Le discours du Trône
Motion d'adoption de l'Adresse en réponse--Suite du débat
3 mai 2022
Bonjour, âba wathtech.
Honorables sénateurs, je prends la parole pour la première fois aujourd’hui dans cette enceinte, dans le cadre du débat sur la motion d’adoption de l’Adresse en réponse au discours du Trône.
J’ai été nommée au Sénat en juillet 2021, et assermentée le 22 novembre. Mes débuts au Sénat me rappellent le conseil que mon père m’a donné à maintes reprises : « On n’a jamais une deuxième chance de faire bonne impression. » C’est beaucoup de pression.
J’ajouterais que mon père serait très fier de ce moment. Lors d’un appel vidéo avec ma mère, qui a 92 ans, pour lui annoncer l’excellente nouvelle de ma nomination au Sénat, j’ai commencé par lui dire : « L’autre jour, j’ai reçu un appel intéressant du premier ministre Trudeau. » Elle a écarquillé les yeux, et elle m’a dit avec le ton d’une mère très inquiète : « Qu’est-ce qu’il voulait? » Connaissant ma mère, je suppose qu’elle pensait que le premier ministre m’avait téléphoné pour profiter de mes sages conseils. Or, s’il avait voulu demander de sages conseils à ma famille, il aurait plutôt dû téléphoner à ma mère.
J’ai grandi à Orangeville, en Ontario, mais pendant les deux tiers de ma vie, j’ai eu la chance de vivre dans la ville de Banff, une municipalité albertaine constituée en personne morale qui se trouve dans le parc national Banff, où est née l’idée de créer au Canada un réseau de parcs nationaux qui suscite l’admiration. C’est également le parc national le plus populaire du pays et l’une des principales destinations touristiques des visiteurs étrangers.
J’aime dire que je suis entrée dans la vie publique par amour, l’amour des montagnes qui m’ont amenée dans l’Ouest. J’ai vu pour la première fois la splendeur de Banff lors de vacances en famille à l’âge de 13 ans. Je me tenais au sommet du mont Sulphur et j’ai dit à mes parents : « Je vais vivre ici un jour. »
Comme tant de jeunes Canadiens, je suis partie vers l’Ouest après l’université. J’ai rencontré un garçon de Banff et, comme je sais reconnaître les bonnes choses quand je les vois, je l’ai marié. Nous avons élevé nos fils à Banff, construit une entreprise prospère, et j’ai commencé une première carrière dans le tourisme.
Mon amour pour mes fils m’a poussée à devenir conseillère scolaire, car je voulais m’impliquer dans leur éducation. Mon amour pour ma communauté et pour le parc national m’ont poussée à me présenter aux élections municipales, d’abord comme conseillère municipale, poste que j’ai occupé pendant deux mandats, puis en tant que mairesse, poste que j’ai occupé pendant trois mandats. Je voulais contribuer à améliorer la durabilité de ma collectivité et la résilience de ses résidants tout en demeurant fidèle au mandat et à la vision du parc national.
Mon amour pour ma magnifique province, ses terres et ses habitants, et mon amour pour mon pays m’ont poussée à soumettre ma candidature au Sénat du Canada. J’ai 62 ans et ce sera ma quatrième carrière.
Cette occasion pleine de nouvelles expériences et d’apprentissages, dans un rôle où je peux continuer de servir la société, me remplit de gratitude. Je suis très reconnaissante au comité de sélection qui a transmis ma candidature au premier ministre. Je suis reconnaissant au premier ministre Trudeau d’avoir recommandé ma nomination au Sénat, recommandation qui m’a permis d’intégrer cet incroyable groupe de collègues.
Chaque fois que je lis une biographie ou que j’écoute parler l’un d’entre vous, je me dis : « Wow! Quel être humain accompli. » C’est un honneur de servir à vos côtés. Je voudrais prendre le temps de remercier la sénatrice Paula Simons, qui s’est montrée si généreuse de son temps et de son écoute tout au long du processus de nomination et qui m’a parrainée lors de mon assermentation au Sénat. Je remercie également les sénateurs Gold, Cordy, Plett, Tannas et Woo de leurs commentaires très aimables ce jour-là. Je suis profondément reconnaissante de votre accueil chaleureux et sincère. Chaque sénateur à qui j’ai parlé s’est montré très gentil, serviable et accueillant. Je veux également remercier ma cheffe de cabinet expérimentée et avertie, JoAnna Komarnicki, qui travaillait auparavant avec le sénateur Doug Black et qui m’a souvent permis de rester à flot durant les premiers jours. En outre, Madison McSweeney s’est jointe à nous en provenance de l’autre endroit, comme nous nous plaisons à l’appeler.
J’aimerais prendre le temps de remercier ma famille : Carsten, mon mari et partenaire depuis 33 ans, de même que nos fils; Bjerre, que Carsten a amené dans ma vie, ainsi qu’Eric et Connor, qui sont de loin les plus belles choses que j’aie produites dans ma vie. Rien de ce que j’ai accompli au fil des ans n’aurait été possible sans leur soutien indéfectible. De tous les membres de ma grande famille élargie, c’est ma belle-fille Shayla qui a pris le plus à cœur ma nomination au Sénat. En effet, Shayla est l’arrière-arrière-petite-fille du sénateur James Gladstone, Akay-na-muka, Many Guns, le premier Indien inscrit nommé au Sénat du Canada. Il faisait partie de la nation Kainai de la Confédération des Pieds-Noirs, un des peuples du Traité no 7.
La ville de Banff se trouve du côté d’Eyarhey Tatanga Woweyahgey Wakân, ou montagne gardienne du bison sacré, sur le territoire traditionnel du peuple du Traité no 7, qui est partagé avec nous par les tribus Chiniki, Wesley et Bearspaw de la nation Stoney Nakoda; les nations Siksika, Kainai et Piikanila de la Confédération des Pieds-Noirs; la Première Nation Tsuu T’ina; la nation métisse de la région 3 de l’Alberta; et, depuis longtemps, les Kootenays et les Shuswaps.
Je reconnais avec respect et sincérité le territoire du Traité no 7. Nous sommes tous visés par les traités et nous cheminons toute une vie durant vers la réconciliation. Nous avons la possibilité et la responsabilité de nous informer pour comprendre sincèrement notre histoire ainsi que l’esprit et l’intention de tous les traités. Dorénavant, nous honorons les vérités du passé, nous sommes conscients du présent et nous bâtissons un avenir équitable fondé sur l’amitié et le respect alors que nous avançons sur le chemin de la réconciliation.
Je voudrais souligner deux éléments par rapport au discours du Trône qui a marqué le début de la présente législature le 23 novembre 2021. En voici un extrait :
[...] la croissance de l’économie et la protection de l’environnement vont ensemble.
En mettant l’accent sur l’innovation, les bons emplois verts, et la collaboration avec les pays aux vues similaires, nous bâtirons une économie plus résiliente, plus durable et plus concurrentielle.
L’objectif est de bâtir une économie qui profite à tous. À mon avis, investir dans l’industrie du tourisme peut aider à atteindre cet objectif. En tant que principal produit d’exportation du secteur des services du Canada, en plus de fournir près d’un emploi sur dix, une industrie touristique saine est essentielle à l’avenir économique fructueux du pays. Tout au long de mes carrières, j’ai défendu avec ardeur l’industrie touristique canadienne et tous les secteurs connexes qui forment l’économie du tourisme, et je continuerai à le faire. Je suis convaincue que le tourisme représente l’une des meilleures formes d’activités économiques durables qui soient. Il soutient des collectivités fortes et résilientes, de jeunes entreprises novatrices, de petites entreprises et l’emploi, en plus de ne pas être incompatible avec la protection de l’environnement, en particulier pour les destinations qui attirent des visiteurs du monde entier.
Le tourisme est aussi un moyen pour les peuples autochtones de faire rayonner leurs riches cultures et de sensibiliser les Canadiens à notre histoire commune. Les coutumes ancestrales ont survécu aux tentatives d’assimilation concertées. S’exposer directement à des œuvres d’art, à des performances et à des récits extraordinaires des Autochtones est essentiel pour apprendre la vérité sur le chemin vers la réconciliation.
Par ailleurs, nous avons tous, bien sûr, intérêt à protéger l’environnement et à garantir que les générations futures aient accès à ces terres.
Les exploitants d’entreprises touristiques au Canada sont des chefs de file en matière d’écologisation de leurs activités et de soutien des mesures de conservation. L’écotourisme est un modèle durable qui permet aux invités d’interagir directement avec la nature et de se rappeler que le monde naturel mérite d’être préservé, un rappel qui s’impose.
Je suis passionnée par tous les parcs nationaux du Canada, et profondément fière de ceux de l’Alberta. Notre réseau de parcs nationaux est le reflet de l’engagement de notre pays envers la préservation de notre monde naturel. Il offre aux Canadiens et aux visiteurs internationaux des occasions en or de se rapprocher de ces endroits uniques et de renforcer la détermination nationale à les protéger pour toujours. À mon avis, l’accès à nos parcs nationaux est un droit fondamental de l’ensemble de la population canadienne.
Il est donc essentiel, pour favoriser la croissance d’une industrie touristique qui profite à tous, de veiller à ce que notre réseau de parcs nationaux demeure robuste, conserve sa fonction écologique et continue d’être un exemple mondial de leadership environnemental.
Je suis ravie de coprésider le nouveau caucus parlementaire du tourisme, caucus non partisan, pour défendre l’industrie qui m’a élevée. Je veux parler du tourisme et lui donner la reconnaissance qu’il mérite en tant que secteur canadien crucial et prospère mettant en valeur ce grand pays, tant ce qu’il représente que ce qu’il a à offrir, soit son air frais, son eau potable, sa richesse culturelle, sa diversité, sa tolérance et sa population amicale. J’ai hâte de discuter de la reconstruction de l’industrie touristique canadienne.
Certains d’entre vous m’ont peut-être entendu dire que je suis une sénatrice de l’Alberta, et plus précisément de la région des Rocheuses. Cette région s’étend du parc national Jasper au parc national Banff, à l’intérieur de Kananaskis et au sud du parc national des Lacs-Waterton. C’est mon chez-moi, et je suis ici en raison des expériences que j’y ai vécues. Je n’accorde pas plus d’importance aux priorités de cette région qu’à celles d’autres régions de la province. Toutefois, je crois qu’en Alberta, on doit aux Rocheuses une grande partie des ressources environnementales et des atouts économiques de la province, y compris le tourisme.
Je pense que la rapidité des changements hydrologiques qui surviennent dans les Rocheuses à cause de la crise climatique représente la plus grave menace au bien-être de tous les Albertains.
Une des déclarations figurant dans le rapport de la Commission de vérité et réconciliation m’a particulièrement touchée. Lors du processus de la Commission de vérité et réconciliation, les gardiens du savoir traditionnel ont recommandé que la réconciliation se fasse aussi avec notre milieu naturel. Comme l’a dit l’aîné Reg Crowshoe, « Si les humains règlent les problèmes entre eux, mais continuent de détruire le monde naturel, la réconciliation sera inachevée ».
Ceci m’amène au deuxième point qui me préoccupe. On peut lire la déclaration suivante dans le discours du Trône :
Notre planète est en danger.
Qu’il s’agisse des effets du réchauffement de l’Arctique ou des ravages toujours plus importants des catastrophes naturelles, notre terre et nos populations ont besoin d’aide.
Nous devons passer de la parole aux actes et nous adapter là où c’est nécessaire.
Le temps presse.
Je vis aux portes des sources des Rocheuses : un berceau de la vie qui se déverse dans 194 rivières de l’Alberta et qui abrite les réservoirs d’eau de l’humanité que sont les glaciers. Selon un scénario d’émissions moyennes, on projette que les glaciers de toute la cordillère de l’Ouest perdront de 74 % à 96 % de leur volume d’ici 2100. C’est dans 78 ans à peine. Personnellement, j’ai été témoin d’un recul important des glaciers depuis 35 ans que je vis à Banff.
Après avoir déménagé dans l’Ouest, le premier travail que j’ai trouvé était sur le glacier Athabasca, en 1979. Le paysage a radicalement changé aujourd’hui. Même si la fonte des glaces peut être considérée comme un phénomène naturel à la fin d’une ère glaciaire, la vitesse à laquelle le glacier recule est très inquiétante.
Nous savons que l’eau est l’essence même de toute vie. Sans elle, nulle autre ressource ou activité ne peut rendre la planète viable ou la vie possible. Comme l’a dit Jacques Cousteau : « Nous oublions que le cycle de l’eau et le cycle de vie ne font qu’un. »
Il semble approprié de souligner ici que la sécurité de l’approvisionnement en eau, bien qu’elle soit souvent perçue comme un droit naturel et fondamental de la personne pour les Canadiens, demeure compromise pour certaines collectivités autochtones. Même si le gouvernement fédéral a promis de régler ce problème, dans un rapport de 2021, la vérificatrice générale fait état de l’absence considérable de progrès pour ce qui est de fournir à toutes les collectivités autochtones un accès à de l’eau potable. Nous devons passer plus rapidement de la parole aux actes.
La fonte rapide des glaciers en raison des changements climatiques a des répercussions irrévocables à la fois sur l’eau alpine et, en aval, sur l’approvisionnement en eau douce de l’Alberta. Ces répercussions doivent être au premier plan dans notre esprit lorsque nous discutons des changements climatiques, surtout quand on sait à quelle vitesse nous passons des politiques aux mesures concrètes.
Un aspect intégral de la lutte contre les changements climatiques est l’urgence de freiner et d’annuler la perte de biodiversité et d’être favorable à la nature. La crise de la nature est profondément liée à la crise climatique. La biodiversité est essentielle au maintien de la vie sur Terre. Or, non seulement sa grave détérioration est le résultat des changements climatiques, elle contribue au réchauffement de la planète.
Nous devons nous réconcilier avec le monde naturel.
Mon intention en tant que nouvelle sénatrice est de sensibiliser la population à la sécurité de l’approvisionnement en eau, de mettre en évidence les répercussions de l’accélération de la déglaciation causée par les changements climatiques et de promouvoir l’atteinte de l’objectif de la restauration de la biodiversité et d’un retour à un état positif pour la nature.
Comme j’appuie la réforme du Sénat, je peux assurer à mes collègues que je suis à l’abri des influences partisanes. D’ailleurs, dans ma carrière de mairesse et de conseillère municipale, je n’ai eu aucun mal à collaborer avec les politiciens et les administrateurs de tous les partis et de tous les ordres de gouvernement.
Mes contributions se feront en fonction de mes affinités et, si je peux me permettre, de ma capacité à poser des questions, à enrichir mes connaissances et à établir des consensus. Elles reposeront sur une volonté de toujours m’assurer que les choix politiques que nous faisons visent l’atteinte d’un équilibre entre les enjeux environnementaux, économiques et sociaux relatifs au bien-être des Albertains et de tous les Canadiens. Mes contributions relèvent d’une réelle passion pour la fonction publique. Merci de votre attention. Ishniyes.