DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — L'arbre captif
11 décembre 2025
Honorables sénateurs, aujourd’hui, c’est inspirée par le sénateur Manning, qui ne manque jamais de partager un pan de l’histoire remarquable de sa province, que je m’adresse à vous.
J’aimerais en effet vous raconter comment est survenue l’une des détentions les plus étranges et les plus prolongées de l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, je vais vous parler de l’arrestation et de la détention injustifiées d’un prévenu qui n’a ni fui les lieux du crime ni résisté à son arrestation, un prévenu dont le casier judiciaire est vierge et dont le seul crime connu est d’être un arbre.
Dans ma province natale, le Khyber Pakhtunkhwa, au Pakistan, se dresse un banian centenaire qui est littéralement enchaîné depuis 1898. On raconte que, dans un moment — comment dire — de « jugement affaibli », un officier britannique du nom de James Squid a cru que l’arbre avançait vers lui. Comme personne n’a dit : « Monsieur, tout le monde sait que les arbres ne marchent pas », on a plutôt procédé à l’arrestation. Des chaînes ont été fixées autour de l’arbre, et elles y sont toujours aujourd’hui.
D’emblée, cela semble indéniablement rigolo. Il est rare de tomber sur un fait historique aussi caricatural : un arbre arrêté pour déplacement suspect. On l’imagine rester planté là, décennie après décennie, réfléchissant à ses choix de vie et se demandant quelle branche a donné une mauvaise impression.
Malgré son côté humoristique, ce récit cache une leçon précieuse : cet arbre captif symbolise la propension de l’humain à imposer des restrictions à des êtres qui ne représentent aucune menace réelle — que ce soit par peur, par habitude ou en raison d’une mauvaise interprétation.
L’arbre enchaîné, quoique bien enraciné, nous invite à méditer sur les systèmes, les politiques et les présomptions dont nous avons hérité, ceux qui ont parfois pu sembler être justifiés, mais qui persistent aujourd’hui simplement parce qu’on ne les a jamais remis en question.
Des décennies plus tard, quand les autorités locales ont proposé de retirer les chaînes, des résidants ont signé une pétition pour qu’on les laisse en place. Ils souhaitaient protéger le message de cet arbre captif, véritable témoignage vivant des absurdités qui surviennent quand le pouvoir devient incontrôlable.
Que cet incident particulier de l’histoire nous rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour réexaminer nos choix, qu’ils soient personnels ou institutionnels.
Cette histoire nous rappelle également que, même dans les enceintes les plus solennelles du gouvernement, nous devons parfois nous permettre de rire. Après tout, si nous ne pouvons pas trouver matière à rire dans l’idée d’un arbre condamné à perpétuité, alors le travail parlementaire sera devenu bien trop sinistre.
Joyeux Noël à tous. Merci.