DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Les adoptions forcées
26 mai 2026
Honorables sénateurs, je souhaite aujourd’hui saluer le courage de mères qui ont trop longtemps porté une souffrance que l’on a rendue invisible. On estime qu’au Canada, de 300 000 à 450 000 enfants ont été placés en adoption dans des circonstances que l’on qualifie aujourd’hui de forcées. C’est ahurissant. Or, derrière ce chiffre, il y a des mères, des enfants et des familles dont la vie a été bouleversée à jamais.
Aux quatre coins du pays, dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses jeunes femmes célibataires étaient isolées, humiliées et séparées de leur bébé. Beaucoup se sont fait dire d’oublier, de passer à autre chose. Beaucoup aussi ont été privées de la simple dignité d’être traitées comme des mères.
Cependant, une mère n’oublie pas son enfant. Aujourd’hui, je veux rendre hommage à ces femmes, à leur douleur, mais surtout à leur courage : le courage de survivre à une séparation imposée, le courage de briser le silence après des décennies et la capacité de transformer une blessure intime en un combat collectif pour la vérité, la reconnaissance et la dignité.
Je tiens à saluer le travail remarquable de Valerie Andrews, d’Origins Canada, et de tous les enfants, mères, familles et alliés qui refusent que l’histoire soit ainsi effacée. Grâce à leur détermination, ils ont fait jaillir une vérité difficile, parfois au prix d’une grande vulnérabilité personnelle.
Parmi ces alliés se trouve notre ancien collègue l’honorable Art Eggleton, qui est avec nous aujourd’hui, dans la Tribune, et qui était à la tête du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie pendant l’étude qui a mené au rapport Honte à nous : L’adoption forcée des enfants nés d’une mère célibataire pendant la période d’après-guerre au Canada. Ce rapport a permis de faire entendre des histoires extrêmement poignantes et de faire la lumière sur une réalité dont notre pays a fait fi pendant trop longtemps.
Ces personnes ne demandent pas la pitié. Elles demandent que leur histoire soit entendue et leur souffrance, reconnue. Elles demandent que l’on comprenne enfin que ce qui leur est arrivé n’était pas une honte personnelle, mais une injustice sociale.
Aujourd’hui, honorables sénateurs, je souhaite rendre hommage à ces mères et à ces enfants adoptés, à ceux qui ont osé prendre la parole, à ceux qui cherchent encore, à ceux qui ne sont plus parmi nous et à ceux qui continuent de porter cette douleur avec une force incroyable. On leur a dit de se taire, mais aujourd’hui, nous leur disons : nous vous entendons. Nous honorons votre force et votre courage.
Merci.