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Projet de loi sur la Journée nationale de Thanadelthur

Deuxième lecture

24 février 2026


Honorables sénateurs, je tiens à souligner que je viens du Manitoba, plus précisément du territoire du Traité no 1 et de la patrie des Métis de la rivière Rouge, et que le Parlement du Canada est situé sur le territoire algonquin anishinabe non cédé et non restitué.

Je remercie la sénatrice McCallum d’avoir présenté ce projet de loi au Sénat, un projet de loi qui vise à rendre hommage à la vie et à l’héritage de Thanadelthur, une jeune femme autochtone forte, résiliente et farouchement déterminée à protéger son peuple. Au début des années 1700, alors qu’elle était adolescente, elle a été une ambassadrice efficace de la paix.

Les archives de l’époque la décrivent comme une guide, une artisane de la paix, une interprète et une négociatrice compétente qui a joué un rôle crucial dans l’expansion de la traite des fourrures au début des années 1700. Plus important encore, à une époque où les Dénés et les Cris étaient des ennemis de toujours, Thanadelthur a été l’instrument indispensable de la paix entre ces deux nations.

Son histoire remarquable nous permet de réfléchir à la fois au rôle extraordinaire qu’elle a joué dans l’élaboration de notre histoire commune en tant que nation et, malheureusement, aux nombreuses façons dont les histoires, les pratiques culturelles et les contributions des Autochtones ont été négligées pendant bien trop longtemps. En appuyant le renvoi de ce projet de loi au comité, nous envoyons un message fort et affirmons notre détermination à faire en sorte que les récits autochtones ne tombent pas dans l’oubli.

Thanadelthur était une artisane de la paix avant que le Canada ne devienne un pays et avant la naissance du Manitoba. Elle était membre de la nation dénée, un peuple autochtone de la région subarctique que l’on connaît aujourd’hui comme le Nunavut et le Nord du Manitoba.

En 1713, alors qu’elle participait à une expédition de chasse au caribou avec sa famille, elle a été capturée par des guerriers cris. Elle a réussi à s’enfuir après un an de captivité et, après un périple éprouvant qui l’a conduite aux portes de la mort, elle a retrouvé sa famille. À l’époque, elle vivait à York Factory, un ancien poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

C’est quelques années plus tard, en 1715, que Thanadelthur a accompli son formidable travail : elle a été embauchée comme guide, interprète et négociatrice pour la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui s’efforçait d’établir des relations pacifiques entre les Cris et les Dénés. Son trilinguisme — elle parlait le déné, le cri et l’anglais —, sa ténacité, sa persévérance ainsi que ses compétences de négociatrice ont permis de conclure un accord de paix historique entre les deux peuples traditionnellement en guerre. Je souligne la sagesse, l’humilité et la force de caractère de cette jeune femme qui a choisi de renoncer à tout sentiment de vengeance ou d’hostilité à l’égard de ceux qui étaient ses ennemis traditionnels et ses ravisseurs et qui a plutôt choisi de tracer un chemin vers la paix.

Les dossiers de la Compagnie de la Baie d’Hudson de cette période montrent clairement qu’elle a joué un rôle essentiel à la paix. En juin 1715, une délégation de 150 personnes s’est lancée dans une mission de paix et a parcouru quelque 1 000 kilomètres en 8 mois, traversant un hiver arctique. Ce sont les conseils et la détermination de Thanadelthur qui ont empêché les délégués de faire demi-tour. Ce sont ses compétences et ses connaissances qui les ont empêchés de mourir dans la nature et, au bout du compte, c’est grâce à sa force d’âme que l’accord de paix final a été conclu.

Voici un extrait d’un document datant de cette période :

Elle a fait en sorte qu’ils aient tous peur d’elle en grondant certains d’entre eux [...] et en les forçant à faire la paix.

N’oubliez pas qu’il s’agissait d’une adolescente.

On disait qu’elle avait une voix rauque d’avoir tant parlé pour persuader son peuple.

Malheureusement, elle a succombé à la maladie moins de deux ans plus tard, le 5 février 1717, et elle a été enterrée à York Factory. Son histoire résonne encore aujourd’hui dans l’histoire orale des Cris et des Dénés.

En nous penchant sur son histoire avec plus de 300 ans de recul, nous pouvons en tirer des enseignements modernes. Thanadelthur n’est qu’un exemple lointain du leadership inlassable et de la résolution des femmes autochtones, qui sont des mères aimantes autant que des guerrières protectrices. Je pense aux Thanadelthur contemporaines qui, malgré les obstacles, les difficultés et l’opposition, mènent elles aussi des efforts de paix réparatrice et de réconciliation à notre époque, des militantes autochtones comme la regrettée Mary Two-Axe Earley, Cindy Blackstock, Pam Palmater, Leslie Spillett, Autumn Peltier, Diane Redsky et nos anciennes collègues sénatrices l’honorable Sandra Lovelace Nicholas et l’honorable Lillian Dyck.

Dans cette enceinte, aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir des dirigeantes autochtones qui ont toutes été des pionnières estimées avant d’accepter d’être nommées au Sénat : les sénatrices Michèle Audette, Mary Jane McCallum, Yvonne Boyer, Margo Greenwood et Judy White. Je pense à la leader inuite Rosemarie Kuptana, à l’artiste Daphne Odjig, à la Manitobaine Jackie Traverse et à une amie de ma famille, la légendaire cinéaste Alanis Obomsawin, qui a maintenant 93 ans et qui travaille sur son 54e film.

Les femmes et les filles autochtones jouent un rôle clé dans la préservation de leurs communautés. Elles agissent souvent comme des agentes de paix et dirigent des mouvements qui finissent par amener les parties belligérantes à la table des négociations. Ces dirigeantes autochtones fortes et déterminées sont souvent les premières à parler franchement aux puissants, y compris au sein de leurs propres communautés, pour s’attaquer aux causes profondes des conflits et renforcer l’engagement des leurs.

Quand je rentre chez moi, au Manitoba, j’ai l’honneur de profiter des conseils de trois des dirigeantes les plus efficaces de Winnipeg — Hilda Anderson-Pyrz, Sandra DeLaronde et Diane Redsky — pour discuter d’activisme international dans les processus multilatéraux. L’année dernière, elles ont dirigé la plus grande délégation de femmes autochtones jamais vue à Genève pour participer à l’examen du rendement du Canada aux termes de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Avant d’être nommée au Sénat, j’étais une professeure qui, avec une équipe d’étudiants inscrits au programme des droits de la personne du collège Global à l’Université de Winnipeg, s’est assurée que le premier plan d’action du Canada sur les femmes, la paix et la sécurité souligne l’importance de la consolidation de la paix nationale et du leadership des femmes autochtones. Des études internationales ont montré de manière concluante que la participation des femmes aux accords de paix aboutit à des résultats meilleurs et plus durables, avec des taux de mise en œuvre plus élevés.

En adoptant le projet de loi à l’étude pour rendre hommage à Thanadelthur, cette bâtisseuse de paix historique et héroïque, nous rendons également hommage aux femmes autochtones en tant que leaders. À titre d’exemple, je suis heureuse de souligner que le troisième Plan d’action du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité définit des mesures pour lutter contre la discrimination, la violence, l’oppression et la marginalisation fondées sur le genre auxquelles se heurtent les femmes et les personnes de diverses identités de genre au Canada, particulièrement les femmes, les filles, les personnes bispirituelles autochtones. Il reconnaît le croisement entre la discrimination et la violence fondées sur le genre, l’identité autochtone, la situation socioéconomique et d’autres facteurs identitaires.

Le deuxième enseignement que je tire de son histoire est plus désolant parce que Thanadelthur est également le symbole de voix autochtones inconnues, effacées et occultées, d’histoires qui auraient malheureusement été oubliées ou délibérément gommées si les traditions orales n’étaient pas là pour entretenir leur petite lueur. Nous souvenir de Thanadelthur nous rappelle la tragédie actuelle des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Les recherches montrent que le risque de disparition des femmes autochtones est 400 % plus élevé que celui des autres Canadiens. Le problème est si répandu que le gouvernement canadien ne sait pas combien de femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées.

Ce qui est ironique, c’est que ces femmes ont plus de démêlés avec la police, mais qu’elles sont moins bien protégées. Selon les estimations, environ 4 000 femmes autochtones auraient disparu. Même la tombe de Thanadelthur a disparu. Le terrain où se trouvait à l’origine le fort York s’est érodé et a été emporté par la mer. Comme il n’y a pas de monument indiquant l’endroit où elle repose, une magnifique tradition a émergé dans le Nord du Manitoba. À Churchill, il y a une place dans la ville qui porte le nom de « Thanadelthur Square »; pour souligner la date de son décès, les gens déposent des roses rouges dans les eaux de la baie d’Hudson.

Lorsqu’elle a pris la parole au sujet de son projet de loi, la sénatrice McCallum a parlé d’une autre dimension moderne de ce récit historique. Elle a parlé de son enfance de Crie au Manitoba et des liens qui existent entre les communautés cries et dénées et qui vont au-delà des frontières. L’histoire est une matière vivante qui évolue. Quand l’histoire s’écrit au féminin, la sagesse transcende le temps.

En conclusion, les contributions de Thanadelthur témoignent de façon exceptionnelle de l’importance de commémorer les histoires autochtones, comme le demande l’appel à l’action no 79 de la Commission de vérité et réconciliation, qui demande au gouvernement fédéral « [...] d’établir [...] un cadre de travail se rapportant à la réconciliation pour les besoins du patrimoine canadien et des activités de commémoration. Ce cadre engloberait notamment [...] la contribution des peuples autochtones à l’histoire du Canada. »

De plus, le renvoi de ce projet de loi à un comité fait progresser le Canada vers la concrétisation de ses engagements relatifs à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et à la loi canadienne sur cette déclaration.

Je félicite la sénatrice McCallum de nous avoir fait connaître Thanadelthur et d’avoir présenté la Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur. Mon dernier point concerne le projet de loi de la sénatrice McCallum qui a instauré la Journée nationale de la jupe à rubans. Au début, il a été difficile de convaincre les sénateurs de débattre de ce projet de loi. Il a finalement été adopté et, aujourd’hui, un peu partout au pays, à l’occasion de la Journée nationale de la jupe à rubans, des petites filles et des générations entières se réunissent dans des maisons longues, des centres communautaires et des assemblées législatives pour souligner cette journée.

Dans les projets de loi de la sénatrice McCallum, on reconnaît son grand esprit communautaire et sa capacité à prendre le pouls de la population canadienne. Ce projet de loi en est un autre exemple, et il nous offre une occasion exceptionnelle de célébrer et de respecter le leadership autochtone dans notre pays.

J’espère que nous sommes prêts à passer au vote. Merci, meegwetch.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Sénatrice McPhedran, acceptez-vous de répondre à une question?

Avec plaisir.

L’honorable Flordeliz (Gigi) Osler [ + ]

Merci, sénatrice McPhedran. Le 8 mars est la Journée internationale des femmes et le thème de cette année, « Donner pour recevoir », met l’accent sur la générosité, la collaboration et les progrès collectifs pour faire cheminer l’égalité des sexes.

Comment une journée nationale de Thanadelthur contribuerait-elle à faire progresser l’égalité des sexes et la réconciliation?

Merci beaucoup pour cette question, sénatrice Osler. Je pense que, plus que tout, la Journée internationale des femmes est l’occasion pour les gens de se rassembler afin de mettre en lumière la contribution des femmes à leur collectivité, à leur pays et au monde entier. Le fait qu’une jeune héroïne d’il y a 300 ans soit enfin reconnue comme une bâtisseuse de paix, une négociatrice et une diplomate trilingue pourrait enrichir de façon formidable la façon dont les Canadiens envisagent la Journée internationale des femmes et célèbrent la contribution des femmes.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

(La motion est adoptée et le projet de loi est lu pour la deuxième fois.)

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