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Projet de loi sur le Mois du patrimoine hellénique

Troisième lecture

3 novembre 2026


L’honorable Tony Loffreda [ + ]

Propose que le projet de loi S-220, Loi désignant le mois de mars comme Mois du patrimoine hellénique, soit lu pour la troisième fois.

— Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui, à l’étape de la troisième lecture, au sujet du projet de loi S-220, intitulé Loi désignant le mois de mars comme Mois du patrimoine hellénique.

Je serai bref, mais je tiens tout d’abord à remercier les membres du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie ainsi que sa présidente, la sénatrice Moodie, et sa vice-présidente, la sénatrice Burey, pour l’examen minutieux qu’ils ont consacré à ce projet de loi. Je suis ravi que le comité l’ait renvoyé au Sénat sans amendement la semaine dernière.

Je tiens également à remercier le sénateur Housakos de son appui et d’avoir soutenu cette initiative depuis que nous avons commencé à y travailler à la fin de l’année 2022.

Je remercie également toutes les personnes qui ont contribué à cet effort, y compris les 150 personnes et organismes que j’ai consultés lors du processus de rédaction, les 3 témoins qui ont comparu devant le comité et les membres de la communauté qui ont soumis des lettres d’appui.

Comme je l’ai dit lors des travaux du comité, ce projet de loi ne représente peut-être que quelques lignes de législation, mais son importance va bien au-delà de ces lignes. Toutes les contributions parlementaires significatives ne peuvent pas se mesurer en économies réalisées ou en programmes créés.

Parfois, le rôle du Parlement est de reconnaître les gens, de préserver l’histoire et d’affirmer les valeurs qui rassemblent les Canadiens. C’est exactement ce que nous donne l’occasion de faire le projet de loi S-220.

J’aimerais vous faire part de deux extraits des témoignages que nous avons entendus la semaine dernière et qui expliquent pourquoi cette reconnaissance est importante. M. Basile Angelopoulos, président de la Communauté hellénique du Grand Montréal, nous a rappelé que les Canadiens peuvent être fiers de leurs racines ancestrales, fiers d’être Québécois et tout aussi fiers d’être Canadiens. Ces identités ne s’excluent pas mutuellement; elles s’enrichissent mutuellement.

Il a expliqué que l’hellénisme représente bien plus que le patrimoine culturel. De l’Athènes antique aux enseignements philosophiques en passant par le développement de la pensée démocratique, le monde hellénique a contribué à façonner la civilisation occidentale. L’écho de ses idéaux immuables — la liberté, la démocratie, la primauté du droit, la dignité humaine et la responsabilité civique — résonne toujours au Canada.

Le Mois du patrimoine hellénique, nous a-t-il dit, reconnaît que des générations de Canadiens d’origine grecque ont fait progresser ces idéaux communs et ont apporté leur contribution au pays que nous sommes fiers d’habiter aujourd’hui.

Le comité a également entendu le témoignage de Scott Gallimore, professeur à l’Université Wilfrid Laurier et ancien président de l’Institut canadien en Grèce. Il nous a rappelé que la sauvegarde du patrimoine ne consiste pas seulement à comprendre le passé, mais aussi à préserver l’histoire pour les générations futures. Or, dans le monde entier, le patrimoine est de plus en plus menacé par les pressions environnementales, les conflits armés, les enjeux politiques et les divisions sociales.

Comme l’a souligné le professeur Gallimore, le Canada peut donner l’exemple et montrer ce que signifient reconnaître les diverses communautés culturelles, célébrer leurs contributions et accepter la riche mosaïque culturelle qui compose son identité nationale. Il a souligné que faire du mois de mars le Mois du patrimoine hellénique permettrait de reconnaître l’une de ces cultures tout en réaffirmant l’engagement du Canada à l’égard du patrimoine multiculturel.

Honorables sénateurs, je n’aurais pas pu mieux dire. En tant que Canadien d’origine italienne de deuxième génération, je comprends l’importance de préserver le patrimoine que nos parents et nos grands-parents ont apporté avec eux. Nous n’avons pas à choisir entre célébrer nos racines et être fiers d’être Canadiens. Les deux se renforcent mutuellement.

C’est précisément ce que le projet de loi S-220 cherche à reconnaître. Je prie respectueusement mes collègues d’appuyer ce projet de loi et de faire en sorte que cette importante mesure législative franchisse enfin la ligne d’arrivée. Adoptons le projet de loi S-220 aujourd’hui. Merci. Meegwetch.

L’honorable Leo Housakos (leader de l’opposition)

Honorables sénateurs, c’est avec beaucoup d’enthousiasme et de fierté que je prends la parole pour appuyer, en tant que porte-parole bienveillant, le projet de loi S-220, qui vise à désigner le mois de mars comme le Mois du patrimoine hellénique. Je tiens avant tout à remercier le sénateur Loffreda d’avoir adopté ce projet et de l’avoir fait avec autant d’enthousiasme. J’ai dit assez souvent que le sénateur Loffreda se prenait pour un Grec, mais la vérité, c’est qu’il est un véritable ami de la communauté hellénique de tout le pays. Nous le revendiquons comme l’un des nôtres.

Merci, sénateur Loffreda, pour cet important projet de loi.

Beaucoup parmi vous connaissent mon point de vue sur les mois du patrimoine des diverses communautés ethniques. Il s’agit d’une reconnaissance symbolique, mais aussi d’un geste qui a beaucoup d’importance pour beaucoup de monde. Au bout du compte, tous les futurs Canadiens qui débarquent au Quai 21 ou dans n’importe quel aéroport du pays arrivent avec un rêve. Ils se sont promis d’être un bon Canadien et de participer à l’édification de ce grand pays, un pays qui, historiquement, depuis les Français jusqu’à toutes les autres ethnies, en passant par les Anglais, a accueilli des gens du monde entier.

Peu importe leur origine, tous ceux qui sont venus ici l’ont fait pour fuir une forme de persécution ou des difficultés économiques. Les Irlandais ont quitté l’Irlande à cause de la famine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Canada a été inondé d’immigrants européens.

Ce projet de loi est un point culminant pour mes parents, qui sont arrivés au Canada dans les années 1950. Ils sont arrivés ici en tant qu’immigrants et ont fait du Canada leur pays. Je suis sûr que ma mère est en train de nous regarder de quelque part là-haut. Mon père a 92 ans. Les immigrants de cette génération sont venus ici avec un même objectif en tête : réussir, travailler fort, contribuer et se sentir membre à part entière de l’identité canadienne. Ce projet de loi est une toute petite manière de reconnaître qu’ils y sont parvenus.

Je me souviens que ma mère était allée à une fête au sud de la frontière. Nous étions en vacances. Il y avait un groupe de gens, des Américains, évidemment, qui bien souvent ne comprennent pas les nuances de notre identité canadienne. Ils ont commencé à discuter, et une dame a demandé à ma mère d’où elle venait. Elle a répondu qu’elle venait du Canada, qu’elle était Canadienne. Cette dame a ensuite demandé : « Mais quel genre de Canadienne êtes-vous? » Et ma mère de répondre : « Je suis une vraie Canadienne. » C’était très important pour elle. Toute sa vie, elle a été fière de son identité canadienne.

La génération qui est arrivée ici était fière de son origine ethnique et des valeurs helléniques qu’elle apportait ici, des valeurs dont le sénateur Loffreda a parlé — le travail acharné, la responsabilité civile et la philanthropie —, mais elle voulait aussi s’intégrer. Elle voulait s’assurer qu’en fin de compte, ses enfants, à qui elle voulait donner une meilleure chance, seraient reconnus comme de vrais Canadiens.

Tout a commencé avec Juan de Fuca, le premier Grec à débarquer au Canada, en 1592. Beaucoup ne savent peut-être pas que le détroit de Juan de Fuca a été découvert par Ioannis Phokas, un explorateur grec de l’île de Céphalonie. Il a débarqué ici et a découvert le détroit de Juan de Fuca en 1592. C’est dire à quel point les racines helléniques de notre grand pays remontent à loin.

Bien sûr, nous avons vu une pléthore de Grecs arriver ici au XIXe siècle. Comme je l’ai dit, beaucoup sont arrivés après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950 et 1960. Ils ont travaillé fort. Ils ont fait un travail difficile dans les chemins de fer, dans l’industrie alimentaire, dans l’agriculture et dans la construction. Ils faisaient souvent le travail que les autres ne voulaient pas faire. C’est vrai de tant d’immigrants issus de tellement de groupes à divers moments de notre histoire.

Là où se trouve aujourd’hui ma mère et des milliers d’autres Canadiens d’origine hellénique, je ne pense pas qu’ils célèbrent seulement le fait que les Grecs ont donné naissance à la démocratie. Nous avons donné naissance au Parlement, et nous avons donné naissance au concept du Sénat et de la démocratie, où « le pouvoir au peuple » signifiait plus que toute autre chose — ces principes étaient tous merveilleux — les mathématiques, les sciences et ainsi de suite. Ils sont là-haut, nous regardent, et ils se disent que leurs efforts en valaient la peine parce qu’ils voient maintenant le Canada.

Ils voient un Canada où, à la Cour suprême du Canada, il y a la juge Andromache Karakatsanis. Il y a des juges comme Peter Pamel et David Stratas de la Cour d’appel fédérale, puis la juge Ria Tzimas. Il y a des parlementaires et d’anciens ministres comme Tony Clement, des députés comme Costas Menegakis et Peter Fragiskatos. Puis, aujourd’hui, il y a Leo Housakos. Le nom Housakos au Sénat n’est pas si important parce que je suis en fait le quatrième sénateur d’origine grecque. Beaucoup m’ont précédé. Il y a plus d’un Hellène au Sénat aujourd’hui. Ce que beaucoup d’entre vous ne savent peut-être pas, c’est que le sénateur Boudreau est un huitième de sang hellène. Bien sûr, pour nous, les Hellènes, quand on est huitième de sang grec, c’est important; cette part l’emporte sur toutes les autres.

Il y a d’excellents professeurs au pays, comme André Gerolymatos, de l’Université Simon Fraser. Il n’est plus parmi nous, mais il a fondé le deuxième département d’études helléniques en importance au monde, à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.

Alex Anthopoulos est un excellent directeur général qui a dirigé de nombreuses équipes du baseball majeur. Nick Kypreos a joué dans la LNH. Alexandre Despatie est un grand athlète olympique. La liste des Hellènes qui excellent dans toutes les sphères de la société est longue.

Vassy Kapelos est une excellente animatrice tous les soirs. Elle chie un peu trop sur le Parti conservateur, mais c’est une tout autre histoire. Je l’aime bien quand même.

Bien sûr, Nik Nanos, un grand sondeur au Canada, a aussi des racines dans la communauté hellénique. La liste est longue.

Il y a aussi de grands entrepreneurs. Mike Lazaridis a inventé le téléphone intelligent; c’est de sa faute si nous sommes toujours connectés.

Nous avons d’excellents ministres, comme Christos Sirros, à l’échelle provinciale et partout au pays.

Je pourrais parler encore longtemps de toutes les grandes contributions des Hellènes à notre pays. La vérité, c’est que ce projet de loi ne vise pas à reconnaître les Canadiens d’origine hellénique de première, de deuxième ou de troisième génération, comme moi, parce que nous sommes les plus privilégiés. Naître et grandir dans ce pays en tant que citoyen canadien, peu importe notre origine, c’est l’ultime privilège. C’est ce que ressentait ma mère. Mon père, qui a maintenant 92 ans, se sent encore comme cela. Or, cette mesure législative rend hommage à tous ceux qui ne sont pas nés ici, mais qui ont choisi de venir ici ou qui sont venus en raison de circonstances particulières. Ils ont apporté une grande contribution, et je les en remercie. Le Canada les en remercie.

Je vais vous faire part d’une dernière réflexion qui définit essentiellement qui je suis et tout ce que je fais. Le mot grec philotimo est un mot qui est inscrit en vous dès votre naissance, parce que vous ne voulez pas que votre mère ou votre père vous appelle aphilotimo, ce qui est le contraire de philotimo. Ce mot signifie essentiellement l’honneur. Honorez votre communauté. Honorez votre famille. Honorez votre passé, votre présent et votre avenir, et honorez aussi la société dans laquelle vous vivez.

Il n’existe aucune vraie traduction du mot philotimo, mais les Grecs qui sont venus au Canada avaient cette qualité. Ils l’arboraient fièrement. Ils ont laissé leur empreinte et fait leur marque dans notre pays.

Ce projet de loi est une humble manière d’en témoigner. Merci, chers collègues.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Sénatrice Simons, voudriez-vous poser une question?

L’honorable Paula Simons [ + ]

J’aimerais poser une question. C’était un beau discours, sénateur Housakos.

Merci.

La sénatrice Simons [ + ]

Est-ce que votre mère et votre père aimeraient que vous disiez cela à propos de Vassy? Voudriez-vous nuancer vos propos?

Non, nous sommes ici au Parlement. Nous avons le droit de nous exprimer librement. Après tout, Vassy Kapelos est une de mes amies. J’aurais peut-être pu employer les mots autrement. Je suis un peu déçu qu’elle se montre parfois sévère envers mon parti politique, mais c’est, encore une fois, son droit en tant que journaliste. Je pense que c’est une très bonne journaliste, mais je disais simplement, sur le ton de la plaisanterie, que je la trouvais un peu trop sévère envers mon parti.

Je pense que Vassy ne sera pas trop dure avec moi en retour.

La sénatrice Simons [ + ]

Mes oreilles sont sensibles... Je vous ai peut-être mal entendu, mais il me semble que vous avez employé un mot qui désigne la défécation, et je pense que c’est un langage non parlementaire. C’était un charmant discours, mais ne souhaiteriez-vous pas reconsidérer l’opportunité de ce choix de mot dans cette enceinte?

Sénatrice Simons, vous êtes ici depuis assez longtemps pour savoir qu’il n’y a pas de liste de termes non parlementaires au Sénat. C’est à la discrétion du Président. Tous ceux qui ont écouté mon discours ont compris que mes propos au sujet de Vassy n’avaient rien de malveillant. Laissons au Président le soin de déterminer ce qui est parlementaire ou non. À ce que je sache, vous n’avez pas été désignée pour occuper le fauteuil de la présidence du Sénat.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

(La motion est adoptée et le projet de loi, lu pour la troisième fois, est adopté.)

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