DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le décès de l'honorable Todd Lewis
Interpellation--Fin du débat
29 septembre 2026
Ayant donné préavis le 28 septembre 2026 :
Qu’il attirera l’attention du Sénat sur la vie de l’honorable Todd Lewis.
— Honorables sénateurs, je prends la parole pour rendre hommage à un homme bienveillant et doux, un collègue, un mentor, un modèle, un ami, quelqu’un qui s’est joint à nous il y a peu de temps et qui nous a quittés bien trop tôt.
Trois choses me reviennent particulièrement à l’esprit. Le sénateur Lewis a prononcé son premier discours au Sénat le mardi 28 octobre 2025, afin d’apporter son soutien à mon projet de loi, le projet de loi S-230. Comme vous l’avez déjà entendu, il nous a fait rire dès les premières secondes de son discours, dont une partie portait sur les sols de la Saskatchewan en général et sur sa propre exploitation agricole en particulier. Il a souligné la bonne santé des sols des Prairies, et plus particulièrement celle des sols de son exploitation. Avec une étincelle dans le regard et un petit sourire en coin, il nous a confié qu’il disposait d’une couche de terre arable de 25 pieds d’épaisseur sur une grande partie de son exploitation, ce qui est véritablement inusité ailleurs au pays.
Quand la sénatrice Robinson m’a téléphoné le 1er août au matin, je me trouvais dans une ferme forestière près de Wroxeter, en Ontario. Le propriétaire de la pépinière, Emanuel Martin, m’expliquait les particularités d’une nouvelle essence d’arbre qu’il avait à vendre : le cèdre géant vert. Après avoir longuement pleuré avec la sénatrice Robinson et repris mes esprits, M. Martin m’a offert un de ces cèdres en me demandant de le transplanter et d’en prendre soin. Chers collègues, j’ai planté ce cèdre géant vert dans un bosquet tranquille, le long d’un sentier particulier sur notre propriété, à la mémoire d’un autre géant à mes yeux, le sénateur Todd Lewis.
Enfin, chers collègues, j’ai partagé avec la famille du sénateur Lewis une citation que j’avais trouvée il y a longtemps — vous ne devinerez jamais — sur une bouteille de vin d’un petit vignoble de l’État de New York. Il s’agissait des mots de la jeune Hannah Senesh, une poète et dramaturge née en 1921 et morte en 1944. Elle a passé les dernières années de sa vie dans la résistance juive sous le commandement des forces armées britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses mots m’ont réconforté à maintes reprises par le passé :
Il y a des étoiles qui brillent sur terre même après leur disparition. Il y a des êtres qui continuent à illuminer le monde même après leur mort. Ces lumières sont particulièrement scintillantes même quand la nuit est profonde. Elles éclairent le chemin de l’Humanité. Au fil de notre vie, ainsi nous nous souviendrons.
J’ai vu le sénateur Lewis pour la dernière fois le jeudi 16 juillet, quand nous avons déjeuné sur le front de mer d’Halifax en compagnie de son épouse, Terry, de mon épouse, Julie, de la sénatrice Robinson et d’autres personnes. Au moment de se quitter, il m’a serré dans ses bras. Il m’a dit de prendre soin de moi et m’a souhaité un bel été. Deux semaines plus tard, il avait disparu.
Le sénateur Lewis, un géant paisible comme ce cèdre, me manquera. Le souvenir que je garderai de lui sera celui d’un mentor et de l’une des étoiles qui me guideront. Je souhaite à son épouse, Terry, à sa fille, Kim, à ses frères, Rod et John, et à leur famille, ainsi qu’à ses amis, de trouver la paix et le réconfort en compagnie de leurs proches, de leurs amis et de souvenirs très spéciaux. Repose en paix, Todd.
Honorables sénateurs, amis et membres de la famille du sénateur Lewis, le sénateur Lewis a été des nôtres pendant une courte période, mais il a laissé une impression durable sur nous tous qui avons eu le privilège de le connaître.
Un des souvenirs de lui qui resteront gravés dans ma mémoire, c’est la visite de sa ferme près de Gray, en Saskatchewan, que j’ai effectuée avec mon personnel en juillet dernier. Cette journée a donné un aperçu des qualités qui ont fait du sénateur Lewis une personne et un collègue aussi remarquable.
Nous avons commencé notre visite à l’aréna de Gray, qui sert également de musée municipal. Il était rempli de souvenirs liés au hockey et à des décennies d’histoire locale, et on pouvait y apercevoir tous les signes d’une collectivité qui prend soin des siens et qui est fière de ses origines. J’ai été frappé par le fait que c’était l’endroit idéal pour rencontrer le sénateur Lewis. C’était un homme très proche de sa famille et profondément enraciné dans sa collectivité, sa province, la Saskatchewan, et les terres qu’il cultivait depuis plus de 40 ans.
Ce lien avec la collectivité s’est reflété dans son mode de vie. Il a siégé pendant plus de 20 ans à son conseil municipal, il a siégé au conseil scolaire local, il a été pompier volontaire et il a consacré d’innombrables heures à l’aréna et au centre communautaire de sa localité. Il a passé sa vie à s’occuper des gens et des lieux où il se sentait chez lui.
À la ferme familiale, le sénateur Lewis nous a montré ses terres et son équipement. Il est vite devenu évident qu’il maîtrisait la technologie de pointe des machines les plus sophistiquées. À ses yeux, innovation et tradition allaient de pair. Les progrès technologiques étaient une façon de plus de protéger la terre, d’assurer sa pérennité et de perpétuer un savoir-faire transmis de génération en génération.
Agriculteur de quatrième génération, il a défendu avec conviction les intérêts du secteur agricole de la Saskatchewan, d’abord à titre de président de l’Agricultural Producers Association of Saskatchewan et, plus tard, dans le rôle de premier vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture.
Il a mis cette expérience pratique au service du Sénat.
Je ne me souviens toutefois pas uniquement de ses réalisations. Je me souviens aussi de la chaleur avec laquelle il parlait de sa famille et de ses terres. Je me souviens de sa nature authentique, de sa générosité et de sa loyauté envers les Roughriders. Il avait porté les couleurs des Rams de l’Université de Regina, et tout au long de sa vie, la fierté et l’attachement qu’il éprouvait envers la Saskatchewan ne se sont jamais démentis.
Crystal et Toby Frisk, qui étaient amis avec le sénateur Lewis depuis plus de 40 ans, le décrivent comme un homme humble, issu d’une petite ville, qui était un leader, un gentleman et un pilier de sa communauté. Crystal, qui le connaissait depuis qu’ils étaient tout jeunes, a dit qu’il avait le don de tisser des liens d’amitié dès la première rencontre avec son grand sourire et sa joie de vivre. Je ne saurais mieux dire.
Je me souviendrai également des propos chaleureux qu’il tenait à l’égard de son équipe. C’était là un petit exemple, mais un exemple révélateur de son leadership. Il comprenait qu’on ne réalise jamais un travail de qualité tout seul. Le passage du sénateur Lewis au Sénat a été bien trop court, mais il nous a donné un aperçu de ses connaissances, de sa sagesse pratique et de son engagement envers la Saskatchewan et le Canada rural, qu’il nous a légués pour que nous les perpétuions.
Avant de conclure, je souhaite mentionner aux sénateurs cette couche de terre arable de 25 pieds d’épaisseur. Elle provient des grands travaux d’excavation effectués au lac Wascana, en face de l’assemblée législative.
Je tiens à dire à sa famille que nous sommes extrêmement reconnaissants qu’il ait partagé un peu de sa vie avec nous, même brièvement. Il reste dans nos cœurs; nous ne le perdrons jamais.
Honorables sénateurs, vous savez ce qu’on dit à propos des agriculteurs : ils doivent être optimistes, sinon ils feraient autre chose. C’est un mode de vie : sans les agriculteurs, il n’y a rien à manger. Nous connaissons tous les clichés, mais celui-ci décrit vraiment Todd : on récolte ce que l’on sème. C’est une règle d’or, et elle définissait Todd. Il a toujours semé la générosité et il a récolté le respect de toutes les personnes l’ayant connu.
Todd était effectivement un optimiste. Il croyait en l’importance de travailler avec ardeur, de prendre le temps de faire changer les gens d’opinion et de donner à tout le monde le bénéfice du doute, parce que c’était la chose à faire. Todd croyait qu’aucun geste de bonté, aussi petit soit-il, n’est jamais vain si on essaie d’aider les autres à comprendre son point de vue et à voir pourquoi ce point de vue est également important pour eux.
Il a accompli tout cela par l’entremise de l’Association des producteurs agricoles de la Saskatchewan et ici, au Sénat. Il a même invité un ancien premier ministre à visiter sa ferme pour voir à quoi cela ressemble et pour comprendre l’importance de l’agriculture pour les finances d’Ottawa.
Quand l’occasion de servir son pays dans cette enceinte s’est présentée, Todd ne s’est pas demandé s’il en était digne ou s’il pouvait avoir une influence. La question était plutôt de savoir comment il réussirait à conjuguer toutes les facettes de sa vie : faire tourner la ferme, continuer à défendre les causes qui lui tenaient à cœur, assumer les obligations de sa charge et trouver malgré tout du temps pour ceux qui comptaient le plus à ses yeux : sa famille.
Todd était de ces personnes qui inspirent immédiatement la sympathie. Que ce soit dans une file d’attente à l’aéroport, autour d’un bon repas ou lors d’une conversation entre deux votes, il avait ce don de mettre les autres à l’aise. Son regard était bienveillant, et son sourire, chaleureux. Todd avait le cœur sur la main. Cela dit, il aurait été mal avisé de confondre cette bonhomie naturelle avec de la faiblesse. Il avait l’esprit vif et une détermination à toute épreuve. Après tout, les gars de ferme de la Saskatchewan sont de solides gaillards.
Nous blaguions souvent en disant que nous venions d’un coin de pays où l’on peut voir son chien courir au loin pendant deux semaines tellement c’est plat. Et nous ne pouvions nous empêcher de sourire lorsque certains, en route vers Winnipeg ou Calgary, n’y voyaient que des champs à perte de vue et un horizon sans fin. Manifestement, ils ne regardaient pas au bon endroit.
Aussi belle que soit la Saskatchewan, les conditions de vie peuvent aussi y être difficiles. C’est dans des environnements hostiles que se forge le caractère. Même le projet le plus simple peut être perturbé par une tempête de neige en avril ou de la grêle en août. Les éléments vous mettent à l’épreuve, et personne ne le sait mieux qu’un agriculteur.
Todd était un enfant de la terre, et il en était le gardien. Le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre est le suivant : tous ceux qui l’ont connu le considéraient comme un ami, car c’est ce qu’il était.
Todd, vous nous manquez énormément, et nous continuerons à ressentir votre absence profondément. Nous sommes de tout cœur avec vous, Terry, Kim et toute la famille. Nous ferons de notre mieux pour vous soutenir, car nous savons qu’il aurait fait de même.
Honorables sénateurs, membres de la famille de Todd, j’ai grandi dans une ferme du Sud de l’Ontario. Adolescent, j’ai travaillé avec des hommes parmi les plus perspicaces et les plus respectueux que j’aie connus. Ils parlaient souvent de leur jeunesse et de la vie agricole dans les années 1920 et 1930. Un vieil agriculteur au doux tempérament m’a raconté ses débuts en Saskatchewan. Il a dû travailler fort avant de pouvoir enfin s’acheter un cheval et une simple charrue. À la fin des années 1920, disait-il, les occasions ne manquaient pas.
Cela n’a pas duré. Les revenus agricoles de la Saskatchewan ont chuté de 97 % entre 1928 et 1933. Il est parti et il n’est jamais revenu.
Il semble que les leçons de la Grande Dépression se soient gravées dans l’ADN de ceux qui sont restés — ceux qui se sont battus pour survivre et rebâtir. Ces 12 dernières années, mon frère Rich a eu l’honneur de faire la connaissance des habitants de Gray, en Saskatchewan, et de la famille Lewis en particulier. Je vais citer mon frère :
Il arrive parfois, bien que rarement, qu’on arrive dans un village, aussi petit soit-il, et qu’on soit frappé par la richesse de sa communauté [et] par sa beauté intérieure.
Le village de Gray, en Saskatchewan, qui compte moins d’une centaine d’habitants, est l’un de ces endroits [...] qui semblent flotter sur un océan de blé et de canola.
C’est à Gray que Todd Lewis a grandi. Il y est resté, et il a fini par devenir un leader local. C’est Gray qui a forgé son bon caractère, sa détermination à résoudre les problèmes et son instinct à toujours mettre la main à la pâte et à aider les autres.
Il a manifesté ces mêmes qualités dans ses diverses fonctions provinciales et, enfin, nationales, y compris au Sénat où, comme nous l’avons tous dit, il n’a passé que trop peu de temps.
Je me permets de citer encore mon frère Rich.
Pour mieux comprendre qui était Todd, on peut se rendre à l’aréna Gray, avec sa patinoire naturelle ouverte de novembre à mars et ses soupers communautaires du vendredi où, avec famille et voisins, il organisait, cuisinait et servait le repas.
Les besoins de tout le monde étaient pris en compte, depuis les personnes en fauteuil roulant jusqu’aux enfants, qui bénéficiaient d’une aire de jeu et de coloriage.
La grande salle est en quelque sorte la chapelle Sixtine des Prairies, avec son plafond décoré d’une carte d’arpentage de la région dont chaque carreau affiche le nom de famille des premiers pionniers, suivi en dessous de celui des propriétaires subséquents.
C’est un hommage aux gens aussi robustes que motivés qui ont bâti Gray.
Après plus de 100 hivers comme en connaissent les Prairies, les carreaux affichent encore souvent le nom de la même famille, signe également que [...] les gènes [...] et la détermination [...] se sont perpétués jusqu’à aujourd’hui.
Chers collègues, une bonté sans faille, le réflexe de répondre aux besoins de chaque membre de la collectivité, un profond respect pour les sacrifices de ceux qui nous ont précédés et la volonté d’aider les autres, surtout dans les moments les plus difficiles : voilà les valeurs qui définissaient l’honorable sénateur Todd Lewis. Il nous manquera terriblement.
Merci, chers collègues.
Honorables sénateurs, chers membres de la famille du sénateur Lewis, la première fois que j’ai rencontré le sénateur Todd Lewis, alors que je lui souhaitais la bienvenue au Sénat du Canada et que je voulais montrer que j’avais moi aussi un lien avec la Saskatchewan, j’ai mentionné que mon fils, Craig Berube — pas l’ancien entraîneur des Maple Leafs, car mon fils, lui, a toujours un emploi —, avait fréquenté le Collège Athol Murray de Notre Dame, à Wilcox, en Saskatchewan, et qu’après ses études secondaires, il avait joué avec les Hounds, une équipe de hockey junior A.
Le sourire immédiat de Todd était aussi large et expansif que le ciel de la Saskatchewan. Il a dit : « Vous êtes passés juste à côté de ma ferme. »
Par la suite, il nous arrivait souvent d’entrer ensemble dans l’édifice du Sénat du Canada, et nos conversations se déroulaient toujours de la même manière : chaleureuses et amicales, avec des nouvelles de la situation des exploitations agricoles en Saskatchewan. Parfois, nous parlions un peu de hockey ou de football, juste pour le plaisir.
Le sénateur Lewis représentait la Saskatchewan. Il incarnait tous les Saskatchewanais. Je suis persuadée qu’il avait un ami, un parent ou un proche dans chaque province et territoire du Canada. Il répondait avec patience et courtoisie à toutes les questions liées à l’agriculture, et il faisait preuve d’une attention et d’une gentillesse sincères envers la personne qui les posait. Même dans les conversations les plus brèves, il manifestait un intérêt sincère pour le bien-être de tout un chacun.
Le décès du sénateur Lewis est une perte pour la Saskatchewan, pour notre pays et, surtout, pour sa famille. Je vous présente mes sincères condoléances. Mes pensées vous accompagnent dans cette épreuve difficile marquée par le deuil et un sentiment de perte. Sachez que je suis profondément reconnaissante d’avoir pu le côtoyer, même brièvement, et je vous remercie de nous avoir permis à tous, ici au Sénat du Canada, de profiter de sa présence. Merci.