DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le rapport de la fondation Jamestown
11 mars 2026
Honorables collègues, je veux attirer votre attention sur une grave menace qui pèse sur notre pays : la désinformation et l’ingérence étrangères. La fondation Jamestown, un groupe de réflexion américain, a publié un rapport dans lequel on prétend avoir identifié plus de 575 organisations au Canada qui font partie du Département du travail du Front uni du Parti communiste chinois.
Le rapport ne comprend que quelques exemples des groupes canadiens qu’on prétend avoir identifiés. Selon les éléments de preuve présentés dans le rapport, le gouvernement chinois considère que des activités comme les célébrations de la culture chinoise, la promotion des échanges commerciaux entre le Canada et la Chine et la représentation générale des communautés sino-canadiennes sont des preuves de cooptation.
Cela s’inscrit dans un contexte plus général, où on traite tout ce qui n’est pas une opposition à la Chine comme une preuve de loyauté envers Pékin et, par conséquent, comme étant contraire aux intérêts canadiens.
La fondation Jamestown n’a pas rendu publique la liste des 575 organisations, ce qui a pour effet de faire planer des soupçons sur toutes les organisations sino-canadiennes et de favoriser la discrimination et la stigmatisation de chacune d’entre elles.
Dans son rapport, la fondation Jamestown inscrit même des associations politiques libérales et conservatrices de Canadiens d’origine chinoise sur la liste des organismes du Front uni et du Parti communiste chinois, sans aucune explication. C’est particulièrement préjudiciable et dangereux pour les Sino‑Canadiens qui veulent prendre part à la démocratie du pays en s’impliquant dans la politique partisane. Il s’agit d’une forme de suppression de votes ciblant une seule communauté.
Ce rapport cause un grave danger. Si ses conclusions sont prises au sérieux, cela entraînera de la discrimination systématique contre les Canadiens d’origine chinoise dont les opinions ou les affiliations sont considérées comme dangereuses. Il s’agirait ni plus ni moins de la version moderne de la Loi d’exclusion des Chinois de 1923.
Il est déjà assez déplorable que des entités étrangères propagent de la désinformation et s’ingèrent dans notre démocratie. Le pire, c’est que des Canadiens, y compris des parlementaires, facilitent et soutiennent ces actes néfastes.
On serait porté à croire que ces personnes sont dans l’obligation de s’inscrire au Registre canadien pour la transparence en matière d’influence étrangère, mais ce registre semble exclure les acteurs non étatiques. À mon avis, ces derniers sont pourtant la plus grande et la plus dangereuse source de désinformation et d’ingérence au Canada aujourd’hui.
Certains d’entre vous pourraient être portés à ne pas remettre en question le rapport de la fondation Jamestown. Soyons clairs : si vous avez la preuve que des infractions ont été commises, signalez-les aux autorités. Toutefois, si vous soupçonnez qu’une organisation sino-canadienne est un agent étranger malveillant à la solde du gouvernement chinois simplement parce qu’elle célèbre la culture chinoise, fait la promotion du commerce international et des investissements, entretient des liens avec des organisations chinoises ou est d’accord avec certaines des positions de Pékin, vous contribuez à une forme moderne d’exclusion des Chinois.
En 2023, nous avons souligné le centenaire de la Loi d’exclusion des Chinois. Aujourd’hui, nous assistons au retour dans la société canadienne d’une forme d’exclusion, et c’est parce que de nombreux Canadiens qui occupent des postes de direction alimentent cette forme de racisme.