DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La défunte Rita Khullar
20 octobre 2026
Honorables sénateurs, aujourd’hui, les Albertains célèbrent le résultat sans équivoque de notre vote pour rester au sein du Canada, mais en même temps, nous pleurons l’horrible tragédie survenue à la base des Forces canadiennes Wainwright.
C’est dans ce contexte que je prends la parole pour rendre hommage à la vie et déplorer la disparition prématurée d’une Albertaine exceptionnelle, une grande Canadienne, une juriste de renom et une championne des libertés civiles.
Ritu Khullar était la juge en chef de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Elle était très appréciée à ce titre. Je pourrais vous dire qu’elle a été la première juge d’origine sud-asiatique de l’Alberta. Je pourrais vous dire aussi qu’elle a été la première juge en chef d’origine sud-asiatique du Canada. Mais elle aurait détesté cela. Elle s’est toujours définie comme Canadienne, un point c’est tout.
Elle tenait à ce qu’on puisse la juger pour son parcours non pas en tant que femme issue d’une minorité visible ayant brisé un plafond de verre, mais en tant que courageuse militante et brillante juriste.
Ritu était on ne peut plus albertaine. Ses parents — l’un hindou, l’autre sikh, tous deux enseignants — avaient quitté l’Inde pour s’installer en Alberta, au sein du village mennonite de La Crête, à environ 700 km au nord d’Edmonton. Elle est née à Fort Vermilion, car c’était là que se trouvait l’hôpital le plus proche, et elle a passé la majeure partie de son enfance dans le village agricole francophone de Morinville. Elle passait ses étés à travailler comme guide dans le parc national de Jasper et le parc national des Lacs-Waterton, où elle est tombée profondément amoureuse des montagnes de l’Alberta.
Elle a fait ses premières armes en tant que jeune avocate en travaillant sur l’affaire Vriend, qui a marqué les annales judiciaires en établissant les droits des personnes queers au Canada. Elle a exercé sa profession en droit du travail et en droit des personnes handicapées. Elle a obtenu, pour un client, un jugement qui a fait jurisprudence en établissant que l’obésité constitue un handicap et que les compagnies aériennes doivent prendre des mesures d’adaptation raisonnables pour les passagers qui n’ont pas assez de place dans les sièges étroits. En tant qu’avocate, Ritu plaidait devant les tribunaux non pas en haussant le ton ou en exprimant de la colère, mais en faisant entendre la voix de la raison, en invoquant les valeurs morales et en présentant des analyses juridiques logiques.
Elle a fait preuve du même sérieux dans l’exercice de ses fonctions de juge, où elle n’a jamais hésité à rendre des décisions susceptibles de heurter l’opinion politique dominante. Elle était également une excellente administratrice judiciaire qui a su mettre de l’ordre au sein de la cour, tout en faisant preuve d’une vision à long terme pour mieux servir les communautés dénées et inuites du Haut-Arctique.
Ritu était une mère extrêmement fière de ses fils, Samir et Nikhil, et une épouse dévouée à son mari, Rob Reynolds, dont certains greffiers au Bureau de notre assemblée se souviennent peut-être pour l’avoir vu jadis occuper le poste de conseiller parlementaire de l’Assemblée législative de l’Alberta. Sam et Nikhil sont parmi nous aujourd’hui. Sam vit d’ailleurs à Ottawa et occupe cette année un poste de greffier à la Cour suprême. Les fils que Ritu aimait tant ont perdu bien trop tôt leur mère brillante, bienveillante et courageuse. J’ai perdu une amie et une voisine, et les Albertains ont perdu une guide morale à un moment où nous en avons le plus besoin.
Que sa mémoire soit une source de bénédiction.
Merci.