l’aide internationale et aux dépenses liées à la reconstruction. Pourtant, personne ne dirait que la guerre constitue un véritable moteur de prospérité.

C’est exactement la même chose qui se produit après des phénomènes météorologiques extrêmes. On reconstruit des maisons, des routes et des infrastructures, ce qui accroît l’activité économique et, par conséquent, le PIB, même si la société arrive à peine à se remettre de ces pertes.

Ces exemples illustrent une limite fondamentale du PIB. Il mesure l’activité économique, et non le progrès économique, et il ne peut pas faire la distinction entre les dépenses qui favorisent le bien-être et celles qui ne font que réparer des dégâts. Si on se fie uniquement au PIB comme boussole, on risque de confondre le coût des crises et les signes de prospérité.

Malgré notre statut décisionnel de haut niveau en tant que pays du G7, nous sommes mal renseignés sur l’état de la planète et, pour la plupart, nous ne savons pas que l’humanité a franchi sept des neuf limites planétaires définies par les scientifiques. Les systèmes écologiques qui soutiennent la vie, ainsi que l’économie de tous les pays, sont soumis à des pressions croissantes. Il ne s’agit pas d’une question environnementale abstraite. C’est un risque économique qui se matérialise à grande vitesse au Canada. Les phénomènes météorologiques extrêmes ont entraîné des pertes assurées de 9,1 milliards de dollars en 2024; les coûts d’extinction des feux de forêt ont dépassé à eux seuls 1 milliard de dollars par année; et en Ontario seulement, on estime que la pollution de l’air entraîne plus de 500 millions de dollars par année en coûts directs pour la santé et 374 millions de dollars par année en perte de productivité. Pourtant, nous affirmons nous soucier de la productivité et de la compétitivité.

Dans ce budget, nous constatons une tendance croissante à recadrer les subventions pour les présenter comme des investissements. Ce changement de terminologie peut sembler technique, mais il a des répercussions plus profondes. Un investissement implique que les fonds publics génèrent des rendements mesurables pour la société, que ce soit en matière de productivité économique, de résilience environnementale ou de bien-être collectif. Une subvention, en revanche, est une aide publique fournie pour soutenir une activité qui n’est peut-être pas économiquement viable en soi.

Quand les subventions changent de nom pour devenir des investissements sans évaluation transparente de leur rendement, deux risques apparaissent. Premièrement, la capacité du Parlement d’évaluer les choix fiscaux s’en trouve affaiblie. Deuxièmement, les Canadiens peuvent croire que l’argent de leurs impôts finance l’avenir alors qu’il prolonge en réalité peut-être la dépendance au passé.

La transparence financière exige une distinction claire entre l’appui à des solutions émergentes — grâce à l’innovation, à la créativité, à la productivité et à la compétitivité — et la prolongation de pratiques héritées de systèmes en fin de parcours, parce que si tout devient un investissement, rien n’est vraiment évalué comme tel.

Des problèmes apparaissent quand on modernise les budgets sans moderniser les indicateurs. Je me tourne vers ma chère collègue la sénatrice Marshall.

Le budget de 2025 change également la façon dont le gouvernement présente les opérations financières. Bien que la modernisation soit bien sûr la bienvenue — qui n’aime pas la modernité? —, le cadre actuel risque d’occulter la question fondamentale : quels résultats finançons-nous réellement?

De nombreux économistes de renom optent pour des budgets axés sur le bien-être, des cadres financiers tenant compte des enjeux climatiques et la comptabilisation du capital naturel. La santé des écosystèmes, la résilience des infrastructures, l’équité sociale et la stabilité climatique ne sont pas des préoccupations secondaires; ce sont des atouts économiques. Si notre cadre financier ne permet pas de les mesurer, il entraîne une mauvaise allocation des capitaux à l’échelle nationale.

Le Canada est en mesure de jouer un rôle de chef de file dans ce domaine, mais, chers collègues, le leadership exige de la clarté, et non de l’ambiguïté.

Le projet de loi C-15 a affaibli les dispositions visant à lutter contre l’écoblanchiment. En 2024, le Parlement a pris des mesures importantes pour protéger les Canadiens contre les allégations environnementales trompeuses. Le Bureau de la concurrence a été clair : l’écoblanchiment nuit à la concurrence, car il induit les consommateurs en erreur et fausse les marchés.

Quand les Canadiens dépensent plus pour des produits qui prétendent avoir des avantages environnementaux qui n’existent pas, ils perdent de l’argent et leur confiance dans le marché. Faire marche arrière au sujet de cette protection risque d’envoyer un mauvais signal au mauvais moment. Le projet de loi C-15 annule le changement apporté l’année dernière qui exigeait que les indications soient fondées « sur des éléments corroboratifs suffisants et appropriés obtenus au moyen d’une méthode reconnue à l’échelle internationale ». Qu’y avait-il de mal à cela? En supprimant la mention « obtenus au moyen d’une méthode reconnue à l’échelle internationale », la nouvelle disposition est plus vague et plus large, ce qui augmente le risque d’interprétations divergentes par les tribunaux. Nous ne faisons pas notre travail et nous laissons les juges régler ces questions.

Je crois que le segment le plus inquiétant du projet de loi C-15 est la section 5 de la partie 5, qui modifie la Loi sur la réduction de la paperasse. Les dispositions de cette section créent ce que le gouvernement appelle des bacs à sable législatifs. Oui, on nous a dit qu’en principe, l’expérimentation réglementaire peut avoir du bon. En principe, elle peut stimuler l’innovation. Mais quelle innovation — l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables, les anciens secteurs sur le déclin? Il est là, le problème. Je suis bien placée pour savoir que, pour innover, il faut souvent mettre de nouvelles idées à l’essai, mais le mécanisme proposé ici va bien au-delà de l’expérimentation ciblée. Il permettra en effet aux ministres de soustraire des particuliers, des entreprises ou même des organismes gouvernementaux à l’application de lois et de règlements fédéraux, exception faite d’une courte liste de lois exclues.

Plus d’une centaine de juristes, de spécialistes des droits de la personne, de syndicalistes et d’organismes de la société civile ont prévenu le Parlement que ces dispositions risquaient de concentrer d’immenses pouvoirs discrétionnaires entre les mains de l’exécutif.

L’autre Chambre a adopté certains amendements proposés par l’opposition dans le but de mieux baliser ces pouvoirs. Les grandes lois du pays, dont le Code canadien du travail et la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, ne sont toutefois pas protégées.

La souplesse réglementaire ne doit jamais remettre en question la responsabilité démocratique et la protection fondamentale des travailleurs, de la population et de l’environnement. Certes, la nouvelle période de consultations de 30 jours qui est proposée constitue un pas dans la bonne direction, mais le projet de loi ne définit pas clairement qui doit être consulté. Qui doit être consulté : la population locale, les gouvernements autochtones, les travailleurs, les spécialistes de la protection de l’environnement? Ou alors ceux qui pourraient subir les conséquences des exemptions réglementaires?

Tous doivent avoir leur mot à dire. La consultation ne peut pas être symbolique. Elle doit être constructive, inclusive et transparente. Ce point soulève un autre risque élevé de litige.

Le projet de loi C-15 reflète une hésitation stratégique plus large entourant la transition énergétique mondiale. Comme je l’ai déjà mentionné, en 2025, les investissements mondiaux dans la transition énergétique ont atteint 2,3 billions de dollars. Le Canada figurait au bas de la liste des pays bénéficiaires. Pourtant, le premier ministre parcourt le Sud, l’Est et l’Ouest pour attirer les investissements au Canada. J’aimerais qu’il puisse également demander à nos régimes de pension, à nos banques et à nos compagnies d’assurance de croire aux Canadiens.

Pourtant, avec les tentatives des États-Unis de provoquer des changements de régime au Venezuela et en Iran et leur incidence sur les prix du pétrole et du gaz, nous savons tous que la sécurité énergétique est devenue une priorité stratégique partout dans le monde. Les pays se livrent une forte concurrence pour attirer des investissements dans les énergies renouvelables, les technologies de stockage, les entreprises de fabrication peu polluantes et les infrastructures résilientes.

Le Canada devrait être en tête dans cette course. Nous avons des avantages extraordinaires : des ressources renouvelables abondantes, d’excellentes institutions et une main-d’œuvre hautement qualifiée. Pourtant, nos politiques demeurent incohérentes, hésitantes et parfois contradictoires et déroutantes. Les crédits d’impôt à l’investissement prévus dans le projet de loi C-15 sont modestes par rapport à l’ampleur de la transformation qui s’opère dans le monde.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Je suis désolé de vous interrompre, sénatrice Galvez. Le temps alloué à votre discours est écoulé. Demandez-vous cinq minutes de plus?

Oui, s’il vous plaît.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?

Notre rôle n’est pas simplement d’approuver ou rejeter les projets de loi. Notre rôle, c’est de mettre en lumière les risques, renforcer la reddition de comptes et protéger l’intérêt public.

Le Sénat pourra quand même continuer d’assurer la reddition de comptes de plusieurs façons. Nous pouvons exiger des rapports transparents sur le recours aux bacs à sable réglementaires et les résultats ainsi obtenus, exiger des critères d’évaluation clairs pour les investissements et les subventions faits avec les deniers publics, renforcer la surveillance du recours aux crédits d’impôt et aux instruments fiscaux, et veiller à ce que les consultations incluent les personnes les plus touchées par les exemptions réglementaires.

Bref, nous devons veiller à ce que les suites données aux promesses énoncées dans le budget de 2025 soient mesurées et surveillées afin qu’au bout du compte, les promesses se concrétisent.

Nous sommes à un tournant. Nous devons décider si nos politiques budgétaires contribueront à préparer le Canada pour l’avenir ou si elles ne feront que prolonger les modèles du passé. Notre avenir est prometteur, à condition de financer judicieusement nos projets, de gouverner le pays avec la transparente requise et de le bâtir de manière durable.

Merci, meegwetch.

L’honorable Elizabeth Marshall [ + ]

Honorables sénateurs, je prends la parole au sujet du projet de loi C-15.

Le projet de loi C-15 présente un programme ambitieux pour le gouvernement. En effet, le gouvernement nous informe que ses nouvelles initiatives budgétaires coûteront 20 milliards de dollars pour l’exercice en cours, 22 milliards de dollars pour l’exercice suivant, et 48 milliards de dollars pour les trois exercices subséquents.

Un nouveau budget se fait rarement à moindre coût.

Ces coûts contribueront à un déficit budgétaire record de 78 milliards de dollars pour le présent exercice, le déficit plus élevé jamais enregistré par un gouvernement canadien, à l’exception des années de pandémie. Il s’agit d’une augmentation considérable par rapport au déficit de 36 milliards de dollars de l’année dernière. Non seulement le déficit de l’exercice actuel constitue une augmentation considérable, mais les déficits futurs ne diminueront que très légèrement. Aucun équilibre budgétaire n’est en vue.

Tout aussi préoccupante est l’incapacité du gouvernement à respecter ses prévisions de dépenses, celles-ci étant constamment révisées à la hausse.

Bien que le budget de 2025 prévoie des restrictions budgétaires, l’histoire nous a démontré que le gouvernement ne respecte pas ses engagements financiers. Au cours des dernières années, chaque prévision de dépenses a été revue à la hausse lors de la publication du budget suivant. Le budget de 2022 estimait les dépenses pour cette année à 493 milliards de dollars. Dans le budget de 2023, le gouvernement les a portées à 522 milliards de dollars, puis à 551 milliards dans le budget de 2024. Elles s’élèvent désormais à 581 milliards dans le budget de 2025.

Le déficit prévu a également augmenté à chaque budget. Le budget de 2022 prévoyait un déficit de 18 milliards de dollars en 2025. Ce montant est passé à 26 milliards de dollars l’année suivante, puis il est passé à 39 milliards de dollars en 2024. Dans le budget actuel, présenté en 2025, le déficit prévu s’élève maintenant à 78 milliards de dollars.

Le budget actuel a été présenté le 4 novembre 2025 et, depuis, il y a eu plusieurs annonces et initiatives, dont les coûts n’ont pas été inclus dans le déficit de 78 milliards de dollars. Alors que le coût de la baisse d’impôt prévue dans le projet de loi C-4 semble avoir été inclus dans le déficit de 78 milliards de dollars, d’autres initiatives ne semblent pas avoir été incluses dans le calcul, que l’on pense au projet de loi C-19, la Loi sur l’allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, et aux subventions pour les véhicules électriques qui viennent d’être annoncées. Ces deux initiatives augmenteront le déficit de 3 milliards de dollars et de 1 milliard de dollars, respectivement, cette année, à moins que les initiatives déjà incluses dans le déficit ne se concrétisent pas.

D’autres initiatives, comme l’augmentation des dépenses militaires, alourdiront davantage le déficit. Le mois dernier, le Bureau du directeur parlementaire du budget a publié un rapport qui indique que l’engagement du gouvernement à respecter l’objectif de 5 % fixé par l’OTAN d’ici 2035 nécessitera des dépenses et des emprunts importants. Il estime que cela fera augmenter le déficit de 3 milliards de dollars l’année prochaine, et que ce chiffre atteindra 63 milliards de dollars d’ici 2035.

D’autres coûts pourraient également avoir une incidence sur le déficit. Maisons Canada et les autres entités créées dans le cadre de la Stratégie industrielle de défense auront toutes une incidence sur le déficit du gouvernement.

Compte tenu de ces coûts supplémentaires, il semble que, une fois de plus, les projections financières fournies à titre indicatif par le gouvernement dans le budget de 2025 ne sont pas fiables.

Malheureusement, le gouvernement n’a pas fourni de mises à jour régulières de ses plans financiers depuis la publication du budget en novembre. D’autres documents financiers, tels que les documents budgétaires et le bulletin mensuel La revue financière, ne donnent pas une image complète des finances publiques. À vrai dire, certains documents qui étaient auparavant fournis, comme le rapprochement entre le budget des dépenses et les dépenses budgétées, ne l’ont pas été ni pour le Budget supplémentaire des dépenses (B) ni pour le Budget supplémentaire des dépenses (C) de cette année.

Alors que le gouvernement prévoyait en novembre un déficit de 78 milliards de dollars pour cette année, le ministre Champagne, interrogé la semaine dernière au Sénat sur le déficit révisé pour cette année, n’a pas donné de réponse — ou il n’a peut-être pas été en mesure de le faire.

Nous sommes maintenant en mars, et la fin de l’exercice financier est dans quelques jours. Le gouvernement ne connaît-il pas le montant de son déficit pour cette année? La fin de l’exercice est toute proche. Un gouvernement maître de ses finances devrait avoir une idée du montant de son déficit.

Parmi les principaux éléments du budget, il y a une nouvelle structure financière qui classe les dépenses en deux catégories : les dépenses de fonctionnement et les dépenses en capital. Le gouvernement dit qu’il équilibrera le budget de fonctionnement d’ici trois ans et qu’il réduira le ratio déficit-PIB au cours des prochaines années. Il a dit que ces deux engagements seraient ses nouvelles cibles budgétaires.

Or, le directeur parlementaire du budget estime que la définition des dépenses en capital utilisée par le gouvernement est trop large et que, selon la définition de ce dernier, le budget de fonctionnement ne sera pas équilibré dans les prochaines années.

En ce qui concerne la deuxième des nouvelles cibles budgétaires, le directeur parlementaire du budget estime que la probabilité que le ratio déficit-PIB recule chaque année de 2026 à 2030 est extrêmement faible, c’est-à-dire de 7,5 %.

Tout cela reste à voir. Il faudra attendre la mise à jour économique du printemps et la publication des états financiers vérifiés du gouvernement pour en avoir le cœur net.

Ce qui m’amène à la section 38 de la partie 5 du projet de loi, qui propose de porter le plafond de la dette du Canada à 2,541 billions de dollars. Selon le cadre du pouvoir d’emprunt parlementaire adopté en 2017, le pouvoir d’emprunt du Parlement est accordé par l’intermédiaire de la Loi autorisant certains emprunts et de la partie IV de la Loi sur la gestion des finances publiques. Ces mesures législatives permettent au ministre d’emprunter des fonds jusqu’à concurrence d’un montant maximal approuvé par le Parlement. Nous appelons ce montant maximal le « plafond de la dette ». Ce que le gouvernement demande au Parlement, c’est d’approuver l’augmentation de ce montant.

La Loi sur la gestion des finances publiques autorise également le ministre à emprunter une somme supérieure à ce montant dans des circonstances limitées et à des fins précises, notamment en cas de catastrophe naturelle.

En octobre dernier, le gouvernement a annoncé la mise en œuvre du Cadre de budgétisation des investissements en capital, une nouvelle méthode budgétaire qui fera des investissements en capital une priorité nationale. Le nouveau cadre s’appliquera au budget fédéral, qui sera divisé entre les dépenses en capital et les dépenses courantes. Le Cadre de budgétisation des investissements en capital proposé par le gouvernement a fait l’objet de nombreuses discussions et critiques. Cependant, peu importe la façon dont le gouvernement divise ses dépenses ou son déficit, peu importe sa « ventilation comptable », l’augmentation de la dette indiquera l’ampleur réelle des emprunts du gouvernement.

L’ampleur de la dette du gouvernement peut être mesurée de deux façons. D’abord, il y a le plafond de la dette, qui a été approuvé par le Parlement. Il augmentera à intervalles réguliers, généralement tous les trois ans. Ensuite, il y a la dette réelle, qui augmente à mesure que le gouvernement dépense.

Le plafond initial de la dette a été fixé en 2017 à 1,1 billion de dollars, ce qui donne au gouvernement le pouvoir d’emprunter jusqu’à ce montant. Quatre ans plus tard, en 2021, ce plafond a été porté à 1,8 billion de dollars. Trois ans plus tard, en 2024, il est passé à 2,1 billions de dollars. Aujourd’hui, moins de deux ans après la dernière hausse, le gouvernement propose dans ce projet de loi de l’augmenter à 2,5 billions de dollars.

Afin de mettre ces chiffres en contexte, en juin 2024, le plafond de la dette à 2,1 billions de dollars a été approuvé pour une période de trois ans se terminant le 31 mars 2027. À peine 18 mois plus tard, en novembre 2025, dans le nouveau budget, le gouvernement a demandé au Parlement d’approuver une autre augmentation du plafond de la dette — de 415 milliards de dollars —, ce qui le porterait à 2,5 billions de dollars.

Selon les estimations du gouvernement, la dette totale d’ici mars 2027 aurait dépassé le plafond approuvé établi en 2024 si une réserve pour éventualités n’avait pas été incluse dans le plafond.

En juin 2024, le gouvernement avait estimé que la dette totale en mars 2027 serait de 2 billions de dollars, mais 18 mois plus tard, le gouvernement a estimé que la dette à la même date serait maintenant 68 milliards de dollars plus élevée. De plus, le plafond de la dette du gouvernement a augmenté de 1,4 billion de dollars, ayant plus que doublé en 8 ans.

On s’attend également à ce que la dette des sociétés d’État entreprises augmente considérablement, passant de 376 milliards de dollars en mars 2026 à 518 milliards de dollars en mars 2029, ce qui correspondrait à une augmentation de 33 %. Le gouvernement affirme que cette augmentation reflète les besoins financiers prévus des sociétés d’État entreprises. Nous en entendrons probablement parler davantage dans la mise à jour économique du printemps.

La dette réelle montre la même courbe ascendante. Il y a 10 ans, la dette du gouvernement s’élevait à 918 milliards de dollars. En 2019, elle se chiffrait à 1 billion de dollars. En 2022, elle était de 1,5 billion de dollars, avant de passer à 1,8 billion de dollars en 2025. Nous aurons bientôt le montant de la dette réelle pour 2026, et je sais qu’elle s’élèvera à 2 billions de dollars. En sept ans, la dette réelle du Canada a doublé.

L’augmentation de la dette du Canada est ahurissante. En ne cessant pas d’emprunter, on soulève la question de l’équité générationnelle.

L’augmentation de la dette du gouvernement a également entraîné une augmentation du coût du service de la dette pour le gouvernement, ce qui limitera les dépenses consacrées à des programmes plus efficaces sur les plans économique et social. Il y a 10 ans, le coût du service de la dette s’élevait à 21 milliards de dollars. Cette année, on s’attend à ce qu’il soit de 55 milliards de dollars, avant de grimper à 71 milliards de dollars en 2028-2029 et à 76 milliards de dollars en 2029-2030. Le problème que posent ces estimations, c’est que les projections du gouvernement ne sont pas fiables et que l’histoire nous a appris que le coût du service de la dette est presque toujours plus élevé que les estimations.

En passant en revue le coût estimé du service de la dette pour 2025-2026 lors des cinq dernières années, on constatera que le budget de 2021 prévoyait que ce coût serait de 39 milliards de dollars. Puis, il est passé à 46 milliards de dollars dans le budget de 2023 et à 55 milliards de dollars cette année.

Pour mettre ces 55 milliards de dollars en contexte, le gouvernement s’attend à percevoir 54 milliards de dollars en taxe sur les produits et services cette année. Il prévoit dépenser ce même montant pour les frais de service de la dette, mais l’année prochaine, le montant à percevoir en TPS ne sera pas suffisant pour payer les frais prévus de service de la dette.

En 2020, David Dodge, ancien gouverneur de la Banque du Canada et ancien sous-ministre des Finances, a rédigé un article dans lequel il parle du coût de l’augmentation de la dette. Il a proposé que l’une des cibles budgétaires du Canada lie les frais de service de la dette aux recettes annuelles du gouvernement. Plus précisément, il a recommandé que ces frais ne dépassent pas 10 % des recettes annuelles du gouvernement.

Au moment où cet article a été publié, le budget de 2021 estimait que les frais de service de la dette pour l’exercice en cours représenteraient 9 % des recettes du gouvernement, ce qui est inférieur à la limite de 10 %. Malheureusement — mais sans surprise —, le budget de 2025, publié en novembre, indique que les frais de service de la dette publique pour l’année dernière représentaient 10,5 % des recettes du gouvernement et qu’ils devraient représenter 11 % des recettes du gouvernement pour l’exercice en cours. Pour les exercices 2028-2029 et 2029-2030, le gouvernement prévoit que les frais de service de la dette publique représenteront plus de 12 % et 13 % des recettes publiques, respectivement. Honorables sénateurs, nous allons dans la mauvaise direction.

En conclusion, le gouvernement dépense des sommes records et contracte des dettes records pour protéger et transformer les industries, renforcer l’économie et donner du pouvoir aux Canadiens. Espérons que nous ne serons pas déçus. Merci.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Les honorables sénateurs sont-ils prêts à se prononcer?

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

Une voix : Avec dissidence.

(La motion est adoptée et le projet de loi est lu pour la deuxième fois, avec dissidence.)

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