DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Les élections provinciales à Terre-Neuve-et-Labrador
6 novembre 2024
Honorables sénateurs, c’est avec plaisir que je présente aujourd’hui le chapitre 84 de « Notre histoire ».
Aujourd’hui, le monde entier abonde en commentaires sur les élections d’hier aux États-Unis et le type d’élections qu’elles se sont avérées être. Ces conversations m’amènent toujours à repenser à mes expériences personnelles concernant les campagnes électorales : les trois élections municipales, les quatre élections provinciales et les trois élections fédérales lors desquelles mon nom figurait sur le bulletin de vote. Bien que certains événements aient parfois fait déraper mes campagnes, ils ne sont rien en comparaison de certains événements qui ont marqué l’histoire de Terre-Neuve-et-Labrador.
La première histoire que je vais raconter se passe dans la ville de Burin en 1873, lorsqu’un candidat du nom de James Winter se trouve confronté à une foule ivre. C’est le jour de l’investiture, et la foule exige de connaître la position de M. Winter sur une confédération avec le Canada. M. Winter répond qu’il ne soutiendrait cette idée que si la majorité de la population votait en faveur d’une telle confédération dans le cadre d’un référendum. Cette réponse ne satisfait pas la foule en colère, qui ne cesse de le traiter de traître. Pour l’empêcher d’être nommé, ils le traînent dans le palais de justice de Burin et l’enferment immédiatement dans une cellule. Craignant que ses partisans n’arrivent et ne le libèrent, les émeutiers forcent M. Winter à monter dans un bateau et parcourent 19 kilomètres jusqu’à la ville de Beau Bois, où ils l’enferment de nouveau sous clé.
Aujourd’hui, si un candidat politique devait affronter une foule en colère, était jeté dans une cellule, emmené dans une autre ville et incarcéré de nouveau, il pourrait envisager d’abandonner la course. Or, à l’instar de Donald Trump, James Winter ne s’est pas laissé décourager par tout cela. M. Winter est parvenu à s’évader plus tard ce soir-là et a parcouru 19 kilomètres à pied pour retourner à Burin. Plus tôt ce jour-là, avant que la foule ne l’enferme, M. Winter avait soumis sa déclaration de candidature au directeur du scrutin de la ville et, quand il est rentré chez lui, il avait remporté les élections.
Mes chers amis, l’histoire ne s’arrête pas là. James Winter a certainement eu le dernier mot. Il est devenu le 10e premier ministre de Terre-Neuve avant la Confédération, et la ville de Winterton porte son nom. Pour ceux d’entre vous qui envisagent de se porter candidats aux prochaines élections fédérales, la leçon à retenir est qu’il faut s’assurer de soumettre sa déclaration de candidature suffisamment tôt.
La deuxième histoire que je veux raconter, elle, se déroule durant les élections de 1893 à Terre-Neuve. Toute la campagne électorale avait été entachée par des calomnies, des coups bas et des insultes personnelles entre candidats. Beaucoup d’entre vous pensaient que cela n’arrivait qu’ici, à Ottawa, ou aux États-Unis.
Lorsque les votes ont été comptés le soir des élections de 1893, le Parti libéral avait obtenu une grande majorité des sièges. Les conservateurs défaits ont accusé la plupart des membres du caucus libéral d’avoir triché en promettant des emplois gouvernementaux à des partisans éventuels pour gagner leur vote. J’ai été choqué de lire qu’il était possible d’acheter des votes à Terre-Neuve-et-Labrador.
Les résultats des élections de 1893 ont été contestés devant les tribunaux, et la saga judiciaire qui s’en est suivie a traîné pendant des mois et des mois. En fin de compte, les libéraux accusés ont tous été reconnus coupables et expulsés de leurs nouveaux sièges, et il leur a été interdit de se présenter à nouveau aux élections.
Cependant, les conservateurs n’ont pas su savourer longtemps leur victoire. Lorsque les élections partielles ont été déclenchées pour remplacer les députés démis, les libéraux ont repris le pouvoir avec exactement le même nombre de sièges qu’ils avaient la veille. Comme le disait l’ancien premier ministre Joey Smallwood, « la seule mauvaise publicité est l’absence de publicité ».
Puis, il y a eu l’histoire des élections provinciales de 1971 qui étaient si serrées que plusieurs circonscriptions ont dû procéder à un recomptage. Les résultats ont de nouveau été contestés devant les tribunaux, car après que la scrutatrice de la petite collectivité de Sally’s Cove a compté les bulletins de vote, elle les a accidentellement jetés dans le poêle à bois. Pour entendre les détails de ce drame politique passionnant qui s’est déroulé à Terre-Neuve, restez à l’écoute pour le chapitre 85.