Le cent vingt-cinquième anniversaire du Mouvement Desjardins
Interpellation--Ajournement du débat
24 mars 2026
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui dans le cadre de l’interpellation de la sénatrice Moncion pour souligner les 125 ans du Mouvement Desjardins, la première coopérative d’épargne de crédit en Amérique du Nord.
Chers collègues, je partage l’ensemble des propos louangeurs tenus par mes collègues quant au rôle important joué par cette institution financière québécoise pour permettre notamment un accès au crédit à des conditions favorables, en plus de favoriser l’émancipation des francophones dans le monde de la finance.
Au lieu de répéter les propos tenus par mes collègues, permettez-moi de partager avec vous une approche plus personnelle basée sur mon vécu et mon lien personnel avec le Mouvement Desjardins.
En tant que fils cadet d’une famille de huit enfants, ma mère, qui était la ministre des Finances du foyer, m’avait sensibilisé très rapidement aux vertus de l’épargne, dès l’école primaire, en m’encourageant à déposer mes gages obtenus comme servant de messe à la Caisse populaire de Saint-Marc-des-Carrières, bien connue par la sénatrice Petitclerc.
Quelle surprise de constater qu’à la fin de la première année, le solde qui figurait dans mon livret de caisse était plus élevé que la somme de mes petits dépôts effectués tout au long de l’année, non seulement en raison des intérêts versés, mais aussi, évidemment, grâce à la fameuse ristourne! Le jeune économe en moi venait d’attraper la piqûre pour l’économie et la finance.
Honorables sénateurs et sénatrices, vous pouvez facilement vous imaginer la joie et la fierté éprouvées à la fin de mes études universitaires en économie quand j’ai été embauché à titre d’économiste par Desjardins pour travailler au siège social de la Fédération des Caisses populaires à Lévis.
À cette époque, l’actif cumulé du Mouvement Desjardins atteignait à peine 10 milliards de dollars, comparativement à plus de 500 milliards de dollars aujourd’hui.
Quel soulagement ce fut également pour mes parents cultivateurs, qui avaient fait de gros sacrifices pour payer mes études, de voir leur plus jeune décrocher un emploi au siège social de la Caisse populaire à Lévis, sans nécessairement être en mesure d’expliquer en détail à leurs amis ou aux membres de la famille ce qu’un économiste faisait sur une base quotidienne! C’est un défi de pédagogie qui existe encore aujourd’hui.
Plus tard dans ma carrière, j’ai eu la chance de siéger au conseil d’administration de la Caisse populaire de Lauzon. C’est là que j’ai pu constater la forte implication des Caisses Desjardins, non seulement dans le développement économique local, mais aussi dans le soutien aux organismes communautaires.
En tant qu’administrateur, le gérant de la caisse m’avait fait comprendre, dès ma première réunion du conseil, que l’important, pour une majorité des membres de la caisse, n’était pas le volume des prêts autorisés au courant de l’année ou à la taille des actifs, mais surtout le bilan social. Un refus de commandite ou de don par une succursale bancaire pour soutenir une activité communautaire locale était chose courante en région. Toutefois, refuser une demande de la part d’une caisse pour un organisme sans but lucratif pour l’organisation d’une activité culturelle sportive était inconcevable.
Vingt-sept ans plus tard, j’ai pu constater que le Mouvement Desjardins souffrait d’un manque important de visibilité et de notoriété ici même, à Ottawa.
À ma grande surprise, alors que j’occupais les responsabilités de conseiller spécial au ministère fédéral des Finances en 2008-2009, j’ai pu constater que plusieurs fonctionnaires ignoraient que Desjardins était l’institution financière la plus importante au Québec en ce qui a trait aux parts de marché.
Ce n’est pas un blâme ni un reproche à l’endroit de la haute fonction publique fédérale ou de nos décideurs publics, mais plutôt le résultat qui s’explique par le fait que le Mouvement Desjardins figure rarement sur l’écran radar à Ottawa, puisqu’il n’est pas assujetti à la réglementation fédérale.
Quelle satisfaction pour moi d’avoir pu convaincre, dès le début de la crise financière de 2008-2009, mon nouveau patron de l’époque, M. Tiff Macklem, alors sous-ministre fédéral associé aux Finances, d’inviter un représentant du Mouvement Desjardins à se joindre à la table de concertation spéciale composée d’Exportation et développement Canada, de la Banque de développement du Canada et de la Banque du Canada!
Pour ménager des susceptibilités, un coup de téléphone a été nécessaire auprès du ministre des Finances du Québec pour avoir sa permission afin que Desjardins soit autour de la table.
Voilà un reflet de notre système fédéral, qui a des responsabilités partagées au chapitre financier.
Soulignons que le Mouvement Desjardins est très respecté à l’échelle internationale. Il est souvent sollicité par plusieurs dirigeants de pays en développement pour mettre sur pied des coopératives d’épargne de crédit en vue de favoriser le développement économique local au profit de la communauté.
À titre de ministre du Développement économique du Québec et, à cet égard, de ministre responsable des coopératives, j’ai pu me rendre compte de l’attrait du Mouvement Desjardins lors de mes participations annuelles à Davos.
Après tout, le Québec est reconnu comme le berceau de la formule coopérative en Amérique du Nord.
Pour conclure, le succès continu du Mouvement Desjardins témoigne du fait que sa mission de promouvoir la responsabilité personnelle et mutuelle, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité est tout aussi pertinente aujourd’hui qu’au début du siècle dernier.
Je souhaite longue vie au mouvement Desjardins. Merci de votre attention.