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Projet de loi sur la Journée nationale de l’alimentation locale

Deuxième lecture

30 avril 2019


L’honorable Victor Oh [ - ]

Honorables sénateurs, je prends aujourd’hui la parole à l’étape de la deuxième lecture du projet de loi S-281, Loi instituant la Journée nationale de l’alimentation locale.

J’aimerais tout d’abord saluer le sénateur Cormier, qui a parrainé le projet de loi au Sénat, ainsi que le député Wayne Stetski, qui l’a proposé.

Ayant siégé ces six dernières années au Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts, j’appuie fermement l’initiative qui consiste à promouvoir le secteur agricole et agroalimentaire canadien. À l’occasion des toutes dernières missions d’information que nous avons menées dans le Sud de l’Ontario, nous avons eu le plaisir de visiter plusieurs fermes et centres de recherche. Comme certains des honorables sénateurs le savent peut-être, j’ai été très fier de m’être fait un ami bovin au centre de recherches sur les produits laitiers de l’Université de Guelph à Elora. La mission nous a rappelé à quel point ces fermes conviennent aux familles et sont vitales pour les économies locales. Qu’il s’agisse des pommes de terre des provinces maritimes, des fraises et des pêches du Sud de l’Ontario, du sirop d’érable du Québec, du blé et du soya des Prairies, ou des bleuets et du raisin de la Colombie-Britannique, les producteurs locaux sont la colonne vertébrale des collectivités d’un océan à l’autre.

Les producteurs locaux non seulement cultivent des fruits et des légumes et élèvent du bétail, mais ils soutiennent aussi l’industrie alimentaire du pays, qui emploie 2,3 millions de Canadiens. C’est justement pour cela qu’il est crucial d’appuyer les agriculteurs et les producteurs locaux. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, le secteur apporte quelque 114 milliards de dollars aux économies nationales en 2017, ce qui représente près de 7 p. 100 du PIB total.

Ce secteur doit malheureusement faire face à de grands défis. L’âge moyen des agriculteurs en Ontario dépasse 55 ans. Un grand nombre d’exploitations n’ont pas de plan de relève. Dans le cadre des déplacements et des consultations du Comité de l’agriculture, le manque de main-d’œuvre et d’installations de transformation sont des problèmes qui ont été soulevés à de nombreuses reprises.

Qui plus est, les exploitations agricoles canadiennes sont maintenant aux prises avec un plus grand stress financier puisque la taxe sur le carbone des libéraux va venir augmenter les coûts de production de ce secteur déjà fragile.

Le fait est que ces difficultés viennent s’ajouter aux pressions financières constantes que connaissent les agriculteurs de nos collectivités. Notre secteur agricole est essentiel à notre souveraineté alimentaire. On peut lire ceci dans le préambule du projet de loi :

[...] la souveraineté du Canada dépend de la salubrité et de la sécurité de l’approvisionnement alimentaire du pays [...]

Il importe de souligner que, pendant que nous débattons le projet de loi C-281 ici, au Sénat, les agriculteurs du pays se débattent avec les répercussions des accords commerciaux internationaux, des différends politiques avec l’étranger et des changements de politique du gouvernement. Les concessions que le gouvernement du Canada actuel a consenties dans la négociation de l’Accord Canada—États-Unis—Mexique donnent à des producteurs étrangers un meilleur accès à nos marchés locaux. Les producteurs canadiens vont donc affronter une concurrence accrue ici, chez eux.

Honorables collègues, beaucoup d’entre vous se souviennent peut-être des difficultés que nous avons connues en 2003 lorsque les frontières ont été fermées au bœuf canadien. Quelqu’un se souvient-il de la réaction des Canadiens? Nous avons riposté en invitant tous les Canadiens à exprimer leur solidarité avec les producteurs en faisant un barbecue le samedi de la longue fin de semaine d’août. Cette activité de sensibilisation s’est transformée en Journée des terroirs du Canada. Il s’agit d’une célébration nationale de l’alimentation locale dans l’ensemble du pays.

Comme l’a souligné le sénateur Black, la Journée des terroirs du Canada connaît une grande popularité dans l’ensemble du pays. Étant donné que 2019 marque la 16e édition de la célébration annuelle, il ne fait aucun doute que les journées commémoratives contribuent à sensibiliser les gens aux questions importantes. Elles offrent des forums de discussion annuels et permettent aux écoles, aux entreprises et aux gouvernements d’intervenir dans des dossiers importants.

Cependant, en tant que porte-parole pour ce projet de loi, j’estime nécessaire de parler des éléments qui ont été omis.

Bien que j’applaudisse les efforts déployés pour promouvoir l’importance des agriculteurs locaux et de la production alimentaire, je ne crois pas qu’il est suffisant de consacrer un deuxième jour du calendrier à l’alimentation. Je pense plutôt que nous devrions concentrer nos efforts sur les actions.

D’abord, comme les dernières nouvelles nous le rappellent, en raison de la mauvaise gestion des relations internationales par le gouvernement libéral, nous éprouvons des difficultés considérables à accéder aux marchés. La crise du canola en est l’exemple le plus récent, tout comme les problèmes d’accès aux marchés en Inde. Le secteur a besoin de leadership de la part du gouvernement.

Le fait d’avoir raté ces occasions d’exportation a des répercussions sur les familles et les collectivités agricoles de l’ensemble du pays. Au-delà de cette mesure immédiate, nous devons en faire beaucoup plus en tant que pays pour sensibiliser les Canadiens — et surtout les jeunes, bien sûr — au secteur agricole. Par exemple, nous devons dire haut et fort que nous apprécions les aliments frais et locaux. Certaines choses sont trop souvent tenues pour acquises. Comme l’a dit Anita Stewart, lauréate alimentaire de l’Université de Guelph et fondatrice de la Journée des terroirs du Canada, il faut apprendre à cuisiner les aliments locaux et saisonniers et à inscrire le Canada au menu.

Nous devons encourager notre famille et nos amis à manger et à acheter des aliments produits et cultivés localement. Nous devons préparer nos dîners avec des aliments régionaux et saisonniers. Enseignons à nos enfants la valeur des aliments frais et rappelons-leur que les fruits et les légumes n’apparaissent pas comme par magie à l’épicerie. Faisons la promotion de l’équilibre communautaire et faisons en sorte que nos jeunes y prennent part, ce qui sèmera dans l’esprit de la jeune génération un intérêt pour l’agriculture.

Pour appuyer les jeunes, les gouvernements doivent leur venir en aide en réduisant les grosses dépenses en capital qu’on leur demande, ce qui les incitera à se lancer dans l’agriculture. Il faut aussi envisager des mesures pour régler les problèmes qui touchent les agriculteurs immigrants.

Je me souviens d’avoir rencontré un groupe d’immigrants qui avaient eu une première carrière fructueuse dans divers domaines professionnels, mais qui avaient décidé d’entreprendre une deuxième carrière en tant qu’agriculteur au Canada. Ces agriculteurs comptaient en moyenne trois ou quatre ans d’expérience dans le domaine et se trouvaient surtout en Ontario, au Québec, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. En quatre ans seulement, leur nombre a quintuplé. Ils vendaient un large éventail de produits, dont des fruits, des légumes, du miel, des légumineuses, des grains, des produits cultivés en serre, des semences, du matériel agricole, des suppléments pour les récoltes et des suppléments alimentaires. Ces nouveaux agriculteurs étaient jeunes, enthousiastes et munis des outils sociaux et des connaissances commerciales nécessaires. En tant qu’exemples parfaits de l’esprit d’initiative et de la réussite dans un secteur en difficulté, ils méritent notre attention et notre soutien.

À mon avis, les gestes sont plus éloquents que les paroles. Dans le cas des agriculteurs canadiens, nous devons faire plus que simplement désigner une autre journée nationale de l’alimentation pour assurer leur survie et leur prospérité. Ils en arrachent. Cette situation a un effet direct sur nous tous.

Je crois comprendre que ce projet de loi vise à resserrer les liens entre les producteurs agricoles et les consommateurs canadiens. Toutefois, il devrait en faire plus. En plus de sensibiliser la population à la contribution des producteurs agricoles à l’économie et à la santé du pays, le projet de loi devrait créer des occasions qui nous permettraient d’appuyer les agriculteurs locaux, dont le travail difficile et sous-estimé consiste à produire les aliments que nous mettons sur la table pour nourrir nos familles. Je vous remercie.

Le sénateur accepterait-il de répondre à une question?

Le sénateur Oh [ - ]

Oui.

Je vous remercie de votre intervention et des renseignements utiles que vous avez fournis concernant les mesures à prendre au Canada pour bien faire connaître les producteurs et les produits locaux au pays tout en développant le marché de l’exportation.

Ma question pour vous est la suivante : ne croyez-vous pas qu’un jour désigné serait la première étape? C’est un premier pas pour aider les Canadiens à découvrir la production et le travail des producteurs pour les industries alimentaires locales. Un jour désigné serait un bon point de départ pour sensibiliser les Canadiens à ces questions et à l’exportation de nos produits locaux.

Le sénateur Oh [ - ]

Merci, sénateur, de cette question. Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites. Nous pourrons nous réunir pour peaufiner tout cela.

Son Honneur la Présidente intérimaire [ - ]

Les honorables sénateurs sont-ils prêts à se prononcer?

Son Honneur la Présidente intérimaire [ - ]

Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

(La motion est adoptée et le projet de loi est lu pour la deuxième fois.)

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