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L'étude sur les intérêts et l'engagement du Canada en Afrique

Adoption du premier rapport du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international et de la demande de réponse du gouvernement

10 février 2026


Propose :

Que le premier rapport du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, intitulé Canada-Afrique : Saisir une opportunité stratégique, déposé auprès de la greffière du Sénat le jeudi 11 décembre 2025, soit adopté et que, conformément à l’article 12-23(1) du Règlement, le Sénat demande une réponse complète et détaillée du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères étant désigné ministre chargé de répondre à ce rapport, en consultation avec le ministre du Commerce international et le secrétaire d’État (Développement international).

 — Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour entamer le débat sur le premier rapport du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, intitulé Canada-Afrique : Saisir une opportunité stratégique, déposé auprès de la greffière du Sénat le 11 décembre 2025.

Chers collègues, comme vous le savez, ce rapport s’est fait attendre. D’une part, le Parlement a mis du temps à se pencher sur la question importante des relations vitales entre le Canada et le continent africain, ce que les gouvernements successifs n’ont pas réussi à faire de manière constructive. D’autre part, cette étude a souvent été mise sur la glace par le comité.

Le comité a reçu son premier ordre de renvoi pour étudier les intérêts et l’engagement du Canada en Afrique le 26 octobre 2023, et il a commencé à rencontrer des témoins le 7 décembre 2023. Entre cette date et la prorogation, le 6 janvier 2025, le comité a tenu 18 réunions avec des témoins, parmi lesquels figuraient des représentants gouvernementaux canadiens et africains, y compris des chefs de mission, des universitaires et des experts de divers domaines, des gens d’affaires et des entrepreneurs, ainsi que des représentants de la société civile et d’organisations non gouvernementales.

N’ayant pas été en mesure de discuter d’un projet de rapport avant la pause hivernale de 2024 et souhaitant mener à bien cette importante étude, le comité a demandé un nouvel ordre de renvoi au début de la présente session parlementaire, lequel a été adopté le 7 octobre 2025. Vu le temps qui s’était écoulé depuis la dernière réunion du comité consacrée à cette étude, tenue le 12 décembre 2024, celui-ci a tenu une dernière réunion pour accueillir des témoins d’Affaires mondiales Canada le 30 octobre 2025.

Au total, le comité a entendu plus de 65 témoins pendant 26 heures d’audience. Le résultat est un rapport soigneusement préparé dont tous les membres du comité, et même tous les sénateurs, peuvent être fiers. Je tiens à souligner tout particulièrement la contribution de notre collègue, la sénatrice Amina Gerba, qui, en tant que membre de longue date du comité, a fortement fait valoir l’importance de cette étude avant, pendant et depuis celle-ci.

Madame la sénatrice, votre dévouement envers la relation entre le Canada et l’Afrique et son renforcement transparaît dans ce rapport, et je vous en remercie.

Je tiens également à remercier les analystes du comité, Brian Hermon et Zak Black, qui ont effectué les recherches et la rédaction, ainsi que la greffière, Chantal Cardinal, qui a eu la tâche parfois difficile de coordonner les témoignages, en particulier dans différents fuseaux horaires, et de superviser la production du rapport. Je veux aussi remercier l’équipe des communications, dirigée par Sabryna Lemieux, pour la conception graphique et la promotion du rapport auprès du public.

Je remercie sincèrement le personnel des membres du comité qui nous garde sur la bonne voie — un travail plus facile pour certains que pour d’autres — et qui veille à ce que nous soyons bien préparés pour les réunions du comité.

Comme l’indique le rapport, la principale conclusion du comité, c’est que le Canada doit s’investir pleinement dans un engagement en Afrique, s’il ne veut pas manquer le coche. Malgré le rôle et l’influence croissants de l’Afrique sur la scène internationale, le comité a appris que le Canada n’a pas adapté son engagement envers le continent en conséquence, ce qui a entraîné des occasions manquées et une érosion progressive de sa pertinence en Afrique.

Chers collègues, c’est la dure réalité d’un pays qui aime se considérer comme ayant plus d’influence sur la scène mondiale qu’il n’en a réellement. Pendant trop longtemps, l’engagement du Canada en Afrique s’est limité, en grande partie, à l’aide au développement. Bien que cette aide soit encore essentielle dans de nombreuses régions, le comité a appris que le Canada doit aller au-delà de la relation entre donateur et bénéficiaire, et s’engager auprès de l’Afrique, un continent dynamique, jeune et influent sur le plan économique et géostratégique.

Lorsque nous discutons des relations entre le Canada et l’Afrique, nous ne pouvons plus nous contenter d’invoquer le leadership dont a fait preuve le gouvernement Mulroney pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Cela remonte à la fin des années 1980. Le rôle joué par le Canada dans l’abolition de cette politique raciste est un élément important de notre histoire avec l’Afrique, mais ce n’est pas une couronne de laurier sur laquelle nous pouvons nous reposer.

Un élément essentiel de cette période qui doit toutefois être préservé est le rôle intégral et coordonné joué par le Commonwealth pour contraindre l’Afrique du Sud à abandonner l’apartheid. Avec 56 pays membres, dont 21 africains, le Commonwealth constitue un forum multilatéral important grâce auquel le Canada, son deuxième donateur, peut dialoguer avec les pays africains et renforcer ses relations avec eux.

Chers collègues, ce rapport présente 21 recommandations à grande portée qui ont été formulées sur la base des témoignages exhaustifs entendus au comité. Comme toujours, j’attends avec impatience la réponse rapide et détaillée du gouvernement après l’adoption du rapport. Cette réponse proviendra de la ministre des Affaires étrangères, en consultation avec le ministre du Commerce international et le secrétaire d’État au Développement international.

Dans le temps de parole qu’il me reste aujourd’hui, je souhaite personnellement insister sur les recommandations 2, 5, 15, 19 et 21.

Les recommandations nos 2 et 5 renvoient à une réalité simple, mais fondamentale. Pour que l’engagement du Canada en Afrique soit crédible, il faut à la fois une architecture politique solide et une présence diplomatique soutenue sur le terrain.

Des dialogues réguliers et institutionnalisés avec l’Union africaine et l’ambition d’évoluer vers des rencontres avec les chefs de gouvernement sont essentiels.

Ils assurent la continuité et permettent d’aligner les priorités. Dans cette perspective, l’Organisation internationale de la Francophonie représente un atout stratégique majeur et trop souvent sous-estimé pour l’engagement du Canada en Afrique.

Sur les 53 États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, 27 sont des pays africains. Compte tenu du rôle actif que joue le Canada au sein de la Francophonie, celle-ci représente un avantage comparatif réel pour le Canada, qui est le deuxième bailleur de fonds des institutions de la Francophonie. C’est un pont naturel, crédible et déjà bien ancré, un levier pour aligner nos priorités et inscrire notre action dans des réseaux profondément enracinés sur le continent. Toutefois, le dialogue ne suffit pas : il doit être appuyé par des capacités concrètes.

Il est indispensable de renforcer l’engagement du Canada auprès de l’Union africaine et des communautés économiques régionales et d’élargir notre réseau de missions sur le continent.

Aujourd’hui, le Canada compte 27 missions diplomatiques en Afrique, un chiffre nettement inférieur à celui de pays comme la France et la Chine, qui disposent respectivement de 57 et 53 ambassades et consulats.

Par ailleurs, le comité avait déjà noté en 2023 dans son étude sur le service extérieur du Canada qu’un trop grand nombre d’agents du service extérieur sont affectés à l’administration centrale à Ottawa plutôt qu’à l’étranger.

Or, ce sont ces compétences que nous devons voir davantage sur le terrain. C’est ainsi que le Canada pourra se doter de la crédibilité et de la capacité opérationnelle nécessaires pour transformer les échanges politiques en partenariats durables.

Comme le gouvernement s’attend à ce que les entités gouvernementales comme le service extérieur en fassent plus avec moins, la Stratégie du Canada pour l’Afrique ne recevra pas d’argent frais pour sa mise en œuvre et pour le suivi de ses progrès. En fait, même si la stratégie a été lancée en mars dernier, on ne mentionne pas du tout l’Afrique dans le budget de 2025, ce qui indique assez clairement le peu d’importance que le gouvernement accorde à la relation que le Canada entretient avec l’Afrique.

Heureusement, le Parlement comprend l’importance de la relation, car le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international de la Chambre des communes a également tenu des réunions — trois depuis novembre dernier — sur la Stratégie du Canada pour l’Afrique.

De plus, même si l’engagement du Canada en Afrique doit aller au-delà de la charité, il est malheureux que le gouvernement compte consacrer 2,7 milliards de dollars de moins à cette aide au cours des quatre prochaines années afin de revenir au niveau d’avant la pandémie.

Il est particulièrement préoccupant que la réduction des budgets d’aide dans le monde entier survienne au moment même où les États-Unis ont choisi d’abandonner leur rôle de chef de file mondial, notamment en fermant, il y a un an, l’Agence des États-Unis pour le développement international, ou USAID, ce qui a eu des effets immédiats et dévastateurs en Afrique.

Les compressions du Canada comprennent une diminution de 17 % de la contribution du Canada au Fonds mondial, qui travaille à mettre fin au sida, à la tuberculose et au paludisme, des maladies qui causent de graves problèmes dans certaines régions de l’Afrique et qui ont des répercussions sur la sécurité sanitaire mondiale. Avec la baisse de l’an dernier, c’est la première fois, en 20 ans d’histoire du Fonds mondial, que le Canada réduit sa contribution. Je rappelle que l’aide au développement n’est pas seulement de l’argent qu’on donne aux pays dans le besoin; c’est un investissement qui profite à la fois aux pays bénéficiaires et aux pays donateurs.

La réduction des budgets d’aide internationale nuit autant aux pays riches comme le Canada qu’aux pays en développement aidés par nos contributions financières. Sans argent frais, avec la réduction des contributions existantes et sans véritable soutien politique de haut niveau pour appuyer la Stratégie pour l’Afrique du gouvernement, il incombe aux organisations, aux entreprises et aux particuliers — y compris les parlementaires — de faire pression en faveur d’un partenariat mutuellement avantageux entre le Canada et l’Afrique.

À cette fin, les recommandations 15 et 19 encouragent le gouvernement à fournir plus d’argent à FinDev Canada et plus de soutien à Exportation et développement Canada afin de favoriser un plus grand engagement commercial du Canada en Afrique. Comme l’indique le rapport, en l’absence d’engagements publics solides à l’égard des dépenses en matière de développement, le Canada doit mobiliser le financement privé et utiliser les ressources d’aide internationale existantes aussi efficacement que possible, notamment en cernant les lacunes dans le financement mondial, là où le Canada possède un avantage comparatif, et en affectant des ressources à ces lacunes.

En ce qui concerne FinDev Canada, qui joue un rôle essentiel dans le soutien du développement durable en Afrique, le comité a appris que l’Afrique subsaharienne représente 40 % du portefeuille de FinDev. Cependant, même si FinDev a reçu 750 millions de dollars du gouvernement dans le cadre de la Stratégie pour l’Indo‑Pacifique, il n’y a pas eu de nouveaux fonds pour FinDev dans le cadre de la Stratégie pour l’Afrique.

En ce qui concerne Exportation et développement Canada, contrairement à FinDev Canada, Exportation et développement Canada a des activités limitées en Afrique, et le continent représente une part disproportionnellement petite de son portefeuille commercial. Malgré les avantages importants dont bénéficierait le Canada en approfondissant son engagement commercial en Afrique, le comité a appris que, en 2023, Exportation et développement Canada a facilité des exportations, des investissements étrangers et des activités de développement du commerce en Afrique pour un montant de 1,4 milliard de dollars. Chers collègues, cela ne représentait que 1 % des activités facilitées par Exportation et développement Canada à l’échelle mondiale en 2023.

Pour que la relation du Canada avec l’Afrique franchisse l’étape suivante et évolue vers son plein potentiel, en particulier dans le contexte de la diminution constante des budgets d’aide, nous devons tirer parti du pouvoir de la finance privée et des organismes de soutien comme FinDev Canada et Exportation et développement Canada pour approfondir l’engagement commercial du Canada en Afrique. Si l’argent, pour le meilleur ou pour le pire, fait tourner le monde, les contacts interpersonnels sont précieux pour nouer des relations, et ils ne peuvent pas avoir lieu si les Africains continuent de se heurter à des obstacles, ne serait-ce que pour entrer au Canada.

La recommandation 21 répond à un message que le comité a entendu à maintes reprises : le système de visas du Canada est trop souvent un obstacle à l’établissement des relations dont nous avons besoin avec l’Afrique et les Africains. Des témoins ont dit au comité que les universitaires, les chefs d’entreprise et même les représentants des gouvernements sont souvent confrontés à des processus longs, complexes et décourageants pour venir au Canada assister à des conférences et participer à des programmes de formation et d’échange. La capacité limitée de traitement des visas sur le continent restreint l’engagement de haut niveau et les liens interpersonnels entre le milieu universitaire, le secteur privé et le gouvernement.

C’est pourquoi la recommandation 21 invite le gouvernement à réviser ses systèmes de traitement des demandes de visa afin que les délais et les normes de service connexes soient raisonnables et équitables. Il s’agit là d’une recommandation autant stratégique que pratique. Si le Canada souhaite être un partenaire sérieux, fiable et durable pour l’Afrique — et, comme le rapport l’indique clairement, le Canada a besoin de l’être —, nos systèmes doivent favoriser les relations plutôt que d’y faire obstacle.

Chers collègues, un partenariat solide avec l’Afrique, fondé sur le respect mutuel et la prospérité partagée, est dans l’intérêt des deux parties. Ne vous y trompez pas, le Canada a autant besoin de l’Afrique, sinon plus, que l’Afrique a besoin du Canada. Nous devons dépasser la vision paternaliste de l’Afrique, celle d’un bloc monolithique de pays pauvres qui ont besoin d’être sauvés par l’Occident riche. Les pays africains forment un continent dynamique, culturellement et religieusement diversifié, peuplé de personnes brillantes et talentueuses avec lesquelles le Canada et les Canadiens peuvent collaborer pour établir une relation fructueuse qui profitera à toutes les parties.

Honorables sénateurs, un partenariat solide et mutuellement avantageux entre le Canada et l’Afrique n’est pas simplement souhaitable, c’est un impératif stratégique pour le XXIe siècle auquel le Canada doit travailler avec une détermination sincère, s’il ne veut pas risquer d’être laissé pour compte dans un monde en rapide évolution.

Je remercie mes collègues des deux Chambres du Parlement d’avoir reconnu cette nécessité et j’espère que le gouvernement donnera rapidement suite aux recommandations du comité. Merci.

L’honorable René Cormier [ + ]

Est-ce que le sénateur Boehm accepterait de répondre à une question?

Avec plaisir.

Son Honneur la Présidente [ + ]

Il reste 20 secondes. Je dois demander le consentement auprès de vos collègues pour qu’ils accordent le temps nécessaire pour vous permettre de répondre.

Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?

Le sénateur Cormier [ + ]

Merci pour cet important rapport, sénateur Boehm. Merci au comité pour les travaux qu’il a faits.

La relation du Canada avec le continent africain est importante et essentielle. Comme j’ai voyagé à maintes reprises en Afrique avec l’Association parlementaire Canada-Afrique, j’ai pu constater plusieurs enjeux en ce qui a trait à l’engagement du Canada. Durant ces séjours, nous avons été à même de constater les déficits en matière de ressources affectées pour que les ambassades partout en Afrique puissent s’occuper d’initiatives de diplomatie culturelle.

Je ne sais pas si vous allez aborder ce sujet dans ce contexte. Toutefois, le paragraphe 42(1) de la partie VII de la Loi sur les langues officielles modernisée mentionne ce qui suit :

Le gouvernement fédéral s’engage à favoriser l’usage du français et de l’anglais dans la conduite des affaires extérieures du Canada et à promouvoir le français dans le cadre des relations diplomatiques du Canada.

Vous avez rédigé un rapport sur la diplomatie culturelle. À votre avis, les témoignages reçus ou les conversations tenues avec le gouvernement du Canada vous permettent-ils de croire que le gouvernement mettra véritablement en place des stratégies particulières pour promouvoir le français à l’extérieur du Canada, plus spécialement dans le continent africain?

Je vous remercie de la question, sénateur Cormier.

Je crois qu’il y a des systèmes déjà en place pour promouvoir la culture canadienne et la langue française. Cependant, lorsqu’il y a des périodes de compressions budgétaires, les programmes culturels sont souvent parmi les premiers qui cessent de fonctionner.

Dans le cas de l’Afrique, je crois que nous parlons de 54 pays, des pays anglophones, francophones, lusophones et autres. De grands efforts sont faits avec les ressources que le gouvernement a à sa disposition pour faire le nécessaire. La politique culturelle mène à l’utilisation de la langue française dans les pays francophones d’Afrique.

Son Honneur la Présidente [ + ]

Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

(La motion est adoptée, et le rapport est adopté.)

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