LE CANNABIS : 
POSITIONS POUR UN RÉGIME DE POLITIQUE PUBLIQUE POUR LE CANADA

RAPPORT DU COMITÉ SPÉCIAL DU SÉNAT SUR LES DROGUES ILLICITES

VOLUME I : PARTIES II


PARTIE II LE CANNABIS : EFFETS, USAGES, ATTITUDES


Chapitre 6

Usagers et usages : formes, pratiques, contextes

Qui sont les usagers de cannabis ?  Comment les tendances d’usage au Canada se comparent-elles avec celles d’autres pays ?  Dans quels contextes utilise-t-on le cannabis ?  Et pourquoi ?  Quelles sont les populations les plus vulnérables ?  Quelles sont les conséquences sociales du cannabis, notamment sur la délinquance et la criminalité ?  Et surtout, quelles sont les trajectoires des usagers de cannabis, notamment eu égard au passage éventuel vers d’autres drogues ?

On peut difficilement établir une politique sur une substance sans répondre au moins partiellement à ces questions.  Si l’on veut prévenir, encore faut-il savoir ce que l’on veut prévenir et quels sont les groupes cibles visés.  Si l’on veut soutenir ceux qui présentent une consommation à problème, il faut au moins avoir une idée de la composition et de la taille de ce groupe.  Plus loin, lorsqu’on voudra des indications qu’une politique publique diminue l’usage ou réduit les usages à risque, on voudra connaître l’évolution des tendances d’usage dans la population.

Or, la situation au Canada eu égard aux connaissances sur les tendances d’usage et les divers contextes d’usage du cannabis est à peu de choses près désastreuse.  Alors que les USA, le Royaume-Uni et l’Australie ont mis en place, depuis le début des années 1980, des systèmes d’observation en population générale et en population étudiante menant à des rapports annuels sur les tendances (USA) ou bisannuels (Royaume-Uni et Australie), tandis que plusieurs pays européens se sont dotés, depuis les cinq dernières années, de systèmes de connaissance autour de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), le Canada n’a mené que deux enquêtes épidémiologiques spécifiques aux drogues en population générale (1989 et 1994) et seules certaines provinces mènent des enquêtes en population étudiante, encore qu’avec des méthodes et des instruments différents réduisant ainsi la comparabilité des données.  De surcroît, tout donne à penser qu’il se fait peu d’études sociologiques ou anthropologiques sur les modes et contextes d’usages des drogues illicites, spécifiquement du cannabis.  À tout le moins, peu de travaux ont été portés à notre attention.  Il s’ensuit que notre bassin de connaissances sur les usagers et les usages est restreint à sa plus petite expression.

Nous n’avons pas d’explications à cette situation.  Du moins pas d’explications satisfaisantes.  Dès les années 70 le Canada aurait pu, dans les suites des travaux de la Commission Le Dain, se doter d’un système d’observation des tendances.  Dans les années 80, dans le contexte de l’adoption de la Stratégie canadienne antidrogues, à laquelle le gouvernement fédéral consacrait 210 millions $ sur cinq ans, un système de collecte d’informations de base aurait pu être créé.  Faut-il invoquer l’absence de leadership et de vision ?  La peur de connaître ?  Les partages de compétences entre les niveaux de gouvernements ?  L’absence d’une culture de la recherche socio-légale au sein des ministères responsables de la justice et de la santé ?  Probablement un peu de tout et autre chose encore.  Quoi qu’il en soit, nous affirmons que cette situation est proprement inacceptable et qu’elle devrait faire l’objet de correctifs rapides et forts.  Il nous faudra donc utiliser les maigres données disponibles, ce qui signifie au total bien peu de données.  Surtout, peu de données comparables.  Nous recourrons aussi à des études et données provenant d’autres pays.

Ce chapitre se divise en quatre sections.  La première section porte sur les tendances de consommation, d’abord en population générale, puis spécifiquement chez les jeunes (12 à 18 ans), et compare ensuite les tendances entre divers pays.  La deuxième section examine ce que l’on connaît des motifs et modalités d’usage ; il y sera aussi question des origines et différences culturelles entre les usages.  La troisième section porte spécifiquement sur les trajectoires des usagers de cannabis, examinant entre autres la question de l’escalade.  Enfin, la quatrième section traite des relations entre usage de cannabis et délinquance et criminalité.

 

 

Tendances d’usage 

Les enquêtes épidémiologiques sont le principal moyen de mesurer les tendances de la consommation ; elles sont menées en population générale (le plus souvent les 15 ans et plus) et auprès de populations spécifiques, le plus souvent les jeunes en milieu scolaire.  La plupart des enquêtes épidémiologiques en population générale procèdent par sondage téléphonique sur la base d’un questionnaire validé.  Dans certains cas, elles utilisent l’entretien en face à face.  Enfin, certaines enquêtes en milieu scolaire procèdent à partir d’un questionnaire remis aux étudiants en classe.

Parce que la consommation de drogues illicites en population générale est faible, les échantillons doivent nécessairement être grands (au Canada, plus de 12 000 répondants).  Quelle que soit la taille de l’échantillon, ces enquêtes sous‑estiment inévitablement la consommation : soit parce que les répondants la sous‑rapportent, soit en raison de l’interdit légal faisant en sorte que les personnes refusent tout simplement de répondre, soit encore parce que certaines personnes à risque ne seront pas rejointes lors d’une enquête téléphonique.  Ajoutons enfin les biais de mémoire : plus il se passe de temps entre la consommation et le moment où est réalisée l’enquête, moins précis seront les souvenirs relatifs aux moments, circonstances et quantités impliqués.

Par ailleurs, notons que certains rapports, dont le rapport de l’INSERM ainsi que le Profil canadien du Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT), rapportent aussi les données des saisies par la police et les douanes au titre d’indicateurs indirects de l’usage.  Nous faisons plutôt le choix de rapporter les données sur les saisies et autres activités policières et douanières au chapitre 14.  En effet, nous sommes d’avis que ces données reflètent peu et mal les usages et qu’elles sont plutôt des indicateurs de l’activité policière en matière de drogues et pour partie de l’état du marché.

Les enquêtes ne mesurent pas toutes les phénomènes de la même manière, bien que l’on assiste, ces dernières années, à un effort important d’arriver à une plus grande comparabilité.  Généralement, on mesure la prévalence-vie, c’est-à-dire le fait d’avoir consommé une substance au moins une fois au cours de sa vie.  On distingue cette consommation épisodique ou expérimentale de la consommation au cours de la dernière année.  Les mesures de la consommation fréquente, au cours du dernier mois par exemple, sont plus rarement recherchées.  Quant aux consommations excessives, elles sont encore moins souvent recherchées.  De surcroît, quand il s’agit des consommations régulières, les études ont plutôt tendance à utiliser des critères de dépendance – que nous décrivons en détail au chapitre suivant – plutôt que des indicateurs relatifs aux quantités.  Comme on le verra plus en détail plus loin dans ce chapitre, il devient alors difficile de distinguer entre des catégories d’usagers, notamment les usagers à risque et les usagers excessifs.  Pourtant, lorsqu’il s’agit d’identifier les groupes cibles pour les actions de prévention notamment, ces informations seraient essentielles.

 

Consommation en population générale

Au Canada, cinq enquêtes nationales permettent d’avoir des données sur la consommation de substances psychoactives, alcool, tabac et drogues illicites : l’enquête sur la promotion de la santé (EPS) a été menée en 1985 et 1990, l’enquête nationale sur l’alcool et les autres drogues (ENAD) a été menée deux fois, en 1989 et 1994, et l’enquête sociale générale (ESG) de 1993, par ailleurs menée régulièrement, incluait des données sur les drogues.  Ce sont ces données que nous présentons dans les paragraphes qui suivent.

Lors de l’enquête de 1994, 23 % des répondants ont déclaré avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie.  Comme le montre le graphique suivant, les hommes plus que les femmes, les moins de 35 ans plus que les plus âgés, sont nettement plus susceptibles d’avoir consommé du cannabis.

 


 

La consommation varie aussi selon les provinces.  Ainsi, toujours selon l’enquête ENAD, elle est la plus élevée en Colombie-Britannique (35,4 %) suivie de l’Alberta (29,4 %), du Manitoba (25,2 %), de la Nouvelle-Écosse (25,1 %) et du Québec (24,7 %) et la plus faible à Terre-Neuve & Labrador (16,3 %), en Ontario (16,6 %) et à l’Île-du-Prince-Édouard (18,6 %).

La prévalence-vie était identique à celle de l’étude de 1989.  Comparativement, elle était à 3,4 % en 1970 au moment où la Commission Le Dain menait ses travaux et à 17 % en 1978, indiquant une augmentation continue de la consommation de cannabis.

La prévalence au cours des douze derniers mois est un indicateur plus fin de la consommation courante puisque moins sujette aux biais de mémoire.  Le tableau suivant décrit l’évolution de cet indicateur depuis l’étude de 1985.

 

Consommation de cannabis au cours des 12 derniers mois, 15 ans et plus[1]

Année

Enquête

              Sexe

Hommes       Femmes          Total

1985

 

1989

 

1990

 

1993

 

1994

Enquête promotion de la santé

 

Enquête nationale sur l’alcool et les autres drogues

Enquête promotion de la santé

 

Enquête sociale générale

 

Enquête nationale sur l’alcool et les autres drogues

     6,9 %              4,3 %             5,6 %

    

     8,9 %              4,1 %             6,5 %

    

     7,0 %              3,0 %             5,0 %

    

     5,9 %              2,5 %             4,2 %

 

    10,1 %              5,1 %            7,4 %

Par comparaison, le pourcentage des usagers au cours de la dernière année était de 1 % en 1970 et de 9,7 % en 1979. 

Le taux d’usage rapporté dans ces enquêtes varie du simple au double entre les femmes et les hommes.  Surtout, il convient de noter la variabilité entre les études.  Parce qu’elle portait spécifiquement sur les substances psychoactives plutôt que de s’insérer dans une enquête plus large sur la santé ou les conditions de vie, l’ENAD nous apparaît plus fiable.

Nous ne disposons pas de données précises sur l’incidence (c’est-à-dire les nouveaux consommateurs) ni sur le taux de discontinuation de l’usage.  Sur l’incidence, nous verrons plus loin que l’augmentation de la prévalence chez les jeunes indiquerait une augmentation de l’incidence.  Sur la discontinuation, l’on considère généralement que la grande majorité des usagers ne continuent pas au delà d’un usage expérimental, mais nous ne disposons pas de données précises dans la population canadienne.

Nous sommes conscients qu’on ne peut comparer terme à terme les diverses substances psychoactives entre elles.  Comme nous le rappelait à juste titre le Dr Zoccolillo lors de son témoignage, chacune a ses caractéristiques et ses effets.

« Il est inutile de comparer le niveau des effets nuisibles de la cocaïne, de la marijuana et de l’alcool.  Chaque drogue a son genre particulier d’effets nuisibles.  S’il fallait comparer les effets du tabac et de la cocaïne chez les jeunes, vous concluriez que la cocaïne est terrible, mais qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter du tabac parce que les effets nuisibles de celui-ci ne se manifestent que 30 ans plus tard.  L’essentiel c’est qu’il existe différents genres d’effets nuisibles et qu’il est inutile d’en faire la comparaison. » [2]

 

Néanmoins, nous pensons qu’il est utile de comparer la consommation de cannabis au sein de la population générale à celle d’autres substances pour mieux situer le phénomène. L’enquête nationale sur l’alcool et les autres drogues de 1994 montre que, parmi les autres drogues illégales, la consommation de cocaïne est à moins de 1 % et celle d’héroïne, LSD ou amphétamines ensemble à environ 1 %. En ce qui concerne les drogues licites, la consommation d’alcool est à plus de 75 % et celle de tabac à près de 30 %.  Le graphique ci-dessus compare la consommation de cannabis à celle de l’alcool chez les personnes de plus de 15 ans.

 

 

Des études en population générale sont menées en Ontario depuis 1977.  Il s’agit donc de la base de données la plus extensive dont nous disposions au Canada – une base d’autant plus intéressante que l’Ontario mène aussi, depuis 1977, des études en milieu scolaire auprès des jeunes permettant ainsi de mieux suivre les tendances.

Selon le rapport 2000 du Centre sur la toxicomanie et la santé mentale (CTSM)[3], plus du tiers (35 %) des Ontariens de plus de 18 ans ont consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie, 10,8 % au cours des 12 derniers mois.  Ce pourcentage d’usagers au cours de la dernière année a peu varié depuis 1984 (11,2 %), mais est en légère augmentation par rapport à l’année 1977 (8 %).  Le groupe des 18-29 montre l’augmentation la plus régulière, de 18,3 % en 1996 à 28,2 % en 2000 ; par ailleurs, le taux pour ce groupe était à 28,5 % en 1984.  Sur le long terme, on observe aussi une augmentation de la consommation au cours des 12 derniers mois chez les 30-49, de 6,2 % en 1977 à 18,7 % en 2000.  Le tableau suivant présente certaines données tirées du rapport.

 

Usagers de cannabis au cours des 12 derniers mois, Ontariens, 18 ans et plus

 

(N =)

1977

(1059)

1982

(1026)

1984

(1043)

1987

(1075)

1989

(1098)

1991

(1047)

1992

(1058)

1994

(2022)

1996

(2721)

1997

(2776)

1998

(2509)

1999

(2346)

2000

(2406)

 

Total

 

Hommes

Femmes

 

18-29

30-39

40-49

50-64

 

    8,1

 

  11,2

    4,5

 

   22,6

     3,9

     2,3

     1,2

 

    8,2

 

  12,3

    4,1

 

   22,7

    4,2

   

    1,3

 

   11,2

 

   15,6

     7,1

 

   28,5

     9,5

     2,2

     1,8

 

     9,5

 

   12,3

     6,8

 

    20

    11,6

     5,4

    

 

   10,5

 

   13,0

     8,2

 

   24,6

   11,8

     3,9

     1,4

 

    8,7

 

   11,5

     6,0

 

   19,9

     9,1

     3,0

 

    6,2

 

     9,1

     3,6

 

   13,3

     6,6

     2,4

     1,3

 

    9,0

 

   11,4

     7,0

 

   19,6

   10,2

     4,3

 

    8,7

 

   12,6

     5,3

 

   18,3

   11,3

     6,1

 

    9,1

 

   11,4

     7,0

 

   21,4

     9,8

     4,3

     1,7

 

    8,6

 

   12,1

     5,4

 

   25,2

     8,2

     4,6

     1,4

 

  10,4

 

   13,2

     7,8

 

   27,1

   10,3

     6,8

     4,1

 

   10,8

 

   14,3

     7,7

 

   28,2

   12,3

     6,4

     2,9

 

Parmi ceux qui ont consommé au moins une fois au cours de leur vie, 68 % n’ont pas consommé au cours des derniers 12 mois, 15 % moins d’une fois par mois, et 17 % plus d’une fois par mois ou plus.  Parmi les usagers au cours de la dernière année, 47 % consommaient moins d’une fois par mois et 53 % au moins une fois par mois.

Au Québec, des études en population générale ont été menées en 1987, 1992 et 1998.  L’enquête sociale et de santé (ESS)[4] de 1998 révèle que 31,3 % des 15 ans et plus ont fait usage du cannabis ou d’une autre drogue illicite au moins une fois dans leur vie et que 13,5 % ont consommé du cannabis au moins une fois au cours des derniers mois.  Comme ailleurs, la consommation est fonction de l’âge : chez les 15-24, la consommation de drogues illicites est de 39,7 %, elle est de 18,4 % chez les 25-44, de 8 % chez les 45-64, et de 5,5 % chez les 65 ans et plus.  Si 83,7 % des 45-64 ans et 93,8 % des 65 ans et plus disent ne jamais avoir fait usage de drogues prohibées, plus de 40 % des 25-44 ans et la moitié (50,3 %) des 15-24 ans affirment en consommer ou l’avoir déjà fait.

 

Consommation chez les jeunes

Plusieurs témoins ont fait état d’augmentations « préoccupantes » de la consommation de cannabis chez les jeunes de moins de 18 ans. 

« Grâce aux études qui indiquent que le taux de consommation du cannabis chez les jeunes en général, et plus particulièrement chez les jeunes de la rue et les jeunes à risque, et aux connaissances sur les méfaits de la consommation de drogues, nous savons que le problème devient de plus en plus aigu. » [5] 

« Il faut porter une attention spéciale aux mineurs quand on élabore une politique en matière de drogues.  Une politique visant uniquement les adultes aura peut-être de vives conséquences non voulues sur les adolescents.  Nous avons une obligation parentale à l’égard des adolescents.  Ce ne sont pas des adultes.»[6] 

« Le sondage réalisé auprès des élèves ontariens est également déroutant.  On constate une forte hausse de l’usage des drogues, quelles qu’elles soient, depuis 1993.  (…) Celle du cannabis a plus que doublé et atteint 29 %.  (…) Malheureusement, les seules statistiques qui sont en régression sont celles qui concernent les élèves qui ne consomment pas de drogues.  Le chiffre est tombé de 36 à 27 %, et l’on est donc passé de près d’un tiers à près d’un quart aujourd’hui.  Nous sommes manifestement à une époque où les jeunes voient dans les drogues une solution à leurs problèmes existentiels. » [7]  

De fait, la consommation de substances psychoactives chez les jeunes en milieu scolaire a connu des augmentations significatives au cours des dernières années.  Au plan national, l’enquête réalisée auprès des jeunes de 6e, 8e et 10e années (environ 2 000 jeunes par niveau scolaire) en  1990, 1994 et 1998[8], rapporte que l’utilisation de la marijuana a évolué de la manière suivante :

 

Étudiants de 8e et 10e année qui ont consommé du cannabis au moins une fois

 

          1990                                     1994                               1998

8e année

     filles

     garçons

 

10e année

     filles

     garçons

 

            10 %                                    11 %                               18 %

            11 %                                    13 %                               21 %

 

 

            24 %                                     27 %                              41 %

            26 %                                     30 %                              44 %

 

 

Des enquêtes sur la consommation de substances psychoactives, dont le cannabis, chez les jeunes, ont été menées dans certaines provinces.  Elles permettent d’avoir une image plus précise de l’évolution de la consommation de cannabis chez les jeunes dans ces provinces, mais leurs résultats ne sont cependant pas comparables d’une province à l’autre.

 

Atlantique

Dans les provinces atlantiques (Terre-Neuve & Labrador, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick) la consommation de cannabis chez les jeunes de niveau secondaire a fait l’objet d’enquêtes universelles identiques pour la première fois en 1996.[9]  L’étude s’est répliquée en 1998.  L’enquête de 1996 a porté sur 14 908 étudiants et celle de 1998 sur 13 539 étudiants des niveaux 7, 9, 10 et 12.[10] 

Le graphique suivant présente les principales données des deux enquêtes et la base de 1992 pour le Nouveau Brunswick.

La consommation de cannabis chez les étudiants dans les provinces atlantiques est passée de 28 % en 1996 à près de 33 % en 1998.  Par province, observe les tendances suivantes :

 

v     En Nouvelle-Écosse, entre 1991 et 1998 :

·               Le pourcentage d’étudiants utilisant des drogues illicites a presque doublé  ;

·               Le pourcentage d’étudiants déclarant avoir consommé du cannabis au cours de la dernière année est à près de 38 % en 1998, comparativement à 32 % en 1996 ;

·               La répartition par niveau est la suivante : 11,4 % au niveau 7, 41 % au niveau 9, 47,6 % au niveau 10 et 51,7 % au niveau 12 ;

·               Le pourcentage d’étudiants utilisant du cannabis plus d’une fois par mois a triplé, passant de 4,4 % à 13,5 % ; les hommes (17,5 %) sont plus nombreux que les femmes (9,3 %) à consommer une fois par mois.

 

v     Au Nouveau Brunswick :

·               La proportion d’étudiants déclarant avoir consommé du cannabis est passée de 17,4 % en 1992 à 29 % en 1996 et à 31 % en 1998 ;

·               Parmi les usagers de cannabis, 5,5 % ont expérimenté au cours de l’année et 11 % étaient des usagers fréquents (plus d’une fois par mois) ;

·               Comme dans les autres provinces, les hommes (33,4 %) sont plus nombreux que les femmes (28,3 %) à consommer du cannabis ;

 

En comparaison, 56 % des étudiants des provinces atlantiques en 1996 et près de 59 % en 1998 ont déclaré avoir consommé de l’alcool au moins une fois au cours de l’année précédente.

 

Manitoba

Au Manitoba, une enquête non aléatoire d’écoles de la province a été menée en 2001 auprès de 4 680 étudiants provenant de 32 écoles.[11]  Même si l’échantillon n’est pas totalement représentatif de l’ensemble des étudiants du Manitoba, il est suffisamment important pour offrir une bonne représentation de la situation dans la province.

La quasi-totalité des étudiants ayant déclaré avoir consommé des drogues illicites au cours de l’année précédente ont utilisé de la marijuana (96 %) :  47,7 % des étudiants ont consommé au moins une fois dans leur vie et 39,7 % au cours de l’année précédente (comparativement à 37,4 % en 1995 et à 38,8 % en 1997).  L’âge moyen à la première utilisation est de 14,1 ans.  Les garçons (40,4 %) sont plus nombreux que les filles (35,4 %) à avoir consommé du cannabis au cours de l’année précédente.  Parmi les usagers, 8,5 % consommaient à peu près une fois par mois et 15,8 % plus d’une fois par mois (20,5 % chez les garçons et 11,2 % chez les filles).

Par comparaison, 87,4 % des étudiants ont consommé de l’alcool au moins une fois dans leur vie et 80,4 % au moins une fois au cours de l’année précédente.  L’âge moyen de la première consommation est de 13,3 ans.  Parmi ceux qui ont consommé au cours de l’année précédente, 26 % l’ont fait une fois par semaine ou plus, et 46,5 % au moins une fois par mois.  On observe une progression de la consommation hebdomadaire par niveau, de 17 % au niveau 1 à 33 % au niveau 4.  Notons enfin que 27,7 % des étudiants ont consommé cannabis, alcool et tabac au cours de la dernière année.

 
Ontario

En Ontario, l’enquête sur la consommation des drogues parmi les étudiants[12] (OSDUS) 2001 révèle qu’en moyenne 33,6 % des jeunes entre la 7e et la 13e année rapportent avoir consommé du cannabis au moins une fois et 29,8 % au cours des derniers mois (les pourcentages sont de 33,8 % et 23,6 % pour le tabac et 70,6 % et 65,6 % pour l’alcool).  Le taux d’utilisation est significativement plus élevé pour les garçons que chez les filles.  Si l’on examine l’évolution des tendances, on constate qu’après avoir atteint un creux au début des années 90, les taux des deux dernières enquêtes sont comparables à ceux de la fin des années 70 et du début des années 80.

 

Usagers de cannabis au cours des 12 derniers mois, Ontariens, 7e à 13e année

 

(N =)

1977

(4687)

1979

(4794)

1981

(3270)

1983

(4737)

1985

(4154)

1987

(4267)

1989

(3915)

1991

(3945)

1993

(3571)

1995

(3870)

1997

(3990)

1999

(2868)

2001

(2326)

 

Total

 

Hommes

Femmes

 

7e

8

9e

10e

11e

12e

13e

 

  25,1

 

  29,4

  21,1

 

    5,6

      -

  23,2

      -

  39,4

     -

  42,4 

 

  31,7

 

  36,4

  26,8

 

  10,4

 

  29,2

 

  50,2

 

  43,6

 

  29,9

 

  33,2

  26,3

 

    5,7

 

  27,1

 

  44,2

 

  37,4

 

  23,7

 

  28,0

  19,4

 

    5,2

 

  25,1

 

  42,1

 

  36,5

 

  21,2

 

  24,4

  17,9

 

    4,7

 

  18,3

 

  35,1

 

  30,8

 

  15,9

 

  18,7

  13,2

 

    3,8

   

  12,1

 

  24,3

 

  30,5

 

  14,1

  

  14,7

  13,5

 

   0,9

 

  12,9

 

  22,5

 

  28

 

  11,7

 

  13,2

    9,9

 

    0,7

 

    8,1

 

  20,2

 

  20,5

 

  12,7

 

  14,8

  10,7

 

   1,7

 

   8,7

 

  22,3

 

  21,6

 

  22,7

 

  25,7

  19,8

 

    2,8

 

  19,6

 

  40,7

 

  27,5   

 

  24,9

 

  25,7

  24,1

 

    3,4

 

  23,9

 

  42,0

 

  31,9

 

  29,2

 

  32,5

  25,8

 

    3,6

 

  25,5

 

  48,1

 

  43,3

 

  28,6

 

  32,1

  25,1

 

    5,1

 

  28,8

 

  45,7

 

  43,9 

 

 

Lorsqu’on compare les tendances d’usage du cannabis à celles d’autres substances, on observe que :

·               La consommation de tabac au cours des 12 derniers mois a diminué de 30,4 % à 22,3 % des élèves ;

·               La consommation d’alcool au cours des 12 derniers mois a diminué de 76,3 % à 62,6 % des élèves ;

·               La consommation d’héroïne est passée de 2,0 % à 1,2 % ;

·               La consommation de cocaïne est demeurée stable à 3,8 % ;

·               La consommation d’amphétamines est passée de 2,7 % à 3,1 % ;

·               La consommation d’ecstasy est passée de 0,6 % en 1993 (première mesure) à 6,0 % en 2001.

 

L’enquête ontarienne examine la fréquence de la consommation.  Parmi les usagers de cannabis en 2001, 25 % en ont consommé une ou deux fois, 30 % entre 3 et 9 fois, et 45 % plus de 10 fois.  Au total, 16,9 % de tous les étudiants ont consommé du cannabis au moins 6 fois au cours des 12 derniers mois.  Le tableau suivant décrit l’évolution de la fréquence de consommation au cours des 12 derniers mois depuis 1981. 

 

Fréquence de consommation au cours des 12 derniers mois parmi les usagers, Ontario[13]

 

1981

(1002)

1983

(1304)

1985

(907)

1987

(701)

1989

(570)

1991

(515)

1993

(455)

1995

(873)

1997

(1019)

1999

(778)

2001

(636)

 

1-2 fois

3-5

6-9

10-19

20-39

40 +

 

  28,2

  12,4

  14,0

  13,0

  10,7

  21,7

 

  32,4

  15,1

  12,5

  11,4

    9,0

  19,5

 

  33,7

  18,3

  11,3

  11,3

    8,3

  17,1

 

  39,8

  16,2

    9,0

  14,1

    6,2

  14,8

 

  42,6

  17,2

  10,5

  11,8

    8,3

  17,1

 

  37,1

  17,7

  12,2

    9,8

    8,9

  14,3

 

  41,1

  17,5

  10,1

    9,0

    8,8

  13,6

 

  31,7

  17,1

  10,4

  12,5

    9,0

  19,4

 

  29,5

  16,3

  12,4

  12,3

    9,8

  19,7

 

  28,8

  14,7

  13,9

  11,9

    9,5

  21,2

 

  25,6

  17,1

  11,4

  14,9

  10,2

  20,9

 

De manière encore plus pointue, l’étude examine la consommation au cours des quatre dernières semaines.  Au total, 8,4 % des étudiants ont consommé du cannabis sur une base hebdomadaire et 3,1 % sur une base quotidienne.  La proportion des étudiants qui n’ont pas consommé de cannabis au cours du dernier mois est passée de 90,2 % en 1987 à 66,6 % en 2001.

Le tableau suivant décrit l’évolution de la consommation mensuelle parmi les usagers des douze derniers mois au cours de la période 1987-2001.  On y observe notamment une diminution de ceux qui n’ont pas fait usage du cannabis au cours du dernier mois (de 41 % en 1987 à 30 % en 2001) et, inversement, une augmentation de ceux qui ont en ont fait un usage quotidien (de 3,5 % en 1987 à 9,1 % en 2001).

 

Fréquence de l’usage mensuel parmi les usagers des douze derniers mois, osdus[14]

 

1987

(701)

1989

(570)

1991

(515)

1993

(455)

1995

(873)

1997

(1019)

1999

(778)

2001

(636)

Jamais

    Total 

    Hommes

    Femmes

 

1-2 fois le mois

    Total 

    Hommes

    Femmes

 

1-2 fois la semaine

    Total

    Hommes

    Femmes

 

3-4 fois la semaine

    Total

    Hommes

    Femmes

 

5-6 fois la semaine

    Total

    Hommes

    Femmes

 

Chaque jour

    Total

    Hommes

    Femmes

 

   41,1

   38,1

   45,3

 

 

   36,6

   36,7

   36,4

 

 

     9,7

     9,8

     9,5

 

 

     4,9

     4,6

     5,5

 

 

     4,1

     5,3

     2,5

 

 

     3,5

     5,6

     0,8

 

   46,0

   44,8

   47,2

 

 

   38,3

   33,8

   42,9

 

 

     9,6

   10,6

     8,5

 

 

     2,6

     4,8

     0,4

 

 

     1,0

     1,9

 

 

 

     2,6

     4,1

     1,1

 

   44,1

   38,6

   51,8

 

 

   34,5

   33,4

   36,0

 

 

     7,9

     8,7

     6,7

 

 

     5,8

     8,5

     2,0

 

 

     2,4

     3,2

     1,2

 

 

     2,6

     4,1

     1,1

 

 

   37,2

   29,7

   47,5

 

 

   36,9

   35,8

   38,1

 

 

     9,9

   12,7

     6,1

 

 

     5,9

     7,4

     3,8

 

 

     5,1

     7,5

     2,0

 

 

     5,0

     6,9

     2,4

 

   30,9

   28,4

   33,8

 

 

   35,7

   33,8

   37,9

 

 

   14,4

   15,5

   13,2

 

 

     9,2

     9,4

     9,0

 

 

     3,6

     4,4

     2,5

 

 

     6,3

     8,6

     3,6

 

   33,0

   28,9

   36,9

 

 

   34,2

   30,4

   37,9

 

 

   13,7

   14,6

   12,8

 

 

     7,6

   10,2

     5,1

 

 

     3,9

     4,5

     3,4

 

 

     7,6

   11,4

     3,9

 

   30,5

   28,5

   33,0

 

 

   34,8

   31,1

   39,4

 

 

   12,5

   12,9

   12,0

 

 

     8,5

   10,2

     6,3

 

 

     4,4

     5,9

     2,6

 

 

     9,3

   11,3

     6,6

 

   30,6

   23,2

   39,8

 

 

   33,2

   32,9

   33,6

 

 

   11,3

   12,3

   10,1

 

 

     8,3

     9,9

     6,4

 

 

     7,4

     7,5

     7,3

 

 

     9,1

   14,3

     2,8

 

 L’enquête OSDUS permet aussi de savoir quelle quantité est consommée.  Parmi les usagers des 12 derniers mois en 2001, 15 % ont fumé moins d’un joint, 21 % environ un, 22 % en ont fumé 2 à 3, et 15 % plus de 4.  Enfin, l’étude examine aussi la question de l’âge de la première initiation.  Au total, en 2001, 10,2 % des étudiants ont utilisé du cannabis pour la première fois, dont 31,7 % des usagers de cannabis au cours des 12 derniers mois.  L’âge d’initiation ne varie pas selon le sexe ou la région mais est significativement relié au niveau scolaire : entre la huitième et la neuvième année (14‑15 ans), la proportion de ceux qui ont fumé du cannabis passe de 6 % à 14,9 %.  L’initiation précoce (7e année, environ 12 ans) au cannabis a diminué au fil des ans : en 2001, 2 % des étudiants de 7e disaient avoir utilisé du cannabis au moins une fois l’année précédente (soit vers l’âge de 11 ans), un taux inférieur à celui qui était enregistré en 1997 (5 %) et en 1981 (8 %).

 

Québec

Au Québec, on constate selon certains observateurs une augmentation « inquiétante » de la consommation régulière de cannabis chez les jeunes.  Selon Michel Germain, directeur du CPLT, l’augmentation de l’usage serait davantage reliée à des valeurs sociales, notamment à des messages relatifs à une certaine banalisation de l’acceptabilité des drogues, qu’à des facteurs sociodémographiques tels le revenu ou la composition familiale.

Les données disponibles ne sont pas immédiatement comparables à celles qui sont recueillies en Ontario.  Elles proviennent des trois enquêtes menées par Santé Québec en 1987, 1992 et 1998 en population générale et portent sur le groupe des 15‑24 ans : respectivement 3 136, 3 912 et 3 587 répondants), distingué entre les 15-17, les 18-19 et les 20-24.[15]

L’étude révèle d’abord une diminution statistiquement significative du nombre de jeunes qui déclarent n’avoir jamais consommé de drogues entre 1987 et 1998 (71,3 % en 1987, 57,4 % en 1992 et 50,3 % en 1998).  Les consommateurs « actuels », au cours des douze derniers mois, sont 39,7 % des jeunes en 1998 contre 27 % en 1992.  Par tranche d’âge, l’augmentation de la consommation de drogues illicites (significative dans chaque cas à p < .001) se traduit ainsi :

 

·               15 – 17 ans : 26,2 % à 37,6 %

·               18 – 19 ans : 28,1 % à 41,6 %

·               20 – 24 ans : 26,2 % à 40,3 %

 

Parmi les usagers de drogues, le pourcentage de ceux qui utilisent de la marijuana exclusivement est passé de 15 % en 1992 à près de 26 % en 1998, tandis que la proportion de ceux qui utilisent d’autres drogues est demeurée stable à environ 13 %.

 

Tendances d’usage dans d’autres pays

Les tendances d’usage ne sont évidemment pas comparables immédiatement d’un pays à l’autre, non seulement en raison de différences culturelles, mais aussi parce que les systèmes de collecte sur les tendances d’usage ne mesurent pas tous la même chose de la même manière, ni souvent sur les mêmes années.  En Europe, les travaux de l’Observatoire européen sur les drogues et les toxicomanies (OEDT) permettent peu à peu d’arriver à une uniformisation des collectes de données dans les divers pays de l’Union permettant ainsi une meilleure comparabilité.  Néanmoins, il subsiste des différences importantes entre les pays.

Malgré ces réserves, il est intéressant de comparer les tendances d’usage entre les divers pays.  Dans un premier temps, nous examinons la situation aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas et dans un deuxième temps nous tentons des comparaisons sur quelques indicateurs sélectionnés.

 

États-Unis

Aux États-Unis, deux grandes enquêtes sont menées depuis plusieurs années : une enquête en population générale sous l’égide du ministère de la Santé et l’étude Monitoring the Future de l’Université du Michigan pour le compte du National Institute on Drug Abuse (NIDA) auprès de cohortes de gradués.

L’enquête en population générale pour 2000[16] révèle que 6,3 % des Américains de 12 ans et plus ont fait usage de drogues illicites au cours du dernier mois, et 4,8 % (contre 4,7 % en 1999) ont consommé du cannabis.  Au total, 14 millions d’Américains sont considérés comme usagers actuels de drogues illicites, c’est-à-dire ceux qui ont consommé au cours du dernier mois.  Le graphique ci-contre montre que, parmi ce groupe d’usagers, 76 % sont consommateurs de marijuana et 59 % de marijuana seulement.

On estime que le nombre des nouveaux usagers en 1999 était de 2 millions, contre 2,6 millions en 1996 et 1,4 millions en 1990.  Les deux tiers des nouveaux consommateurs ont entre 12 et 17 ans, les autres entre 18-25.  L’âge moyen de la première expérimentation de cannabis est de 17 ans en 1999, comparativement à environ 19-20 à la fin des années 1960.

La fréquence de consommation chez les usagers courants aurait augmenté entre 1999 et 2000 : 31,6 % en 1999 ont consommé du cannabis 100 jours ou plus au cours de l’année précédente, comparativement à 34,7 % en 2000.  Enfin, la répartition des groupes d’âge suit les tendances attendues comme le montre le graphique suivant :

 

 

 


L’enquête Monitoring the Future 2000[17] présente les tendances d’usage depuis 1986 pour des cohortes de jeunes gradués compris entre 19 et 32 ans.  La figure suivante résume ces données.

En 2000, la prévalence-vie chez les personnes de 31-32 ans atteignait 73 % pour l’ensemble des drogues illicites, et 68 % pour la marijuana.

 

Royaume-Uni

Au  Royaume-Uni, le British Crime Survey[18] mesure les tendances d’usage de drogues illicites depuis le début des années 1980 à chaque deux ans.  Depuis la création de l’OEDT, l’organisme Drugscope[19] est devenu le correspondant pour le Royaume-Uni et fait état annuellement des tendances d’usage et d’indicateurs connexes.

Le pourcentage de répondants âgés entre 16 et 59 ans ayant consommé une drogue illicite au cours de l’année précédente au Royaume-Uni est passé de 9,9 % en 1994 à 10,7 % en 2000.  Pour le cannabis, les proportions sont 8,4 % et 9,4 % respectivement.  La prévalence-vie de l’usage de cannabis chez les 16-29 ans est passée de 34 % en 1994 à 44 % en 2000.  En fonction du groupe d’âge, les tendances d’usage au cours de la dernière année sont les suivantes :

·               Chez les 16-19 ans : de 29 % en 1994 à 25 % en 2000 ;

·               Chez les 20-24 ans : de 23 % en 1994 à 27 % en 2000 ;

·               Chez les 25-29 ans : de 12 % en 1994 à 17 % en 2000.

 

Dans chaque cas, les hommes consomment plus que les femmes.

Le rapport note que le changement le plus important concerne la consommation de cocaïne chez les jeunes hommes de la classe d’âge des 16-29 ans dont la consommation est passée de 1,2 % à 4, 9 %.

 

France

Les travaux de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) ont permis une sérieuse mise à niveau de la connaissance des tendances et de la veille en France.  L’OFDT publie un rapport bisannuel sur les tendances d’usage et les indicateurs connexes (saisies, interpellations, demandes de traitement, etc.) ainsi qu’une série d’études et de rapports techniques sur des enjeux spécifiques.  Dans son rapport 2002, l’OFDT[20] montre que la consommation de cannabis se répartit comme suit :

·               Prévalence-vie :  21,6 % de la population adulte (18-75)

·               Usage occasionnel (au moins une fois dans l’année) : 6,5 %

·               L’usage répété (au moins dix fois dans l’année) : 3,6 %

·               L’usage régulier (dix fois par mois et plus) : 1,4 %.

Il y a près de deux fois plus d’expérimentateurs chez les hommes que chez les femmes et parmi les 18-34 ans 40,5 % sont expérimentateurs.  La proportion d’expérimentateurs décroît avec l’âge.  La consommation répétée concerne 14,6 % des 18-25 et 1,6 % des personnes de plus de 26 ans.  L’OFDT note que « la part de la population adulte (âgée de 18-44 ans) ayant expérimenté le cannabis est de plus en plus élevée.  Cette augmentation est la marque d’une banalisation du cannabis. »  D’autant plus que chez les adolescents la consommation a progressé significativement.  Ainsi, en 1993, 34 % des garçons et 17 % des filles déclaraient avoir consommé du cannabis à 18 ans, contre 59 % et 43 % respectivement en 1999.  En fait, ajoute le rapport de l’OFDT, « l’expérimentation du cannabis est devenue un comportement majoritaire chez les jeunes arrivant à l’âge adulte ».

De manière intéressante, le rapport de l’OFDT permet de construire une typologie des usages, voire si l’on étend un peu le raisonnement de proposer des balises pour les comportements qui peuvent présenter des risques. 

Le tableau suivant présente la fréquence de consommation chez les jeunes à la fin de l’adolescence.[21]  Au delà du clivage de sexe déjà noté dans les autres enquêtes épidémiologiques, on y observe que moins du quart des garçons de 17 ans déclarent fumer de façon au moins répétée alors qu’ils sont le tiers à 19 ans.  De même, entre 17 et 19 ans, chez les garçons, la part des abstinents baisse de 10 points.

 

 

Fréquence de la consommation de cannabis chez les jeunes à la fin de l’adolescence en 2000, par âge, sexe et type de consommation

Type de consommation

Définition

Filles, 17 ans

Garçons, 17 ans

Garçons, 18 ans

Garçons, 19 ans

Abstinent

 

Expérimentateur

 

 

Occasionnel

 

Répété

 

Régulier

 

Intensif

Jamais

 

Déjà consommé mais pas au cours de l’année

 

Entre 1 et 9 fois par an

 

Plus de 9 fois par an moins de 10 fois par mois

Entre 10 et 19 fois par mois

20 fois et plus par mois

59,2

 

5,0

 

 

23,3

 

7,4

 

2,6

 

2,6

49,9

 

5,4

 

 

20,9

 

9,3

 

6,4

 

8,0

45,1

 

6,5

 

 

19,9

 

9,9

 

6,2

 

12,4

39,8

 

8,2

 

 

19,4

 

10,1

 

6,8

 

15,8

 

L’autre découpage intéressant proposé dans le rapport de l’OFDT – découpage qui peut mettre sur la piste de situations problématiques (et qui pourrait notamment être utile aux fins de prévention) même si le rapport prend soin de préciser qu’il n’y a pas recoupage entre ces profils et les risques – porte sur les modes de consommation.  Il s’agit ici du fait de fumer seul et le matin ou le midi.  On observe une relation linéaire presque parfaite entre les types et les modes de consommation comme l’indique le tableau suivant.[22] 

 

Fréquence de l’usage de cannabis le matin ou en solitaire chez les jeunes à la fin de l’adolescence en 2000 par type de consommation

Type de consommation                              

Matin ou midi

Seul

 

 

Occasionnel                                       

 

Répété                                                

 

Régulier                                                

 

Intensif                                                 

 

Jamais             Parfois           Souvent

 

57,2                  40,4                  2,4

 

17,9                  69,8                 12,3

 

 4,7                   58,9                 36,4

 

 1,1                   22,7                 76,1

 Jamais         Parfois            Souvent

 

   81,9             16,2                  1,9

 

   46,4             46,6                  7,0

 

  19,9              60,2                 19,8

 

   4,5               38,2                 57,3

 

 

C’est là ce qu’expliquait le Directeur de l’Observatoire, monsieur Jean-Michel Coste, lors de son témoignage devant le Comité :

 

« Je crois qu’il est extrêmement important de répondre aux préoccupations des pouvoirs publics lorsqu’en matière de prévention, ces pouvoirs publics sont à la recherche d’un dispositif dont l’objectif n’est pas seulement de prévenir le premier usage mais également de prévenir le passage d’un usage régulier à un usage problématique.

Du point de vue des enquêtes, il est important de cerner cette notion d’usage problématique et de graduer les consommateurs.  Il est possible de le faire en essayant de repérer les consommations qui restent occasionnelles, celles qui sont sur des bases répétées ou régulières et celles qui sont problématiques.

Actuellement, on tente de cerner trois critères de consommation.  On tente de voir si le jeune consomme le cannabis de façon intensive ou journalière, s’il le consomme fréquemment seul, et s’il le consomme souvent le matin.  Si on arrive à la conjonction de ces trois critères, je crois qu’on peut cerner un objet qui recouvre la notion d’usage problématique de cannabis. » [23]

 

 

Pays-Bas

La situation des Pays-Bas est particulièrement intéressante considérant l’approche unique que ce pays a choisi de suivre dès 1976.[24]  Les tendances d’usage ont fait l’objet d’une première enquête épidémiologique en population générale en 1997 et les résultats de la seconde (2001) devraient être connus prochainement.  Les données indiquent, pour les personnes entre 15 et 64 ans, une prévalence-vie de 19,1 %, une consommation l’année précédente pour 5,5 % %, tandis que 2,5 % ont consommé au cours du dernier mois.  Les nouveaux expérimentateurs au cours de l’année précédente représentent 1 % de la population et l’âge moyen des usagers est de 28 ans.  Chez les 15-34, la prévalence-vie est de 31,8 % et l’usage au cours de la dernière année est de 14,2 %.

Parmi les usagers récents (au cours du dernier mois), la fréquence d’usage se répartit comme suit :

·               45 % ont consommé entre 1 et 4 jours au cours du mois

·               14 % entre 5 et 8 jours

·               15 % entre 9 et 20 jours

·               26 % plus de 20 jours.

 

Par ailleurs, les Pays-Bas ont mené des enquêtes auprès des étudiants entre 10 et 18 ans depuis 1984.  Les données indiquent une augmentation significative de la prévalence-vie et de l’usage courant (dernier mois) comme le montrent les graphiques suivants (seules les données sur les 12-18 sont présentées.[25]


 


 

Comme dans les autres études, les garçons sont plus nombreux à consommer et la prévalence augmente avec l’âge : chez les 16-17 ans, la prévalence vie est de 43 % chez les garçons et de 31 % chez les filles et l’usage courant de 22 % et 11 % respectivement.

 

Tendances d’usage en Europe, 15-64

Les travaux de l’OEDT sur l’Europe et la Norvège permettent d’établir une gradation révélatrice de la nature des usages de drogues illicites.  Le tableau ci-contre porte sur toutes les drogues illicites, mais l’on sait par ailleurs que le cannabis demeure dans tous les pays la drogue de choix pour au moins 90 % des usagers.  Il est pertinent pour nos propos puisque, comme nous le verrons plus loin, nous tenterons d’estimer les proportions d’usagers selon les formes d’usage de cannabis au Canada.

Autrement dit, pour environ 50 millions de personnes qui ont expérimenté au moins une fois dans leur vie une drogue illicite, environ 17,5 millions en auraient fait usage au cours des 12 derniers mois, 10 millions au cours du dernier mois, et 0,5 % seraient considérés comme usagers à problème.

 

 

Comparaisons internationales

Malgré des différences significatives entre les modes d’enquête (type de questionnaire et de forme de passation), les indicateurs, les années étudiées et les âges, les tableaux suivants fournissent quelques indications précieuses sur la prévalence dans un ensemble de pays.

Le premier tableau donne des informations sur l’année de l’enquête, l’âge des répondants, et les proportions déclarant une prévalence de consommation de cannabis au cours de la vie et au cours de la dernière année.  Aux fins de comparaison, nous ajoutons les données de la plus récente enquête ontarienne en population générale.

La prévalence-vie de consommation passe de 10 % en Finlande à 39 % en Australie, tandis que la consommation au cours de la dernière année passe de 1 % en Suède à 18 % en Australie.  L’Ontario, avec des taux de 35 % et de 11 % figure parmi les endroits où la consommation de cannabis est la plus élevée.

 

Prévalence-vie et consommation dans la dernière année, population générale [26]

Pays

Année

Mode de collecte

Échantillon

âges

Prévalence-vie

Année dernière

Australie

USA
USA

Royaume-Uni

Danemark

France

Belgique

Allemagne

Irlande

Espagne

Pays-Bas

Suisse

Grèce

Suède

Allemagne (est)

Finlande

 

Ontario

 

1998

1999

2000

2000

2000

1999

1998-1999

2000

1998

1999

1997

1997

1998

2000

2000

 

1998

 

2000

 

Mixte

Mixte

Mixte

Mixte

Face-à-face

Téléphone

Téléphone

Poste

Poste

Face-à-face

Face-à-face

Téléphone

Face-à-face

Face-à-face

Poste

 

Poste

 

Téléphone

 

 

10 000

66 706

71 764

13 021

14 228

11 526

3 311

6 332

10 415

12 488

22 000

13 004

3 752

2 000

1 430

 

2 568

 

2 406

 

14 +

12 +

12 +

16-60

16-65

15-65

18-50

18-60

15-65

15-65

15-65

15-60

15-65

15-65

18-60

 

15-70

 

18 +

 

39 %

35 %

34 %

27 %

24 %

23 %

21 %

21 %

20 %

20 %

19 %

19 %

13 %

13 %

11 %

 

10 %

 

35 %

 

18 %

9%

8 %

9 %

4 %

8 %

?

6 %

9 %

7 %

6 %

5 %

4 %

1 %

5%

 

3 %

 

10,8 %

Le second tableau porte spécifiquement sur les jeunes.

 

 

Prévalence de la consommation chez les jeunes de 15-16 ans, 1995 et 1999 [27]

Pays

Prévalence vie

Dernier mois

> 6 fois le dernier mois

 

 

USA

RU

France

Irlande

Pays-Bas

Italie

Danemark

Norvège

Finlande

Grèce

Portugal

Suède

1995

 

34 %

41 %

-

37 %

29 %

19 %

17 %

6 %

5 %

2 %

7 %

6 %

1999

 

41 %

35 %

35 %

32 %

28 %

25 %

24 %

12 %

10 %

9 %

8 %

8 %

1995

 

16 %

24 %

-

19 %

15 %

13 %

6 %

3 %

1 %

1 %

4 %

1 %

1999

 

19 %

16 %

22 %

15 %

14 %

14 %

8 %

4 %

2 %

4 %

5 %

2 %

1995

 

7 %

9 %

-

7 %

6 %

5 %

1 %

1 %

0 %

0 %

1 %

0 %

1999

 

9 %

6 %

9 %

5 %

5 %

4 %

1 %

1 %

1 %

2 %

2 %

0 %

             

Nous ne disposons pas de données immédiatement comparables pour le Canada.  Reprenant les données ontariennes, on se souviendra que 40,7 % des étudiants de 10e en 1995 et 45 % en 2001 avaient consommé au moins une fois au cours de la dernière année.  De même, 19 % en 1995 et près de 25 % en 2001 de l’ensemble des élèves de niveau secondaire consommaient plus de 6 fois par mois.  On constate donc que, selon toute vraisemblance, les niveaux de consommation au Canada seraient parmi les plus élevés au monde pour cette classe d’âge.

 

Éléments de synthèse

En l’absence de données récentes fiables sur le plan national, nous ne pouvons que faire des hypothèses.  Pour la population de plus de 18 ans, il est permis de penser que la consommation de cannabis se répartirait comme suit :

Si l’on accepte les valeurs présentées dans ce graphique, et se basant sur une population estimée selon le dernier recensement à un peu plus de 20 millions de Canadiens ayant entre 18 et 64 ans, environ 2 millions d’entre eux ont eu au moins une expérience du cannabis au cours des 12 derniers mois, environ 600 000 en ont consommé au cours du dernier mois, et environ 100 000 en consommeraient quotidiennement.

 

 

 


Chez les jeunes entre 12 et 17 ans inclusivement, la situation pourrait ressembler à ce qui suit :

 



Selon le dernier recensement, la population des 12–17 se situerait à environ 2,5 millions.  C’est dire qu’environ 1 million aurait consommé au cours des 12 derniers mois, 750 000 auraient fait usage au cours du dernier mois et 225 000 en feraient un usage quotidien.

Au total, ces tendances épidémiologiques tendent à indiquer plusieurs choses.  Au niveau le plus simple, elles démontrent clairement un clivage générationnel et de genre : les personnes de moins de 35 ans consomment davantage que celles de plus de 35 ans et les hommes plus fréquemment que les femmes.  Ce sont aussi plus souvent des personnes célibataires.  Ces données semblent constantes tant depuis les premières études menées au cours des années 1960 qu’entre pays.

Par ailleurs, on observe aussi des modifications dans la composition des usagers.  La part des 30 à 49 tend aussi à augmenter, ce qui pourrait, dans une certaine mesure, conforter l’hypothèse du NIDA selon laquelle on voit arriver ici les premières cohortes des usagers des années 1970.  De même, si on avait tendance à identifier les usagers aux personnes de classe ouvrière ou aux chercheurs d’emploi dans les années 60, on note une augmentation chez les personnes ayant un emploi et un niveau d’éducation post-secondaire voire universitaire.

Certains auteurs relient l’usage au fait de vivre dans une zone urbaine – c’est le cas par exemple aux Pays-Bas où l’usage en zone métropolitaine est plus répandu que dans les zones rurales.  Ce facteur ne s’applique pas au Canada : en Ontario par exemple, les étudiants à l’extérieur de Toronto consomment plus de cannabis que ceux vivant dans la conurbation torontoise.  On associe aussi l’usage de cannabis au fait d’être non pratiquant, de provenir d’une famille où au moins l’un des deux parents a une éducation post-secondaire, et de provenir d’une famille monoparentale.[28]

L’âge d’initiation pourrait se produire plus jeune que durant les années 70, se situant entre 13 et 15 ans selon les études (environ 14 en moyenne en Ontario) tandis qu’il aurait été plus près des 16 ans.  Par contre, l’initiation précoce, comme nous l’avons fait remarquer, serait en recul (2 % contre 8 % au début des années 1980 en Ontario).  Si l’âge d’initiation semble être relié à une consommation régulière à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte (18 à 25 ans) comme tendrait à l’indiquer les études américaines, il n’en reste pas moins que la consommation diminue avec l’âge et que le taux de discontinuation est élevé.  Pour ceux qui continuent à consommer à long terme, l’âge de discontinuation serait repoussé vers la fin de la trentaine.

À un niveau plus complexe, ces tendances pourraient conforter l’hypothèse de l’OFDT d’une « banalisation » de la consommation de cannabis.  On verra à la section suivante qu’un certain nombre de chercheurs – de même que des personnes ayant témoigné devant le Comité – imputent cette « banalisation » à une diminution de la perception des risques reliés à la consommation de cannabis (autant les conséquences pour la santé que la possibilité de conséquences judiciaires) et à une augmentation de la disponibilité du cannabis.  Au delà d’une banalisation, on pourrait aussi invoquer une forme d’acculturation, au sens où le cannabis en viendrait à faire partie des substances psychoactives comme l’alcool et le tabac, c’est-à-dire des substances dont on apprend à connaître et à gérer les risques.

Au delà encore, on constate que les taux de consommation de cannabis varient largement entre pays sans lien apparent avec les politiques publiques.  C’est l’une des hypothèses fortes sur lesquelles nous reviendrons plus amplement lorsque nous examinerons les régimes de politiques publiques au chapitre 20.

 

 

Formes et modes d’usage 

Pourquoi consomme-t-on du cannabis ?  En fait, pourquoi les humains ont-ils senti le désir ou le besoin de consommer toutes sortes de substances psychoactives depuis aussi loin que la mémoire remonte ?  Ces questions, on s’en doute, sont éminemment chargées de sens symbolique et politique : quand il est question du cannabis, tantôt on insistera sur son aspect « drogue douce », son côté festif et sociable, tantôt on voudra plutôt faire ressortir son inscription dans une trajectoire marginale sinon pré-délinquante et les risques associés au passage vers d’autres drogues.  En fait, on connaît somme toute, et étonnamment, bien peu de choses sur les motivations et expériences des consommateurs.

On peut distinguer deux grands groupes d’études : des études socio-anthropologiques cherchant à identifier les pratiques des usagers et certains facteurs du milieu permettant de les mettre en contexte, et des études psychologiques cherchant à relier des facteurs de personnalité et d’origine familiale à la consommation de cannabis.  Si les deux types d’études sont tout aussi pertinents pour saisir la nature du phénomène, leurs approches et leurs résultats sont souvent difficiles à concilier.  Mais d’abord quelques éléments d’histoire sur les usages du cannabis.

 

Le cannabis dans l’histoire [29]

Bien que les itinéraires historiques du cannabis demeurent encore obscurs, des archéologues ont découvert un village chinois où l’on retrouverait la plus ancienne utilisation de la plante de cannabis, soit environ 10 000 ans.  Elle était principalement utilisée pour faire des vêtements, des câbles et filets de pêche, du papier, et d’autres fins décoratives.  Elle était aussi considérée comme l’une des cinq céréales de la Chine.  Vers 2 000 avant Jésus-Christ, on se serait aperçu des propriétés psychotropes et médicinales de l’huile (résine) de cannabis, notamment pour traiter les cas de fatigue menstruelle, de goutte, de rhumatisme, de malaria, de constipation, de manque de concentration et comme anesthésiant.  On a identifié aussi des utilisations à caractère religieux, notant que son utilisation permettait de communiquer avec les esprits et d’alléger le corps.  Au premier siècle avant Jésus-Christ, les taoïstes utilisaient les graines de cannabis dans leurs encensoirs pour provoquer des hallucinations qu’ils considéraient comme une façon d’atteindre l’immortalité.

Plusieurs historiens attribuent l’origine du cannabis aux Scythes vers le VIIe siècle avant J.C. autour de la Sibérie et de l’Asie centrale du Nord.  Selon Hérodote, historien grec ayant vécu au cinquième siècle avec le Christ, la marijuana faisait partie intégrale du culte des morts que les Scythes suivaient pour rendre hommage à la mémoire et à l’esprit de leurs chefs disparus.  On a aussi retrouvé des traces de consommation de cannabis, souvent à des fins religieuses, chez les Sumériens ainsi que, selon certains, dans certains passages de la Bible.

La première description ethnographique de l’inhalation de marijuana par des peuples anciens comme stimulant psychotrope a été confirmée par un anthropologue russe, Rudenko, en 1929.  Non seulement a-t-il trouvé le corps embaumé d’un homme et un chaudron de bronze rempli de graines de marijuana brûlées, mais il a également trouvé des chemises de tissu de fibres de chanvre et des encensoirs métalliques conçus pour inhaler la fumée de marijuana.  Cette activité n’était apparemment pas de nature religieuse mais une activité quotidienne à laquelle participaient les hommes comme les femmes, comme le confirmerait la découverte du corps congelé d’une femme de 2 000 ans dans le même cimetière où Rudenko avait fait sa première découverte.  Les archéologues ont trouvé enterré dans un tronc d’arbre creux quelques-unes de ses possessions, dont un petit contenant de cannabis qui aurait été fumé pour le plaisir et utilisé dans des rituels.

En Inde, le cannabis est étroitement associé aux coutumes magiques, médicales, religieuses et sociales depuis des milliers d’années.  D’après une légende trouvée dans les Vedas, Siva est décrit comme « le Seigneur du bhang » une boisson faite avec des feuilles de cannabis, du lait, du sucre et des épices.  Cette boisson fait encore partie des traditions de certaines castes.  Le cannabis y est aussi reconnu pour son utilisation dans les pratiques sexuelles du tantrisme.  Environ une heure avant le rituel du yoga, le pratiquant boit un bol de bhang après avoir récité un mantra à la déesse Kali.  De même, le « charas » occupe une place particulière dans les cérémonies de prières appelées pujas.  Enfin, le cannabis a été utilisé à des fins médicales.

Bien qu’elle ne soit pas originaire de l’Afrique, la plante de cannabis fait partie de traditions religieuses, médicales et culturelles sur presque tout le continent.  En Égypte, elle est cultivée depuis plus de 1 000 ans, tandis que les premières preuves de sa présence dans les parties centrale et méridionale la situent en Éthiopie du XIVe siècle où des fourneaux de pipe en céramique contenant des traces de cannabis ont été découverts.  En Afrique du Nord, le cannabis a influencé la musique, la littérature et même certains aspects de l’architecture puisque dans certaines maisons une pièce était réservée au kif où les membres de la famille se rassemblaient pour chanter, danser et raconter des récits.  La plante était aussi utilisée comme remède contre les morsures de serpent (Hottentots), pour faciliter l’accouchement (Sotho) ou contre l’anthrax, la malaria, la fièvre bilieuse et l’empoisonnement du sang (Rhodésie).

En Amérique du Sud, ce seraient principalement les esclaves importés d’Afrique qui auraient amené le cannabis.  Dans les Antilles, notamment en Jamaïque, les travailleurs des Indes orientales ont amené le cannabis, où il est non seulement à usage récréatif mais est intégré à de nombreuses dimensions de la culture jamaïcaine et au culte rastafari notamment.

Quant à l’Amérique du Nord, on ne sait pas au juste quand les propriétés psychotropes du cannabis ont été découvertes.  Certains pensent qu’il jouait un rôle dans plusieurs cultures autochtones, d’autres doutent qu’il ait jamais joué un rôle important.  La preuve la plus ancienne de l’existence du cannabis en Amérique du Nord remonte à Louis Hébert, apothicaire de Champlain, qui a fait connaître le cannabis aux colons blancs en 1606, essentiellement comme fibre servant à faire des vêtements, des cordages, des voiles et des câbles de bateau.  Ses propriétés psychotropes n’auraient cependant été découvertes qu’au XIXe siècle.  Entre 1840 et 1900, il a été utilisé dans la pratique médicale dans presque toute l’Amérique du Nord.  Il était prescrit pour diverses affections telles la rage, le rhumatisme, l’épilepsie, le tétanos et comme relaxant musculaire.  Son utilisation était d’ailleurs tellement répandue que des préparations de cannabis étaient vendues librement dans les pharmacies.

La première étude du cannabis a été effectuée en 1860 par la American Governmental Commission.  Le Dr Meens, présentant les constatations de la Commission à la Ohio State Medical Society disait : 

[Traduction]  « Les effets du cannabis sont moins intenses que ceux de l’opium et les sécrétions ne sont pas tout à fait supprimées par son utilisation.  La digestion n’est pas perturbée ; l’appétit a tendance à augmenter ; l’effet du chanvre dans son ensemble est moins violent et produit un sommeil plus naturel, sans nuire au fonctionnement des organes internes ; il est certainement préférable à l’opium dans bien des cas et il ne se compare pas à cette drogue sur les plans de la force et de la fiabilité. » [30]

 

En même temps, d’autres médecins critiquaient son utilisation en raison de la variabilité et de l’incertitude de ses effets.  Quant à ses utilisations récréatives, elles semblent avoir été notées pour la première fois au début du XXe siècle, et ont rapidement fait l’objet de préoccupations sociales, notamment en raison de l’association du cannabis aux travailleurs mexicains puis aux noirs américains, renforçant des craintes quant à ses effets criminogènes et aphrodisiaques.  La Californie a été le premier état à prohiber la possession de cannabis en 1915.  Le Canada en a fait autant en 1923, tandis que les États-Unis en interdisaient la possession à partir de 1937.  Pourtant, dès 1944, le rapport La Guardia, de l’État de New York, insistait sur les effets inoffensifs du cannabis.  Il sera suivi des rapports de la Commission Le Dain au Canada et de la Commission Schafer aux États-Unis au début des années 1970.  Sur la scène internationale, le cannabis était interdit par la Convention unique de 1961 (dont il sera plus amplement question au chapitre 19).

Au Canada, l’utilisation massive du cannabis s’est manifestée à partir des années 1960.  Auparavant, le phénomène était à peu près invisible et il n’y avait eu que 25 condamnations pour possession de cannabis entre 1930 et 1946.  En 1962, la GRC rapportait 20 cas liés au cannabis.  Puis ce fut l’explosion que l’on connaît : 2 300 cas en 1968 et 12 000 condamnations liées au cannabis en 1972.  Selon la Commission Le Dain, on peut attribuer l’évolution soudaine de l’utilisation du cannabis aux hippies, à la guerre du Vietnam, aux journaux clandestins, et à l’influence des mass média.  S’ajoute à ces grands courants de contre-culture l’ouverture sur le monde dans les deux sens : de plus en plus de jeunes Canadiens voyagent, cependant que le Canada reçoit lui aussi de plus en plus de visiteurs et d’immigrants.  Depuis lors, à l’exception de quelques années, l’utilisation du cannabis à des fins non médicales s’est accrue, comme nous l’avons vu dans la section précédente.

 

Trajectoires d’usages

La plupart des études distinguent les usages selon les quantités et la fréquence de consommation.  Ainsi par exemple, le rapport de l’OFDT, comme nous l’avons vu à la section précédente, distinguait entre les usages (expérimental, occasionnel, répété, régulier et intensif), la fréquence de la consommation (nombre de fois par mois) et ses modalités (seul ou en groupe, le matin ou le soir) étant des indicateurs privilégiés pour les usages à risque.  Pourtant, cette connaissance de certaines caractéristiques de la consommation, notamment chez les jeunes, indique peu de choses sur la suite.  Arrêtant le temps à un moment donné de l’histoire de l’usager, elles ne permettent pas de savoir ce qui se passe ensuite.  Ces données ne permettent pas, par exemple, de répondre à la question de savoir si une consommation de cannabis initiée à l’adolescence s’inscrit sur une trajectoire qui mène vers une consommation accrue.  Or, un certain nombre d’intervenants qui ont témoigné devant le Comité nous ont dit observer une dépendance chez les usagers de cannabis.  De même, certains documents gouvernementaux, aux USA notamment, n’hésitent pas à pointer dans cette direction en mesurant la demande de traitement et en rapportant que la demande de traitement pour dépendance au cannabis est en augmentation.  Par exemple, des documents que nous ont remis les responsables américains sur les drogues indiquent que 40 % des personnes dépendantes selon les critères diagnostics du DSM IV (dont il sera question au chapitre suivant) ont un diagnostic primaire de dépendance au cannabis.[31]  À moins de penser que la dépendance s’installe après quelques usages occasionnels, force est de penser qu’un nombre relativement important de jeunes qui s’initient au cannabis à l’adolescence poursuivront une trajectoire d’usagers qui les mènera à la dépendance.

Mais qu’en est-il vraiment ?  Quelles sont les trajectoires des usagers ?  Quelles en sont les étapes ?  Peut-on discerner une progression ?

Soulignons d’abord, avec le professeur Mercier, que la notion de trajectoire est elle-même un peu inexacte.

 

« La notion de trajectoire est d’abord basée sur le principe de base que les individus passeront par un certain nombre d’étapes ou de phases successives.  Il est vrai que la notion de trajectoire est un peu fausse.  Une trajectoire est un peu une métaphore de la trajectoire des planètes et des étoiles, c’est-à-dire quelque chose de très orienté et dans un mouvement continu.  Le mot « trajet » serait plus juste.  Dans un trajet, il y a des détours et des allers-retours, etc.  Il faut donc garder à l’esprit que cette notion de trajectoire n’est pas nécessairement linéaire, mais qu’il y aura différentes modalités et différents sentiers, « journeys » est le terme le plus juste pour décrire les rapports qu’un individu aura avec les substances psychotropes au cours de sa vie.  Il y a aussi une autre notion importante.  On parle de trajectoires, de phases, d’étapes, mais il y a des transitions, des moments charnières où les individus passeront d’une étape à une autre. »[32] 

Certains, comme le rapport de l’INSERM, parlent de phases de contact, d’expérimentation, et d’engagement.  Le contact c’est le fait de connaître des personnes qui en consomment ou de voir du cannabis.  L’expérimentation, c’est bien sûr le fait d’essayer, qui peut se limiter à une seule fois.  Enfin, l’engagement réfère à diverses modalités de gérer l’usage, allant de l’engagement relatif où l’usage subit des variations importantes à l’engagement réel où il y a moins de variations.  Le rapport précise que ces trois étapes ne se présentent pas dans toutes les trajectoires ni ne se succèdent toujours de manière cohérente.  De surcroît, il y aura souvent des périodes d’arrêt, suivies de reprise ou d’un arrêt définitif.  Néanmoins, selon l’INSERM, « les engagements constituent probablement l’étape la plus importante si l’on désire comprendre à quoi correspondent les usages du cannabis.  C’est cependant sur ces engagements que les données semblent les plus inconsistantes, la plupart des travaux portant sur l’initiation. » [33]

En effet, les données sur l’engagement dans une utilisation demeurent très fragmentaires de sorte qu’au delà de quelques généralités on connaît somme toute peu de choses sur les modalités et trajectoires d’usage du cannabis.  En fait, tout se passe comme si l’on était d’abord préoccupé de classifier les usagers selon le degré de risque de dépendance qu’ils présentent, ou de leur appliquer un modèle déjà tout fait.  Lors de son témoignage devant le Comité, la professeure Mercier a rappelé les cinq étapes du schéma classique de la toxicomanie : initiation, installation progressive dans l’abus, dépendance, traitement et réinsertion.  Pourtant, comme elle le souligne, ce n’est là qu’une des trajectoires possibles, celle qui a été la plus fréquemment étudiée en matière de drogues (notamment alcool, héroïne et cocaïne), et qui cependant ne s’applique que très peu au cas du cannabis.  Il est certain en tout cas qu’il y a, au sein des usagers de cannabis, une grande variabilité d’usages.

Les données épidémiologiques présentées à la section précédente indiquent déjà que la consommation de cannabis diminue de façon importante avec l’âge.  Plus précisément, le taux de discontinuation est important comme le démontre le tableau suivant.

 

Taux de discontinuation (pourcentage des usagers vie qui n’ont pas consommé au cours de l’année précédente), USA, 1996[34]

Groupe d’âge

Femmes

Hommes

 

12-17

 

18-25

 

26-34

 

35 +

 

26 %

 

54 %

 

82 %

 

91 %

 

20 %

 

39 %

 

74 %

 

82 %

 

À l’opposé, le taux de continuation est relativement faible : il est de 24 % aux USA en 2000, 17 % au Danemark, 29 % en France et en Allemagne (ouest), 24 % en Suisse et 8 % en Suède.  La seule exception est l’Australie avec un taux de continuation de 46 %.

Ceci étant, ces données ne disent rien de la durée pendant laquelle se poursuit cette continuation de la consommation de cannabis ni de la fréquence de l’usage ni des quantités consommées.  Les études épidémiologiques tendent à établir que la plupart des usagers discontinuent au cours de la trentaine, mais seules des études de type ethnographique peuvent nous renseigner davantage.  Malheureusement il en existe peu.

Le rapport de l’INSERM décrit des études menées en Australie, en France, et aux États-Unis.  La plupart révèlent l’évolution vers des usages régulés du cannabis, c’est-à-dire des usages à la fois stabilisés – moins de variations dans les consommations – et des usages qui sont plus intégrés aux conditions sociales d’existence, c’est-à-dire à la vie de couple et à la vie professionnelle.  Une proportion importante des consommateurs réguliers sur la longue durée sont des hommes, ont plutôt tendance à être célibataires et à travailler dans des professions liées à la création.  La plupart disent consommer pour relaxer et soulager le stress, favoriser le sommeil, ou modifier leurs états de conscience.[35]

Au Canada, Hathaway a mené une étude sur des consommateurs réguliers.[36]   Menée sur base d’entretiens qualitatifs entre octobre 1994 et juin 1995, l’étude porte sur un échantillon de 30 consommateurs réguliers (15 hommes et 15 femmes) âgés entre 22 et 47 ans (moyenne de 32 ans).  Les participants avaient consommé pendant des périodes entre 3 et 31 ans, la moyenne étant de 17 ans ; 40 % avaient fait un usage quotidien pendant 20 ans ou plus.  Ses données vont largement dans le sens de ce que suggère l’INSERM.  Les consommateurs au long cours intègrent leur consommation régulière de cannabis à leur vie quotidienne et à leurs activités sociales tout en conservant la conscience de la valeur symbolique de cette « déviance tolérée ».  Si la plupart ont commencé au contact d’un petit groupe d’usagers qui a pu leur servir plus ou moins longtemps de support, les consommateurs les plus en harmonie avec leur usage de la drogue sont ceux qui ont développé une régulation autonome de leur usage. 

[Traduction]  «  Dans cette étude, j’ai observé que le passage d’un mode de consommation dépendant du niveau de participation aux usages de groupe à un mode régulé de manière autonome est crucial dans la relation entretenue avec la marijuana.  (…) l’usage continu de la drogue ne signifie pas une incapacité à s’engager dans des rôles adultes conventionnels.  Plutôt, la capacité d’adapter l’usage de marijuana aux autres dimensions d’une vie par ailleurs conventionnelle rend la pratique plus signifiante sur un plan personnel que les pratiques antérieures dépendantes de l’appartenance au groupe d’usagers. »  [37]

 

Cette acculturation de la drogue se produira, pour un certain nombre d’usagers, après une période d’abstinence plus ou moins prolongée pendant laquelle ils prendront leur distance par rapport au groupe d’usagers.  Il leur est alors possible de définir pour eux-mêmes la place de leur consommation dans leur vie.  Tous les participants à l’étude avaient d’ailleurs réussi à intégrer leur consommation à leur situation de vie familiale ou professionnelle. Les usagers associent leur consommation de drogue principalement aux temps libres et à la relaxation après une journée de travail, certains la comparant à la place de l’alcool.  Bien que 97 % en faisaient un usage au moins hebdomadaire et 37 % un usage quotidien, seulement 7 % (2 personnes) définissaient leur usage comme problématique.  La plupart passaient par des périodes d’abstinence ou de diminution de leur consommation sans ressentir de difficultés.

Une autre étude, rapportée par Rigter et von Laar,[38] a été menée dans l’État de New York sur une cohorte de consommateurs suivis sur une période de vingt ans.  Cette étude a permis d’identifier quatre types de consommateurs :

·               Début précoce / usage intensif : commencent vers 15 ans et deviennent des usagers réguliers vers 17,5 ans; connaissent une consommation quotidienne en moyenne pour une durée de 131 mois; 49 % consomment encore vers 34-35 ans ;

·               Début précoce / usage léger : commencent vers l’âge de 15 ans mais sont moins nombreux (44 %) à passer à un usage quotidien (d’une durée de 28 mois en moyenne); seuls 10 % d’entre eux consomment encore à 34‑35 ans ;

·               Début médian / usage intensif : commencent vers 16 ans; deux tiers deviennent usagers quotidiens (durée moyenne de 42 mois) et consomment encore à l’âge de 34-35 ans ;

·               Début tardif / usage léger : commencent à l’âge de 19,5 ans et une minorité deviennent usagers journaliers (21 %).  Presque tous discontinuent vers 34-35 ans. 

Au total, l’étude démontrait qu’il y avait nettement plus d’usagers légers que d’usagers intensifs.  Ceux-ci avaient une scolarité inférieure, allaient moins souvent à l’église, avaient un passif délinquant plus fréquent, et changeaient plus souvent d’emploi.  Les usagers précoces démontraient une tendance plus élevée à des épisodes de délinquance et des désordres mentaux, avaient commencé à boire et à fumer du tabac plus tôt, avaient davantage tendance à expérimenter d’autres drogues, et une tendance à identifier des raisons positives pour consommer de la marijuana.

Mais il est risqué de proposer des typologies car les frontières sont fluides et les usagers passent d’un type de consommation à l’autre assez facilement.  C’est ce que démontre notamment l’étude comparative de Cohen et Kaal menée à Amsterdam, San Francisco et Bremen.[39]


L’étude porte sur un échantillon de consommateurs expérimentés composé de 216 personnes à Amsterdam, 265 à San Francisco et 55 à Bremen.  L’intérêt de la méthode sophistiquée de sélection des répondants à partir des enquêtes épidémiologiques menées en population générale pour ces villes est de permettre d’établir la prévalence de l’usage.  La figure suivante reproduit ces données.

L’âge moyen des participants variait entre 33 et 37 ans, la plupart avaient un conjoint et un emploi stable.  L’âge moyen d’initiation au cannabis dans les trois villes était de 16 ans, soit à un plus jeune âge que chez les personnes qui n’ont qu’une exposition occasionnelle au cannabis (21,2 à Amsterdam, 19,5 à Bremen).  La plupart ont été initiés par des amis et ont consommé en groupe lors de leur première expérience.  À 19 ans, ils en faisaient un usage régulier (au moins une fois par mois) et leur usage le plus intensif était vers 21,5 ans.  Les trajectoires d’utilisation ont été déterminées à partir de six modèles : 

1)             Du plus vers le moins : après une période de consommation intense au début, la personne diminue graduellement sa consommation.

2)             Graduellement plus : la personne augmente régulièrement son usage.

3)             Stable : les quantités et la fréquence n’ont pas changé.

4)             Up top down : la consommation augmente, atteint un plateau et diminue ensuite.

5)             Intermittente : arrêts fréquents après l’initiation.

6)             Variable : consommation en dents de scie.

 

Comme l’indique le tableau suivant, pas moins de 75 % des répondants dans les trois villes correspondent aux modèles 4 (48,7 %) et 6 (25 %). 

 

Modèles de consommation chez les usagers réguliers[40]

 

Amsterdam

  Nombre              %

San Francisco

   Nombre              %

Bremen

   Nombre            %

 

Modèle 1

Modèle 2

Modèle 3

Modèle 4

Modèle 5

Modèle 6

 

17                     8

13                     6

24                    11

104                    48

   7                       3

  51                    24

 

  18                     7

  17                     6

    5                     2

        133                   50

   25                     9

    66                   25

 

        -                     -

  6                  11

  5                    9

24                  44

  2                    4

 18                  33

 

À la période la plus intense de leur consommation, environ 45 % consommaient régulièrement.  Par ailleurs, au cours de la dernière année, environ 35 % consommaient moins d’une fois par semaine et plus de 35 % pas du tout.  Au cours des trois derniers mois, plus de 50 % n’ont pas consommé du tout, et moins de 10 % consommaient sur une base journalière.  Quant aux quantités, les auteurs de l’étude concluent qu’ils sont faibles : à leur période d’usage intensif, moins de 18 % fumaient plus d’une once par mois, tandis qu’au cours de la dernière année, environ 60 % fumaient moins de 4 grammes (1/7 once) par mois.  Les usagers se répartissent à peu près également entre ceux qui préfèrent un cannabis moyen ou doux et ceux qui préfèrent une variété plus puissante (avec une plus nette préférence pour les variétés douces à Amsterdam).  Les usagers entourent leur consommation d’un certain nombre de règles : ne fument pas au travail ou à l’école (plus de 35 %), durant le jour, ou le matin.

La plupart des usagers au long cours ont eu des périodes d’abstinence variant entre un mois et un an ou plus, le plus souvent parce qu’ils ne sentent plus le besoin ou le goût de fumer.  Par ailleurs, entre le tiers et la moitié ont décidé de réduire leur consommation à divers moments.

On voit donc que les trajectoires des usagers ne suivent pas une progression linéaire, qu’elles sont marquées par des périodes clés d’intégration de la consommation aux dimensions de la vie sociale et personnelle, de distanciation par rapport au groupe d’usagers, de stabilisation de la place de la marijuana dans la vie personnelle, avec des périodes de consommation intenses surtout en début de trajectoire suivies de périodes soit de diminution, soit de hauts et de bas en termes de fréquence et de quantités.

 

Facteurs reliés à l’usage

Faisant suite logiquement avec ce que nous avons vu à la section précédente, les études sur les facteurs pouvant expliquer l’usage de drogues, de cannabis en particulier, portent principalement sur l’initiation ou l’expérimentation.

Le rapport de l’INSERM examine un ensemble d’études sur les facteurs pouvant expliquer l’usage de cannabis : l’influence du milieu familial (usage par les parents, socialisation, modes éducatifs parentaux, qualité des liens parents enfants, modèles parentaux), des pairs (valeurs symboliques de la consommation, normes), et des milieux scolaire et social.[41]  Il n’en tire pas de conclusion claire, mais note que les études arrivent peu ou mal à tenir compte de l’inscription des usagers dans des milieux sociaux et conséquemment des impacts différentiels sur l’usage tenant de la variabilité des stress sociaux ainsi que des modalités d’intégration.  Ajoutons aussi que ces études ne tiennent pas compte des trajectoires d’usage.

Observons d’abord avec Drugscope que l’approche épidémiologique à l’analyse de la consommation de drogues, de cannabis en particulier, repose sur un modèle médical d’analyse de la prévalence de maladies, alors que les raisons (qui ne sont pas nécessairement des causes) à l’usage de drogues peuvent très bien être étrangères au domaine médical et plus largement au modèle psychosocial.  L’attribution de la dépendance – entendue ici au sens d’une maladie – à des facteurs tenant à la relation entre le lieu de contrôle (locus of control) et l’environnement a des conséquences aussi bien pour la compréhension du phénomène que pour les politiques publiques.  Le rapport de cet organisme britannique présente un tableau des explications de l’usage de drogues que nous croyons utile de reproduire ici.

 

Attributions pour expliquer l’usage de drogues[42]

Attribution

Explication de sens commun

Politiques publiques en découlant

 

Interne x stable

 

Interne x instable

 

Externe x stable

 

Externe x instable

 

L’usage de drogues est une maladie (modèle de la dépendance)

L’usage de drogues est la recherche périodique du plaisir

Des carences dans l’environnement expliquent l’usage de drogues

La disponibilité des drogues explique l’usage

 

 

Modèle du traitement

 

Modèle de réduction de la demande (remplacer les drogues par autre chose)

Modifier l’environnement

 

Modèle de la réduction de l’offre


Il ne faut pas perdre de vue en effet qu’en matière de substances psychoactives, le modèle médical de la maladie est encore un modèle de compréhension dominant et qu’il forme l’autre partie de la réponse publique avec le modèle pénal.[43]  Comme on nous l’a répété à plusieurs reprises, les drogues, le cannabis en particulier, ne sont pas dangereuses parce qu’elles sont illégales, mais elles sont illégales parce que dangereuses.  Nous aurons l’occasion de commenter cette affirmation plus amplement dans les chapitres suivants.

Pour l’instant, il suffit de retenir que les tentatives d’explication de l’usage de drogues passent le plus souvent par la recherche de déficiences dans la personnalité ou dans l’environnement plutôt que par une recherche de compréhension des choix faits par les usagers.

Parmi les facteurs reliés au lieu de contrôle, les études identifient principalement :

·               L’influence des pairs : les premiers usages seraient fonction de l’influence d’autres jeunes dans l’entourage ;

·               L’influence du milieu familial : un milieu familial où la supervision parentale ferait défaut, où la consommation de drogues serait tolérée, où des membres de la fratrie ou les parents seraient criminalisés, et où les parents sont eux-mêmes consommateurs ;

 

Parmi les facteurs reliés à l’environnement, les études citent :

·               La disponibilité et l’accessibilité des drogues : plus les drogues sont disponibles, plus la consommation sera élevée ;

·               La tolérance sociale : plus l’usage de drogues est accepté, plus les niveaux de consommation seront élevés ;

·               La perception du risque : moins les risques de désapprobation sociale, ou les risques perçus sur la santé, ou les risques de judiciarisation sont élevés, plus la consommation sera élevée.

 

Selon le rapport Monitoring the Future il ne fait pas de doute que les perceptions et attitudes qu’ont les jeunes à l’égard des drogues sont déterminantes des niveaux de consommation, ce qui en retour doit déterminer les politiques publiques : 

[Traduction]  « Au début des années 1990 nous avions observé une augmentation de l’usage d’un certain nombre de drogues illicites chez les élèves de niveau secondaire et des changements importants de certaines attitudes et croyances clés relativement à l’usage de drogues.  (…) Spécifiquement, la proportion d’entre eux qui considéraient que l’usage de drogues présentait des risques avait commencé à diminuer ainsi que la proportion de ceux qui étaient en désaccord avec l’usage.  Comme nous l’avions alors prédit, ces changements annonçaient la fin de l’amélioration de la situation des drogues que la nation avait fini par prendre pour acquise.  L’usage de drogues illicites augmenta significativement à chacun des trois niveaux après 1992, tandis que les attitudes et opinions négatives continuaient de prendre du plomb dans l’aile.  Cette tendance s’est poursuivie pendant quelques années. »  [44]

 

Et plus loin : 

[Traduction]  « Nous pouvons résumer les données sur les tendances comme suit : pendant plus d’une décennie – de la fin des années 1970 au début des années 1990 – l’usage de drogues illicites avait diminué de façon appréciable chez les élèves de douzième année, et de manière encore plus importante chez les étudiants de collège et les jeunes adultes.  Ces améliorations substantielles – qui semblent largement explicables par des modifications dans les attitudes au sujet de l’usage de drogues, les croyances relatives aux risques associés à l’usage, et les normes des pairs – ont des implications très importantes en ce qui concerne les politiques.  La première est que les comportements d’usage des jeunes américains sont malléables – ils peuvent être modifiés.  Cela a été fait auparavant.  La seconde est que les facteurs relatifs à la demande semblent avoir joué un rôle déterminant dans les modifications constatées.  Les niveaux de disponibilité de la marijuana tels que les rapportent les élèves de fin du cycle secondaire sont demeurés relativement stables au cours de la période de l’étude.  (De plus, les abstinents et ceux qui discontinuent l’usage disent que ni le prix ni la disponibilité ne sont des raisons importantes dans leurs décisions.)  D’ailleurs, la perception de la disponibilité de la cocaïne augmentait tandis que l’usage de cocaïne et de crack chutait brutalement et que les risques associés à l’usage de ces drogues augmentaient significativement.  (…) Au fil des ans, cette étude a démontré que les changements dans les risques perçus et la désapprobation de l’usage ont été des causes de modification dans les niveaux d’usage de diverses drogues.  Ces croyances et ces attitudes sont certainement influencées par le niveau et la nature des messages publics au cours de la période de croissance de ces jeunes.  La diminution significative de l’intérêt porté à la question des drogues au début des années 1990 peut aider à expliquer pourquoi la perception des risques et la désapprobation chez les adolescents ont commencé à diminuer. »  [45]

 

En d’autres termes, la désapprobation sociale – par les campagnes gouvernementales d’information par exemple – peut générer des attitudes de rejet de l’utilisation qui seront renforcées par des actions susceptibles d’augmenter les risques reliés à l’utilisation (par exemple les risques d’arrestation). 

On trouve un exemple d’application de cette approche au Canada dans une étude réalisée à Terre-Neuve et Labrador sur un échantillon de 3 293 personnes.[46]  Le questionnaire comportait des questions sur les activités (en famille, travail domestique, activités parascolaires, travail scolaire, sports, travail, vie religieuse), la disponibilité du cannabis, l’utilisation par les parents, les pairs, et soi-même, les normes parentales et des pairs sur l’utilisation du cannabis, les préférences et normes personnelles sur le cannabis.  L’analyse de variance porte sur l’interaction entre ces diverses variables pour expliquer l’usage personnel de cannabis.  Le modèle dans son ensemble n’explique que 57 % de l’usage sur l’échantillon provincial, dont 65 % pour les garçons et 54 % pour les filles.  Les résultats montrent que l’utilisation par les pairs est le principal facteur relié à l’usage personnel (29 % de la variance), suivi par les préférences personnelles (elles-mêmes influencées par les normes des pairs), les normes personnelles et le fait d’avoir des tâches domestiques.  La disponibilité n’est pas directement reliée à l’usage et passe par l’usage et les normes des pairs.  L’usage parental est fortement relié à la disponibilité perçue.  Les auteurs concluent que ce modèle a des implications claires pour les interventions visant à prévenir l’usage de cannabis : 

[Traduction] «  Dans l’échantillon provincial, l’usage par les pairs, les normes des pairs, la disponibilité, les préférences personnelles et les normes personnelles comptent pour 56 % de 57 % d’usage personnel prédit par le modèle.  Les normes des pairs et la disponibilité passent par l’usage par les pairs, de sorte que les normes personnelles, les préférences personnelles et l’usage par les pairs sont des cibles importantes pour les interventions.  Parmi ces variables, les préférences personnelles et l’usage personnel sont celles qui contribuent le plus à la prédiction de l’usage personnel, comptant ensemble pour 48,8 % de la variance.  Il est intéressant de noter qu’une partie importante de la disponibilité est prédite par l’usage parental, suggérant que l’usage de cannabis ou de haschich chez les pairs proviendrait de source parentale.  Il s’agit là d’une cible pour les stratégies d’intervention.  Le modèle suggère que les sources d’influence sur les variables cibles devraient faire partie de toute stratégie d’intervention. » [47]

 

Tenant compte des limites du modèle ainsi que de la différenciation entre les genres et les districts de santé de la province quant au poids relatif des variables explicatives, il faut se demander si ce type d’analyse reflète adéquatement les usages, incluant les premiers usages.  De plus, au vu des tendances internationales d’usage d’une part, ainsi que des études sur les usagers d’autre part, on peut s’interroger sur les postulats de ce type de modèle mécanique basé sur une rationalité des acteurs.

Enfin, Aquatias et coll. ont réalisé une étude sur l’usage du cannabis dans les cités de la banlieue parisienne.[48]  L’intérêt de cette étude tient à la distinction fine que les auteurs font entre les formes d’usage du cannabis sur le double registre des caractéristiques des usagers d’une part et du discours idéologique d’autre part.  Les auteurs montrent à la fois qu’il existe des usages durs d’une drogue douce et que les usages des classes moyennes, associés le plus souvent dans l’imaginaire collectif aux formes d’usage convivial, en groupe et intégrés, tandis que ceux des jeunes des banlieues sont associés à l’excès et à la dérégulation, ne correspondent pas à la réalité des faits.  Les uns comme les autres, en fonction des facteurs de leur environnement, développeront des usages régulés aussi bien que dérégulés.

L’étude révèle en effet qu’à côté de l’indétermination sociale reliés aux conditions d’existence dans la cité et de l’intégration professionnelle, des facteurs relatifs aux pressions du milieu de vie et à la capacité de conserver ou non une certaine autonomie par rapport aux sociabilités locales jouent un rôle important dans la détermination des modes et formes d’usage. 

« Nous avons essayé de comprendre ce qui fondait ces différents usages et noté combien l’indéterminations sociale – l’absence de valorisation sociale et de ressources monétaires suffisantes pour acquérir une relative autonomie – qui touche ces jeunes joue sur leurs parcours de fumeurs de cannabis.

Pourtant, dans de même situations de faible accès au marché du travail et aux ressources, certains fument sans excès, d’autres pas du tout et d’autres consomment de façon outrancière.  De même, parmi ceux qui travaillent, certains consomment de manière conséquente et avec régularité du cannabis à fort taux de principe actif et d’autres ont des usages régulés et relativement faibles.

L’indétermination sociale est bien sûr un facteur explicatif des usages les plus importants, de même que l’intégration professionnelle apparaît bien comme un facteur de régulation des pratiques.  Mais ces deux facteurs, chacun étant le versant de l’autre, ne constituent que le contexte global des comportements de consommation prolongée et intensive du cannabis.(…)

Parmi les personnes en situation d’indétermination sociale, celles qui consomment de manière importante et prolongée sont aussi celles qui, dans la cité, sont soumises aux plus fortes tensions sociales, que ce soit des problèmes de réputation, des suivis judiciaires, des problèmes familiaux…  (…).

Au contraire, ceux qui régulent leurs consommations sont ceux qui sont à la fois bien intégrés à la vie de la cité et qui ont réussi à préserver une certaine autonomie par rapport aux sociabilités locales. »[49]

 

L’étude propose une grille de lecture[50] des usages que nous reproduisons ici d’autant plus qu’elle nous inspirera pour notre propre classification des usagers.

 

 

Usages régulés solitaires

Usages régulés en groupe

Usages solitaires dérégulés

Usages dérégulés en groupe

Consommation forte

 

Après le travail

 

 

Ennui

 

Problèmes personnels

 

Festivités, vacances

 

Consommation moyenne ou faible

 

Avant le travail

 

Après le travail

 

Consommation courante de soirée

Ennui

 

 

Notons finalement que l’étude distingue entre quatre types de consommation : 

·               Consommation ponctuelle qui va de l’initiation aux usages récréatifs ;

·               Consommation quotidienne modérée : de 3 à 5 joints par jour soit environ un gramme ;

·               Consommation quotidienne conséquente (ou forte) : 5 à 6 joints par jour, soit entre 0,9 et 1,2 grammes ;

·               Consommation quotidienne intensive : plus de 1,2 gramme par jour.

Éléments de synthèse

Nous retenons principalement de l’analyse des histoires de vie des consommateurs et de leurs « trajectoires » que pour cette proportion variant entre 15 % et 20 % des expérimentateurs qui s’installeront dans une consommation régulière, les modalités et formes de cette « carrière » d’usager sont effectivement très variables mais que, pour une proportion importante de ces usagers au long cours, la consommation est intégrée à la vie sociale et personnelle.

Par ailleurs, et contrairement à ce que laissent penser un certain nombre de travaux de recherche, la consommation de cannabis n’est pas déterminée par une série de caractéristiques uniquement individuelles ou d’ordre psychologique, mais ni non plus uniquement d’ordre environnemental.  Quel que soit le milieu d’appartenance, des circonstances qui demeurent pour partie ponctuelles et propres à l’histoire de chacun mènent parfois à des usages dérégulés, caractérisés notamment par une consommation intensive et en solitaire.  Cette installation dans des usages dérégulés semble la plupart du temps temporaire mais nous n’avons pas croisé d’étude qui permettrait de conclure là dessus.

D’autre part, nous observons aussi que les attitudes sociales envers le cannabis ainsi que les caractéristiques du marché du cannabis semblent avoir peu d’impact sur les tendances de consommation.

Enfin, et surtout, nous retenons que l’installation dans une trajectoire d’usage régulier ne signifie pas nécessairement usage à problème.  En même temps, il est vraisemblable qu’une initiation précoce et une installation hâtive dans une consommation régulière peuvent être des facteurs de risque vers une situation de consommation à problème.  Pour le dire autrement, et ce sera important pour les choix de politiques publiques et d’interventions, l’âge précoce à l’initiation (moins de 16 ans) et l’installation hâtive dans une consommation quotidienne (moins de 20 ans) sont des marqueurs qui devraient servir au dépistage et à la prévention des consommations abusives.  Nous y reviendrons au chapitre 7.

 

Une escalade vers d’autres drogues ? 

La question de l’escalade (ou de l’introduction) occupe une place importante dans les débats sur la marijuana.  L’on craint en effet que la consommation de cannabis ne mène vers la consommation d’autres drogues, notamment les drogues dites dures telles l’héroïne ou la cocaïne. 

« La conséquence logique est que la hausse de la consommation de drogues entraînera une augmentation du nombre de personnes qui en subiront les conséquences.  On pense que le cannabis est la drogue avec laquelle la plupart des jeunes s’initient à la consommation d’autres drogues.  (…) Le concept de passerelle existe depuis longtemps et même si l’on ne possède aucune preuve concluante, le National Institute on Drug Abuse a signalé que d’après les résultats de recherches neurotoxicologiques la marijuana pourrait altérer le cerveau au point d’accroître la vulnérabilité à d’autres drogues.

De nombreuses personnes estiment que la consommation de cannabis est un point de départ pour ceux et celles qui cherchent à accentuer les effets psychotropes d’une drogue. » [51]

 

Il convient d’abord de clarifier les termes.  La version de l’escalade (stepping stone en anglais) soutient que la consommation de cannabis mène inexorablement vers la consommation d’autres drogues.  Dans cette version, la consommation de cannabis entraînerait des modifications neurophysiologiques, affectant notamment le système dopaminergique (autrement appelé le système de récompense) créant ainsi le besoin de passer à la consommation d’autres drogues.  Cette théorie a été amplement rejetée par la recherche.  C’est la conclusion que nous partageons de plusieurs organismes internationaux de recherche sur les drogues, dont l’organisme britannique DrugScope : 

[Traduction] «  La théorie de l’escalade s’avère intenable et ne repose sur aucune preuve concrète.  La “preuve” que les usagers d’héroïne ont souvent commencé par fumer du cannabis n’est pas surprenante et ne réussit pas à démontrer pourquoi la très grande majorité des usagers de cannabis ne progressent jamais vers des drogues comme le crack ou l’héroïne.  La théorie de l’escalade (que le public confond souvent avec la théorie de la porte d’entrée) a été rejetée par la recherche scientifique.  La notion que le cannabis “causerait” l’usage de drogues nuisibles a été et devrait être rejetée entièrement. » [52]  

 

La théorie de la porte d’entrée (gateway) suggère que les trajectoires des usagers les amènent à faire face à des choix lorsqu’ils entrent dans une trajectoire de consommation et que l’un de ces choix sera d’utiliser ou non d’autres drogues.  Selon cette version, certains facteurs tels une initiation précoce ainsi qu’une consommation plus régulière et plus intensive renforceront cette possibilité.  Par ailleurs, ces facteurs eux-mêmes, et notamment une initiation précoce au cannabis, sont reliés à des facteurs antérieurs, tenant du milieu familial et des conditions sociales d’existence, qui prédisposent les jeunes plus vulnérables à cette initiation précoce et à l’installation plus rapide d’une consommation régulière et intensive. 

[Traduction] « Selon cette explication, le lien entre l’usage de cannabis et d’autres drogues reflète le fait qu’un certain nombre de facteurs de risques et de trajectoires de vie prédisposent les jeunes à utiliser du cannabis et que ces mêmes facteurs se superposent avec des trajectoires qui les prédisposent à utiliser d’autres drogues. » [53]  

 

En plus de ces facteurs prédisposant certains jeunes à une consommation plus intensive de substances psychoactives – dont l’alcool et le tabac en premier lieu – les conditions sociologiques dans lesquelles les usagers peuvent se procurer du cannabis font en sorte qu’ils sont en contact avec un milieu au moins marginal sinon criminalisé.  Les revendeurs sont souvent les mêmes personnes qui vendent aussi héroïne, crack, amphétamines, cocaïne, ou ecstasy de sorte que les probabilités que le jeune usager de cannabis, déjà plus vulnérable par les facteurs de sa trajectoire personnelle, sera plus facilement en contact avec ces autres substances.  Ajoutons aussi que grossistes et revendeurs « coupent » ou même mélangent les produits : on nous a dit à certaines occasions que l’ecstasy par exemple pouvait contenir bien autre chose que du MDMA.

De plus, s’il est vrai que la consommation de substances telles l’héroïne ou la cocaïne passe presque obligatoirement par la consommation préalable de marijuana, elle passe aussi par la consommation d’autres substances, notamment la nicotine et l’alcool qui seraient davantage les portes d’entrée d’une trajectoire d’usager que le cannabis.

Si l’on revient aux tendances d’usage des drogues dans la population, alors que plus de 30 % ont une expérience de consommation de cannabis, moins de 4 % ont consommé de la cocaïne et moins de 1 % de l’héroïne.

Par ailleurs, il est vrai que les usagers réguliers et intensifs sont plus susceptibles que les occasionnels de consommer d’autres substances.  L’étude de Cohen et Kaal[54] discutée à la section précédente démontre par exemple que plus de 90 % des usagers de cannabis au long cours ont aussi consommé du tabac et de l’alcool au cours de leur vie, mais surtout que 48 % à Amsterdam et 73 % à San Francisco ont consommé de la cocaïne au moins une fois au cours de leur vie, et 37 % à Amsterdam, 77 % à San Francisco et 47 % à Bremen ont consommé des hallucinogènes au moins une fois.  Néanmoins aucun des usagers réguliers de cannabis ne faisait un usage régulier d’autres substances.  Les auteurs indiquent aussi que la séquence la plus fréquente est l’alcool (vers 14 ans), le tabac (vers 15 ans), le cannabis (vers 17 ans), suivi des autres drogues au début de la vingtaine.

Nous sommes d’avis que les données disponibles démontrent que ce n’est pas le cannabis en soi qui mène vers la consommation d’autres drogues mais la combinaison des facteurs suivants :

·               Des facteurs reliés à l’histoire personnelle et familiale qui prédisposent à une entrée précoce sur une trajectoire de consommation de substances psychoactives commençant avec l’alcool ;

·               Une initiation précoce au cannabis, plus précoce que la moyenne des expérimentateurs, et une installation plus rapide dans une trajectoire de consommation régulière ;

·               La fréquentation d’un milieu marginal ou déviant ;

·               La disponibilité des diverses substances chez les mêmes revendeurs. 

 

Cannabis, violence et criminalité 

Il est évident qu’il existe une certaine association entre les substances psychoactives et la criminalité.  Il est tout aussi évident que ce lien est beaucoup plus complexe qu’on ne le dit parfois, comme l’a souligné le professeur Brochu lors de son témoignage devant le Comité. 

« Seulement à mon bureau de l’Université de Montréal, 2 973 études tentent d’établir un lien entre les substances psychoactives et la criminalité.  La majorité de ces études viennent des États-Unis ou de pays anglophones, et cela a pour effet de teinter quelque peu la vision des choses parce qu’on sait que nos voisins américains ont opté pour une approche répressive dans le domaine des drogues illicites.  Ce qui ressort de l’ensemble de ces études, c’est la complexité du lien entre la drogue et le crime. » [55]

Depuis son témoignage, le professeur Brochu a rendu publique l’étude dont il a fait mention au Comité.[56] 

On peut examiner la relation drogue – criminalité sous au moins trois angles : les effets de la substance elle-même, les effets du coût de la substance, et l’appartenance de la drogue au monde illicite.

Une proportion importante des contrevenants a des problèmes reliés à l’abus de substances psychoactives, l’alcool au premier plan.  De fait, l’étude conclut que l’alcool est la substance la plus fréquemment associée aux délits de violence ; dans le cas des délits contre la propriété, ce sont les drogues illicites qui dominent.  Le cannabis venait au troisième rang (3 à 6 % selon l’étude), loin derrière l’alcool (24 %) et la cocaïne (8 à 11 %).

Sur la seconde approche, les auteurs établissent qu’entre 17 % et 24 % des détenus ont commis une infraction pour se procurer l’argent nécessaire à l’achat de la substance de choix, la plupart du temps de la cocaïne.

Enfin, sur la troisième approche, le fait que les drogues illicites soient marginalisées fait en sorte d’exposer les usagers à un milieu déviant.  Nous avons noté à la section précédente que, concernant le cannabis, le fait que les revendeurs puissent offrir de l’héroïne ou du crack en même temps que du cannabis peut favoriser une trajectoire de passerelle vers ces autres drogues.  De la même manière, le fait que ces substances soient illégales peut contribuer à amener des personnes vers une trajectoire délinquante.  De plus, le milieu du trafic de drogues est un milieu relativement violent où se commettent toute une série d’infractions.  Enfin, le seul fait de vendre du cannabis constitue en soi une infraction pénale et l’on sait qu’un certain nombre de personnes sont incarcérées pour cette raison (du moins si la quantité est supérieure à 30 grammes).

Au total, le cannabis en soi ne mène pas à une trajectoire délinquante et c’est plutôt l’inverse qui pourra se produire : une personne s’inscrivant jeune dans une trajectoire de délinquance sera plus rapidement exposée aux drogues illicites et pourra expérimenter plus tôt et s’installer plus tôt dans une carrière de consommateur.

De plus, en raison même de ses effets psychoactifs relaxants et euphorisants et de ses effets moteurs sur le relâchement du tonus musculaire, le cannabis est peu propice à entraîner des actes de violence.

Les données des études sur les consommateurs à long terme confirment ce portrait d’ensemble sur la relation entre cannabis et criminalité.  Ainsi, Cohen et Kaal ont observé que moins de 5 % de leurs répondants avaient commis des infractions pour obtenir du cannabis (menus larcins, vol à l’étalage, vols).  L’infraction la plus fréquemment commise pour obtenir du cannabis était d’en vendre.

En somme, le Comité retient que le cannabis n’est pas une cause de violence ni de criminalité sauf dans de rares cas et à l’exception bien entendu de la conduite sous l’influence dont il sera question au chapitre 8.

 


Conclusions

Nous retenons de l’ensemble des informations sur les tendances, modes, contextes, trajectoires et conséquences sociales de l’usage de cannabis ce qui suit : 

Conclusions du chapitre 6

Sur les tendances d’usage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les trajectoires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la passerelle

 

 

 

 

Sur la violence et la criminalité

 

 

Ø            L’infrastructure de connaissance nationale sur les tendances et contextes d’usage est fondamentalement faible et doit être renforcée d’urgence.

Ø            Les données épidémiologiques disponibles indiquent que près de 30 % de la population a une expérience vie du cannabis.

Ø            Environ 10 % ont une prévalence au cours de l’année précédente.

Ø            Jusqu’à 30 % des usagers de l’année dernière sont des usagers courants (au cours du mois).

Ø            Environ 15 % des usages du dernier mois sont des usagers quotidiens.

Ø            La consommation est la plus importante entre 16 et 24 ans.

Ø            Chez les jeunes de niveau secondaire, la prévalence au cours de l’année est plus élevée, à environ 40 %.

 

Ø            La prévalence de l’usage mensuel chez les jeunes est d’environ 30 %.

Ø            La prévalence de l’usage quotidien chez les jeunes est d’environ 9 %.

Ø            L’âge d’initiation est en moyenne à 15 ans.

Ø      La plupart des expérimentateurs discontinuent l’usage.

Ø            Les usagers réguliers ont généralement une initiation plus précoce.

Ø            Les usagers à long terme ont le plus souvent une trajectoire de consommation en  dents de scie.

Ø            Les consommateurs réguliers à long terme connaissent leur période de consommation intense au début de la vingtaine.

Ø            La plupart des usagers à long terme intègrent leur consommation à leurs activités familiales, sociales et professionnelles.

 

Ø            Le cannabis n’est pas, en soi, une cause de consommation d’autres drogues.

Ø      La consommation de cannabis peut être une porte d’entrée en raison de l’illégalité qui met en contact avec d’autres substances.

 

Ø            Le cannabis n’est pas en soi une cause de délinquance et de criminalité.

Ø            Les jeunes qui ont une trajectoire de consommation régulière et intensive ont souvent déjà une inscription dans une trajectoire déviante sinon délinquante

Ø            Le cannabis n’est pas une cause de violence.

 

 


[1]  Tableau reproduit de CCLAT (1999), Profil canadien : L’alcool, le tabac et les autres drogues.  Ottawa : auteur, page 142.

[2] Témoignage du Dr Mark Zoccolillo, professeur de psychiatrie et de pédiatrie, Université McGill et Hôpital pour enfants de Montréal, Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Sénat du Canada, deuxième session de la trente-sixième législature, 16 octobre 2000, fascicule 1, page 80.

[3]  Adlaf, E.M. et A. Ialomiteanu (2000) CAMH Monitor Report : Addiction and Mental Health Indicators among Ontario Adults, 1977-2000.  Toronto : Centre for Addiction and Mental Health, pages 61-67.

[4]  Chevalier, S. et O. Lemoine (2000) « Consommation de drogues et autres substances psychoactives » dans Enquête sociale et de santé 1998, Québec : Institut de la statistique du Québec, chapitre 5, page 137.

[5]  Témoignage de M.J. Boyd, président du Comité sur la toxicomanie et sous-chef du Service de police de Toronto, Association canadienne des chefs de police, Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Sénat du Canada, première session de la trente-septième législature, 11 mars 2002, fascicule 14, page 77.

[6]  Témoignage du Dr Mark Zoccolillo, op. cit., page 79.

[7]  Témoignage de R.G. Lesser, surintendant principal, Gendarmerie Royale du Canada, Comité spécial du Sénat sur  les drogues illicites, Sénat du Canada, première session de la trente-septième législature, 29 octobre 2001, fascicule 8, page 9.

[8]  King, A.J.C. et coll., (1999) La santé des jeunes : tendances au Canada.  Les comportements de santé des jeunes d’âge scolaire.  Ottawa : Santé Canada.

[9]  Le Nouveau Brunswick a mené des études en population scolaire en 1986, 1989 et 1992.

[10]  Voir http://www.gov.ns.ca/health/student-drug-use/contents.htm pour la Nouvelle-Écosse et http://www.gnb.ca/0378/en/sdus1998/index.htm pour le Nouveau-Brunswick.  Un sommaire est aussi disponible sur le site du CCLAT à l’adresse http://www.ccsa.ca/Reports/STUDENT.HTM

[11]  Patton, D., et coll., (2001) Substance use among Manitoba high school students.  Winnipeg : Addictions Foundation of Manitoba.  Disponible sur le site www.afm.mb.ca

[12]  Adlaf, E.M. et A. Paglia (2001) Drug Use among Ontario Students 1977-2001.  Findings from the OSDUS.  Toronto : Centre for Addiction and Mental Health.

[13]  Tableau reproduit de Adlaf et Paglia, op. cit., page 57.

[14]  Ibid., page 58.

[15]  Vitaro, F, Gosselin C. et A. Girard (2002) Évolution de la consommation d’alcool et de drogues chez les jeunes au Québec de 1987 à 1998 : constatations, comparaisons et pistes d’explication.  Montréal : Comité permanent de lutte à la toxicomanie.

[16]  Substance Abuse and Mental Health Services Administration (2001) Summary of findings from the 2000 national household survey on drug abuse.  Washington, DC : Department of Health and Social Services

[17]  Johnston, L.D., et coll., (2001) Monitoring the future.  National Survey Results of Drug Use, 1975-2000.  Volume II College Students and Young Adults Ages 19-40.  Bethseda, Michigan : NIDA.

[18]  Les rapports pour 1998 et 2000 sont disponibles en ligne sur le site web du Home Office à l’adresse : http://www.homeoffice.gov.uk/rds/pdfs/hors224.pdf

[19]  Le rapport 2000 est disponible en ligne à l’adresse : http://www.drugscope.org.uk/wip/11/3/pdf/UK%20DRUG%20SITUATION%202001.pdf

[20]  Observatoire français des drogues et des toxicomanies (2002)  Drogues et dépendances.  Indicateurs et tendances 2002.  Paris : auteur, pages 98-99.

[21]  Ibid., page 100.

[22]  Ibid., page 101.

[23]  M. Jean-Michel Coste, Directeur, Observatoire français des drogues et des toxicomanies, témoignage devant le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Sénat du Canada, première session de la trente-septième législature, 1er octobre 2001, fascicule no7, pages 31-32.

[24]  Le chapitre 20 discute plus amplement des approches de politique publique dans divers pays.

[25]  Trimbos-Instituut (2000) The Netherlands Drug Situation 2000.  Report to the EMCDDA.  Disponible en ligne à l’adresse : http://www.emcdda.org/multimedia/publications/national_reports/NRnetherlands_2000.PDF

[26]  Tableau adapté de Rigter, H. et M. von Laar (2002) « The Epidemiology of cannabis use. » in Pelc, I. (éd.), International Scientific Conference on Cannabis.  Bruxelles.

[27]  Tableau adapté de Rigter et von Laar, op. cit., page 20.

[28]  Voir Rigter, H. et M von Laar (2002) op. cit..

[29]  Cette section s’inspire largement de Spicer, L. (2002) Utilisations historiques et culturelles du cannabis et le « débat sur la marijuana » au Canada, Ottawa : Bibliothèque du Parlement, rapport préparé pour le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicitres. Disponible en ligne à : www.parl.gc.ca/drogues-illicites.asp

[30]  Cité dans Spicer, op. cit., page 29.

[31]  Office of National Drug Control Policy (2002) National Drug Control Strategy.  Washington, DC : The White House.

[32]  Professeure Céline Mercier, témoignage devant le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Sénat du Canada, première session de la trente-septième législature, 10 décembre 2001, fascicule no 12, page 6.

[33]  INSERM (2001) op. cit., page 28.

[34]  Rigter, H. et M. von Laar, op. cit., page 27.

[35]  INSERM (2001), op. cit., pages 55-58.

[36]  Hathaway A. D. (1997a) « Marijuana and lifestyle : exploring tolerable deviance. » Deviant Behavior : An Interdisciplinary Journal, 18, pages 213-232 ; et (1997b) « Marijuana and tolerance : revisiting Becker’s sources of control. »  ibid., pages 103-124.

[37]  Hathaway, A.D. (1997a), op. cit., page 219.

[38]  Rigter, H. et M. von Laar, op. cit., pages 28-29.

[39]  Cohen, P.D.A. et H.L. Kaal, (2000) The irrelevance of drug policy.  Patterns and careers of experienced cannabis use in the population of Amsterdam, San Francisco and Bremen.  Amsterdam : University of Amsterdam, CEDRO.

[40]  Ibid., page 48.

[41]  INSERM (2001) op. cit., pages 28-50.

[42]  DrugScope (2001)  United Kingdom. Drug Situation 2000.  Report to the EMCDDA, page 19.

[43]  Là dessus, voir par exemple les travaux de Bergeron, H. (1996)  Soigner la toxicomanie.  Les dispositifs de soin entre idéologie et action.  Paris : L’Harmattan ; et Barré, M.D., M.L. Pottier et S. Delaître (2001) Toxicomanie, police, justice : trajectoires pénales.  Paris : OFDT.

[44]  Johnston, L.D., et coll., (2001) op. cit., page 6.

[45]  Ibid., page 30.

[46] Wasmeier, M., et coll., (2000) Path analysis survey of substance use among Newfoundland and Labrador Adolescents.  Marijuana / haschich and Solvent use.  Memorial University of Newfoundland.

[47]  Ibid., page 15.

[48]  Aquatias, S., (1999) « Usages du cannabis et situations sociales.  Réflexion sur les conditions sociales des différentes consommations possibles de cannabis. »  in Faugeron, C. (éd.) Les drogues en France.  Paris : Georg.  Pour l’étude originale : Aquatias. S. et coll. (1997)  L’usage dur des drogues douces, recherche sur la consommation de cannabis dans la banlieue parisienne. Paris : OFDT.

[49] Aquatias, S. (1999) op. cit., pages 48-49.

[50] Ibid., page 45.

[51]  M. J. Boyd, président du Comité sur la toxicomanie et sous-chef du Service de police de Toronto, Association canadienne des chefs de police, témoignage devant le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Sénat du Canada, première session de la trente-septième législature, fascicule 14, page 75.

[52]   DrugScope (2001) Evidence to Home Affairs Committee Inquiry into Drug Policy.  Disponible en ligne à l’adresse : http://www.drugscope.org.uk/druginfo/evidence-select/evidence.htm

[53]  Ibid.

[54]  Cohen et Kaal, op. cit., pages 92-93.

[55]  Professeur Serge Brochu, Université de Montréal, témoignage devant le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Sénat du Canada, première session de la trente-septième législature, 10 décembre 2001, fascicule 12, page 18.

[56]  Pernanen, K. et coll., (2002) Proportions of crimes associated with alcohol and other drugs in Canada.  Ottawa : Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies.


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