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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La regrettée Julia Mary Manning

9 décembre 2025


Honorables sénateurs, c’est avec plaisir que je présente aujourd’hui le chapitre 100 de « Notre histoire ».

Abraham Lincoln, le 16e président des États-Unis d’Amérique, a dit un jour : « Tout ce que je suis ou aspire à devenir, je le dois à ma mère, mon ange. » Pour beaucoup d’entre nous, ces mots se confirment chaque jour.

C’est avec cette pensée en tête, ainsi que de précieux souvenirs et des sentiments partagés, que j’ai le privilège d’intervenir aujourd’hui pour vous parler de la vie d’une femme très spéciale, ma mère, Julia Mary Manning.

Un dimanche de Pâques, le 5 avril 1931, au matin, Julia Mary Careen est née dans la petite municipalité de Point Lance, dans la baie St. Mary’s, à Terre-Neuve-et-Labrador — un endroit qu’elle appelait toujours « la plus belle collectivité ». Ses parents, Patrick et Margaret Careen, étaient ravis d’accueillir leur deuxième enfant. En effet, maman avait déjà une sœur aînée, Mary Anne. Elle a été suivie d’Anthony, son frère cadet.

Comme on peut l’imaginer, la vie à Terre-Neuve pendant les années de la Grande Dépression était une lutte constante. La vie était très difficile, et les choses ont empiré lorsque le père de maman est décédé à l’âge de 35 ans. Maman n’avait alors que 4 ans.

Sur les conseils de membres de la famille et du clergé local, ma mère et sa sœur ont été placées à l’orphelinat Belvedere à St. John’s, où ma mère allait passer les 12 années suivantes. L’orphelinat était géré par les Sœurs de la Miséricorde. Ma mère parlait en bien de ses années passées à l’orphelinat. Elle nous racontait souvent des anecdotes sur son séjour là-bas, où les travaux scolaires, les tâches ménagères et, comme toujours, les prières faisaient partie de son quotidien. Elle a souvent mentionné que son séjour à l’orphelinat lui avait enseigné des leçons précieuses qui lui ont été utiles tout au long de sa vie. Elle a souvent réfléchi à la chance qu’elle avait eue d’avoir sa sœur aînée à ses côtés à l’orphelinat.

Depuis son plus jeune âge, elle rêvait de devenir infirmière, mais les frais d’inscription de 80 $ au milieu des années 1940 étaient un obstacle majeur à la réalisation de ce rêve. Après avoir fait ses études à Belvedere, maman, alors âgée de 16 ans, s’est installée à l’île St. Brendan, dans la baie de Bonavista, où elle a commencé sa carrière d’enseignante. À l’époque, elle gagnait 75 $ par mois, dont elle envoyait 50 $ à sa famille pour l’aider à subvenir à ses besoins. Ma grand-mère s’est remariée, et maman a eu un demi-frère, James, qu’elle a comblé d’amour et d’affection.

Pendant les mois d’été, ma mère se rendait à Point Lance pour passer du temps avec sa famille et ses amis et participer aux activités paroissiales, notamment la fête champêtre annuelle. Elle m’a raconté que c’est lors d’une de ces fêtes champêtres qu’elle a rencontré mon père, Walter, pour la première fois.

À cette période de sa vie, mon père travaillait comme livreur de poisson salé auprès des commerçants de St. John’s. Il conduisait un camion.

Ce dimanche-là, en après-midi, ma mère s’occupait de vendre des billets de tirage. Elle m’a raconté que papa achetait tous les billets qu’elle avait à vendre juste pour qu’elle puisse rester et discuter un peu plus longtemps avec lui. J’ai des photos de ma mère lorsqu’elle était jeune, et je peux facilement comprendre que mon père ait eu le coup de foudre pour elle.

Ils se sont mariés en 1951 et ont accueilli leur première enfant, Mary, en 1952. Ma mère a mis au monde huit autres enfants, pour un total de six garçons et trois filles. Pendant la première dizaine d’années de leur vie conjugale, ils ont vécu à Sept-Îles, au Québec, où papa était opérateur d’équipement lourd, tandis que maman devait s’occuper des quatre premiers enfants de la famille.

Au début des années 1960, ils sont retournés dans la région de Cape Shore, à Terre-Neuve. En février 1963, ils ont ouvert un magasin général dans ma ville natale, St. Bride’s, où ils allaient passer le reste de leurs jours.

Ma mère était une enseignante, une fervente catholique, une épouse et une mère dévouée, une grand-mère pleine de sagesse, une amie exceptionnelle, une hôtesse bienveillante, une cuisinière remarquable, une jardinière passionnée, une militante dynamique au sein de sa collectivité et une véritable pacifiste.

S’il est vrai que, pendant notre enfance, et même plus tard, pendant notre vie de jeune adulte, il peut nous arriver de remettre en question les avis éclairés de notre mère, mais, avec l’âge, on finit toujours par suivre ses sages conseils.

Dès notre plus jeune âge, maman nous a inculqué le plaisir de lire et d’écrire. Elle avait une façon si belle et éloquente de s’exprimer. J’ai la chance d’avoir conservé bon nombre de ses notes et cartes manuscrites, remplies de sages conseils qui me guident aujourd’hui dans ma vie.

Des réflexions comme :

Ce n’est pas seulement la chance ou la biologie qui nous a réunis. Il nous faudra plus que cela pour rester ensemble. La foi et le pardon, la gentillesse et la coopération, le rire et l’amour — voilà ce qui préservera les liens précieux qui nous unissent.

En voici une autre :

Ta famille n’est peut-être pas idéale, mais c’est ta famille quand même.

Maman n’était pas une grande fervente de politique et elle avait également beaucoup de conseils à donner à ce sujet :

Toutes les personnes que tu rencontreras portent un fardeau sur leurs épaules, alors sois gentil et attentionné, en particulier envers celles qui sont moins fortunées que toi.

Voici un de ses conseils que j’ai préférés :

Fabian, en politique, reste dans le droit chemin, car les mauvaises pentes sont beaucoup trop fréquentées.

Maman avait une foi incommensurable en Dieu et elle avait un saint à qui se vouer pour chaque douleur, chaque souffrance ou chaque problème. Comme elle s’efforçait d’élever six fils qui étaient parfois un peu turbulents, je comprends tout à fait qu’elle ait pu avoir besoin de l’aide des saints en cours de route.

Toute sa vie, ma mère a suivi avec dévouement l’exemple de sainte Anne, qui représente l’amour maternel, la foi et l’importance des générations. Nous avions des médailles de sainte Anne dans nos poches, dans nos cartables et dans nos véhicules. La force de sa foi pouvait déplacer des montagnes, et elle m’a souvent dit que c’était sa foi inébranlable en une force supérieure qui l’aidait à surmonter les difficultés et les épreuves.

Les dernières années de sa vie ont été marquées par des problèmes de santé, mais elle n’a jamais perdu son magnifique sourire ni sa chaleureuse étreinte. Sa force et son courage extraordinaires ont été une source d’inspiration. Son décès a laissé dans nos cœurs un vide incommensurable, mais la bienveillance, l’humilité et l’amour dont elle a fait preuve tout au long de sa vie resteront à jamais gravés dans notre mémoire.

Je pourrais en dire beaucoup plus sur ma formidable mère, mais mon temps de parole est limité. Je vais donc conclure en récitant le refrain d’une ancienne ballade irlandaise célèbre qui s’intitule L’amour d’une mère est une bénédiction :

L’amour d’une mère est une bénédiction, peu importe où la vie te mènera.

Sois pour elle plein d’attentions, car elle te manquera quand elle ne sera plus là.

Même vieille, chétive et les cheveux grisonnants, aime-la tout comme lorsque tu étais enfant,

Car l’amour d’une mère ne te manquera jamais autant que lorsqu’elle reposera éternellement.

Que Dieu ait son âme.

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