La Banque du Canada
Interpellation--Ajournement du débat
10 mars 2020
Ayant donné préavis le 25 février 2020 :
Qu’elle attirera l’attention du Sénat sur la façon dont la Banque du Canada honore les Canadiens grâce aux billets de banque.
— Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour attirer l’attention du Sénat sur la façon dont la Banque du Canada honore les Canadiens grâce aux billets de banque. Moi aussi, je poursuis le thème de l’unité nationale; j’espère vous donner matière à réflexion lorsque vous rentrerez chez vous ce soir.
Même si nous payons de plus en plus souvent avec des cartes de crédit et des cartes bancaires, l’argent comptant occupe toujours une place importante dans notre vie, nos sacs à main, nos portefeuilles et nos poches. L’argent comptant est pratique, en plus d’être une expression de notre fierté nationale. Les images qui paraissent sur les billets sont devenues des symboles évocateurs de l’identité canadienne.
Depuis l’introduction des billets en polymère, on ne peut plus parler de monnaie de papier, mais c’est important de souligner que l’innovation de cette dernière était la première étape dans l’évolution du Canada.
L’utilisation de billets de banque purement canadiens remonte à il y a 335 ans, en Nouvelle-France. La colonie avait épuisé toutes ses devises européennes et devait désespérément trouver une autre façon de payer pour ses marchandises. Le gouverneur français avait alors autorisé l’utilisation de cartes à jouer pour remplacer l’argent. Sautons par-dessus quelques siècles, jusqu’aux années 1930. Même si les banques canadiennes privées avaient adopté leur propre monnaie, ce n’est qu’en 1935 que la Banque du Canada émet ses propres billets de banque. Cependant, aucun Canadien ne figure sur les billets jusqu’à ce que les visages d’anciens premiers ministres ne commencent à apparaître en 1960, soit un siècle après la Confédération et la fondation de ce grand pays.
Nous venons tout juste de célébrer la Journée internationale des femmes. Il aura fallu trois décennies pour que soit émis un billet de banque sur lequel figure le visage d’une femme qui n’est pas la reine. Le premier billet de banque canadien sur lequel figurait une femme était plutôt modeste. Le billet de 10 dollars, qui faisait partie de ce qu’on appelait la série L’épopée canadienne et qui a été mis en circulation en 2001, affichait le visage d’une officière anonyme des forces aériennes qui participait à une mission de maintien de la paix, ainsi qu’une citation tirée du fameux poème Au champ d’honneur.
En 2004, l’esprit féminin fait une fois de plus son apparition au verso du billet de 50 dollars, qui affiche l’image des Célèbre cinq sur la Colline du Parlement. Plus tard, Agnes Macphail faisait partie du groupe figurant sur le billet commémoratif à l’occasion du 150e anniversaire de la Confédération, en 2017.
La plus récente innovation majeure dans le développement de l’argent canadien a eu lieu en 2018 lorsqu’on a émis le nouveau billet de 10 dollars orienté à la verticale illustrant le visage de Viola Desmond, une défenseure des droits civils de la Nouvelle-Écosse. Cette femme, qui figure fièrement sur un billet de 10 dollars, est identifiée par son nom et ses réalisations incontestables, et l’on répand son message inspirant d’égalité et de tolérance tout en s’échangeant son effigie d’un Canadien à l’autre. Vous ignorez peut-être que, l’année dernière, l’International Bank Note Society a décerné le prix du billet de banque de l’année de 2018 au billet de Viola Desmond pour son étonnante conception. Cette devise canadienne a battu des concepts provenant de divers pays, notamment la Suisse, la Norvège et la Russie.
Le billet de Viola Desmond constitue aussi le plus grand pas d’une autre tendance dans l’évolution de l’argent canadien, à savoir le recours à la consultation publique. Le processus pour choisir Viola Desmond a porté la consultation publique à de nouveaux sommets, allant bien au-delà des groupes de discussion habituels pour faire participer ouvertement et pleinement toute la population. Le même processus de consultation est utilisé de nouveau, cette fois-ci afin de choisir une personnalité canadienne pour orner le nouveau billet de cinq dollars de la série de billets en polymère. On cherche une personne pour se tenir aux côtés de Viola Desmond, et la recherche est en cours.
Le processus comporte différentes étapes. Tous les Canadiens intéressés ont été invités à proposer une personne de leur choix pour qu’elle soit représentée sur le nouveau billet de cinq dollars. Ce processus de nomination publique prend fin demain, le 11 mars. Toutes les propositions admissibles seront examinées par un comité consultatif indépendant, qui dressera une courte liste de candidats potentiels. Lorsque la liste sera disponible, la banque mènera des consultations plus approfondies auprès de groupes de discussions. Le comité consultatif préparera une biographie sur chacun des candidats figurant sur la liste. Après ces deux étapes, le comité consultatif confirmera les candidats présélectionnés, parmi lesquels le ministre des Finances fera son choix. Une fois que la personnalité canadienne devant paraître sur le nouveau billet sera sélectionnée, on entreprendra le processus de création.
Bien entendu, beaucoup de Canadiens pourraient être choisis pour ce grand honneur. Notre pays regorge de personnes qui se distinguent par leur talent, leur courage, leur force de caractère et leur créativité. Le candidat doit se démarquer, inspirer de multiples générations et nous rendre fiers d’être Canadiens. Il doit être une personne d’exception, qui a transcendé les différences et unifié le pays.
Honorables sénateurs, pour accompagner une femme de la côte Est aussi inspirante que Viola Desmond, qui de mieux qu’un valeureux héros de la côte Ouest? Parmi toutes les candidatures possibles, j’aimerais, en tant que fière sénatrice de la Colombie-Britannique, offrir mon soutien à ceux qui proposent que Terry Fox figure sur le nouveau billet de cinq dollars.
Terry Fox incarnait parfaitement les valeurs canadiennes. Terry, qui a grandi à Port Coquitlam, en Colombie-Britannique, jouait au baseball, au basketball et au soccer lorsqu’il était enfant. Il n’avait alors aucune idée de ce que la vie l’amènerait à faire pour inspirer le pays et le monde entier. En 1977, il a reçu un diagnostic de cancer des os. Après une nouvelle aussi terrible, on aurait pu s’attendre à ce qu’il se concentre sur ses propres difficultés, mais, au début de son traitement, il a plutôt été inspiré par le courage des autres patients atteints du cancer, ce qui l’a poussé à se servir de son expérience personnelle pour lancer une initiative on ne peut plus publique.
Avec une détermination à toute épreuve, Terry Fox s’est entraîné pendant 18 mois et a couru 5 000 kilomètres avant même d’entreprendre son Marathon de l’espoir. Le 12 avril 1980, il a trempé sa jambe artificielle dans les eaux du port de St. John’s, puis il a parcouru 3 339 kilomètres supplémentaires en 143 jours. C’était comme s’il courait un marathon tous les jours pendant quatre mois et demi. Terry Fox a usé neuf chaussures au cours de son aventure qu’a été le Marathon de l’espoir, huit à son pied et une à sa jambe artificielle.
Il a finalement dû abandonner à Thunder Bay. Quiconque était assez vieux à l’époque s’est arrêté un moment ou a versé une larme pendant qu’il annonçait, la voix nouée, que son cancer s’était propagé et qu’il devait retourner en Colombie-Britannique pour subir des traitements. Son rêve était d’amasser 1 million de dollars pour la recherche sur le cancer. Il est mort le 28 juin 1981, à l’âge de 23 ans.
Les Canadiens, puis le monde entier, ont relevé le défi. Ils ont terminé symboliquement son Marathon de l’Espoir et le refont depuis 40 ans. Encore aujourd’hui, la fondation qui porte le nom de Terry Fox continue de transformer sa vision en ressources tangibles et essentielles destinées à la recherche sur le cancer. La course Terry Fox, un événement annuel, célébrera ses 40 ans cette année. Seulement au Canada, 9 000 écoles y participent. Elles profitent de cet événement pour encourager, chez les jeunes élèves, des vertus civiques comme la responsabilité, la bienveillance et l’intégrité. Depuis ses débuts jusqu’à l’an dernier, la fondation a amassé plus de 750 millions de dollars, seulement au Canada, pour la recherche sur le cancer. Bien que la maladie et le décès de Terry Fox aient été causés par un cancer des os, la fondation soutient la recherche sur tous les types de cancers, y compris les cancers du poumon, du sein, du cerveau, de la bouche et du sang.
L’influence de Terry Fox au Canada est considérable, mais il a aussi laissé un grand héritage à l’échelle internationale grâce à son histoire inspirante. Chaque année, la course Terry Fox se déroule au même moment dans une soixantaine de pays, dont la Chine, le Vietnam, l’Inde, le Brésil, l’Égypte, le Qatar, le Royaume-Uni et, bien sûr, les États-Unis. À l’échelle internationale, c’est la plus importante activité de financement d’une journée qui soit consacrée à la lutte contre le cancer. Les fonds recueillis dans chaque pays restent dans ce pays pour y financer la recherche sur le cancer.
L’évocation de millions de gens dans des pays éloignés du Canada qui, dans bien des cas, ne connaissaient pas Terry Fox, mais qui sont touchés par son histoire de persévérance, de courage et de dévouement, est puissante. Les diplomates canadiens postés à l’étranger parlent souvent de l’impact incroyable qu’a eu Terry Fox sur l’image du Canada dans le monde. Une seule course Terry Fox en fait probablement plus pour la promotion du Canada que bien des réceptions diplomatiques.
Honorables sénateurs, je vois difficilement qui d’autre que Terry Fox pourrait figurer sur les nouveaux billets de 5 $. Son courage, sa compassion, son désir de faire passer le bien-être des autres avant le sien, sa capacité à inspirer autant les Canadiens que bien des gens à l’étranger et son legs sont bien connus. Son histoire va au-delà des générations et demeurera dans la mémoire collective; elle touche des jeunes dans les écoles, des enfants dont les parents et les grands-parents étaient là au moment du Marathon de l’espoir.
Lorsque les gens utiliseront les billets de 5 $ arborant le portrait de Terry Fox, on peut imaginer les questions qu’ils pourraient se poser. Aurai-je pu être aussi courageux? Qu’est-ce que j’aurais fait à sa place? Est-ce que je peux faire quelque chose pour lui rendre hommage? Surtout, pour nous, en tant que sénateurs, que puis-je faire pour faire du Canada un meilleur pays? Imaginez tout ce que ce billet pourrait faire. Merci. Meegwetch.