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Le discours du Trône

Motion d'adoption de l'Adresse en réponse--Suite du débat

10 février 2022


Honorables sénateurs, en prenant la parole aujourd’hui en réponse au discours du Trône, je suis animée par deux sentiments : l’humilité devant les tâches à accomplir et le profond désir de concourir à la réalisation de ces tâches au service des Canadiens et du Canada.

Permettez-moi d’abord de reconnaître que je m’adresse à vous à partir du territoire non cédé des peuples anishinabeg, anishinabe, atikamekw et mohawk. Je salue chaleureusement ces peuples et tous ceux qui, dans notre pays, appartiennent aux Premières Nations, aux Métis et aux Innus.

Tous les Canadiens doivent participer à l’œuvre de réconciliation, qui est heureusement engagée et qui doit bénéficier de notre appui et de notre vigilance.

Honorables sénateurs, je profite de cette première prise de parole pour remercier ma famille, mes amis et mes partenaires d’affaires, qui m’ont encouragée à me joindre à vous. Je dois également remercier le très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada, qui a recommandé ma nomination.

J’apprécie l’accueil chaleureux qui m’a été réservé lors de ma prestation de serment, en novembre dernier, par les sénateurs Marc Gold, Donald Plett, Raymonde Saint-Germain, Pierre Dalphond et Scott Tannas.

À l’occasion du discours du Trône qui a ouvert la 44e législature, le gouvernement a insisté sur le besoin de bâtir une économie plus résiliente afin d’assurer un meilleur avenir pour les Canadiens et le Canada. Pour pleinement réaliser ces objectifs, le gouvernement a identifié les échanges commerciaux, leur maintien et leur croissance comme l’une des plus grandes priorités.

Honorables sénateurs, je me réjouis de ces orientations d’ensemble qui rejoignent le sens profond de ce que j’ai cherché à accomplir durant toute ma carrière. En effet, il y a plus d’un quart de siècle, après avoir gradué de l’Université du Québec à Montréal, j’ai commencé ma carrière en tant que consultante en stratégies.

J’étais responsable des projets pour l’Afrique et chargée d’accompagner nos entreprises dans le développement de leurs affaires sur le continent africain et ailleurs dans le monde. Cette première expérience m’a appris combien il était complexe de commercer avec des partenaires internationaux.

En naviguant à travers des systèmes juridiques et des exigences douanières et fiscales, des spécificités du transport aux transferts financiers et technologiques, des habitudes de consommation aux modes de promotion, j’ai vite compris les arcanes que nos entrepreneurs doivent connaître et maîtriser pour assurer le succès de leurs projets commerciaux ou d’investissement.

J’admire et je respecte énormément nos concitoyens canadiens qui développent notre commerce international. Dans le cas du continent africain, l’absence de précédents, la méconnaissance des circuits privés et des ressources publiques disponibles, le manque de données économiques et commerciales et, dans certains cas, une réputation entachée rendent encore plus complexe l’offre de services-conseils qui peuvent être utiles aux exportateurs canadiens. C’est ce constat qui m’a poussée, en 1995, à créer une firme-conseil, Afrique Expansion Inc., pour mieux faire connaître au milieu d’affaires du Canada les possibilités que présente le continent.

Trois années plus tard, en 1998, devant l’intérêt suscité par nos activités, notamment nos premières missions commerciales en Afrique, j’ai lancé, avec mon époux, une revue économique internationale, Afrique Expansion Magazine. Cette revue est aujourd’hui une référence fiable en matière d’information économique sur l’Afrique en Amérique du Nord.

De plus, il s’agit du seul magazine canadien distribué dans une vingtaine de pays africains. Pour concrétiser les partenariats entre les entreprises canadiennes et africaines, nous avons créé en 2003 le Forum Afrique Expansion, devenu aujourd’hui la plus importante plateforme de rencontres d’affaires entre les investisseurs et exportateurs canadiens et leurs homologues africains.

Tous les deux ans, ce forum réunit à Montréal 500 décideurs et investisseurs africains et canadiens ainsi que des dirigeants d’institutions financières canadiennes et internationales, dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Banque africaine d’import-export, entre autres.

Plusieurs chefs d’État et de gouvernement, des premiers ministres des provinces canadiennes et de nombreux ministres du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux du pays ont également participé au forum.

Depuis sa création, le forum a organisé plus de 3 000 rencontres B2B et permis de conclure des contrats estimés à plusieurs centaines de millions de dollars pour les entreprises canadiennes.

Honorables sénateurs, notre pays n’est pas absent du continent africain et de ses principales institutions, comme la Banque africaine de développement et l’Union africaine. Nous disposons d’une représentation diplomatique qui a certes diminué ces dernières années, ces dernières décennies, mais qui est toujours dévouée et efficace, comme j’ai été en mesure de l’observer à plusieurs reprises. J’ai grandement apprécié la qualité de nos diplomates, dont la présence et le travail sont indispensables à la réussite de nos entreprises.

Certaines de nos grandes institutions, comme EDC, ont une présence effective sur le continent africain, une présence modeste, mais importante. Il ne faut pas non plus oublier le travail remarquable de nos délégués commerciaux, auquel il faut ajouter celui des délégations du Québec en Afrique.

Cependant, compte tenu des données objectives concernant l’évolution de l’Afrique et l’exceptionnel intérêt des grandes puissances vis-à-vis du continent, il semble que le Canada s’est mis en marge et exploite peu les possibilités et les avantages comparatifs que présente l’Afrique aujourd’hui.

Au cours du premier trimestre de la présente année, la Chine, la Russie, la Turquie, l’Union européenne et l’Arabie saoudite ont tenu ou tiendront des sommets avec les leaders des 54 pays du continent. Le commerce est inscrit à l’ordre du jour de toutes ces rencontres de haut niveau. D’autres pays, tels l’Allemagne, l’Italie, le Vietnam, les Émirats arabes unis, la Corée, Israël et le Brésil accélèrent le pas pour former des rapprochements majeurs avec les économies du continent.

Je le répète, avec regret, il apparaît que notre pays s’est mis en marge et exploite peu les possibilités et avantages comparatifs que présentent aujourd’hui les dynamiques démographiques, urbaines, industrielles et technologiques d’un continent qui pourrait compter, en 2040-2050, 2,4 milliards de citoyens, 2,4 milliards de consommateurs et l’une des trois communautés les plus importantes d’internautes du monde, à côté de celles de l’Inde et de la Chine.

Selon le rapport 2020 de l’Observatoire de la Francophonie économique, l’Afrique représente à peine 2 % de tous les échanges commerciaux du Canada. Pourtant, il y a aujourd’hui sur le continent un espace pour l’expansion de notre commerce et donc une chance pour la croissance de notre économie.

Honorables sénateurs, la carte commerciale de notre pays est impressionnante. En effet, comme vous le savez, le Canada et l’Union européenne entretiennent des liens solides dans les domaines du commerce et de l’investissement. Le Canada est aussi fortement engagé en Asie, et l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste viendra enrichir nos liens économiques avec un grand nombre de pays asiatiques.

Or, l’Afrique n’est nulle part dans la cartographie actuelle et recherchée des échanges de biens et de services du Canada vers le monde et du monde vers le Canada. Pourquoi donc négliger l’Afrique dans cette recherche de débouchés alors que le continent présente d’indéniables atouts, alors que toutes les puissances commerciales du monde cherchent à obtenir leur part d’une activité économique qui occupera demain les tout premiers rangs?

Honorables sénateurs, l’Afrique est un grand marché en voie d’unification et représentant un PIB de 3 000 milliards de dollars américains. Ce marché fera de l’Afrique la plus grande zone de libre-échange au monde.

Au milieu du siècle, un être humain sur quatre vivra sur le continent qui sera de loin le plus jeune du monde. Pour la sécurité globale, l’équilibre écologique planétaire et la satisfaction des besoins socioéconomiques de la famille humaine, rien des affaires de l’Afrique n’échappera demain à l’attention du monde. Par ailleurs, rien des affaires du monde ne pourra s’accomplir sans le concours des Africains. Le Canada doit prendre acte et créer avec le continent une dynamique comme celle qu’il a établie et cherche à enrichir avec l’Europe et l’Asie et obtenir des résultats probants.

Honorables sénateurs, je ferai du développement de nos relations avec l’Afrique l’objet principal de ma contribution à l’avancement des affaires de notre pays. Ceci constitue l’ADN de mes engagements personnels et professionnels.

Dans l’immédiat, j’estime que le Canada doit apporter toute son expertise et ses meilleures ressources institutionnelles en appui à la réussite de la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Cette formidable initiative va créer un marché commun composé des 54 pays du continent et vise à favoriser de meilleurs échanges internationaux dont nous aurions besoin.

Devant vous, je fais le rêve que notre pays, le Canada, signe éventuellement un accord de libre-échange avec la ZLECAF et pose ainsi sa signature sur l’inclusion de l’Afrique dans l’économie moderne, au même titre que les autres grandes régions économiques du monde. Cette initiative contribuerait à l’augmentation des échanges entre le Canada et l’Afrique, à la diversification du commerce international canadien et à l’enrichissement de notre économie.

Dans l’intervalle et en guise de préparation, le Canada pourrait élaborer une politique d’accueil de la production africaine de biens et de services dans l’esprit de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) établie par l’administration américaine au début des années 2000. Nous aurions sans doute aussi intérêt à examiner le programme économique Prosper Africa créé par Washington l’an dernier. Il s’agit d’un programme consacré à la croissance accélérée des investissements et des échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis d’Amérique.

Honorables sénateurs, un meilleur développement de nos relations économiques et commerciales avec les pays africains, leurs communautés économiques régionales et leur zone de libre-échange continental enrichirait certainement notre économie. Il déboucherait aussi sur de meilleurs appuis politiques et diplomatiques pour nos initiatives internationales. Nous en avons eu besoin dans le passé. Nous en aurons besoin dans l’avenir.

Chers collègues, par des lois et des actions concrètes, les législateurs que nous sommes pouvons faire bouger les choses et ainsi participer aux changements culturels, sociaux et économiques.

Je me réjouis de la possibilité qui est la mienne de pouvoir poursuivre ces objectifs avec vous, dans cette assemblée, et en solidarité avec tous les Canadiens que nous avons le privilège de servir.

Je vous remercie de votre aimable attention. Asante.

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