DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Les promesses brisées du Canada
3 juin 2026
Honorables sénateurs, je prends la parole, comme je le fais souvent, pour attirer l’attention sur un autre problème au sujet duquel je cherche des réponses depuis près de trois ans.
Le problème dont je parle ne se limite pas à l’emplacement des bureaux des contrôleurs des armes à feu. Il ne s’agit pas non plus de savoir si le gouvernement a respecté son engagement de nommer des contrôleurs des armes à feu résidents dans les trois territoires. Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus troublant. Il s’agit de l’incapacité répétée du Canada à donner suite à ses propres conclusions, à honorer ses propres engagements et à répondre aux attentes qu’il crée.
La pire injustice, ce n’est pas que les peuples autochtones n’ont pas été entendus, c’est qu’ils l’ont été pendant des générations. Leurs paroles existent. Les preuves existent. Les recommandations existent. Les engagements existent. L’article 35 de la Loi constitutionnelle, les traités historiques et modernes, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation et les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées existent.
Les peuples autochtones ne devraient pas avoir à relever les injustices, à prouver leur existence, à proposer des solutions, puis à passer des générations à plaider pour que les gouvernements remplissent les obligations qu’ils ont déjà reconnues à cet égard.
Un engagement ne devrait pas nécessiter une vie de militantisme pour se concrétiser. La réconciliation ne peut pas signifier que les peuples autochtones portent à la fois le fardeau de souffrir de l’iniquité et celui d’exiger sa correction.
Trop souvent, on remercie les peuples autochtones pour leurs témoignages, leur résilience, leur patience et leur partenariat. La gratitude sans action devient toutefois une autre sorte de retard. Quand ces retards font suite à des décennies de témoignages, d’enquêtes, de rapports et de promesses, ils cessent d’être administratifs; ils deviennent une façon de perpétuer les préjudices, aggravent les traumatismes intergénérationnels et érodent la certitude que justice sera un jour rendue.
J’ai du mal à trouver du réconfort dans le mot « réconciliation », non pas parce que je remets en question son importance, mais parce c’est devenu un terme de convenance, dans bien des cas. Il figure dans les discours, les stratégies, les rapports et les annonces. On l’invoque pour signaler des progrès et de bonnes intentions. On l’utilise sans exiger d’action ni de responsabilité.
Certains pourraient percevoir de la frustration dans mes propos et la confondre avec du cynisme. Ce n’est pas le cas. Je ne suis pas blasée par le Canada. Je suis façonnée par mon expérience dans ce pays.
Je suis profondément façonnée par ma vie d’Inuk, par les récits de ma famille, des aînés, des communautés et des générations de personnes qui ont enduré des épreuves sans renoncer à l’espoir, qui ont assumé leurs responsabilités sans renoncer à leur dignité et qui ont refusé d’arrêter de croire en un avenir meilleur.
Mon point de vue n’est pas né de l’amertume ni d’une simple observation. Il est né de l’expérience.
J’ai vu ce qui se passe quand les promesses sont tenues. J’ai aussi vu ce qui se passe quand elles ne le sont pas.
J’ai vu des communautés résoudre des problèmes, non pas parce qu’elles disposaient de toutes les ressources nécessaires, mais parce qu’elles n’avaient pas le choix. J’ai vu des gens faire preuve d’une patience remarquable en attendant des décisions qui auraient dû être prises depuis longtemps.
J’ai vu des communautés nordiques et autochtones continuer à faire preuve de force, de résilience et de générosité malgré des difficultés dont bien des Canadiens sont exemptés. Cette expérience ne m’a pas rendue cynique. Elle m’a simplement rendue réticente à confondre les paroles et les actes, et à me contenter de saluer les bonnes intentions alors que les communautés attendent des résultats concrets. Cette expérience m’a surtout rendue réticente à accepter l’idée qu’il serait déraisonnable de demander aux gouvernements d’honorer leurs engagements.
À un certain moment, la réconciliation doit cesser d’être une tâche qui incombe aux Autochtones pour devenir une responsabilité du gouvernement.
Ce qui fait la grandeur d’un pays, ce n’est pas sa capacité à reconnaître une injustice, mais sa volonté de se donner la peine de la corriger.
Quyanainni, mashi, merci.