Le rôle essentiel des immigrants
Interpellation--Ajournement du débat
24 février 2026
Ayant donné préavis le 10 décembre 2025 :
Qu’il attirera l’attention du Sénat sur le rôle essentiel qu’ont joué — et jouent toujours — les immigrants dans la croissance économique, la richesse culturelle et le tissu social du Canada.
— Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui au sujet de mon interpellation attirant l’attention du Sénat sur le rôle essentiel qu’ont joué — et jouent toujours — les immigrants dans la croissance économique, la richesse culturelle et le tissu social du Canada.
Cette interpellation fait suite au travail important entrepris en 2020 par notre ancienne collègue l’honorable Ratna Omidvar, qui a attiré l’attention du Sénat sur le lien entre la prospérité antérieure, actuelle et future du Canada et sa connexion profonde à l’immigration.
La sénatrice Omidvar, elle-même immigrante et une autorité respectée en la matière, a fondé le groupe de travail du Sénat sur l’immigration et a mené cette discussion avec clarté et conviction. Je suis fier de poursuivre ce travail aujourd’hui et je suis ravi que de nombreux sénateurs aient déjà manifesté leur intérêt à participer à cet important dialogue national.
L’immigration n’est pas une caractéristique secondaire du succès du Canada; c’est une de ses forces déterminantes. Elle est au cœur de la plupart des discussions et des décisions politiques au pays.
Notre croissance économique, la résilience de notre main-d’œuvre et le dynamisme entrepreneurial sont étroitement liés à ceux qui choisissent le Canada comme lieu où bâtir leur vie. Les immigrants comblent des lacunes importantes en matière de compétences, créent des entreprises à un rythme soutenu et apportent des réseaux mondiaux, de nouvelles idées et des perspectives culturelles qui rendent notre économie plus compétitive et innovante.
Statistique Canada montre régulièrement que le Canada a l’une des proportions d’immigrants les plus élevées parmi les pays développés. Les immigrants sont également plus susceptibles de posséder une entreprise que les personnes nées au Canada.
Dans un pays confronté à des pressions démographiques et au vieillissement de la population, une immigration soutenue n’est pas facultative; elle est essentielle pour maintenir la productivité, soutenir les services publics et garantir que les générations futures hériteront d’un pays confiant et en pleine croissance.
Pourtant, ces dernières années, l’opposition à l’immigration s’est amplifiée. Les nouveaux arrivants sont parfois présentés comme un fardeau plutôt que comme un atout. Ces arguments ont tendance à mettre en exergue les pressions à court terme — le logement vient immédiatement à l’esprit — et à faire abstraction des retombées économiques et sociales à long terme de l’immigration.
Plus inquiétant encore, le discours qui présente l’immigration comme un problème risque d’éroder la cohésion sociale qui caractérise le Canada. Il n’est ni nécessaire ni utile de monter les communautés les unes contre les autres alors que l’histoire et les faits montrent que la croissance inclusive nous rend tous plus forts.
Le Canada s’est essentiellement bâti grâce aux contributions des personnes venues ici. Les immigrants ne se contentent pas de participer à l’économie du pays; ils la façonnent et la développent. Ce sont des créateurs d’emplois, des innovateurs, des bâtisseurs communautaires et des leaders dont l’influence se répercute sur plusieurs générations. Reconnaître leurs réalisations ne signifie pas nier les défis, mais plutôt reconnaître où réside notre véritable potentiel.
En mettant l’accent sur l’immense valeur apportée par les immigrants, nous renforçons un message de confiance et d’unité : le Canada prospère lorsqu’il accueille, intègre adéquatement et retient les talents, l’ambition et la détermination provenant du monde entier.
Les Canadiens reconnaissent que l’immigration est un puissant moteur de possibilités. Dans ce contexte plus large, j’aimerais maintenant présenter trois exemples concrets d’excellence en matière d’entrepreneuriat au sein de notre communauté immigrante.
Le système d’immigration du Canada est conçu pour accueillir des nouveaux arrivants qui peuvent enrichir notre économie, nos collectivités et notre pays. Je l’ai personnellement constaté au cours de mes 35 années dans le secteur bancaire où j’ai eu le privilège de côtoyer des milliers d’entrepreneurs. J’ai été témoin de leur capacité à prendre des risques et à faire des sacrifices. Les propriétaires d’entreprise y mettent tout leur cœur, chaque jour.
Aujourd’hui, j’aimerais rendre hommage à trois Canadiens exceptionnels issus des communautés italienne, hellénique et arménienne qui ont fait preuve de résilience, d’ouverture d’esprit et de générosité.
D’abord, la famille D’Argenio, de Laval. En 1950, Gerardo D’Argenio a quitté l’Italie d’après-guerre pour embarquer à bord de l’Argentina avec sa mère. Ils sont arrivés au Quai 21, à Halifax, la veille de Noël. Tous les deux ont reçu 5 $ avant de monter à bord d’un train à destination de Montréal. Comme tant de nouveaux arrivants, Gerardo n’avait pour ainsi dire que l’espoir dans son baluchon, à l’instar de mes propres parents qui, une décennie plus tard, ont arrêté leur choix sur le Canada parmi nombre de pays.
Parce que Gerardo ne pouvait pas intégrer le système scolaire en français et qu’il était trop vieux pour intégrer celui en anglais, il a dû travailler même s’il n’était encore qu’un adolescent. Il a cumulé des emplois épuisants, souvent à l’extérieur, même en hiver. Pendant des années, il a occupé deux ou trois emplois à la fois et travaillé six ou sept jours par semaine pour subvenir aux besoins de sa famille.
Ces premières années ont été difficiles pour la famille, comme c’est le cas pour la plupart des nouveaux arrivants, mais sa persévérance a porté ses fruits. Grâce à sa persévérance et à sa discipline, il a fini par cofonder un modeste concessionnaire automobile à Laval, en hypothéquant tout ce qu’il possédait. Cette entreprise est devenue l’un des concessionnaires BMW les plus importants et les plus respectés du pays, BMW Laval.
Aujourd’hui, l’entreprise reste familiale. Son fils Carmine en est le président, aux côtés de la nouvelle génération des D’Argenio. L’entreprise emploie plus de 200 personnes et elle s’implique activement dans des activités philanthropiques au sein de la communauté, pour soutenir un grand nombre d’œuvres et d’organismes de bienfaisance. Pour la famille D’Argenio, le succès ne se mesure pas uniquement selon le chiffre d’affaires, mais aussi selon les retombées, en redonnant au pays qui leur a tant apporté depuis si longtemps.
Comme Carmine le dit souvent, le succès durable repose sur les efforts soutenus, le sens des responsabilités et l’esprit d’initiative. Si les systèmes de soutien sont importants, la responsabilité personnelle et la persévérance restent essentielles tant pour la réussite individuelle que pour le progrès collectif.
Cette histoire est même liée à un moment unique de fierté nationale. Lors de la récente ouverture de la législature, la BMW bleue utilisée par Sa Majesté le roi Charles III a été fournie par BMW Laval, ce qui témoigne symboliquement du chemin parcouru par une famille d’immigrants.
La deuxième histoire commence comme la première, avec des parents qui sont arrivés avec peu de moyens, mais beaucoup d’ambition. Originaire de Grèce, la famille Mammas est venue au Canada pour élargir ses horizons. Son vécu reflète celui d’innombrables familles d’immigrants : travailler fort, élever ses enfants, s’intégrer à la société d’accueil et bâtir quelque chose de durable. C’est sur ces bases que Peter Mammas a grandi.
Ayant grandi dans l’entreprise de restauration de sa famille, où il a acquis de l’expérience dans les opérations, le service à la clientèle et l’entrepreneuriat, Peter a appris très tôt les avantages d’être propriétaire d’une petite entreprise pour se donner des chances de réussir et améliorer son intégration dans la société. En 2016, malgré certaines difficultés financières, il a fondé Foodtastic Inc. à Montréal avec un objectif clair : bâtir une plateforme canadienne pour soutenir les entrepreneurs indépendants et renforcer les communautés à l’échelle locale.
Aujourd’hui, les restaurants de Foodtastic emploient plus de 25 000 personnes au Canada. Ce sont des restaurants bien connus dans les marchés des villes, des banlieues et des régions. Le système de Foodtastic génère des ventes annuelles d’environ 1,2 milliard de dollars et comprend plus de 1 000 petites entreprises franchisées, dont bon nombre appartiennent à des immigrants de première ou de deuxième génération. Les Canadiens d’un bout à l’autre du pays connaissent ces chaînes de restauration : Second Cup, Milestones Grill and Bar, Freshii, Shoeless Joe’s Sports Grill et Pita Pit, et j’en passe. Aujourd’hui, l’entreprise dépasse les frontières du Canada et elle exerce ses activités dans 17 autres pays.
Grâce au franchisage, Foodtastic crée des points d’entrée sur le marché du travail pour les nouveaux arrivants et les jeunes Canadiens. L’entreprise investit dans les chaînes d’approvisionnement, l’immobilier, la construction et les partenariats locaux. Ses franchisés font œuvre de bienfaisance par l’entremise d’initiatives caritatives et de programmes de sécurité alimentaire dans la collectivité.
Comme la famille D’Argenio, l’histoire de la famille Mammas nous montre que l’entrepreneuriat des immigrants multiplie les débouchés, pas seulement pour une famille, mais pour des milliers de personnes.
La troisième histoire commence dans des circonstances très différentes. En août 1975, alors que la guerre civile prenait de l’ampleur au Liban, les membres de la famille Afeyan, y compris les enfants qui étaient toujours au secondaire, sont arrivés au Canada en tant que réfugiés. Ils étaient en quête de sécurité et de stabilité et ont trouvé au Canada la chance de se reconstruire. Comme beaucoup de nouveaux arrivants, ils n’avaient pas grand-chose quand ils sont arrivés, si ce n’est de la détermination, de la résilience et une profonde gratitude envers le pays qui les avait accueillis.
Peu après s’être établie, la famille a lancé une entreprise. Ce qui était à l’origine une entreprise d’importation s’est transformé en entreprise de fabrication. À 18 ans à peine, Levon Afeyan s’est joint à l’entreprise familiale tout en continuant ses études au cégep, au Québec. En 1981, l’entreprise fabriquait des coussins en vinyle rembourrés pour l’industrie des chaises. Elle a ensuite élargi ses activités et commencé à produire du contreplaqué moulé, ce qui lui a valu une réputation d’excellence technique et d’innovation.
En 1994, Levon a repris l’entreprise, qui porte maintenant le nom de Seatply. Sous sa direction, l’entreprise a poursuivi une stratégie de croissance ambitieuse. Grâce à des investissements soutenus dans la technologie et la recherche-développement, elle est devenue le plus grand producteur au Canada dans son domaine et elle a commencé à vendre ses produits aux États-Unis. En 2025, les exportations vers les États-Unis et le Mexique représentaient plus de 65 % de ses ventes.
Cette croissance ne s’est pas faite au détriment de la collectivité. L’entreprise a acquis et revitalisé des fabricants québécois en difficulté en 2018 et en 2020, préservant des emplois et étendant sa zone d’activité à 160 000 pieds carrés, avec plus de 150 employés. En 2021, elle est également intervenue pour sauver une usine de placages à Lac-Mégantic, protégeant ainsi 100 emplois et sauvegardant un patrimoine industriel centenaire.
Son empreinte humaine est tout aussi importante. Au fil des décennies, elle a embauché et formé des personnes aux compétences limitées, leur offrant un emploi stable ainsi que de la dignité. En 2015, lorsque des milliers de réfugiés syriens sont arrivés au Canada, l’entreprise en a accueilli plus de 40, dont beaucoup continuent de prospérer aujourd’hui.
Qu’il s’agisse de la vente au détail d’automobiles, du franchisage à l’échelle nationale d’un restaurant ou du leadership en matière de fabrication de pointe et d’exportation, ces trois histoires qui visent des secteurs, des générations et des origines différentes ont pourtant des points en commun : le risque, la persévérance, l’innovation et, surtout, la gratitude.
Ces histoires témoignent de ce qui est possible lorsque le Canada ouvre ses portes et son cœur, et lorsque les nouveaux arrivants rendent cette confiance au centuple.
Honorables sénateurs, ces familles n’ont pas simplement lancé des entreprises. Elles ont créé des milliers d’emplois. Elles ont investi dans la recherche, se sont taillé une place sur les marchés internationaux, ont revitalisé des industries et renforcé des collectivités locales. Elles ont formé de jeunes travailleurs et accueilli des nouveaux arrivants dans leurs lieux de travail. Leur succès s’est multiplié au fil des générations. Leurs histoires ne sont pas des exceptions. Partout au pays, dans chacune de nos collectivités, il existe des histoires semblables qui nous rappellent ce qui caractérise le Canada : la gentillesse, l’ouverture et l’équité.
Ils nous prouvent que l’immigration n’est pas un débat politique abstrait, mais une force vivante qui façonne notre économie et renforce nos communautés chaque jour. Leurs parcours nous rappellent que l’immigration sert à renouveler la promesse du Canada. Elle sert à faire en sorte que le talent, le courage et le travail acharné continuent de trouver un terrain fertile ici.
Si nous aspirons à rester économiquement forts, socialement cohésifs et confiants en notre avenir, nous devons rester un pays qui croit au pouvoir de l’immigration. Le Canada réussit lorsque nous ouvrons nos portes et que ceux qui les franchissent construisent, redonnent et contribuent à écrire le prochain chapitre de notre histoire commune.
Je vous laisse donc sur une dernière réflexion.
Dans l’esprit des Jeux olympiques, l’une de nos artistes canadiennes préférées nous a rappelé, lors d’un récent court-métrage sur les performances olympiques canadiennes, que « la famille n’est pas seulement une question de nom. C’est une flamme éternelle. »
J’ajouterais qu’au Canada, la famille est également forgée par la citoyenneté. Elle se bâtit dans des salles de classe et des ateliers, dans des salles de conférence et sur les grandes artères. Elle est le fruit des efforts de ceux qui arrivent ici avec peu d’espoir et qui, grâce à leur détermination, contribuent à façonner un pays plus fort pour nous tous.
Demandez à la famille D’Argenio. Demandez à la famille Mammas. Demandez aussi à la famille Afeyan ou à la famille Loffreda pendant que vous y êtes. Demandez à des millions de Canadiens dont l’histoire a commencé ailleurs. Si on leur demande qui ils sont, leur réponse ne sera ni hésitante ni ambiguë. Elle sera claire, fière et forte : ils sont Canadiens.
Merci. Grazie.
Le sénateur Loffreda accepterait-il de répondre à une question?
Je voulais simplement mentionner qu’il ne reste qu’environ 35 secondes. Votre intervention doit donc être brève, à moins que le sénateur Loffreda ne demande plus de temps.
Je demande plus de temps, car il y aura probablement plus de questions.
Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?
Je comprends et je suis conscient qu’il est tard. Ma question sera brève et j’essaierai d’obtenir une réponse concise.
J’ai écouté votre discours très attentivement. Je partage évidemment bon nombre des valeurs et des principes que vous avez énoncés, car cette histoire ne concerne pas seulement les familles Mammas et Loffreda, mais aussi la famille Housakos. Mes parents sont arrivés dans les années 1950. Nous représentons tous deux des circonscriptions de la région métropolitaine de Montréal qui ont le passé, l’histoire que vous évoquez.
Quand je retourne voir des immigrants qui sont arrivés dans les années 1950 — et malheureusement, beaucoup de ces Canadiens et Québécois nous quittent; ils ont atteint un certain âge —, ils déplorent aujourd’hui que ce ne soit plus le pays dont ils ont hérité, ou celui où ils sont arrivés pleins de promesses et d’espoir, comme vous l’avez dit dans votre discours. L’un après l’autre, ils expriment du ressentiment en disant... vous l’avez entendu; nous avons assisté aux mêmes soirées. Peu importe qu’il s’agisse du père de Peter et Lawrence, de mon père ou de n’importe qui d’autre. Ils disent que lorsqu’ils sont arrivés dans ce grand pays, ils n’ont eu droit à aucun filet de sécurité. Ils n’ont pas eu accès à des soins de santé gratuits. Il n’ont pas eu d’aide sociale. Lorsqu’ils sont arrivés au Quai 21, ils ont dû prouver au gouvernement du Canada, avant même d’arriver au Quai 21, qu’un travail les attendait et qu’ils s’engageaient à travailler dur pour réaliser le rêve canadien.
Bon nombre de ces Canadiens ont maintenant atteint un certain âge. Ils se demandent pourquoi nous permettons à des gens d’obtenir des services pour lesquels ils n’ont rien payé et se disent que lorsqu’ils sont arrivés ici, ils ont construit leur vie à partir de rien et n’ont jamais demandé qu’on leur vienne en aide.
Qu’avez-vous à dire à ce sujet?
Sénateur Housakos, je vous remercie de votre question. Moi aussi, je suis fier de votre famille qui est venue ici et je suis très fier de ce que vous avez accompli. C’est ce que j’entends tout le temps dans votre collectivité et je vous en félicite.
J’ai dit dans mon discours que le système d’immigration du Canada est conçu, ou a été conçu, pour accueillir de nouveaux arrivants qui peuvent contribuer à notre économie et renforcer nos collectivités et notre pays.
Je vous ai fourni la preuve que c’était le cas et que ce devrait être le cas à l’avenir. C’est à nous, les parlementaires, à la Chambre des communes et au Sénat, de nous assurer que le Canada demeure un pays fort, où les nouveaux arrivants sont bien accueillis, où nous les soutenons et où nous choisissons les immigrants qui rendront notre pays plus fort et meilleur.
La sénatrice Simons a déjà cité son Canadien préféré, qui était Leonard Cohen. Je ne peux pas dire les choses aussi bien que Leonard Cohen ou que la sénatrice Simons, mais la citation disait qu’aucun système n’est parfait.
Il y a dans toute chose quelque chose de fêlé
C’est ce qui fait que la lumière peut entrer
Je pense qu’il ne faut pas perdre espoir. Nous devons continuer d’essayer et de travailler fort. C’est à nous, les parlementaires, de veiller à ce que l’on continue. Des histoires comme celles-là continuent de faire du Canada un grand pays. Je vous remercie de votre question.