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ILLE - Comité spécial

Drogues illicites (spécial)

 

Les effets du cannabis et les problèmes de dépendance observés à long terme chez les usagers fréquents :

un morceau manquant du puzzle dans le domaine de la santé publique

Andrew D. Hathaway, Ph.D.

Centre for Addiction and Mental Health*
33, rue Russell, Toronto (Ontario)
Canada, M5S 2S1


*Le point de vue exprimé dans ce document est celui de l’auteur et il ne reflète pas nécessairement celui de l’établissement-hôte.

N.B. : Le manuscrit qui suit fait l’objet d’une révision par les pairs de la revue Addiction. Les tableaux n’ont pas été inclus aux fins du présent document, toutefois, après la publication du document, le Comité pourra consulter tous les tableaux.


Résumé

But. Élucider les conséquences de la consommation de cannabis au niveau des avantages perçus ainsi que des coûts personnels dont la dépendance liée à l’utilisation fréquente de la drogue. Environnement et participants. Cent quatre usagers de cannabis expérimentés, résidant à Toronto (Canada), ont été recrutés pour participer à des entrevues directes structurées. Mesure. Les participants ont répondu à un questionnaire approfondi qui a été conçu pour une étude* antérieure du profil de consommation de cannabis et de ses corrélations. Les avantages et les désavantages liés à la consommation, couvrant les effets positifs et négatifs ainsi que les symptômes qui en découlent généralement, ont été mesurés et classés selon la prédominance observée. La fréquence des critères inspirés du DSM 4, parmi les autres indicateurs de dépendance envers le cannabis, a également été examinée. Résultats. Les effets positifs ou les avantages perçus qui sont liés à la consommation de cannabis tendent à l’emporter sur les effets négatifs. La relaxation et l’amélioration des activités récréatives, suivis du besoin de faire face au stress et à l’anxiété, sont les principales raisons invoquées pour justifier la consommation de cannabis. Les effets du cannabis qui s’appliquent à certains n’ont pas du tout été expérimentés par d’autres. Par ailleurs, d’autres effets liés à la consommation dépendent davantage des circonstances. La fréquence des problèmes respiratoires et des maux de gorge attribuables à la consommation de cannabis met en évidence le risque perçu de maladie pulmonaire due à la consommation excessive à long terme. L’analyse des critères de dépendance révèle une préoccupation plus grande parmi les usagers à l’égard des niveaux de consommation en soi plutôt que de leur incidence sur la santé personnelle, les responsabilités sociales ou d’autres activités conventionnelles. Cependant, aucun lien n’a été découvert entre le volume ou la fréquence de la consommation et le nombre de cas rapportés de DSM 4. Conclusion. Les usagers de cannabis expérimentés soupèsent les coûts et les avantages liés à la consommation, et tendent à favoriser les avantages. Néanmoins, ils reconnaissent et acceptent certains désavantages, notamment le phénomène de dépendance éventuelle, et ils modifient en conséquence leur niveau de consommation si celui-ci est perçu comme problématique.

 

Remerciements*

L’auteur tient à remercier Craig Reinarman et ses collègues de lui avoir donné l’autorisation d’utiliser aux fins de la présente étude leur questionnaire portant sur la consommation de drogue à San Francisco. Patricia Erickson a également formulé des commentaires fort utiles sur l’un des premiers jets du présent document.

 

Introduction

De toutes les drogues illicites, les effets liés à la consommation de cannabis sont le plus souvent considérés comme relativement bénins tant sur le plan social que personnel. Bien que la consommation de cannabis ne soit pas sans risque pour la santé, les preuves cumulatives quant au risque peu élevé d’accoutumance, la consommation restreinte chez la plupart des usagers et, à de faibles doses, le peu d’effets négatifs sur le comportement et la santé contribuent à prêter au cannabis des propriétés de drogue à faible risque., Par rapport aux autres drogues illicites équivalentes, hormis les preuves récentes de problèmes respiratoires liés à une consommation excessive à long terme,,, un moins grand nombre d’études détaillées ont été consacrées aux autres conséquences négatives de consommation de cannabis. Par conséquent, bien que ce soit invariablement la première drogue proposée pour des initiatives juridiques lorsqu’il est question de politiques en matière de drogues, comparativement à l’héroïne, à la cocaïne et à d’autres drogues considérées généralement comme créant plus de dépendance et comme plus nocives, en réalité le cannabis n’occupe pas une très grande place dans les discussions sur les priorités en matière de santé publique ou de « réduction des préjudices ».

En particulier, on atténue fréquemment le problème d’accoutumance causé par la consommation de cannabis en disant qu’il s’agit d’une drogue créant peu de dépendance et présentant un faible potentiel de dépendance physique comparativement à ce qu’on observe avec la plupart des autres drogues. Néanmoins, le mouvement en faveur de la décriminalisation en Australie et dans plusieurs pays de l’Europe de l’Ouest, associé au point de vue opposé à savoir que le cannabis actuel est beaucoup plus puissant et plus dangereux qu’on ne l’a déjà cru, a servi à ranimer un vieux débat d’orientation de politique sur ses effets nuisibles. Par rapport à d’autres substances, la question de la dépendance qui fait entre autres partie des préoccupations légitimes en matière de santé publique est particulièrement complexe dans le cas du cannabis. En dépit des propos rassurants des personnes qui souhaitent une modification de la politique à l’égard du cannabis, sa réputation de « drogue douce » (perçue comme n’étant pas plus nocive que le tabac ou l’alcool, par exemple) n’aide pas beaucoup à calmer ces préoccupations, étant donné les coûts élevés sur le plan de la santé et sur le plan social, attribuables à ces substances légales.

Aborder la question de la santé relative à des groupements de population individuelle dépend grandement de la qualité des données disponibles sur chaque groupement et de quelle manière chacun d’eux réagit à divers facteurs d’agression sur le plan de la santé et au niveau social. Un meilleur ciblage et une meilleure adaptation des mesures de prévention et des programmes de traitement volontaires requièrent une information plus détaillée sur comment et pourquoi on utilise du cannabis; qui en consomme; et quelles en sont les conséquences négatives. Les approches traditionnelles en matière d’éducation antidrogue et de traitement ont tendance à adopter un « point de vue mécaniste » à l’égard de la surconsommation de drogues et de la dépendance. Selon ces approches, les usagers passifs deviennent des consommateurs compulsifs et continuent de consommer malgré les effets nocifs pour eux-mêmes et les autres. Toutefois, une approche « volontariste » suggère que l’utilisateur est capable de soupeser les risques et les avantages de façon à prendre des décisions responsables en matière de consommation. Reconnaître que la majorité des usagers ne souhaitent pas tant être « guéris » de leur consommation que de continuer de consommer sans subir de conséquences négatives (et reconnaître aussi les perceptions des usagers à l’égard d’une consommation contrôlée et d’une surconsommation possible) est une distinction importante si l’on veut intervenir efficacement. Ce type d’approche met en évidence les avantages liés à une consommation contrôlée tout en coupant court à une promotion active de la drogue.

Il est connu que les perceptions des usagers reflètent une hiérarchie de risques où le cannabis est considéré comme la drogue illicite (de toutes les drogues et de l’alcool) la moins nocive - ce qui n’est pas une évaluation irréaliste en dépit des écarts dans le statut juridique largement indifférencié des drogue. Une approche volontariste en matière de consommation de drogue est particulièrement attirante dans le cas du cannabis étant donné le caractère apparemment inoffensif de cette drogue dans le champ actuel des priorités en matière de santé publique. En outre, cette approche a des conséquences bien précises pour la recherche sur le cannabis ainsi que sur le débat actuel au niveau de l’orientation juridique. Une fausse opposition existe entre ceux qui prétendent que le cannabis est inoffensif et ceux qui maintiennent que sa consommation comporte un risque important, et les recommandations de principe correspondantes de ces deux positions. Une évaluation mesurée exige la reconnaissance des coûts et des avantages liés à la consommation de cannabis ainsi que des conséquences liées à son interdiction.

Il arrive rarement que la recherche se penche sur ces deux aspects de la question, en mettant en corrélation des profils de consommation de cannabis problématiques ou chroniques ainsi que des profils de consommation plus adaptatifs et fonctionnels. La question de la dépendance et d’autres problèmes dans ce schéma sont tout aussi inséparables de l’analyse des effets physiques et physiologiques de la drogue qu’ils le sont du contexte et des circonstances, dans lesquels les usagers soupèsent les coûts et les avantages. La présente étude vise à combler les lacunes en matière de connaissances en établissant quelles sont les motivations et les effets liés à la consommation de cannabis, y compris la dépendance et autres conséquences négatives, à la lumière du témoignage de 104 usagers expérimentés résidant à Toronto (Canada).

 

Méthodes

Les participants à l’étude ont été recrutés au moyen d’une annonce classée parue dans un journal local à grand tirage, distribué gratuitement. L’annonce recherchait des usagers de cannabis « expérimentés », âgés de 18 ans et plus et ayant consommé du cannabis au moins à 25 reprises. Environ 200 personnes ayant laissé des messages téléphoniques se sont dites intéressées par l’étude; près des trois quarts d’entre elles ont été jointes avec succès et ont exprimé leur désir de prendre part à une entrevue directe se déroulant au bureau du chercheur. Cent quatre personnes se sont rendues au rendez-vous fixé, consentant à participer aux entrevues sous réserve de stricte confidentialité et à condition que la collecte de l’information serve uniquement à des fins de santé publique. Les entrevues ont eu lieu d’octobre 2000 à avril 2001.

L’échantillon final comporte 64 répondants et 40 répondantes, âgés de 18 à 55 ans (moyenne de 34 ans). Plus des trois quarts (77 %) de ces personnes ont consommé de la drogue au moins une fois par semaine dans le mois précédant l’entrevue. Quatre-vingt et quatre-vingt-un p. cent des 77 % ont déclaré avoir consommé de la drogue une fois par semaine au cours des 12 et 3 derniers mois, respectivement. Près de la moitié ont consommé quotidiennement au cours de la dernière année, des trois mois et des 30 jours (51 %, 47 % et 47 %, respectivement) précédant l’entrevue. Quatre-vingt-un p. cent déclarent avoir consommé du cannabis quotidiennement pendant leur période de consommation la plus intense. Presque la moitié de l’échantillon (49 %) déclare avoir consommé au moins une once (28 grammes) par mois en moyenne pendant la même période. Près du quart des répondants (25 %, 23 % et 20 %) affirment avoir consommé cette quantité au cours de la dernière année, des trois mois et des 30 jours, respectivement, précédant l’entrevue.

Malgré les limites d’un plan d’échantillonnage non aléatoire, l’autosélection de répondants ou encore, « l’échantillonnage de commodité » s’est avéré une méthode rentable pour intéresser à l’étude plus d’usagers de longue date faisant une consommation fréquente de drogue. Ce sous-groupe d’usagers est plus approprié à la recherche en matière de politique en santé publique et de problèmes de dépendance liés au cannabis. Outre la nature du biais de l’échantillonnage, on a aussi versé 25 $ Can aux répondants pour leur participation à l’étude. Ainsi, même si bon nombre d’entre eux y ont pris part en partie en raison de leur intérêt envers la recherche, l’effet stimulant de l’argent peut aussi avoir influé sur la distribution socioéconomique de l’échantillon.

En fait, il convient de noter que 82 % des répondants ont gagné en moyenne moins de 2 000 $ Can par mois (revenu net) au cours de la dernière année d’imposition et 36 % ont touché moins de la moitié de ce revenu moyen. Seulement 41 % des répondants travaillaient à temps plein (35 heures ou plus par semaine), 12 % étudiaient à temps plein et près du quart (24 %) recevaient une forme quelconque d’aide sociale – près de la moitié de ce dernier groupe (10 % de l’échantillon) touchait des prestations d’invalidité. Ainsi, dans l’ensemble, quoique nullement exclusivement, les usagers de cannabis sans emploi et à faible revenu sont susceptibles d’être surreprésentés dans l’échantillon.

Un questionnaire approfondi portant sur les profils de consommation de cannabis, les effets, les conséquences et les problèmes a été soumis aux personnes participant directement à des entrevues privées. Afin de cibler des avantages et des désavantages précis, plusieurs listes normalisées des effets possibles liés à la consommation de drogue ont été présentées aux répondants en vue de mesurer et de classer la prédominance de ces effets, qu’ils soient négatifs ou positifs. Adaptées comme tel à partir d’études précédentes sur les utilisateurs de drogues illicites, ces listes ont été abondamment utilisées, ailleurs, à des fins de recherche du même type.,,

La dépendance au cannabis a été évaluée au moyen de questions découlant des critères du DSM 4. Brièvement, on a posé aux répondants différentes questions se rapportant aux quantités consommées et au temps passé à consommer ainsi qu’à leur consommation continue en dépit des problèmes sur les plans social ou psychologique, ou sur le plan de la santé physique attribuables à la consommation de cannabis. On a également demandé aux répondants si la consommation de cannabis les avait jamais amenés à négliger leurs activités sociales, récréatives, domestiques ou scolaires ou encore, leur travail. En outre, on les a questionnés précisément sur la fréquence des problèmes susmentionnés au cours des 12 mois précédant l’entrevue. L’opérationnalisation supplémentaire de la notion de « dépendance » a permis de saisir l’importance et l’incidence globales de la drogue sur la vie quotidienne des usagers. Parmi les indicateurs utilisés, mentionnons les rapports sur les comportements déviants ou criminels pour obtenir (de l’argent en vue d’acheter) du cannabis; les problèmes juridiques récurrents et autres problèmes attribués au cannabis; et le fait d’avoir déjà tenté ou envisagé de se faire traiter ou conseiller relativement à des problèmes liés au cannabis.

 

 

Résultats

Pour obtenir un point de vue mesuré des avantages et des désavantages, le recours à une approche « volontariste » ou à une approche axée sur les « choix rationnels » en matière de consommation de drogue suggère que les avantages perçus sont des déterminants clés à la persistance de la consommation (s’ils ne sont pas toujours à l’origine de la consommation). Ces avantages sont comparés aux conséquences néfastes et, toutes choses étant égales par ailleurs, ils incitent probablement à une consommation continue. Une attention particulière est donc dûment accordée aux avantages perçus ainsi qu’aux coûts de la consommation afin d’établir ce qui motive les gens à consommer du cannabis. Tout d’abord, à l’aide d’une liste de 20 raisons possibles, les répondants devaient indiquer quelle importance ils attachaient à chacune des raisons justifiant l’utilisation de cannabis. La relaxation est considérée comme la raison la plus importante et les raisons invoquées le plus couramment sont avant tout à des fins récréatives.

Douze des vingt raisons obtiennent en moyenne une cote supérieure à neutre. Combinant les catégories « important » et « très important », les cinq principales raisons, par ordre d’importance, sont « relaxer » (89 %), « se sentir bien » (81 %), « apprécier la musique, le cinéma ou la télé » (72 %), « un remède contre l’ennui » (64 %) et « être inspiré(e) » (60 %). Les quatre autres raisons (que plus de la moitié de l’échantillon fait entrer au moins dans la catégorie « important »)-- « se défouler » (61 %), « être moins anxieux(se) » « voir le monde sous un nouveau jour » et « oublier ses problèmes » (chaque énoncé obtient 55 %)— sont à noter, car elles suggèrent grosso modo que l’utilisation de cannabis représente un mécanisme d’adaptation. La consommation de cannabis comme « lubrifiant social » arrive bien loin sur la liste (derrière « faire face à la dépression » et « pour aider à vous endormir »), ce qui permet de conclure que la réputation de la marijuana comme drogue sociale a été globalement surestimée.

 

Les coûts et les avantages liés à la consommation de cannabis

Outre les raisons que les gens donnent pour consommer du cannabis, il est nécessaire d’approfondir les effets qui en résultent si l’on veut obtenir un point de vue mesuré des coûts et des avantages. Afin de mieux comprendre les aspects positifs et négatifs y afférents, des listes normalisées et étendues des effets possibles de la drogue ont été présentées aux répondants. On leur a demandé s’ils avaient ressenti chacun des 28 effets « jamais, rarement, parfois, souvent ou toujours » après avoir utilisé du cannabis. Quatorze effets ont été ressentis sur une base plus régulière qu’occasionnelle, et la plupart des effets sont sans équivoque positifs. La moitié de l’échantillon déclare avoir ressenti « toujours » ou « souvent » sept des effets. Selon la majorité, « la consommation de cannabis me fait sentir…» : « détendu(e) » (95 %), « bien » (86 %), « joyeux(se) » (69 %), « optimiste » (68 %), « soucieux(se) d’esthétisme » (64 %), « intuitif(ve) » (53 %) et « bavard(e) » (52 %). Par opposition, les effets les moins fréquemment signalés – p. ex., « facultés mentales affaiblies » (3 %), « pessimiste » (5 %) et « paranoïaque » (7 %)—sont nettement des qualificatifs négatifs.

Pour examiner des effets plus directs de la consommation de cannabis, on a demandé aux répondants de donner 53 effets possibles s’y rapportant. Pour chacun des effets, on leur a demandé s’ils avaient déjà ressenti cet effet avec le cannabis et, le cas échéant, combien de fois (une à cinq fois ou plus de cinq fois). La limite fixée arbitrairement à plus de cinq fois est censée réduire la probabilité des impondérables comme, par exemple, consommer du cannabis mélangé à d’autres substances. Bien que l’établissement de cette limite soit discutable dans le cas des usagers expérimentés, la plupart ayant consommé du cannabis de nombreuses centaines (voire milliers) de fois, cette dernière sert néanmoins à différencier les effets attendus d’autres effets non désirés de la consommation.

En mettant l’accent sur les éléments les plus courants (les 15 effets ressentis plus de cinq fois par plus de la moitié de l’échantillon), les données sont plus équivoques que celles qui précèdent relativement à la prédominance des effets positifs. Les avantages perçus de la consommation de cannabis—p. ex., « avoir une impression de bien-être ou d’euphorie » (85 %), « oublier ses ennuis » (65 %), « se sentir plein d’énergie » et « avoir davantage confiance en soi » (les deux à 64 %), et « avoir une pensée claire » (56 %)—comptent encore une fois parmi les effets les plus souvent mentionnés. Certains aspects négatifs, tels que « la bouche sèche » (79 %), « la distraction » (62 %), « les pertes de mémoire » (60 %) et « la perte de motivation » (53 %) occupent également une place importante. Les autres effets fréquemment mentionnés—soit « la volubilité » et « le fou rire » (les deux à 77 %), « la rêverie » (74 %), « la stimulation sexuelle » (54 %) et « une pensée plus rapide » (52 %)—ne sont ni clairement négatifs ni clairement positifs; ils semblent dépendre davantage du but visé par la consommation et des circonstances. Par opposition, les effets négatifs qui sont parfois associés à d’autres types de consommation, tels que « les convulsions », « les pertes de

connaissance » et « le comportement violent », sont rarement vécus, pour ne pas dire jamais, par les usagers de cannabis.

Ces données illustrent que les usagers de cannabis attribuent divers effets à la drogue de leur choix. Bien que les effets directs du cannabis ne sont nullement toujours avantageux, ses effets positifs ont tendance à occuper une place plus importante dans le vécu des usagers. Les réponses qui obtiennent 50 % (telles que « se sentir séparé(e) de son corps ou de son environnement » et « manquer d’ambition », par exemple) donnent à entendre que certains effets qui sont ressentis par de nombreux usagers ne sont pas expérimentés du tout par beaucoup d’autres. D’autres effets plus ambigus, tels que « la rêverie », peuvent être ressentis (et alors être plus nettement positifs ou négatifs) par certains, mais seulement dans un environnement et des circonstances donnés).

Pour isoler les effets négatifs sur la santé de la consommation de cannabis, on a présenté aux répondants une liste de 23 symptômes physiques. Pour chacun de ces symptômes, on a demandé aux répondants s’ils avaient déjà éprouvé ce symptôme et, le cas échéant, ont-ils pensé que celui-ci était lié à l’utilisation de cannabis. De cette liste d’effets physiques, « une forte envie de manger » (83 %) est l’effet le plus fréquemment attribué à l’utilisation de cannabis. Parmi les autres symptômes fréquents (signalés par au moins un tiers des répondants), mentionnons « la nervosité » (55 %), « l’anxiété » (50 %), « les problèmes respiratoires » (48 %), « la mauvaise forme physique » (45 %), « l’insomnie » (43 %) et « les maux de gorge » (33 %). Contrairement à la forte envie de manger, cependant, la plupart de ces symptômes ont été attribués au cannabis par la moitié seulement des personnes les ayant éprouvés.

Au contraire, certains (en ce qui concerne l’anxiété et l’insomnie, par exemple) attribuaient à la drogue certains pouvoirs d’apaisement du symptôme signalé. En fait, du dernier groupe de symptômes, seuls « les maux de gorge » ont été imputés au cannabis par une grande majorité (79 %) de ceux ayant signalé ce symptôme. En ce qui a trait aux maux de gorge et aux problèmes respiratoires, la prédominance élevée de tabagisme dans l’échantillon est sans aucun doute un facteur de confusion. Presque près des trois quarts des répondants déclarent avoir fumé au cours des trois mois précédant l’entrevue et plus de 1 000 fois pendant leur vie (73 % et 74 %, respectivement). Plus des deux tiers (69 %) déclarent fumer du tabac et du cannabis au moins « à l’occasion ». La fréquente attribution de ces problèmes (ou du moins leur exacerbation) au cannabis par les personnes qui les ont rencontrés (56 % ont des « problèmes respiratoires »), toutefois, est néanmoins importante à noter afin que l’on établisse des priorités en matière de santé publique qui sont significatives pour les grands consommateurs.

En dépit de l’existence de problèmes de santé liés au cannabis, perçue par certains, la vaste majorité des répondants (89 %) étaient persuadés qu’ils consommeraient du cannabis encore dans le futur et plus de la moitié (55 %) ont indiqué qu’ils ne cesseraient jamais complètement d’en consommer (un autre 21 % n’étaient pas certains). Lorsqu’on a demandé aux répondants quelle était l’importance de la drogue dans leur façon de vivre en général (c.-à-d., quelle différence cela ferait-il s’ils ne pouvaient plus du tout en avoir ou en consommer?), plus des trois quarts considèrent la drogue comme « assez importante » (48 %) ou « très importante » (31 %). Par comparaison avec d’autres activités remplissant des fonctions similaires, les avantages imputés à la consommation de cannabis rend cette drogue unique aux yeux de la majorité (59 %). Cette conviction profonde à l’égard des avantages qu’offre le cannabis et le fait que plus de la moitié de l’échantillon affirme vouloir continuer d’en consommer pendant une période indéterminée sont illustrés ultérieurement par les effets de la consommation qui sont perçus à long terme.

On a demandé aux répondants d’indiquer leur degré d’acceptation relativement à chacun des 18 points portant sur la drogue et sur son incidence sur leur vie en général. Bien qu’aucun de ces points n’a obtenu en moyenne la mention « fortement d’accord », des sept éléments qui se classaient plus bas que la position neutre (c.-à-d., que plus de la moitié de l’échantillon était d’accord avec ces points), tous possèdent nettement des attributs positifs. En combinant dans une catégorie les mentions « d’accord » et « fortement d’accord », par exemple, les répondants ont indiqué : « Après avoir fumé de la marijuana, …. » : « j’ai plus de plaisir dans la vie » (83 %), « j’ai appris à mieux me connaître » (77 %), « « je suis plus ouvert(e) aux autres gens » (73 %), « j’apprécie davantage les belles choses » (69 %), « je suis plus équilibré(e) » et « je suis plus heureux(se) » (les deux 60 %). Par opposition, les points avec lesquels les répondants étaient le moins en accord—p. ex., je suis…« moins efficace » (26 %), « moins productif(ve) », « j’ai l’esprit plus lent » (29 %) et « je suis moins ambitieux(se) » (30 %).

 

Critères de dépendance

Malgré la prédominance des effets positifs sur les effets négatifs, une évaluation équilibrée des avantages et des coûts liés à la consommation de cannabis doit admettre l’existence des effets négatifs, comme le fait une minorité assez importante d’usagers dans le présent échantillon. Des coûts supplémentaires s’ensuivent et avec eux une réduction des avantages au point que la dépendance peut déformer la perception qu’ont les usagers d’un équilibre précaire entre les effets positifs et négatifs de la drogue. Même si le recours à la notion de « dépendance » (en particulier avec le cannabis) hérite des nombreuses difficultés et des discussions constantes entre les experts, un certain nombre d’indicateurs devenus la norme d’usage offrent une base provisoire permettant d’examiner le problème. Étant donné l’importance du cannabis dans la vie quotidienne des usagers (et les ressources financières limitées de bon nombre de ceux faisant partie du présent échantillon), le phénomène de la dépendance a toutes les chances de se refléter dans la fréquence des activités spéciales ou déviantes exercées pour obtenir de la drogue.

On a demandé aux répondants s’ils s’avaient déjà pris part à 12 des activités mentionnées précisément afin de se procurer du cannabis et, le cas échéant, combien de fois. De toutes les activités énumérées, seulement cinq ont été mentionnées par une poignée de répondants. La majorité (62 %) ont déclaré s’être trouvés dans une situation inconfortable ou avoir traîné avec des gens qu’ils n’aimaient pas (au moins une ou deux fois) pour se procurer du cannabis. Parmi les autres activités fréquemment mentionnées pour financer l’achat de cannabis, mentionnons l’argent emprunté, la vente de cannabis pour soutenir leur propre consommation de drogue et l’acceptation d’un travail supplémentaire. De toutes ces activités, seule la vente de cannabis est illégale en soi, ce qui représente une transgression importante étant donné la fréquence rapportée (plus de 10 fois) par un sur quatre des répondants (24 %). Toutefois, l’accomplissement de crimes plus graves comme le vol et la prostitution pour trouver l’argent nécessaire à l’achat de cannabis se produit plus rarement, voire jamais.

En conséquence, seulement 6 % de l’échantillon avaient déjà rencontré « des problèmes juridiques récurrents » en raison de leur consommation de cannabis. Ce chiffre chute à 1 % pendant les 12 mois précédant l’entrevue. La fréquence des autres types de problèmes est également un indicateur important. On a demandé aux répondants si la consommation de cannabis avait déjà causé des problèmes à l’école ou au travail, dans des lieux publics ou dans leurs relations interpersonnelles et, le cas échéant, si cela avait causé des problèmes graves ou seulement mineurs. Près de la moitié d’entre eux (46 %) déclarent avoir rencontré des problèmes (à tout le moins mineurs) dans leurs relations avec la famille ou les relations personnelles. Un tiers de l’échantillon (34 %) déclare avoir eu des problèmes à l’école et 29 % affirment avoir surtout fait face à des problèmes mineurs dans des lieux publics comme dans les bars, les concerts ou dans la rue. Les problèmes liés au travail à cause du cannabis sont moins courants, 22 % des répondants ayant rencontré des problèmes mineurs ou plus graves.

Outre les comportements et les problèmes déviants associés à la consommation de cannabis, la dépendance peut être révélée par la prédominance d’un désir subjectif manifeste à l’égard de la substance ou d’en « vouloir de façon maladive ». Plus des trois quarts (77 %) des répondants affirment avoir eu ce besoin maladif, et la plupart d’entre eux (47 % de l’échantillon) ont consommé de la drogue pendant deux ans au moins avant d’en arriver à ce besoin maladif. Toutefois, un nombre beaucoup plus faible de répondants (34 %) affirment n’avoir jamais été « obsédés » par la consommation de cannabis. De plus, une grande majorité de personnes dans l’échantillon (88 %) affirme « maîtriser » leur consommation. Pour examiner davantage la prédominance de la « dépendance au cannabis » dans l’échantillon, une série de critères plus normalisés est dérivée de la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 4).

Le DSM 4 différencie d’abord la dépendance à une substance marquée par une dépendance physiologique (c.-à-d., preuve de tolérance ou de repli sur soi) et celle qui est caractérisée par l’absence de dépendance physiologique (c.-à-d., aucune preuve de tolérance ou de repli sur soi). Étant donné que le repli sur soi n’est pas un critère associé au cannabis dans le DSM 4 et que la tolérance a un statut ambigu, en ce sens qu’elle peut se développer ou non chez les usagers de cannabis, il s’en est suivi que ces deux critères ont été exclus de la liste des critères de dépendance attribuable à la consommation de cannabis dans cette étude. Avec la prise en compte de ces ajustements, le DSM 4 définit la dépendance à une substance non physiologique comme une mauvaise adaptation à la consommation de drogue, conduisant à une déficience ou à une détresse significative du point de vue clinique, comme le montrent trois (ou plus) des événements suivants, qui surviennent à n’importe quel moment de la même période de 12 mois :

1. La substance est souvent prise en quantités plus élevées ou sur une période plus longue que prévu.

2. Il y a un désir persistent de réduire ou de maîtriser la consommation de drogue ou encore, des efforts infructueux en ce sens sont accomplis.

3. On consacre beaucoup de temps aux activités nécessaires pour se procurer la substance, la consommer et se rétablir des effets.

4. D’importantes activités sociales, professionnelles ou récréatives sont abandonnées en raison de la consommation de drogue.

5. On continue de consommer la substance même si l’on fait face à un problème physique ou psychologique persistent ou récurrent qui serait vraisemblablement causé ou exacerbé par la substance.

 

 À l’encontre du DSM 4, qui cible la confluence des événements rencontrés pendant la même période de 12 mois, la liste des questions qui en découle examine les événements survenus à n’importe quel moment pendant la période de consommation du répondant. Ce faisant, la sensibilité des critères définis dans le DSM 4 est accrue, tandis que les différences de profil de consommation longitudinal entre les usagers sont écartées pour favoriser un point de vue plus général sur l’importance globale de ces éléments. En outre, pour évaluer la poursuite ou l’interruption des problèmes de dépendance liés à une consommation plus récente et courante, des questions ont porté distinctement sur l’importance au cours des 12 derniers mois des problèmes signalés. L’instrument de sondage comportait six questions fondées sur les critères précédents du DSM 4. Voici les résultats obtenus :

  • La moitié des répondants (51 %) sont déjà parvenus à consommer de plus grandes quantités de cannabis (ou pour de plus longues périodes) que ce qu’ils avaient prévu pour plus d’une semaine. Le chiffre chute à moins du tiers (32 %) pendant les 12 mois précédant l’entrevue.
  • Trente-huit p. cent des répondants ont déjà ressenti un désir persistant de réduire leur consommation de cannabis ou ont essayé sans succès de la réduire pendant plus d’une semaine. Un quart (24 %) d’entre eux avaient fait face à ce problème dans les 12 mois précédant l’entrevue.
  • Dix-neuf p. cent de l’échantillon avaient déjà abandonné ou diminué pendant plus d’une semaine les activités sociales ou récréatives, ou les activités de travail en raison de la consommation de cannabis. Onze p. cent des répondants s’étaient comportés ainsi dans les 12 mois précédant l’entrevue.
  • Vingt p. cent des répondants avaient déjà maintenu leur consommation pendant plus d’une semaine, en dépit d’un problème physique ou psychologique récurrent, qui était causé ou empiré par leur consommation de cannabis. Onze p. cent s’étaient comportés de cette façon dans les 12 mois précédant l’entrevue.
  • Vingt-cinq p. cent des répondants (un quart de l’échantillon) avaient déjà failli pendant plus d’une semaine à leurs obligations au travail, à l’école ou à la maison en raison de leur consommation de cannabis. Moins de la moitié de ces répondants (12 %) déclarent l’avoir déjà fait dans les 12 mois précédant l’entrevue.
  • Dix-sept p. cent des répondants avaient déjà continué de consommer pendant plus d’une semaine malgré les problèmes sociaux et interpersonnels récurrents qui étaient causés ou empirés par leur utilisation de cannabis. Huit p. cent s’étaient comportés de cette façon dans les 12 mois précédant l’entrevue.

Trente p. cent des répondants signalent une prédominance d’au moins trois de ces critères. Ce chiffre baisse à 15 % au cours des 12 mois précédant l’entrevue. Ainsi dans l’ensemble et par rapport aux quatre derniers points précisément, les critères de dépendance déclinent de façon marquée (de moitié) entre le « déjà ressenti » et la fréquence de consommation de l’année dernière. Il appert que les problèmes perçus par les répondants relativement à la consommation de cannabis en soi (c.-à-d., la fréquence ou les quantités consommées par rapport à son incidence sur les usagers) diminuent de façon moins marquée (environ d’un tiers). Chose intéressante, toutefois, il n’existe aucune corrélation significative entre la fréquence dans la consommation de cannabis pendant la période de consommation la plus intense et les 12 derniers mois respectivement, et le nombre de critères signalés du DSM 4. De même, il n’y a pas de corrélation entre la consommation mensuelle moyenne en grammes pendant ces périodes et les critères de dépendance susmentionnés.

Afin de déterminer quelle proportion de l’échantillon a cherché à obtenir une aide formelle pour résoudre les problèmes de dépendance, on a demandé aux répondants si au cours des deux dernières années ils s’étaient informés d’un traitement ou de services de counselling possibles relativement à un problème de drogue ou d’alcool ou encore, s’ils avaient reçu un traitement ou des conseils à cet égard. Quatorze p. cent des gens ont répondu par l’affirmative bien que seul un tiers d’entre eux (5 % de l’échantillon) l’aient fait à propos de leur consommation de cannabis. Les problèmes de consommation de substance signalés étaient plus fréquents dans le cas de l’alcool et de la cocaïne (7 % et 6 %, respectivement) et moins fréquents dans les cas de l’héroïne et « autres substances », y compris les médicaments de prescription (2 % dans chaque cas).

Un autre 14 % de répondants ont affirmé qu’ils avaient « déjà songé » à recevoir un traitement ou des conseils précisément en ce qui concerne le cannabis. Il est à noter que près des trois quarts (71 %) de ceux qui avaient déjà envisagé de demander une aide formelle pour régler leur problème de dépendance au cannabis déclarent avoir consommé au moins une once par mois en moyenne de cannabis au cours de leur période de consommation la plus intense. De plus, ils consommaient tous quotidiennement du cannabis pendant cette période. Dans les 30 jours précédant l’entrevue, toutefois, presque la moitié de ceux qui avaient songé à recevoir un traitement pour le cannabis (6 % de l’échantillon) avaient cessé leur consommation quotidienne et moins du quart (21 %) avaient continué de consommer une once ou plus par mois. Quatorze p. cent de ce groupe n’avaient pas consommé du tout de cannabis au cours du dernier mois.

 

Discussion

Ces données appuient le principe du « choix rationnel » en matière de consommation de drogue. Selon ce principe, les usagers sont capables de comparer les coûts et les avantages du cannabis, et, à la lumière de ce calcul rationnel, de prendre des décisions adéquates relativement à la poursuite de la consommation. Se fondant sur un échantillon de commodité comprenant 104 usagers expérimentés, la plupart de longue date, qui consomment souvent du cannabis, les résultats de l’étude indiquent la prédominance des effets positifs sur les effets négatifs, ce qui explique en partie la popularité continue de cette drogue à l’heure actuelle. Comme il faillait s’y attendre, les principales raisons invoquées pour justifier la consommation de cannabis tendent à faire valoir le plaisir récréatif, ce qui englobe la relaxation et l’amélioration des activités de loisir. Cependant, l’utilisation connexe de cannabis comme mécanisme d’adaptation dans les moments de stress et d’anxiété ressort également beaucoup—plus particulièrement, par rapport au rôle largement reconnu et apprécié que joue le cannabis comme lubrifiant social, par exemple.

Lorsqu’on leur présente une liste normalisée et étendue des effets courants du cannabis, les usagers ont sans équivoque tendance à privilégier dans leur classement les effets positifs par rapport aux effets plus ambigus ou négatifs. Sans équivoque, les effets physiques et comportementaux négatifs associés aux drogues plus dangereuses telles que l’alcool (épisodes de pertes de conscience et de violence, par exemple) ont rarement, voire jamais, été ressentis. Les évaluations que font les répondants des effets plus ambigus semblent dépendre de facteurs circonstanciels liés au « contexte et à l’environnement ». En effet, bien que des effets tels les « fous rires », la « rêverie » et la « stimulation sexuelle » soient très recherchés par les partenaires intimes, on préfère vraisemblablement les éviter dans d’autres genres de fréquentation. En outre, de nombreux effets ressentis par certains ne le sont pas par d’autres.

Selon l’analyse des effets négatifs sur la santé, qui révèle une forte envie de manger, il s’agit de loin le symptôme physique le plus courant imputé à la consommation de cannabis. Cependant, des ambiguïtés de nature circonstancielle sont observées encore une fois, car un appétit accru peut bien pour certains avoir un effet positif dans un contexte de consommation pour fins médicinales alors que pour d’autres, c’est du gaspillage de loisirs. D’autres symptômes couramment signalés (comme l’insomnie et l’anxiété) sont soulagés par la consommation de cannabis, et y sont aussi attribués. Ce qui est moins banal, toutefois, quant aux priorités en matière de santé publique, plus du quart des répondants font état de problèmes respiratoires et de maux de gorge causés (ou à tout le moins exacerbés par l’utilisation concomitante de tabac) par leur consommation de cannabis.

Une approche axée sur une diminution des effets nocifs recommande une sensibilisation de la population afin de changer des comportements tels l’inhalation profonde et le souffle retenu (ce qui facilite le dépôt de particules sans un accroissement marqué des hydrocarbures totaux (HT)) ainsi que la consommation simultanée de tabac et de cannabis. Étant donné que les TH sont des broncho-dilatateurs, ils peuvent accroître l’incidence nocive de la fumée de tabac en aidant au dépôt en profondeur de particules dans les voies respiratoires. De même, le développement de produits sans fumée comme par exemple les boissons et les pastilles à base de cannabis, ou l’utilisation de « vaporisateurs » doit être encouragé en vue de réduire les problèmes pulmonaires.

En percevant que les avantages à court et à long termes liés à la consommation de cannabis l’emportent sur les conséquences négatives, une nette majorité de répondants affirment qu’ils continueront de consommer dans un avenir prévisible. En dépit des difficultés reconnues que pose la notion de « dépendance » à l’égard du cannabis, on a procédé à l’analyse d’indicateurs fondés sur les critères du DSM 4 relativement à d’autres problèmes de consommation de substances. Bien que près du tiers des répondants jugent que la consommation de drogue est « très importante » dans leur vie, il est à noter aussi l’absence de crimes graves ou d’autres comportements déviants pour se procurer du cannabis. Moins d’un répondant sur quinze fait état de problèmes juridiques récurrents, dus à la consommation de cannabis, même si un quart de ceux qui ont été interviewés ont vendu de la drogue à plus de 10 occasions. Par ordre de fréquence, une minorité d’usagers déclarent avoir eu des problèmes dans leurs relations avec la famille ou dans leurs relations personnelles, à l’école, dans les lieux publics et au travail, en raison de leur consommation de cannabis.

De même, moins de la moitié des répondants déclarent avoir déjà eu « un besoin maladif » de cannabis. Par opposition, une forte majorité prétendent maîtriser leur consommation. Pour obtenir une mesure plus sensible et « objective » de la dépendance à l’égard du cannabis, les critères types du DSM 4 concernant la dépendance non physiologique ont été adaptés aux fins de l’étude. Moins du cinquième allant jusqu’à la moitié de l’échantillon ont répondu par l’affirmative à chacune des six questions qui sont des indicateurs de problèmes liés à la consommation. La part de tous les indicateurs représentant les difficultés liées à la consommation de cannabis chute considérablement (environ de moitié) pendant les 12 mois précédant l’entrevue. Par contraste, les problèmes perçus par les répondants au cours de l’année précédente relativement aux quantités de cannabis ou à la fréquence de consommation en soi ainsi que le désir ou les tentatives infructueuses visant à réduire leur consommation ont diminué de façon moins marquée par rapport aux périodes antérieures, demeurant dans l’ordre du tiers ou du quart des répondants, respectivement.

À la lumière de ce résultat, les problèmes les plus fréquemment rencontrés avec le cannabis ont trait davantage à l’autoperception des niveaux de consommation excessifs qu’à l’incidence perçue par les répondants de la drogue sur la santé, les obligations et les relations sociales, et sur d’autres activités. Prêtant appui à la nature hautement subjective de ce processus d’évaluation, aucune corrélation significative n’a été trouvée entre les quantités consommées ou la fréquence de consommation, et le nombre de critères signalés du DSM 4. Cependant, en ce qui concerne les personnes pour lesquelles les problèmes de dépendance à l’égard du cannabis progressent au point d’avoir à chercher ou à envisager une aide formelle, on ne peut ignorer la signification statistique corroborant les niveaux de consommation excessifs perçus par les répondants.

De la faible minorité de répondants ayant déjà songé à recevoir un traitement ou des conseils relativement à leur consommation de cannabis—tous en consommaient quotidiennement—seule environ la moitié d’entre eux en avaient consommé quotidiennement au moment de leur entrevue. Dans la même veine, bien que la plupart d’entre eux avaient été une fois de « grands usagers » de cannabis (une once ou plus par mois), la majorité avaient cessé de consommer d’aussi grandes quantités. Ainsi, malgré l’absence d’un rapport clair et cohérent entre la fréquence de consommation de cannabis ou les quantités consommées de cannabis en soi, et les problèmes de dépendance, les usagers évaluent ou réévaluent les coûts et les avantages en fonction de leurs niveaux de consommation, et ajustent celle-ci en conséquence. La réflexivité de ce processus d’autocontrôle est importante étant donné la prédominance dans l’étude des usagers fréquents affichant de longue date un niveau de consommation élevé. Une recherche plus poussée utilisant de plus grands échantillons représentatifs des usagers expérimentés est nécessaire pour examiner et mieux saisir pleinement l’action réciproque complexe entre la consommation de cannabis et ses conséquences à divers niveaux de consommation. Les mesures adéquates visant à améliorer la santé de la population doivent reposer sur une image plus complète de la distribution des effets nocifs ainsi que des aspects positifs, présentée par le spectre des profils de consommation de cannabis dans l’ensemble de la population.


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