Projet de loi sur le Mois national de l'immigration
Deuxième lecture--Ajournement du débat
12 juin 2025
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour exprimer mon appui au projet de loi S-215, la Loi sur le Mois national de l’immigration.
Je tiens tout d’abord à remercier la sénatrice Gerba pour son soutien indéfectible à ce projet de loi, qu’elle a présenté à nouveau en ce début de législature. Je tiens également à remercier mes collègues sénateurs qui ont formulé leurs observations en faveur du projet de loi S-215 la semaine dernière.
Depuis toujours et encore aujourd’hui, l’identité canadienne est façonnée par les contributions exceptionnelles des immigrants. Le Canada d’aujourd’hui doit son existence au dévouement, à la résilience et à la diversité culturelle de toutes les personnes qui ont choisi de s’établir ici. Nous avons beaucoup de chance que notre pays, grâce à sa population diversifiée, possède une telle mosaïque multiculturelle. Instaurer le Mois national de l’immigration serait une occasion propice de souligner notre diversité ainsi que l’apport de tous les immigrants, mais aussi de lutter contre l’attitude hostile à l’égard de l’immigration qui gagne du terrain dans notre pays.
Les Canadiens d’un océan à l’autre bénéficient des nombreuses contributions des immigrants. Dans l’Ouest, nous devons la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique au labeur des immigrants chinois qui ont affronté des conditions de travail dangereuses. Ici, à Ottawa, nous passons chaque jour devant le canal Rideau, une infrastructure qui est le résultat du travail acharné des immigrants irlandais au début des années 1800, là encore dans des conditions périlleuses. Sur la côte Est, il y a le quai 21 à Halifax, où près d’un million d’immigrants sont débarqués au Canada sur une période de 43 ans.
La semaine dernière, la sénatrice Gerba nous a parlé de son expérience lorsqu’elle et son mari ont immigré du Cameroun. La sénatrice Mégie a parlé de l’immigration haïtienne dans les années 1960 et 1970 et de sa propre arrivée au Canada. Le sénateur Ravalia a raconté son histoire, lui qui vient du pays qui porte aujourd’hui le nom de Zimbabwe. Chers collègues, en racontant leurs propres histoires, ces sénateurs ont montré à quel point l’immigration a eu des répercussions positives sur le Canada, y compris ici même, dans cette enceinte.
Le Canada a offert un refuge et un nouveau départ à plus de 7 000 réfugiés du Kosovo entre 1999 et 2001. La semaine dernière, j’ai eu le privilège d’assister au forum international sur les femmes, la paix et la sécurité, qui s’est tenu au Kosovo, où j’ai entendu quelques-unes de leurs histoires émouvantes. J’ai été profondément touchée, non seulement par ce qu’ils avaient vécu, mais aussi par la façon dont le Canada les a accueillis et est devenu leur nouveau foyer. Ces Canadiens chérissent notre pays et sont, à juste titre, fiers de leur voyage vers le Canada.
Bien que je n’aie pas moi-même immigré au Canada, je tiens à souligner que ma famille a émigré de l’Écosse il y a trois générations. La plupart de nos familles sont venues d’ailleurs à un moment ou à un autre de notre histoire, et je soutiens les nouveaux arrivants au Canada qui veulent bâtir leur avenir ici.
Aujourd’hui, les immigrants représentent une part importante de notre population. En 2021, ils représentaient 23 % de la population, soit le plus grand pourcentage en plus de 150 ans. En outre, c’est le Canada qui a le plus grand pourcentage d’immigrants parmi les pays du G7, ce qui, à mon avis, devrait être une grande source de fierté.
Rien qu’au Canada atlantique, le nombre de récents nouveaux arrivants qui s’installent dans nos provinces a presque triplé en 15 ans, entre 2006 et 2021. Dans ma province, le Nouveau-Brunswick, il est passé de près de 7 500 en 2015 à près de 40 000 en 2023. Cela témoigne de l’esprit d’inclusion et d’accueil du Canada, un esprit que nous avons soigneusement cultivé tout au long de l’histoire de notre pays. Comme mes collègues l’ont souligné dans leurs déclarations, cette attitude accueillante envers les immigrants est le résultat d’une longue histoire de défense des droits des immigrants dans notre pays et de changements positifs visant à les protéger. Cependant, nous avons encore du travail à faire pour améliorer notre capacité à accueillir et à garder les nouveaux arrivants dans nos collectivités.
Alors que les sentiments anti-immigrants s’intensifient, j’aimerais souligner à quel point les immigrants sont essentiels au renforcement de notre économie. Les marchés du travail provinciaux ont toujours compté sur les nouveaux arrivants pour combler les pénuries de main-d’œuvre. Je vais encore une fois prendre l’exemple de ma province, le Nouveau-Brunswick, où l’immigration est essentielle à la vigueur, voire à la survie, de notre économie.
Selon les Perspectives du marché du travail au Nouveau-Brunswick 2023-2032, la population de la province devrait augmenter de 11,4 % de 2022 à 2032. De leur côté, la main-d’œuvre et l’emploi devraient croître de 9,1 % et de 9,6 %, respectivement. De plus, 98 000 personnes devraient prendre leur retraite, ce qui veut dire qu’elles devront être remplacées, et la croissance économique devrait donner lieu à la création de 35 000 emplois supplémentaires, lesquels devront eux aussi être pourvus.
Même si une part importante de ces ouvertures sont comblées par de jeunes Néo-Brunswickois, la croissance démographique prévue ne suffira pas à elle seule pour répondre à la demande en main-d’œuvre, puisque, en réalité, la province devrait connaître une croissance naturelle négative de sa population. Les jeunes qui font leur entrée sur le marché du travail ne pourvoiront que 54 % des emplois vacants prévus, toujours selon le rapport sur les perspectives du marché du travail au Nouveau-Brunswick.
Pour combler l’écart projeté entre la croissance de la population et celle de la main-d’œuvre et pourvoir les 46 % de postes restants, il faudra miser sur une combinaison d’immigration, de travailleurs des autres provinces et une croissance des taux de participation au marché du travail. Or, comme l’a fait remarquer de manière on ne peut plus éloquente notre collègue le sénateur Ravalia jeudi dernier, les nouveaux arrivants du Canada continuent de se buter à d’importants obstacles qui les empêchent d’entrer sur le marché du travail et de contribuer à l’économie collective. J’estime que nous devons faire notre part pour aider les immigrants à surmonter ces obstacles.
Il y a longtemps que je défends les nouveaux arrivants et que je fais ma part pour les aider à s’orienter et à surmonter les difficultés. Je le faisais notamment dans mon ancienne vie à la Chambre de commerce de Fredericton. En effet, la Chambre de commerce donnait priorité à la création de programmes visant à soutenir les nouveaux arrivants. Nous voyions au bon fonctionnement du programme de mentorat pour les entrepreneurs immigrants, sans oublier la Ruche, un centre d’incubation pour les entrepreneurs nouvellement arrivés et le programme Jumelage-Relève, conçu pour établir des liens entre les membres de notre communauté qui cherchaient à transférer leur entreprise et les nouveaux arrivants qui cherchaient à s’enraciner dans la communauté et à acquérir une entreprise. Ces programmes ont servi d’exemple à d’autres communautés au pays.
J’ai aussi fait du bénévolat dans le cadre du programme Connecteur d’OpportunitésNB : j’ai alors apporté mon aide pour l’encadrement d’étudiants étrangers et d’autres nouveaux arrivants, et je les ai mis en contact avec des gens de mon réseau. Cette contribution ne semble peut-être pas impressionnante, mais ce sont de petits gestes que nous pouvons poser et qui facilitent vraiment la vie des gens qui viennent d’arriver dans une province ou une région et qui ont besoin de conseils pour s’orienter dans un environnement nouveau et peu familier.
J’ai récemment été invitée à Fredericton par l’organisme Ignite afin de prendre la parole devant les participantes du programme d’autonomisation économique des femmes immigrantes, qui vise à aider ces dernières à acquérir les compétences générales requises pour lancer leur entreprise ou mener une carrière enrichissante au Canada. J’ai eu l’honneur de partager mon expertise et mes conseils avec des femmes venues d’Ukraine, du Vietnam, du Nigéria, de Jordanie, du Népal et de nombreux autres pays. Elles se sont établies à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Elles sont intelligentes, vives d’esprit et engagées, et elles sont déterminées à bâtir un avenir et un foyer prospères ici, au Canada.
En soutenant les nouveaux arrivants partout au pays, nous contribuons à la réussite de tous les Canadiens. De nombreuses histoires de réussite se passent au Nouveau-Brunswick, mais aussi dans tous les secteurs et dans le pays tout entier. Le projet de Mois national de l’immigration est un pas dans la bonne direction pour reconnaître les avantages que l’immigration apporte au pays et pour veiller à ce que nous continuions d’aider les nouveaux arrivants à réussir d’un bout à l’autre du pays.
Il est facile d’oublier que les immigrants ne sont pas des données statistiques, mais des personnes qui ont chacune leur propre potentiel et leur propre capacité à contribuer à la culture et à l’économie. Il est de notre responsabilité collective d’aborder l’immigration dans un esprit d’accueil et de considérer les immigrants pour ce qu’ils sont : des amis, des voisins et des concitoyens canadiens.
Chez nous, à Fredericton, nous célébrons depuis longtemps le mois de l’immigration avec des événements, des festivités et des récits. Étendons cette tradition à l’ensemble du pays afin de célébrer ensemble la contribution des immigrants. Faisons en sorte que notre approche en matière d’immigration soit à la hauteur des valeurs fondamentales qui sont chères aux Canadiens, telles que l’inclusion, la diversité et la prospérité économique.
En instituant un mois national de l’immigration, nous renforçons notre engagement envers ces valeurs et nous envoyons un message fort aux Canadiens et à la communauté internationale, à savoir que le Canada continuera de reconnaître et de protéger ses immigrants.
C’est avec fierté que j’appuie le projet de loi S-215 et j’espère que mes collègues sénateurs se joindront à moi pour l’appuyer et le renvoyer au comité pour un examen plus approfondi.
Merci, wela’lin.