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Arrachés de leurs foyers : la crise mondiale des déplacements forcés

Les déplacements forcés atteignent un niveau de crise qu’on n’avait pas vu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. À l’échelle mondiale, il n’existe aucun plan crédible pour composer avec l’ampleur de la crise des déplacements, une crise qui devrait s’aggraver au fil du temps puisqu’on s’attend à ce que les changements climatiques aient des effets de plus en plus dévastateurs sur l’environnement, la situation financière et le bien-être physique des gens.

Sommaire exécutif

D’octobre 2023 à juin 2024, le Comité sénatorial permanent des droits de la personne (le comité) a mené une étude sur les déplacements forcés dans le monde. Il a entendu 42 témoins au cours de huit audiences publiques et a reçu des mémoires présentés par divers experts et intervenants.

Le comité a appris avec inquiétude que les déplacements forcés atteignent un niveau de crise qu’on n’avait pas vu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les conflits qui secouent le Soudan, l’Ukraine et la bande de Gaza figurent parmi les situations d’urgence les plus pressantes qui entraînent actuellement des déplacements à l’échelle mondiale. Par ailleurs, des dizaines de millions de réfugiés se trouvent dans des camps ou dans des situations d’attente prolongée depuis plus de 20 ans, sans solution à l’horizon.

À l’échelle mondiale, il n’existe aucun plan crédible pour composer avec l’ampleur de la crise des déplacements, une crise qui devrait s’aggraver au fil du temps puisqu’on s’attend à ce que les changements climatiques aient des effets de plus en plus dévastateurs sur l’environnement, la situation financière et le bien-être physique des gens.

Le droit international et le droit canadien reconnaissent depuis longtemps des droits universels concernant les déplacements forcés dans le monde. Parmi ceux-ci figurent le droit de demander l’asile dans un autre pays pour fuir la persécution, et le droit pour une personne de ne pas être renvoyée dans un pays où son droit à la vie ou à la liberté seront en péril à cause de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un groupe social particulier.

Ces droits garantissent aux personnes le niveau le plus élémentaire de sécurité. Le comité a donc été troublé d’apprendre qu’ils sont directement menacés dans divers territoires et qu’ils risquent d’être davantage compromis par l’ampleur de la crise mondiale des déplacements.

Le Canada exerce un leadership louable au sujet des enjeux concernant les déplacements forcés dans le monde, mais les résultats sont insuffisants. Bien qu’il n’existe pas de solutions faciles, le Canada a la possibilité et l’obligation morale de jouer un rôle de premier plan à plusieurs niveaux, c’est-à-dire à l’échelle nationale, à l’échelle régionale et à l’échelle internationale. Grâce à un examen attentif des liens entre la paix et la sécurité, le développement et les droits de la personne, le Canada sera en bonne posture pour contribuer à l’élaboration de stratégies proportionnelles à l’ampleur des souffrances humaines en jeu.

Les recommandations que le comité adresse au gouvernement du Canada dans ce rapport sont fondées sur les témoignages que le comité a entendus d’octobre 2023 à juin 2024. Le comité demande instamment au gouvernement d’examiner attentivement chacune de ses recommandations et d’y répondre.

Recommandations

À partir des témoignages entendus pendant son étude, le comité a formulé les 15 recommandations que voici à l’intention du gouvernement du Canada. Elles sont regroupées en trois catégories : à l’échelle mondiale, à l’échelle régionale, à l’échelle nationale.

À l’échelle mondiale

Recommandation 1

Que le gouvernement du Canada fasse de la question des déplacements forcés une des grandes priorités de sa politique étrangère et qu’il ajuste en conséquence ses efforts internationaux. De plus, que le gouvernement du Canada s’assure qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et Affaires mondiales Canada coordonnent leurs efforts aux échelles mondiale, régionale et nationale.


Recommandation 2

Que le gouvernement du Canada, prenant l’initiative, travaille avec des partenaires internationaux aux vues similaires afin de mettre en place des contributions obligatoires et proportionnelles des États membres des Nations Unies au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), afin de garantir que ces deux agences disposent d’un financement stable et suffisant à long terme.


Recommandation 3

Que le gouvernement du Canada augmente les contributions volontaires et sans affectation spéciale qu’il affecte au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), et qu’il incite d’autres pays à faire de même.


Recommandation 4

Que le gouvernement du Canada, prenant l’initiative, travaille avec des partenaires internationaux aux vues similaires à l’élaboration d’un plan mondial de dénouement rapide des situations prolongées, qui comprendra notamment des points de repère détaillés sur le partage des responsabilités ainsi que des jalons de mise en œuvre.


Recommandation 5

Que le gouvernement du Canada augmente son soutien aux pays qui accueillent des réfugiés, notamment pour l’éducation et la formation dans les camps de réfugiés, et qu’il incite d’autres pays à faire de même.


Recommandation 6

Que le gouvernement du Canada augmente le parrainage privé et accroisse son appui à l’Initiative mondiale de parrainage de réfugiés et au Resettlement Diplomacy Network, tout en militant pour le principe d’additionnalité.


Recommandation 7

Que le gouvernement du Canada reconnaisse que le déplacement climatique est une crise existentielle et assume un rôle de chef de file international en matière d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à ces changements. Notamment, qu’il finance intégralement les engagements financiers du Canada en matière de lutte contre les changements climatiques et gère l’enjeu des migrations climatiques par le biais d’instruments internationaux tels que la Convention sur l’apatridie.


Recommandation 8

Que le gouvernement du Canada collabore avec des partenaires aux vues similaires pour tirer parti du rôle des institutions internationales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce, ainsi que des institutions régionales comme la Banque interaméricaine de développement, en vue de réduire le fardeau qui pèse sur les pays d’accueil.


À l’échelle régionale

Recommandation 9

Que le gouvernement du Canada joue un rôle de chef de file dans la mise au point de réponses régionales aux enjeux liés aux déplacements dans les Amériques, notamment par le partage d’infrastructures et de ressources, des engagements accrus envers les voies de protection et l’adoption, par le Canada, les États-Unis et le Mexique, d’un cadre régional sur le passage de clandestins.


Recommandation 10

Que le gouvernement du Canada élabore des exceptions d’ordre public à l’Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États‑Unis, fondées sur une évaluation raisonnée des différences entre le droit des réfugiés aux États-Unis et au Canada, y compris en ce qui concerne le sexe, le handicap et les mineurs non accompagnés. En outre, le cabinet fédéral doit, conformément à l’obligation que lui impose la loi, veiller à examiner continuellement les politiques, les pratiques et le bilan des États-Unis en matière de droits de la personne pour confirmer qu’ils demeurent un tiers pays sûr, et se retirer de l’entente s’il est prouvé que les États-Unis ne sont pas un pays sûr pour les réfugiés.


À l’échelle nationale

Recommandation 11

Que le gouvernement du Canada élargisse à l’échelle internationale le Projet pilote sur la voie d’accès à la mobilité économique et qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada continue de créer de nouvelles voies pour les réfugiés, en gardant à l’esprit l’importance de conserver un robuste programme de réfugiés pris en charge par le gouvernement.


Recommandation 12

Qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada envisage la mise en place de nouvelles voies pour les réfugiés fondées sur des considérations particulières en matière de droits de la personne, par exemple pour les victimes de violence fondée sur le sexe et les personnes déplacées à cause des changements climatiques, et qu’il mette au point de la formation sur le sujet à l’intention des juges, des avocats et des agents d’immigration.


Recommandation 13

Que le gouvernement du Canada examine l’écart entre ses réponses aux différentes crises de déplacements à la lumière de son obligation de respecter le droit à l’égalité et de sa volonté d’appliquer une stratégie de lutte contre le racisme, et qu’il s’efforce de réduire les disparités raciales.


Recommandation 14

Que la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, soucieuse de réduire la longueur des délais et l’ampleur de l’arriéré, accélère sa modernisation de la technologie afin d’accroître son efficacité tout en protégeant les droits de tous les demandeurs d’asile, y compris ceux qui sont particulièrement vulnérables en raison de leur sexe, de leur identité de genre, de leur race, de leur handicap, de leur orientation sexuelle, de leur âge ou d’autres facteurs croisés.


Recommandation 15

Que le gouvernement du Canada collabore avec ses homologues provinciaux et territoriaux pour combler les lacunes concernant les services aux réfugiés, y compris les soins de santé et les autres programmes d’établissement.

Communiqué

Ottawa – Alors que le nombre de personnes déplacées de force de leur pays d’origine surpasse 114 millions, le Canada doit fournir sa part d’effort et collaborer avec ses alliés pour s’attaquer à cette crise croissante, indique le Comité sénatorial des droits de la personne dans un rapport publié le mardi 3 décembre 2024.

Les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et au Soudan contribuent aux déplacements forcés dans le monde, d’une ampleur inégalée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les changements climatiques poussent également des gens à l’exil et en menacent de nombreux autres.

Le fardeau de venir en aide aux millions de personnes déplacées de force n’est pas partagé équitablement. De par sa géographie, le Canada est à l’abri du vaste mouvement de réfugiés, laissant à d’autres pays la responsabilité d’assumer ce fardeau. Les pays qui reçoivent le plus grand nombre de réfugiés sont l’Iran, la Türkiye, l’Allemagne, la Colombie et le Pakistan, qui accueillent chacun de 2,1 à 3,4 millions de réfugiés. Le Canada peut faire plus.

Au total, le comité présente 15 recommandations au gouvernement fédéral ayant une portée internationale, régionale et nationale. Le comité lui recommande notamment d’augmenter le financement destiné aux groupes d’aide humanitaire et aux pays qui accueillent des réfugiés, et de travailler avec ses alliés internationaux à l’élaboration d’un plan – assorti de points de repère détaillés – sur le partage des responsabilités.

Faits saillants

  • Des 114 millions de personnes déplacées de force dans le monde, 45,6 millions sont des enfants.
  • Les pays riches consacrent annuellement plus de 20 milliards de dollars uniquement pour évaluer les demandes d’asile, ce qui est quatre fois plus que le financement disponible pour répondre aux besoins des réfugiés dans les pays du Sud.
  • Le Programme de parrainage privé de réfugiés du Canada, créé en 1979, est cité comme un modèle compte tenu de ses avantages évidents. En vertu de ce programme, les parrains acceptent de fournir des soins, de l’hébergement, une aide à l’établissement et du soutien pendant 12 mois à compter de l’arrivée des réfugiés au Canada ou jusqu’à ce qu’ils puissent subvenir à leurs propres besoins.

Citations

« L’aggravation des conflits dans le monde force de plus en plus de personnes à l’exil. Le Canada doit accroître le soutien qu’il apporte aux pays qui accueillent des réfugiés et aux organisations qui fournissent une aide vitale à certaines des personnes les plus vulnérables du monde. »

– La sénatrice Salma Ataullahjan, présidente du Comité

« Les chiffres sont alarmants, car il ne s’agit pas du tout de chiffres — il s’agit d’êtres humains. Des hommes et des femmes arrachés de leurs foyers. Des enfants séparés de tout ce qu’ils connaissent. Nous demandons au gouvernement d’accroître son soutien à ces diasporas dans le monde. »

– La sénatrice Wanda Thomas Bernard, vice-présidente du comité

« Si les récentes hostilités ont déclenché une nouvelle vague de déplacements forcés, on ne peut oublier que des dizaines de millions de personnes vivent dans l’attente depuis des décennies, sans entrevoir la fin. Le Canada peut contribuer à les réintégrer. Le moment est venu d’assumer nos responsabilités. »

– La sénatrice Kim Pate, membre du Sous-comité du programme et de la procédure

Liens connexes

Pour plus de renseignements :

Chelsea DeFazio
Agente de communications | Sénat du Canada
343-576-1481 | chelsea.defazio@sen.parl.gc.ca

Sénateurs qui ont participé à cette étude

Salma Ataullahjan

Salma Ataullahjan
C - Ontario (Toronto)

Wanda Thomas Bernard

Wanda Thomas Bernard
GPS - Nouvelle-Écosse (East Preston)

Kim Pate

Kim Pate
GSI - Ontario

David M. Arnot

David M. Arnot
GSI - Saskatchewan

Amina Gerba

Amina Gerba
GPS - Québec (Rigaud)

Fabian Manning

Fabian Manning
C - Terre-Neuve-et-Labrador

Flordeliz (Gigi) Osler

Flordeliz (Gigi) Osler
GSC - Manitoba

Membres d’office du comité: L’honorable Marc Gold, c.p., ou l’honorable Patti LaBoucane-Benson, L’honorable Donald Neil Plett ou l’honorable Yonah Martin, L’honorable Raymonde Saint-Germain ou l’honorable Bernadette Clement, L’honorable Scott Tannas ou l’honorable Rebecca Patterson, L’honorable Pierre J. Dalphond ou l’honorable Judy A. White

Autres sénateurs ayant participé à l’étude: L’honorable Sharon Burey, L’honorable Andrew Cardozo, L’honorable Bernadette Clement, L’honorable Jane Cordy (à la retraite), L’honorable Nancy J. Hartling (membre du sous-comité du programme et de la procédure jusqu’à avril 2024), L’honorable Mobina S. B. Jaffer (à la retraite), L’honorable Frances Lankin, c.p. (à la retraite), L’honorable Marilou McPhedran, L’honorable Marie-Françoise Mégie, L'honorable Ratna Omidvar (à la retraite), L’honorable Paula Simons, L’honorable Judy A. White

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