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Sous-comité des anciens combattants


LE SOUS-COMITÉ DES ANCIENS COMBATTANTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mardi 29 octobre 2024

Le Sous-comité des anciens combattants se réunit aujourd’hui, à 9 h 3 (HE), à huis clos, avec vidéoconférence, afin d’examiner, pour en faire rapport, les questions relatives aux anciens combattants, y compris les services et les prestations dispensés, les activités commémoratives, et la poursuite de la mise en œuvre de la Loi sur le bien-être des vétérans; ainsi que pour étudier un projet d’ordre du jour (travaux futurs).

La sénatrice Rebecca Patterson (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Bonjour. Je vous souhaite la bienvenue à la réunion du Sous-comité sénatorial des anciens combattants, dans le cadre de laquelle nous poursuivrons notre discussion sur l’itinérance chez les vétérans et chercherons des solutions.

Avant de commencer, je voudrais demander à tous les sénateurs et autres participants en personne de consulter les cartes sur la table pour connaître les directives visant à prévenir les incidents liés à la rétroaction acoustique. Merci à tous pour votre coopération.

Je m’appelle Rebecca Patterson et je suis une sénatrice de l’Ontario. Je suis la présidente du sous-comité. Se joignent à moi aujourd’hui les autres membres du sous-comité, à qui je demanderais de se présenter.

Le sénateur Richards : Sénateur David Richards, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Anderson : Sénatrice Margaret Dawn Anderson, de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest.

La sénatrice M. Deacon : Sénatrice Marty Deacon, de l’Ontario.

Le sénateur McNair : Sénateur John McNair, du Nouveau‑Brunswick.

Le sénateur Yussuff : Sénateur Hassan Yussuff, de l’Ontario.

La présidente : Avant d’accueillir nos témoins, j’aimerais donner un avis sur le contenu de cette réunion. Aujourd’hui, notre sous-comité étudie l’itinérance chez les vétérans. Des sujets sensibles tels que les traumatismes liés au service militaire, le sans-abrisme et la violence fondée sur le sexe peuvent être abordés. Les personnes présentes dans la salle, ainsi que celles qui regardent et écoutent la transmission, risquent d’être choquées.

Tous les Canadiens peuvent obtenir un soutien en matière de santé mentale par téléphone et par message texte en composant le 9-8-8. Si vous êtes un ancien combattant, vous pouvez composer le 1-800-268-7708 pour parler à un professionnel de la santé mentale dès maintenant.

Il est également rappelé aux sénateurs et aux employés du Parlement que le Programme d’aide aux employés et aux familles du Sénat est à leur disposition et qu’il offre du counseling à court terme pour les problèmes personnels et professionnels, ainsi que du counseling en cas de crise.

J’aimerais maintenant souhaiter la bienvenue à nos témoins, par vidéoconférence. Il s’agit d’Alex Nuttall, maire de la ville de Barrie et ancien député, et de Greg Bishop, directeur principal du Saint John Human Development Council.

Je vous remercie de vous être joints à nous aujourd’hui. Nous allons commencer par vous inviter à faire votre déclaration liminaire, après quoi les membres du comité vous poseront des questions. Nous vous accordons normalement cinq minutes pour faire votre déclaration liminaire. Je suis accompagnée d’Ericka Paajanen, notre greffière. Elle vous avertira lorsque votre temps sera écoulé.

Chers sénateurs et membres du comité, nous allons commencer par une série de questions de quatre minutes. Je vous demanderais donc de poser des questions concises.

Pour commencer avec les déclarations liminaires, j’aimerais souhaiter la bienvenue à M. Alex Nuttall, de Barrie.

Alex Nuttall, maire, Ville de Barrie : Merci, madame la présidente, mesdames et messieurs les sénateurs, chers collègues et tous ceux qui sont avec nous aujourd’hui.

J’ai été député, mais c’est la première fois que j’ai l’occasion de participer aux travaux du Sénat. Je tiens à vous remercier de me donner l’occasion de me joindre à vous ce matin pour discuter de la situation désastreuse que vivent certains anciens combattants dans des collectivités partout au Canada.

Au Canada, en tant que fédération, nous devons beaucoup à ceux qui ont servi dans les Forces armées canadiennes. Malheureusement, trop d’entre eux passent à travers les mailles du filet, trop d’entre eux sont laissés à eux-mêmes et trop d’entre eux sont sans abri et éprouvent des problèmes de santé très difficiles.

Il s’agit de gens qui peuvent avoir servi un peu partout dans le monde, en Afghanistan ou dans des missions de maintien de la paix dans l’Arctique canadien, ou qui ont peut-être joué des rôles de soutien ici même, en sol canadien, afin d’aider d’autres personnes partout au pays et dans le monde entier. Ils nous ont tant donné, et pourtant, trop nombreux sont ceux qui sont incapables de trouver ou de conserver des choses aussi simples qu’un toit ou un emploi stable.

Nous devons faire mieux pour nos anciens combattants.

Nous savons que, après la pandémie, les activités de bénévolat et les dons ont considérablement diminué chez les organisations de nombreuses collectivités, et les organisations d’anciens combattants ne sont pas à l’abri de cette situation. Des organisations comme la Légion royale canadienne, True Patriot Love, VETS Canada et d’autres jouent un rôle clé dans le recensement, la localisation et le soutien des anciens combattants sans abri.

Nous savons également que beaucoup de travail doit être fait pour s’assurer que les membres actifs soient facilement transférés à Anciens Combattants Canada afin d’appuyer le processus de recensement et de soutien de ceux qui ont besoin d’un logement et d’un soutien continu en santé mentale.

La solution n’est pas simple, malheureusement. Il faut non seulement l’appui de tous les partis, l’appui du Sénat et la détermination des fonctionnaires, mais il faut aussi que les municipalités de palier inférieur fassent partie de la solution, car nous sommes sur le terrain et plus près des rues où certains de nos anciens combattants vivent en situation d’itinérance.

J’ai été découragé lorsqu’un projet de loi d’initiative parlementaire sur ce sujet précis, parrainé par John Brassard, notre député local, a été rejeté à l’étape de la deuxième lecture lors de la dernière session. Cependant, je pense pouvoir parler au nom de mes collègues maires de tout le pays lorsque je dis que nous voulons faire partie de la solution en aidant les gens qui ont offert tout ce qu’ils ont et tout ce qu’ils sont au pays. Nous voulons les aider à trouver la stabilité et un domicile.

C’est pourquoi, à Barrie, nous cherchons activement un terrain approprié pour y construire des logements de transition à long terme réservés aux anciens combattants qui recherchent la stabilité et un logement. Au-delà de l’emplacement physique, nous sommes emballés par les partenariats potentiels avec des associations d’anciens combattants, des églises et le comté de Simcoe ainsi que par l’incroyable partenariat qui existe entre la ville et la base de Borden, située juste à l’extérieur de la ville.

La ville de Barrie a eu la chance de recevoir un financement du gouvernement fédéral destiné au Fonds pour accélérer la construction de logements. Ces fonds, ainsi que les terrains privés et publics, les services sociaux et les lieux de culte et les possibilités de financement des gouvernements fédéral et provincial, nous aideront au cours des prochaines années à créer dans notre collectivité de véritables moyens pour appuyer et représenter les anciens combattants qui souffrent et qui sont vulnérables et pour les aider à guérir et à mener une vie stable.

Je ne veux pas prendre trop de temps d’entrée de jeu. Je serai heureux de répondre aux questions et de participer aux discussions qui suivront, mais je tiens à vous remercier encore une fois de m’avoir donné l’occasion de m’adresser au sous‑comité aujourd’hui et de participer à la recherche d’une solution visant à aider les personnes les plus vulnérables, qui ont servi notre pays. Merci.

La présidente : Merci beaucoup, monsieur le maire. Je vais donner la parole à M. Bishop. La parole est à vous.

Greg Bishop, directeur principal, Saint John Human Development Council : Bonjour à tous. Merci, madame la présidente, et merci aux membres du sous-comité de m’avoir invité à prendre la parole devant vous aujourd’hui.

Je me joins à vous depuis Saint John, au Nouveau-Brunswick, et je tiens à souligner que nous nous trouvons sur les terres traditionnelles non cédées et non abandonnées des Mi’kmaqs, des Peskotomuhkati et des Wolastoqiyik. J’aimerais également saluer et remercier tous ceux qui participent aux travaux du comité ou qui nous écoutent aujourd’hui et qui ont contribué à protéger notre liberté et à assurer la sécurité des Canadiens.

Je vais vous parler un peu de notre organisation. Le Human Development Council est un bureau de planification sociale et de recherche qui a été créé en 1979 avec pour mandat de cerner et de régler les problèmes sociaux au moyen de l’information, des données, de la coordination et du réseautage. Nous n’offrons pas de services directs, mais nous aidons de nombreuses organisations qui travaillent dans le domaine social à accomplir leur travail.

Lorsque je suis arrivé ici il y a 12 ans, c’était pour assumer la responsabilité d’administrer la stratégie fédérale de lutte contre l’itinérance, qui s’appelait à l’époque la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance et qui a maintenant été mise à jour et rebaptisée Vers un chez-soi.

Il y a cinq ans, Vers un chez-soi a assumé la responsabilité des entités communautaires comme la nôtre de mettre en œuvre un accès coordonné et les exigences connexes. En termes simples, l’accès coordonné est un effort collectif à l’échelle de la collectivité et intégrant les ordres de gouvernement où les points d’accès à notre système de services aux personnes en situation d’itinérance sont clairement cernés. Des outils d’évaluation communs aident les organisations à parler le même langage et à comprendre l’étendue des besoins des clients. Les ententes de partage de données nous permettent d’avoir une seule liste de personnes plutôt que plusieurs listes et de connaître le nom de ces personnes, et les processus liés au jumelage et à l’aiguillage nous permettent d’aider les personnes à accéder aux soutiens et aux services les mieux adaptés à leurs besoins.

Il y a environ trois ans, nous avons reçu des fonds d’Anciens Combattants Canada pour mettre en œuvre un programme d’accès à un domicile pour les anciens combattants, programme que nous avons harmonisé avec nos programmes d’accès coordonné à Moncton, à Fredericton et à Saint John. Jason Green, un ancien agent de la GRC, nous a aidés à mettre sur pied ce programme, et nous sommes reconnaissants d’avoir pu le maintenir dans le cadre du nouveau volet Vers un chez-soi appelé le programme « Veterans community connect », ou connexion communautaire pour les anciens combattants.

Ce programme permet de recenser beaucoup plus facilement les anciens combattants qui sont sans abri grâce au système d’accès coordonné qui est en place. Lorsque tout le monde autour de la table connaît les programmes qui sont offerts, nous avons de meilleures chances de soutenir les gens et de les aiguiller vers le bon programme.

J’aimerais parler d’un autre aspect de ce travail, soit l’augmentation très visible du nombre de sans-abri dans la province, tant dans les régions rurales que dans nos centres urbains. Lorsque nous avons effectué un dénombrement ponctuel en 2023 et que nous l’avons comparé à nos données de 2021, nous avons constaté une augmentation globale de 110 % du nombre de personnes en situation d’itinérance, une augmentation de 72 % du nombre de sans-abri dans nos refuges et une augmentation impressionnante de 177 % du nombre de sans-abri non hébergés.

Fait intéressant, selon les chiffres de 2021 et de 2023, le pourcentage d’anciens combattants en situation d’itinérance est demeuré le même, soit 7 %, mais, de toute évidence, c’était 7 % d’un nombre plus élevé. Cette augmentation correspond à d’autres augmentations dans d’autres cohortes de la population.

J’ai d’autres statistiques à partager, mais je vais les garder pour les questions et réponses. Je voulais simplement vous donner un aperçu de notre travail jusqu’à maintenant et vous remercier encore une fois de l’attention que vous portez aux anciens combattants sans abri partout au pays. Merci.

La présidente : Merci beaucoup. C’est une excellente introduction. Nous sommes maintenant prêts à entendre vos questions.

Le sénateur Richards : Chers témoins, je vous remercie de votre présence et des services que vous rendez dans le domaine en question. Il est exceptionnel que des gens le fassent parce que le gouvernement ne semble pas en faire autant qu’il le pourrait.

Pourquoi ce soutien ne peut-il pas être une priorité nationale dotée d’un organisme national de surveillance qui aiderait à atténuer cette crise chez les anciens combattants? Est-ce à cause de la compétence provinciale et de choses comme les soins de santé et d’autres portefeuilles? Il semble que ce soit laissé aux groupes de bénévoles comme le vôtre, ce qui représente un fardeau énorme pour vous et pour les anciens combattants eux‑mêmes. Je me demande si l’un de vous peut m’expliquer pourquoi il en est ainsi.

M. Bishop : Merci, sénateur. Malheureusement, l’itinérance — comme vous l’avez sûrement compris — est une question complexe. Dans nos administrations, lorsque nous faisons des efforts de défense des droits et de réduction de l’itinérance, nous savons que nous avons trois ordres de gouvernement qui interviennent, et, au sein de notre gouvernement provincial, nous avons une multitude de ministères qui seraient également considérés comme faisant partie soit de la solution soit du problème. Étant donné qu’un certain nombre de personnes qui se trouvent actuellement à l’extérieur ont un éventail de besoins, nous constatons qu’elles doivent se rendre à de nombreux endroits différents pour que ces besoins soient satisfaits, et la navigation dans les services est un effort compliqué. À l’échelle de notre collectivité, il peut être difficile et long pour le personnel et les défenseurs d’aider les gens à obtenir des ressources ou des services.

En même temps, l’accès à du financement et à des ressources permettant à la collectivité de faire ce qui doit être fait immédiatement et de s’occuper de la paperasserie par la suite nous permet de réagir plus rapidement et plus efficacement. Par exemple, dans le cadre de notre programme de connexion communautaire, les dépenses admissibles sont les arriérés, le loyer du premier ou du dernier mois, les dépôts de garantie et les suppléments au loyer.

De préférence, nous pourrions établir un lien avec les programmes provinciaux pour que ces ressources puissent être utilisées des cas plus urgents, et c’est là l’idée. Cependant, le fait d’avoir des navigateurs et une liste des dépenses admissibles qui permettent à une organisation d’agir rapidement est quelque chose qui nous semble avantageux et qui donne des résultats directs.

M. Nuttall : Du point de vue fédéral, il y a de nombreux domaines où les provinces auraient le contrôle de la solution. La question dont vous parlez aujourd’hui concernant les sans-abri et ceux qui ont servi dans les Forces armées canadiennes est différente, en ce sens qu’elle relève de la compétence fédérale. Le ministère des Anciens Combattants a un siège au Cabinet et un cadre de financement, et, malheureusement, nous n’avons pas vu de financement direct sur le terrain pour aider les gens.

Lorsque je regarde la base de Borden et le nombre de personnes qui servent notre pays là-bas, je constate qu’elles déménagent ensuite dans une autre base ou qu’elles prennent leur retraite. Si elles prennent leur retraite dans cette collectivité, il faut que le ministère des Anciens Combattants intervienne davantage dans les cas les plus graves. Il peut tout simplement s’agir d’itinérance. Il peut s’agir de problèmes de santé mentale. C’est peut-être les deux. Dans les pires cas, il s’agit de toxicomanie.

Je dirais que nous essayons de faire de notre mieux sur le terrain, ici, à Barrie, et je sais que beaucoup d’organisations font la même chose partout au pays, mais l’effort coordonné, d’après ce que j’ai pu voir, n’est tout simplement pas là.

Le sénateur Richards : Merci beaucoup.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie tous les deux de vous être joints à nous aujourd’hui et du travail que vous continuez de faire. C’est très important.

Ma première question concerne la collectivité de Barrie. Elle s’adresse donc au maire. Je pense à ce dont vous avez parlé. Il m’a semblé qu’à l’heure actuelle, la grande priorité pour y arriver, ce sont les logements de transition, l’obtention du terrain ainsi que la collaboration avec les organisations et les ministères. Vous avez également parlé de la base de Borden. Bien sûr, la base de Borden ressemble à une mini-ville. Lorsqu’on y passe en voiture, on a l’impression que c’est une petite ville ou un endroit juste à l’extérieur de Barrie.

Envisagez-vous des terres ou des relations qui étaient en jeu dès le départ à la base de Borden? Est-ce qu’ils vous conseillent? Selon moi, c’est la question interne sur la façon dont se déroule l’acquisition du terrain.

Pour ce qui est de l’aspect externe, êtes-vous en mesure d’utiliser, en fonction de votre expérience, la Fédération canadienne des municipalités en tant qu’organisation qui se situe entre les villes et le pays pour vous aider à faire avancer les choses?

M. Nuttall : Merci beaucoup, sénatrice, de votre question. Je pense qu’il y a une multitude de questions, alors je vais essayer d’y répondre une par une.

Tout d’abord, à la base de Borden, nous avons d’incroyables colonels honoraires qui assurent la liaison entre la ville de Barrie et la base de Borden pour chacun des services armés, et ils ont certainement contribué à lancer la conversation sur le logement des membres actifs et de ceux qui ne le sont plus. Cette conversation se poursuit.

En ce qui concerne la collaboration avec les gouvernements fédéral et provinciaux, ce qui est triste, c’est qu’il est souvent plus facile de travailler avec les organismes sans but lucratif que de travailler à l’intérieur des structures gouvernementales. Je ne dis pas cela pour porter un jugement. C’est simplement que lorsqu’on essaie d’agir rapidement, il est plus facile de travailler avec des organismes sans but lucratif.

Je vais vous donner un exemple. Une église de la ville de Barrie a pris une partie de son terrain et l’a aménagé précisément pour la construction de logements de transition. La première étape consisterait à réserver 6 ou 7 de ces 31 unités pour des anciens combattants sans abri, puis à construire à partir de là.

La ville de Barrie possède des terrains. La base de Borden a des terrains. La réalité, c’est qu’il nous est beaucoup plus facile d’utiliser nos propres ressources ici à Barrie et de travailler avec les organismes sans but lucratif que de passer par les structures qui existent aux paliers fédéral et provincial.

La sénatrice M. Deacon : Merci. Je comprends cela.

Monsieur Bishop, ma question est un peu différente. Vous avez utilisé le terme « accès coordonné » à quelques reprises. Certains diront que c’est essentiel et que vous devriez en être fiers. Lorsque vous en avez parlé ce matin, j’essayais de mieux comprendre deux choses. L’accès coordonné se fait-il principalement à l’échelle de la collectivité de Saint John, ou constatez-vous un accès mieux coordonné au-delà de votre cadre provincial, qui pourrait être provincial ou national? C’est ma première question.

Ensuite, vous nous avez fourni beaucoup de données qui me laissent encore perplexe. C’est assez préoccupant. Vous aviez peut-être plus de données. J’aimerais que vous nous parliez des vétéranes, de leur situation et de leur identité. Se manifestent‑elles grâce à une meilleure coordination? Si vous pouviez répondre à ces deux questions, ce serait formidable.

M. Bishop : Merci, sénatrice. Pour répondre à la première question sur l’accès coordonné, au Nouveau-Brunswick, nous avons des systèmes d’accès coordonnés à Moncton, à Fredericton et à Saint John, et notre homologue à Bathurst a également un système d’accès coordonné.

Dans le cadre des exigences de la stratégie du gouvernement fédéral Vers un chez-soi, des entités communautaires comme la nôtre sont tenues de mettre en place un système d’accès coordonné.

Je ne peux que supposer que chaque ville est différente en fonction de sa population et de sa taille. Je suis peut-être un peu partial, mais j’ai tendance à penser que les petites et moyennes collectivités sont mieux placées pour mettre en œuvre un accès coordonné qui s’applique à toutes les organisations du système des services aux sans-abri. Je me suis souvent demandé à quoi ressemble un accès coordonné à Toronto ou à Vancouver. À Saint John, nous avons peut-être 12 organisations qui travaillent à la réduction de l’itinérance. Tout le monde se connaît. Il est un peu plus facile de réunir tout le monde autour de la même table.

Nous sommes seulement responsables, parce que Vers un chez-soi est une source de financement, de faire en sorte que les organisations qui reçoivent des fonds fédéraux dans le cadre de la stratégie de lutte contre l’itinérance — Vers un chez-soi — soient tenues de travailler de cette façon. Mais nous sommes reconnaissants qu’en travaillant avec la province et d’autres organisations, chaque organisation de notre collectivité qui travaille à régler le problème fasse partie de ce système. Elles ont signé des ententes de partage de données, ce qui leur permet de mieux comprendre les services qui existent et ceux qui manquent.

Je vais faire une pause avant de répondre à la deuxième question. Vous avez peut-être une question complémentaire.

La présidente : Pouvons-nous le faire au deuxième tour? Nous reviendrons à cette question.

Le sénateur Yussuff : Je remercie les témoins de leur présence et de leurs exposés. Bien sûr, chacun de vous apporte une réalité différente au problème de l’itinérance et aux efforts déployés pour offrir un refuge aux anciens combattants.

Je vais commencer par vous, monsieur le maire. J’aimerais parler de Barrie et des défis auxquels vous faites face. De toute évidence, comme vous êtes un ancien politicien du palier fédéral, qui est maintenant maire, il est très intéressant de vous entendre dire que vous ne voulez pas relever les défis de la bureaucratie en essayant d’obtenir du financement. Cependant, le financement est un élément essentiel de la construction de logements pour les sans-abri. Dans le contexte de ce qui se passe dans votre collectivité et, plus particulièrement, en ce qui concerne les anciens combattants, y a-t-il quelque chose que nous pourrions faire qui vous permettraient, à vous, à votre ville et à l’ensemble de la collectivité, de travailler ensemble pour garantir que vous puissiez avoir accès à des fonds qui pourraient vous aider dans les projets que vous envisagez de réaliser dans votre ville en vue d’aider les anciens combattants qui s’y trouvent et qui sont sans‑abri?

Ma deuxième question s’adresse peut-être aux deux témoins. Monsieur Bishop, vos données laissent entendre que seulement 7 % des anciens combattants sont sans abri dans votre ville. Je sais que ce chiffre n’est peut-être pas précis, mais compte tenu de cette réalité, existe-t-il un programme particulier dans votre ville auquel vous pouvez avoir accès afin de vous aider à régler le problème de l’itinérance des anciens combattants dans la région de Saint John?

M. Nuttall : Merci beaucoup, sénateur, de votre question. En ce qui concerne l’accès au financement et la façon dont il peut aider localement, je tiens tout d’abord à dire que, bien qu’il y ait des critiques au sujet du gouvernement fédéral, nous avons reçu du financement destiné au Fonds pour accélérer la construction de logements, qui sera essentiel pour la fourniture de logements dans la ville de Barrie à l’avenir. Entre les gouvernements fédéral et provinciaux, le montant total est de 33,5 millions de dollars sur une période de quatre ans, et ce montant va probablement augmenter avec un financement supplémentaire de la province pour compléter les 26,4 millions de dollars qu’elle a versés au cours de ces quatre années.

Il existe donc des possibilités de financement et d’aide. La difficulté, c’est de procéder projet par projet. Lorsque le nombre de sans-abri dans la ville de Barrie est passé d’environ 300 personnes à environ 600 personnes en trois ans, nous ne pouvions pas passer par ces processus longs et fastidieux afin de pouvoir utiliser ces fonds pour répondre aux besoins sur le terrain. Nous devons utiliser des ressources comme le Fonds pour accélérer la construction de logements, qui permet d’injecter directement de l’argent.

L’autre problème pour la ville de Barrie, en plus particulièrement, c’est que nous ne sommes pas en charge des services sociaux. Nous sommes une municipalité à un seul palier pour tout, sauf les services sociaux. Lorsque la ville de Barrie a été créée et que nos limites ont été modifiées, le comté de Simcoe s’est vu confier la gestion de ce système. Nous ne traitons pas seulement avec le gouvernement fédéral et la province; nous avons aussi le comté de Simcoe au-dessus de nous. Nous avons donc quatre entités qui essaient de régler un seul problème, et je pense que c’est une partie de la frustration qu’on entend à ce sujet.

Parce que je veux laisser du temps, le dernier élément, c’est que lorsque nous travaillons en tant que ville à la mise en place de logements, il est vraiment important que nous déterminions — et j’espère que toutes les villes le font — des endroits spécifiques prévus pour les anciens combattants, parce que, dans bien des cas, il s’agit d’un type différent de trouble de stress post-traumatique, de traumatisme ou de problème vécus. Je crois vraiment que c’est une façon de redonner et de prendre soin de ceux qui ont tant donné — parfois trop — à leur pays.

Le sénateur McNair : Ma question s’adresse également au maire de Barrie. Je remercie les deux témoins d’être venus témoigner devant le comité.

Vous avez dit que vous étiez sur le terrain et que vous vous occupiez du problème de l’itinérance. Vous avez cité des statistiques qui montrent que le nombre de sans-abri a doublé en trois ans; donc, la situation ne s’améliore pas, elle empire, comme nous le savons. La semaine dernière, nous avons entendu un témoin qui nous a parlé de la ville d’Ottawa en particulier. L’une des choses qu’il a dites, c’est que la ville a réussi à mettre en place un point de contact unique pour les anciens combattants sans abri. Est-ce que Barrie adopte cette approche? Avez-vous un point de contact unique pour les anciens combattants sans abri?

M. Nuttall : Non. C’est probablement une bonne chose que nous pourrions instaurer.

Je vais simplement revenir à la question des services sociaux, à savoir que nous n’en sommes pas responsables. Je suis ici aujourd’hui pour vous dire que nous prenons les fonds des gouvernements fédéral et provincial qui nous ont été alloués pour fournir de logement et que nous essayons de les concentrer de façon à ce que nous puissions inclure des logements destinés aux anciens combattants, mais nous ne sommes en fait responsables d’aucun de ces éléments.

Si vous me le permettez, je pourrais peut-être en parler aux responsables du comté de Simcoe, qui pourraient envisager d’instaurer l’approche, non seulement pour Barrie, mais pour toute la région entourant la ville de Barrie. S’ils ne sont pas ouverts, nous devrons examiner comment Ottawa le fait et d’où vient le financement. Ce serait peut-être l’occasion de demander des fonds à Anciens Combattants Canada pour faciliter la coordination sur le terrain. C’est le genre de domaine où le gouvernement fédéral pourrait s’avérer très utile.

Le sénateur McNair : Vous avez parlé d’une église locale qui convertit certaines de ses terres afin de construire des logements, dont une partie, vous l’espérez, sera consacrée aux anciens combattants. Vous avez commencé en disant que ce qu’on recherche — si je comprends bien —, ce sont des terrains supplémentaires pour offrir plus de logements aux anciens combattants. Ai-je raison ou ai-je mal interprété ces propos?

M. Nuttall : Non, je pense que c’est exact. Nous recherchons des occasions, y compris sur notre propre territoire, de réserver des logements pour les sans-abri, et pour chacune de ces occasions, nous demandons que des logements soient réservés pour des personnes qui ont servi.

Le sénateur McNair : Merci. Ma prochaine question porte sur votre méthodologie. Les données sur l’itinérance que votre organisme recueille sont extrêmement détaillées. J’ai vu les tableaux de bord pour Saint John, Moncton et Fredericton, comme vous l’avez dit. Je suis simplement curieux de savoir à quelle fréquence vous les rafraîchissez. Est-ce une fois par mois? Si je comprends bien, vous les communiquez aux autres intervenants ou organisations.

Je suis curieux de savoir comment on en tire parti dans ces circonstances.

M. Bishop : Merci, sénateur.

L’information est recueillie au moyen du SISA, le Système d’information sur les personnes et les familles sans abri, un logiciel mis au point par le gouvernement fédéral qui est accessible sur le Web. Notre organisation offre une formation et de l’aide technique relativement à ce travail d’arrière-plan afin que les refuges, les programmes de transition, les services d’approche et les haltes-accueil puissent l’utiliser de façon commune.

Habituellement, nous mettons les tableaux de bord à jour une fois par mois. Nous travaillons sur certains bogues de la dernière mise à jour du SISA, ce qui nous ralentit dans la saisie des renseignements de septembre.

En ce qui concerne la façon dont nous utilisons les renseignements pour appuyer les interventions, je vais vous donner quelques exemples. Premièrement, nous pouvons établir, mensuellement, combien de personnes ont été logées, qu’il s’agisse d’anciens combattants sans abri ou d’autres personnes. Nous sommes capables de déterminer ce qui a contribué au succès et ce qui peut être appliqué à plus grande échelle.

Un autre élément crucial en vue d’une intervention, c’est que les ordres de gouvernement ou les ministères se perçoivent comme faisant partie de la solution. Je vais vous donner un exemple lié à nos dénombrements ponctuels, qui ne sont qu’un outil parmi d’autres. On les effectue habituellement tous les deux ans, au lieu de recueillir continuellement des renseignements du SISA, comme nous le ferions au moyen de données ordinaires sur les refuges ou sur le logement qui se trouvent dans ce système. Le dénombrement ponctuel est divisé en deux volets : on obtient un compte — le nombre en soi —, puis il y a un sondage qui peut comporter de 14 à 25 questions, selon l’année. Nous en avons environ 25 en prévision du prochain dénombrement, en novembre.

Nous interrogeons les gens au sujet de leur situation et des autres services qu’ils ont mentionnés. Nous constatons que les sans-abri utilisent beaucoup les services. Ils établissent des liens à bien des endroits différents, ce qui pourrait ne pas toujours se solder par un succès. Lorsque nous avons cette information et que nous leur avons demandé s’ils avaient été incarcérés ou en prison au cours des 12 derniers mois; s’ils ont grandi sous la garde de la province, en foyer d’accueil ou dans un autre milieu; s’ils se sont rendus à l’urgence ou s’ils ont été hospitalisés, nous pouvons commencer à constater l’éventail des services, et nous pouvons ouvrir le dialogue avec ces ministères au sujet de leurs politiques de libération. On pourrait penser que, lorsque les sans‑abri sont pris en charge par certains de ces établissements, il serait opportun de commencer à s’attaquer à certains des problèmes sous-jacents qui ont pu mener à l’itinérance. Ainsi, nous trouverons — espérons-le — des solutions de logement plutôt que de les voir resombrer dans l’itinérance.

La présidente : Merci beaucoup. Je vais moi-même poser une question. Je demanderai au maire Nuttall de répondre en premier.

Au Canada, un des défis tient au manque de logements abordables, qui jette les gens à la rue, ainsi que la myriade de problèmes sociaux qui peuvent être liés au fait de se retrouver à vivre à la dure.

Monsieur le maire Nuttall, j’essaie de penser à Barrie, parce que, comme vous le savez, j’ai vécu en périphérie de cette ville pendant un bon moment. Je regarde les terres fédérales qui entourent l’une ou l’autre de vos villes. Quelles discussions avez-vous eues afin de savoir si ces terres peuvent être cédées? Comme nous le savons, Ottawa a cédé un certain nombre de terres fédérales dans la région de la capitale nationale pour y faire construire des logements abordables. Je me demande si vous pouvez me fournir des renseignements à ce sujet.

Deuxièmement, j’aimerais revenir à votre commentaire sur les partenariats public-privé. Il semble presque s’agir de partenaires publics, privés et caritatifs, et l’Église donne certainement des terres. Quels autres succès avez-vous connus? Pouvons-nous faire quelque chose pour aider dans ce domaine?

Monsieur le maire Nuttall, veuillez répondre en premier.

M. Nuttall : Merci beaucoup, madame la présidente. Tout d’abord, nous avons examiné notre propre ville et tenté de trouver des occasions afin que la province ou le gouvernement fédéral puisse donner des terres pour le logement abordable dans son ensemble.

La réalité, c’est que la ville de Barrie a connu une forte croissance. Une bonne partie de ces terres a déjà été vendue ou cédée. Je remarque qu’il y a eu une commission fédérale, mais qu’un poste de la Police provinciale de l’Ontario a été cédé au comté de Simcoe afin qu’il offre 230 logements abordables, alors, cela a été une victoire. Mais, souvent, nous devons acheter ces terres qui, comme vous le savez, lorsque nous vendons des terres du gouvernement, font l’objet d’évaluations, et les marchés publics sont très précis. Nous passons d’un contribuable à l’autre. En fin de compte, ce sont tous les mêmes contribuables.

En ce qui concerne la périphérie de la ville de Barrie, le comté de Simcoe offre probablement de réelles occasions au gouvernement fédéral de négocier des terres. Si on pense à la base de Borden en soi, y a-t-il une possibilité sur les lieux mêmes? Probablement. C’est une base énorme, comme vous êtes nombreux à le savoir. Je pense que c’est un bon endroit où regarder. Il est certain que nous adorerions participer à cette conversation et faire partie de la solution.

Pour ce qui est du dernier élément, il s’agit d’un partenariat public, puis caritatif. À nos yeux, ici, dans la ville de Barrie — nous ne sommes pas Toronto; nous n’avons pas toutes les grandes banques et les grandes entreprises du Canada à notre disposition —, c’est là que nous voyons le plus d’occasions. Celles pour les entreprises privées de participer à la recherche d’organisations qui nous aideront à commanditer les services qui seront offerts une fois les installations construites et l’infrastructure en place ou qui contribueront à la construction dans le cadre de la campagne de fonds de capitaux.

Ici, le milieu de la construction est très dynamique et peut nous aider à cet égard, mais pour ce qui est de ce que l’on voit habituellement dans les grandes villes, c’est un peu plus difficile quand on est à l’extérieur des grands centres urbains.

La présidente : Merci.

M. Bishop : Sénatrice, aimeriez-vous que je réponde à des questions concernant des partenariats semblables et des possibilités de développement?

La présidente : Oui, s’il vous plaît. Même en tant qu’organisation coordonnatrice, vous avez certainement une vue d’ensemble de l’écosystème qui entoure les gens qui vivent dans ces conditions.

M. Bishop : Tout à fait. Lorsque je regarde ce qui s’est passé au cours des deux ou trois dernières années, partout au Nouveau‑Brunswick, nous avons connu une augmentation rapide, et les municipalités, la province et le gouvernement fédéral n’ont pas nécessairement été bien placés pour réagir au niveau d’urgence qui était requis. Il y a des sources de financement par l’intermédiaire de la Stratégie nationale sur le logement, et il y a des ententes bilatérales avec la province qui permettent le versement de fonds provinciaux supplémentaires pour la construction en général et les nouvelles constructions, mais ce que nous constatons ici, à l’échelon local, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de grandes sociétés ou d’intérêts privés qui construisent la quantité de logements supervisés dont on a besoin.

Il y a le logement abordable, et ce dont il est question, ce sont des logements très abordables et supervisés destinés aux personnes qui sont peut-être en train de vivre l’expérience et qui souffrent peut-être de troubles concomitants. Dans ces cas‑là, nous avons besoin d’installations, de logements, d’immobilisations et d’un budget de fonctionnement approprié pour fournir ces services de soutien.

Lorsque nous examinons l’éventail des besoins en logement, nous savons qu’il y a des lacunes dans presque tous les aspects, du refuge au logement de transition. Je déteste le dire de cette façon, mais j’ai presque l’impression que des mesures de guerre sont nécessaires. Nous avons besoin de gens capables de construire les logements rapidement, et je pense que l’occasion idéale est de voir les gouvernements fédéral ou provinciaux mettre sur pied des programmes de logement supervisé conçus sur mesure à l’intention de diverses cohortes et de les donner, par le biais d’ententes, à des organismes sans but lucratif pour qu’ils les mettent en œuvre.

La présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Anderson : Je remercie les deux témoins. Monsieur Bishop, je voudrais que vous nous donniez plus de détails sur les statistiques auxquelles vous avez fait allusion dans votre déclaration.

J’ai entendu dire que, parmi les défis auxquels on fait face, il y a l’incohérence des programmes et des fonds qui touche les programmes destinés aux anciens combattants qui sont sans abri; l’absence d’efforts de coordination entre les divers ordres de gouvernement et les services; et le manque d’urgence.

Monsieur Bishop et monsieur le maire Nuttall, idéalement, comment envisageriez-vous les services destinés aux anciens combattants sans abri?

M. Nuttall : Monsieur Bishop, je pense que vous êtes probablement bien placé pour répondre à cette question.

M. Bishop : Certainement. Vous aviez demandé un peu plus d’information sur les données, de façon générale. Notre dernier dénombrement ponctuel est celui où nous avons recueilli les renseignements les plus riches grâce au sondage. Au total, 580 personnes y ont répondu dans les trois centres urbains et dans certains districts ruraux. Je pourrais vous faire un exposé d’une heure sur tous les détails.

Si vous me permettez de parler du problème dans son ensemble plutôt que des diverses cohortes, y compris les anciens combattants qui sont sans abri, l’un des aspects les plus profonds des renseignements que j’ai vus, c’est lorsque nous posons des questions sur les premières situations d’itinérance vécues, plus de 40 % des personnes actuellement sans abri avaient aussi vécu une première fois dans l’itinérance avant l’âge de 25 ans. Lorsqu’on examine la situation dans son ensemble, il est évident que des approches en amont sont nécessaires, et il est très important que l’on parle de l’itinérance chez les jeunes et de sa prévention.

En ce qui concerne la prévention en général, une partie du programme Contact collectivité pour les anciens combattants vise à empêcher ces personnes de devenir des sans-abri ainsi qu’à fournir des ressources. Je vais m’arrêter là en ce qui concerne les données.

Quant à la deuxième partie de votre question concernant les programmes, ce n’est que depuis deux ans qu’un programme particulier est accessible aux anciens combattants sans abri à l’échelon communautaire. Il est essentiel. Le maire Nuttall a également mentionné son intérêt à l’égard de ce concept. Il y avait une lacune importante. Nous offrons maintenant un programme dont le personnel est mobile. Ces employés se rendent là où les gens se trouvent, et ce n’est pas toujours habituel pour des fonctionnaires. S’il faut visiter des gens dans des campements et établir des relations, c’est ce que la personne fait. En outre, diverses ressources leur permettent d’agir dans les situations où ils pourraient payer l’ameublement ou une fourgonnette de déménagement, remplir les armoires, régler le loyer et ensuite s’affairer à obtenir l’accès à d’autres programmes et services.

M. Nuttall : En ce qui a trait à la collaboration entre les gouvernements et à la coordination des services, il est très intéressant d’observer l’incidence directe de la question des anciens combattants sur l’itinérance. Habituellement, lorsqu’il est question de l’itinérance en général — en Ontario, du moins —, le gouvernement provincial est responsable des services de soutien en santé mentale et des soins de santé en général. Il y a ensuite les municipalités de la région. Dans notre cas, le comté de Simcoe est responsable des services sociaux, du logement et du soutien connexe. Il y a aussi la ville qui est chargée d’assurer la sûreté et la sécurité des espaces publics. Dans ce cas-ci, il y a le gouvernement fédéral avec Anciens Combattants.

Si nous réunissons tous ces différents organismes ou éléments gouvernementaux, je n’ai pas encore trouvé qui que ce soit qui les coordonne, pas plus que quelqu’un qui coordonne pleinement ce qui se passe sur le terrain pour les anciens combattants. Cela me frappe tout simplement de plein fouet en ce moment, pour ainsi dire, parce que je me rends compte qu’il n’y a pas vraiment de coordination entre les divers ordres, et encore moins sur le terrain entre les différents services sociaux.

La présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Anderson : Dans une vie antérieure, l’un de mes rôles a consisté à mettre sur pied une équipe de gestion intégrée des cas entre ministères et organismes avec le ministère de la Justice et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. En fait, ce dont vous parlez, c’est un programme que le ministère de la Justice gère depuis Yellowknife. On avait fait faire une évaluation par un tiers et du rendement social de l’investissement du programme pilote de gestion intégrée des cas, ce qui s’appelait ainsi à l’époque.

On a constaté que le ratio calculé de façon prudente permettait de conclure que chaque dollar investi dans le programme de gestion intégrée des cas par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest produisait une valeur d’au moins 4,50 $. La majeure partie de cette valeur revient aux participants au programme — 56 %, ou 2,52 $ —, mais une part importante revient également au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest — 29 %, ou 1,31 $ —, et une valeur supplémentaire de 14 % ou 66 cents revient aux enfants et aux familles des participants au programme.

Ce programme a ensuite été financé. Il est dirigé par le ministère de la Justice, mais il est intégré aux services de santé, aux services sociaux, au logement et aux services à l’enfance et à la famille, et ses intervenants travaillent auprès de clients ayant des besoins multiples et complexes. Je pense que c’est un exemple clair de programme qui peut fonctionner.

Je voulais seulement en parler. Si vous vouliez obtenir plus de renseignements, je serais ravie de vous les transmettre.

La présidente : Merci beaucoup, sénatrice Anderson. C’est fascinant et noté. J’aimerais obtenir plus de renseignements à ce sujet, s’il vous plaît. Peut-être que le comité serait également intéressé par ce que vous avez.

Chers collègues, il nous reste environ 12 minutes. Nous allons amorcer notre deuxième série de questions. Nous allons nous en tenir à environ trois minutes. Je m’adresse à nos témoins : n’hésitez pas à aborder vos points. Nous pourrons certainement demander un mémoire écrit par la suite.

Le sénateur Richards : Je vous remercie de comparaître, monsieur Bishop. J’ai vécu à Saint John, à Fredericton et au bord de la Miramichi. Lorsque j’habitais à Saint John, l’itinérance n’était pas un problème aussi grave qu’aujourd’hui.

Lorsque vous parlez d’itinérance chronique, quel rôle la toxicomanie, le trouble de stress post-traumatique et d’autres formes d’angoisse mentale jouent-ils? Quel rôle jouent la méthamphétamine et le fentanyl? Dans la région de Miramichi, nous avons constaté une augmentation de la toxicomanie et de l’itinérance, et les deux vont de pair. Comment votre organisation aborde-t-elle ce problème? Disposez-vous de l’aide et des ressources nécessaires pour le faire?

M. Bishop : Merci, sénateur. Je peux être relativement bref. En ce qui concerne la toxicomanie et de la crise actuelle, j’ai toujours l’impression que les services ont de la difficulté — ils voudraient que je le dise en employant des termes plus forts — à répondre aux besoins des personnes qui consomment activement certaines des drogues fortes de la rue, pour ainsi dire.

Quant à l’itinérance chronique en général et aux niveaux de défis liés à la santé mentale ou à la toxicomanie, nos chiffres donnent à penser qu’environ 70 % des personnes sont aux prises avec l’un ou l’autre de ces problèmes et qu’environ la moitié sont aux prises avec des troubles concomitants ou des défis liés à la consommation de substances, à la santé mentale et au bien‑être. C’est là que se situent certains des facteurs qui compliquent le soutien aux personnes dans leur cheminement vers le logement.

Il n’y a tout simplement pas assez de logements et pas assez d’accès aux programmes de rétablissement en général.

La présidente : Merci beaucoup. Monsieur le maire Nuttall, voulez-vous ajouter quelque chose?

M. Nuttall : L’accès à des mesures de soutien pour les personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie est déficient à l’échelle du pays en ce qui a trait au traitement et à la réadaptation. Quand j’étais député, j’ai rédigé un rapport à ce sujet. Dans le cadre de l’étude, nous sommes allés de la Colombie-Britannique à l’Ontario, et nous avons visité de nombreux endroits à Toronto et en Ontario. L’accès au traitement à long terme et à la réadaptation est tout simplement inexistant pour les personnes qui ne sont pas couvertes par les régimes d’avantages sociaux. Même si on est couvert par un programme de prestations, la réalité, c’est qu’on doit passer par la désintoxication avant de se rendre au traitement et à la réadaptation, et les délais d’attente en désintoxication sont prohibitifs pour les personnes qui profitent de la lucidité pour faire le choix d’obtenir un traitement et des services de réadaptation.

C’est un tout autre sujet, mais il est très vaste.

La présidente : Merci beaucoup. Sénatrice Deacon, j’aimerais revenir sur votre question précédente et connaître toute autre question que vous avez à poser.

La sénatrice M. Deacon : Merci beaucoup. Je vous en suis reconnaissant. Je vais revenir à M. Bishop avec le sujet que j’avais commencé à aborder. Compte tenu des données incroyables dont vous disposez, que pouvez-vous nous dire au sujet de votre organisation ou des trois autres organisations du Nouveau-Brunswick, de ce que vous constatez chez les anciennes combattantes, du nombre de femmes, de l’accès, de la recherche de programmes personnalisés, et cetera?

M. Bishop : Je vous remercie, sénatrice. Pendant que vous posiez la question, j’essayais rapidement de trouver le dernier rapport que nous avons présenté au bailleur de fonds.

Je n’ai pas les pourcentages, mais, en ce qui concerne l’âge, dans notre cohorte des 30 à 39 ans, nous avions 10 hommes et 1 femme... alors 1 %. Chez les 40 à 49 ans, il y avait 23 personnes : 30 hommes, 3 femmes; de 50 à 59 ans, il y avait 30 personnes, et, de ce nombre, 3 étaient des femmes. Et, dans notre cohorte des 60 à 69 ans, il y en avait 13, dont 3 étaient des femmes. Je vais vous donner une moyenne pour dire qu’environ de 1 à 2 % des répondants se sont identifiés comme étant des femmes, ce qui représente une proportion assez faible.

La sénatrice M. Deacon : À votre connaissance. Je crois comprendre que vous n’avez pas besoin d’aller chercher plus de gens. Vous avez raison, c’est un petit nombre, mais comment votre équipe procède-t-elle pour s’assurer qu’ils trouvent leur chemin vers vos services?

M. Bishop : C’est un élément tout à fait crucial. Je dirai simplement deux choses.

Premièrement, il est essentiel que l’on offre des programmes d’approche qui permettent aux gens de se rendre jusqu’aux confins d’une collectivité, dans les parcs, etc. Il reste beaucoup de travail à faire relativement au vécu des femmes et à l’itinérance.

De façon générale, si je devais extraire des données de l’utilisation du SISA, je dirais que 70 % seront des hommes. Bon nombre de nos organisations qui servent les femmes ou les personnes ayant diverses identités de genre vous diront que la situation est différente pour nos gens. Qu’il s’agisse de coucher chez des connaissances non sécuritaires ou d’autres expériences où il y a une contrepartie, c’est un de nos angles morts. Je me contenterai de dire cela.

La sénatrice M. Deacon : Merci. Monsieur le maire, je veux aussi m’adresser à vous sur cette question parce que vous avez beaucoup de connaissances et d’expérience. En ce qui concerne l’accent mis sur l’acquisition de terrains, la conception et la construction, nous avons aussi appris que nous pouvons enfin loger nos anciennes combattantes dans des installations et qu’elles peuvent être provoquées ou traumatisées de nouveau en raison de certaines des conceptions et des caractéristiques qui doivent être incluses.

Monsieur le maire, en êtes-vous au stade où vous examinez certains de ces éléments précis, ou bien est-il tout simplement trop tôt parce que c’est la lutte pour l’acquisition de terrains en ce moment?

M. Nuttall : Oui, je pense qu’il est probablement trop tôt pour se lancer dans cet examen. Je dirai que nous avons un refuge pour femmes et enfants très dynamique ici, à Barrie. Il nous serait toujours utile d’avoir plus d’espace, ainsi que des services plus adaptés à des cohortes précises. Mais je pense que c’est l’un des aspects où nous sommes forts; c’est un refuge presque entièrement géré par des organismes sans but lucratif, et nous recueillons des fonds privés à cette fin.

L’autre chose que je veux vous mentionner, c’est que nous avons tenu en fin de semaine un sommet sur l’itinérance dans une autre église que celle dont nous parlions tout à l’heure. Une personne... et c’est quelque chose de nouveau pour moi depuis quelques jours, alors je pense qu’il est opportun que vous ayez posé cette question. Il s’agissait d’une femme qui était peut-être dans la soixantaine. Elle s’est levée et a dit : « J’ai besoin d’aide. J’en ai besoin tout de suite. J’essaie de trouver un parcours qui ne consiste pas à dormir chez des connaissances depuis quelques mois. J’ai essayé de me rendre à un campement. » Elle a commencé à raconter à tout le groupe que, depuis, elle avait subi des traumatismes physiques et sexuels, et c’est bouleversant de savoir que cela se produit dans notre collectivité. Si cela se produit ici, je vais supposer que c’est le cas partout au pays.

Ce témoignage m’a ouvert les yeux. J’aurais aimé que nous le sachions plus tôt. J’aurais voulu que quelqu’un soit disponible pour aider cette personne plus tôt, mais nous pouvons en tirer des leçons et essayer de déterminer comment nous pouvons joindre ces personnes lorsqu’elles quittent une situation de violence pour se retrouver à coucher chez des connaissances ou dans des campements et que d’autres agressions ont lieu par la suite. Nous devons trouver un moyen de procéder à cette intervention plus rapidement.

Alors, je suis tout ouïe. J’ai certainement hâte de lire votre rapport, si d’autres personnes sont venues témoigner et fournir du soutien quant à la façon dont nous pouvons régler ce problème et aller de l’avant.

La présidente : Merci beaucoup. Voilà qui nous amène à la fin de la séance d’aujourd’hui. Nous entendons des témoignages convaincants chaque fois. Aujourd’hui, nous avons certainement abordé les défis liés à la capacité de créer et de coordonner les services lorsqu’il n’y a aucun endroit où loger les gens ou de les placer dans des logements abordables. L’endroit où on vit au pays ne semble pas vraiment avoir d’importance.

La deuxième chose dont nous avons parlé, c’est l’existence de données qui sont certainement recueillies à l’échelon régional. Une chose que nous savons au sujet des anciens combattants, c’est qu’ils ont tendance à se trouver dans des centres clés partout au pays, alors tout ce que vous avez, monsieur Bishop... le comité aimerait beaucoup lire vos rapports. Si vous vouliez bien nous les soumettre, ce serait formidable.

Monsieur le maire Nuttall, il en va de même pour vous. S’il y a des initiatives locales particulières sur lesquelles vous êtes en train de travailler en ce moment relativement à la façon de s’y retrouver dans un système avec quatre ordres de gouvernement ou organisations, dans votre cas — et trois dans le cas de M. Bishop —, le comité vous en serait extrêmement reconnaissant.

Enfin, les populations vulnérables sont de tous les genres et de toutes les intersections identitaires. Dans n’importe laquelle de ces nouvelles constructions, il faut absolument les examiner dès le départ, car il y a beaucoup de gens dans la société. Il y a ceux qui sont vraiment invisibles et qui tendent à appartenir à des groupes en quête d’équité.

Sur ce, je voudrais remercier nos témoins au nom de tous les membres du comité. Chers collègues, voilà qui met fin aux témoignages d’aujourd’hui dans le cadre de notre étude. Comme nous avons légèrement modifié nos plans, nous ne siégerons pas à huis clos pour l’instant. Nous nous reverrons à ce sujet.

(La séance est levée.)

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