Rapport
Résumé
Au cours des 44e et 45e législatures, le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants (le comité) s’est réuni à cinq reprises au total afin d’examiner l’effet de la désinformation de la Russie sur le Canada. Le présent rapport résume les témoignages des témoins sur trois thèmes : le contexte de la désinformation, la diffusion de désinformation par la Russie et les moyens de contrer la désinformation de la Russie.
Chapitre un : Le contexte de la désinformation
La désinformation – la diffusion délibérée d’informations erronées – n’est pas un phénomène nouveau, mais son ampleur, sa portée et sa vitesse de propagation se sont considérablement amplifiées au cours des dernières années. Il s’agit donc d’un problème complexe, en constante évolution. Selon des témoins, la désinformation, en particulier de la part de la Russie et d’autres États hostiles, est un enjeu d’intérêt public urgent pour le Canada et d’autres pays.
Plusieurs États produisent et diffusent des informations erronées avec des approches et des objectifs divergents, mais selon des témoins, la Russie figure parmi les États parmi les plus prolifiques à cet égard. Des témoins ont affirmé que l’approche de la Russie consiste essentiellement à inonder des populations cibles d’énormes quantités d’informations erronées, souvent en exploitant les divisions sociales, entre autres, dans le but d’éroder la confiance du public envers l’information et les institutions.
L’intelligence artificielle (IA), les plateformes en ligne et les algorithmes de marketing en ligne sont d’importants vecteurs de désinformation, l’IA étant de plus en plus utilisée pour produire de faux contenus, notamment des hypertrucages. Des témoins se sont dits sceptiques quant à l’efficacité des plateformes de médias sociaux pour modérer la désinformation, ce qui permet sa propagation rapide.
Plusieurs facteurs sociétaux semblent rendre des personnes et des groupes vulnérables à la désinformation. Des témoins ont fait valoir que la désinformation est plus efficace dans des milieux où la confiance envers les institutions et les médias est faible.
Chapitre deux : La diffusion de désinformation par la Russie
La désinformation de la Russie fait partie intégrante d’une vaste stratégie visant des objectifs multiples, notamment discréditer les démocraties occidentales et leur appui à l’Ukraine et rompre l’unité au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Des témoins ont mentionné que, pour atteindre ses objectifs, la Russie emploie des « rhétoriques » qui pourraient être rattachées à des vulnérabilités et des divisions déjà présentes au sein des populations ciblées. La désinformation fait partie de la panoplie d’outils hybrides auxquels la Russie a recours pour servir ses intérêts géopolitiques et militaires.
Pour diffuser de la désinformation, la Russie a recours à des entités et à des outils divers. Des témoins ont souligné en particulier les médias étatiques, les intermédiaires, les influenceurs et les plateformes en ligne, en insistant sur le fait que des influenceurs et certains médias contribuent à la promotion de rhétoriques et leur donnent de la crédibilité. Des témoins avaient des points de vue divergents concernant la sophistication de la désinformation de la Russie.
La désinformation fait partie intégrante de la stratégie militaire de la Russie contre l’Ukraine. Des témoins ont donné plusieurs exemples de rhétoriques visant à affaiblir l’Ukraine, qui se propagent hors de l’Ukraine. Ces rhétoriques comprennent notamment la présentation de l’Ukraine comme « néo-nazie » ainsi que la diffusion de fausses allégations au sujet d’armes biologiques ou de risques nucléaires. Selon des témoins, la Russie fait également de la désinformation directement auprès de certaines populations ukrainiennes afin de susciter la confusion quant à ses opérations militaires.
Les Canadiens sont considérablement exposés à la désinformation de la Russie. Des témoins ont mentionné un certain nombre de fausses rhétoriques visant des personnalités militaires et politiques canadiennes, ainsi que des thèmes particuliers qui font l’objet des campagnes de désinformation menées par la Russie et ciblant le Canada, y compris dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
S’il est difficile de mesurer l’effet de la désinformation, des témoins ont néanmoins établi un lien entre la désinformation et la polarisation, l’extrémisme violent et le déclin du soutien accordé à l’Ukraine. Selon des témoins, les campagnes de désinformation menées dans le monde par la Russie nuisent également au Canada en ce qu’elles déstabilisent l’ordre international libéral et portent atteinte à la démocratie.
Chapitre trois : Les moyens de contrer la désinformation de la Russie
Une multitude d’entités fédérales – dont Affaires mondiales Canada et le Mécanisme de réponse rapide du Canada, le Centre canadien pour la cybersécurité du Centre de la sécurité des télécommunications, le Service canadien du renseignement de sécurité, le Bureau du Conseil privé ainsi que Sécurité publique Canada – jouent un rôle pour contrer la désinformation au Canada. Des témoins ont parlé de l’approche actuelle du gouvernement canadien pour contrer la désinformation par l’intermédiaire de ces entités, des ressources qui leur sont allouées, de la transparence du gouvernement en ce qui concerne ses initiatives ainsi que du rôle du gouvernement pour exposer la désinformation.
Une approche pansociétale pour contrer la désinformation, avec une coordination entre les gouvernements, les communautés, les établissements d’enseignement, les organisations de la société civile et le secteur privé, pourrait s’avérer efficace. Selon des témoins, une telle approche devrait comporter des stratégies adaptées aux besoins de certaines populations, notamment les communautés autochtones et les habitants des régions nordiques du Canada, et comprendre un volet de collaboration internationale. Des témoins ont souligné la nécessité d’équilibrer les efforts dans deux domaines – contrer la désinformation, d’une part, et protéger la liberté d’expression, d’autre part – et précisé que le fait de limiter la capacité de certaines entités à diffuser de la désinformation n’entrave pas nécessairement la liberté d’expression. Cela dit, de l’avis des témoins, les mesures pour contrer la désinformation doivent être transparentes afin d’instaurer et de maintenir la confiance.
Des outils législatifs peuvent également jouer un rôle déterminant dans la lutte contre la désinformation. Des témoins ont attiré l’attention sur plusieurs outils, comme le Registre canadien pour la transparence en matière d’influence étrangère, les sanctions ciblant des entités et des personnes diffusant de la désinformation ainsi que la réglementation concernant les plateformes en ligne utilisées pour diffuser de la désinformation.
Au sujet des diverses techniques visant à contrer la désinformation, des témoins ont mentionné l’efficacité de la vérification des faits, qui consiste à contre-vérifier l’exactitude de l’information, et de la démystification préventive, le processus préventif qui consiste à préparer le public avant qu’il ne soit confronté à la désinformation. De l’avis des témoins, l’éducation – en particulier la littératie médiatique et le raisonnement critique – est essentielle pour contrer la désinformation de la Russie, et l’approche pédagogique de la Finlande sert d’exemple à cet égard.
Conclusion
La désinformation de la Russie prend de l’ampleur et évolue rapidement. Après avoir entendu les points de vue de représentants du gouvernement du Canada et d’organisations de la société civile, d’universitaires et de journalistes, le comité a la conviction que la désinformation de la Russie représente une menace pour la sécurité nationale, les institutions démocratiques et la cohésion sociale de notre pays, menace qu’il faut contrer de toute urgence.
Le gouvernement du Canada déploie des initiatives pour contrer la désinformation. Or, la désinformation de la Russie dépasse la capacité actuelle du Canada à y réagir efficacement. Comme la désinformation touche tous les aspects de la société, les gouvernements, les établissements d’enseignement, les organisations de la société civile, le secteur privé et les partenaires internationaux doivent adopter une approche coordonnée fondée sur la collaboration pour contrer cette menace. Pour lutter contre la désinformation de la Russie, le gouvernement du Canada doit agir dès maintenant pour élaborer un plan stratégique visant à exploiter l’ensemble des outils législatifs, techniques et stratégiques à disposition, faire preuve de transparence quant aux initiatives qu’il prend et s’inspirer des pratiques exemplaires pour améliorer la résilience de la société canadienne face à la désinformation.
Recommandations
Recommandation 1
Que le gouvernement du Canada élabore, finance et mette en œuvre une approche pangouvernementale pour lutter contre la désinformation de la Russie. Cette approche devra comprendre un plan stratégique et l’obligation de présenter un rapport annuel au Parlement sur les activités du gouvernement en matière de désinformation et les résultats de cette approche.
Recommandation 2
Que le gouvernement du Canada aborde les menaces que représente la désinformation de la Russie ainsi que les réponses à cette désinformation dans le cadre de toute stratégie de sécurité nationale annoncée au cours de la 45e législature. Plus particulièrement, le gouvernement devrait veiller à ce que des réponses efficaces, complètes et coordonnées soient énoncées dans une telle stratégie de sécurité nationale.
Recommandation 3
Que le gouvernement du Canada fasse preuve d’une plus grande transparence sur la nature, la portée et les conséquences de la désinformation de la Russie qui cible le Canada. En particulier, le gouvernement devrait augmenter invariablement la quantité d’information accessible au public au sujet de cette désinformation, élargir ses activités visant à sensibiliser le public à la désinformation de la Russie sur la guerre menée par ce pays contre l’Ukraine, et revoir ses pratiques de classification de sécurité et de protection de l’information liée à la sécurité nationale.
Recommandation 4
Que le gouvernement du Canada, en collaboration avec la communauté ukrainienne au Canada et les organisations de la société civile, élabore et mette en place des mesures pour remédier à la désinformation de la Russie visant à diminuer le soutien du Canada à l’Ukraine. Les entités qui surveillent la désinformation de la Russie dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine devraient bénéficier de ressources financières et autres qui facilitent leurs démarches.
Recommandation 5
Que le gouvernement du Canada dirige l’élaboration d’une approche pansociétale visant à contrer la désinformation, y compris celle de Russie, qu’il finance cette approche et qu’il garantisse sa mise en œuvre. Une telle approche devrait comprendre la coopération entre le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux et territoriaux, les municipalités ainsi que les gouvernements autochtones, les communautés, les établissements universitaires, les organisations de la société civile et le secteur privé. Dans l’examen des options pour une telle approche, les éléments du modèle finlandais qui seraient adéquats dans le contexte canadien devraient être considérés.
Recommandation 6
Que le gouvernement du Canada accorde la priorité au renforcement du Mécanisme de réponse rapide d’Affaires mondiales Canada et qu’il contribue aux efforts des dirigeants du Groupe des sept (G7) afin d’améliorer le Mécanisme de réponse rapide du G7. Le gouvernement devrait envisager d’allouer des ressources financières, humaines et autres supplémentaires, ainsi qu’inviter les gouvernements des pays du G7 à en faire autant.
Recommandation 7
Que le gouvernement du Canada mette en place un comité d’experts indépendants chargés d’examiner l’approche du Canada pour contrer la désinformation, notamment pour ce qui est des plateformes en ligne et de l’intelligence artificielle.
Recommandation 8
Que le gouvernement du Canada – en tant que membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, du Groupe des sept, du Groupe des cinq et d’autres entités internationales – joue un rôle de chef de file mondial pour condamner publiquement la désinformation de la Russie et contribuer aux initiatives visant à établir une approche mondiale cohésive pour la contrer.
Recommandation 9
Que le gouvernement du Canada, en élaborant une stratégie de lutte contre la désinformation, tienne compte des vulnérabilités particulières des communautés de l’Arctique, y compris les communautés autochtones, face à la désinformation provenant de l’étranger. La stratégie devrait notamment inclure des mesures adaptées à la réalité de l’Arctique.
Recommandation 10
Que le gouvernement du Canada continue d’élaborer et de mette en œuvre des stratégies d’utilisation des outils d’intelligence artificielle visant à surveiller, à détecter, à analyser et à contrer la désinformation provenant de l’étranger. Ces outils devraient se fonder sur des principes de responsabilité et d’éthique.
Ottawa – La Russie cible les Canadiens avec de la désinformation et de la propagande afin de semer la division et d’éroder la confiance envers nos institutions démocratiques, a conclu le Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants dans un rapport publié le 30 avril 2026.
Le rapport, La désinformation de la Russie : comprendre le défi, renforcer la réponse du Canada, souligne que l’essor des applications d’intelligence artificielle ne fait que rendre la désinformation plus dangereuse, alors que des hypertrucages convaincants et des techniques de micro-ciblage sophistiquées transforment les médias sociaux en vecteurs de faussetés et de distorsions.
Des témoins ont indiqué que la Russie recourt à la désinformation pour renforcer des discours pro-Russie, particulièrement pour justifier sa guerre contre l’Ukraine. Elle cherche également à déstabiliser les pays occidentaux et à affaiblir l’alliance de l’OTAN, sapant ainsi les efforts de l’Occident pour contrer efficacement l’agression de la Russie.
Renforcer les compétences de raisonnement critique et de littératie médiatique de la population canadienne est essentiel afin de contrer la désinformation. La Finlande — qui partage une longue frontière terrestre et une histoire complexe avec la Russie — a intégré ces compétences au cursus scolaire dès le plus jeune âge. Une population bien informée sera moins vulnérable aux manœuvres trompeuses de la Russie.
Le rapport formule dix recommandations au gouvernement fédéral, notamment de revoir son approche en matière de réglementation des plateformes en ligne, de mieux informer le public des efforts de la Russie en matière de désinformation et de collaborer avec d’autres ordres de gouvernement afin d’intégrer la littératie médiatique et le raisonnement critique au cursus scolaire.
En bref
- La désinformation est une composante importante de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Selon une fonctionnaire d’Affaires mondiales Canada, la Russie « dissimule, obscurcit et fabrique des renseignements pour obtenir un avantage militaire, démoraliser les Ukrainiens, diviser les alliés et obtenir du soutien en Russie et à l’étranger pour son invasion illégale. »
- La Russie diffuse de la désinformation par l’intermédiaire d’« influenceurs » — souvent des Occidentaux qui bénéficient d’une plus grande crédibilité auprès du public occidental.
- Les jeunes hommes marginalisés et peu éduqués sont particulièrement vulnérables à la désinformation.
Citations
« Les Canadiens doivent devenir résilients face au flux incessant de désinformation de la Russie. Réfléchissez attentivement à ce que vous lisez et regardez, et tenez compte de vos sources. »
- Le sénateur Hassan Yussuff, président du comité
« Les périodes difficiles devraient nous rassembler en tant que pays. La désinformation risque de nous diviser et de nous amener à remettre en question les fondements mêmes de ce qui a fait le succès du Canada. »
- Le sénateur Mohammad Al Zaibak, vice-président du comité
« La désinformation de la Russie constitue une véritable menace pour la démocratie canadienne. Nous devons sensibiliser la population à l’ampleur du problème et mettre en œuvre des solutions pour renforcer notre résilience. »
- Le sénateur Claude Carignan, c.p., membre du Sous-comité du programme et de la procédure
« Grâce à la technologie, il est de plus en plus facile pour des acteurs malveillants, comme la Russie, d’inonder les Canadiens de vastes quantités de désinformation. Il faut faire preuve de vigilance face à ce déluge de propagande. »
- Le sénateur Andrew Cardozo, membre du Sous-comité du programme et de la procédure
Liens connexes
- Lisez le rapport : La désinformation de la Russie : comprendre le défi, renforcer la réponse du Canada.
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Pour plus de renseignements :
Chelsea DeFazio
Agente de communications | Sénat du Canada
343-576-1481 | chelsea.defazio@sen.parl.gc.ca
Sénateurs qui ont participé à cette étude
Hassan Yussuff
GSI - Ontario
Mohammad Al Zaibak
GSC - Ontario
Dawn Anderson
C - Territoires du Nord-Ouest
Andrew Cardozo
GPS - Ontario
Claude Carignan, c.p.
C - Québec (Mille Isles)
Donna Dasko
GSI - Ontario
Marty Deacon
GSI - Ontario (Région de Waterloo)
Katherine Hay
GPS - Ontario
Tony Ince
GSC - Nouvelle-Écosse
Stan Kutcher
GSI - Nouvelle-Écosse
John M. McNair
GSI - Nouveau-Brunswick
Judy A. White
GPS - Terre-Neuve-et-Labrador
Suze Youance
GSI - Québec (Lauzon)
Membres d’office du comité : L’honorable sénateur Pierre Moreau, c. p., ou l’honorable sénatrice Patti LaBoucane-Benson, l’honorable sénateur Leo Housakos ou L’honorable sénatrice Yonah Martin, l’honorable sénatrice Raymonde Saint-Germain ou l’honorable sénatrice Bernadette Clement (jusqu’au 4 janvier 2026), l’honorable sénatrice Lucie Moncion ou l’honorable sénatrice Joan Kingston (depuis le 5 janvier 2026), l’honorable sénateur Scott Tannas ou l’honorable sénatrice Rebecca Patterson (jusqu’au 4 janvier 2026), l’honorable sénatrice Flordeliz (Gigi) Osler ou l’honorable sénateur Robert Black (depuis le 5 janvier 2026), l’honorable sénateur Brian Francis ou l’honorable sénatrice Judy A. White.
Autres sénateurs ayant participé à l’étude : L’honorable sénatrice Gwen Boniface (à la retraite), l’honorable sénateur Peter M. Boehm, l’honorable sénateur Jean-Guy Dagenais (à la retraite), l’honorable sénateur Tony Dean, l’honorable sénateur Clément Gignac, l’honorable sénatrice Rebecca Patterson, l’honorable sénateur David Richards (à la retraite), l’honorable sénateur Duncan Wilson
