DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La Journée mondiale de lutte contre le sida
1 décembre 2022
Chers collègues :
Je suis venu au monde porteur du virus du VIH car le système de santé a échoué à octroyer à ma mère en temps opportun les traitements préventifs qui auraient pu prévenir mon infection.
Voilà ce que nous pourrions entendre de la bouche de cet enfant, né au CHU Saint-Justine à Montréal en octobre dernier et infecté par le VIH, s’il pouvait parler.
Dans une entrevue accordée au journal Le Devoir le 3 novembre dernier au sujet de cette situation déplorable, la Dre Isabelle Boucoiran s’inquiétait de voir de plus en plus de femmes migrantes séropositives prises en charge trop tard par notre système de santé en raison d’un fardeau administratif trop important.
En cette Journée mondiale du sida et cette Semaine autochtone de sensibilisation au sida, j’interviens une fois de plus pour souligner que les inégalités qui persistent et entravent inexorablement les progrès réalisés pour éradiquer ce virus, en déplorant une fois de plus les ravages causés par cette épidémie, plus de 40 ans après son apparition.
Je le répète : le VIH n’est pas un virus du passé. Le fait qu’il continue à contaminer les jeunes de manière inquiétante prouve qu’il est toujours présent et qu’il persiste à s’ancrer dans les sociétés.
Chaque jour, chers collègues, 1 100 jeunes âgés de 15 à 24 ans sont infectés par le VIH dans le monde.
Au Canada, en 2020, la majorité des cas de VIH étaient diagnostiqués chez les personnes âgées de 20 à 49 ans. Pour être plus précis, le taux d’infection chez la catégorie d’âge des 20 à 29 ans était de 6,2 nouveaux cas pour 100 000 habitants par année.
Que faudra-t-il, honorables sénateurs, pour que nous prenions enfin les mesures adéquates pour protéger notre jeunesse? Il est clair que la solution se trouve notamment au sein des organismes communautaires qui éduquent et offrent des services de proximité aux jeunes et à tous les Canadiens les plus à risque. Ces organisations font déjà des miracles avec le peu de ressources dont elles disposent. Il est temps qu’elles aient accès aux fonds qu’elles attendent depuis trop longtemps.
Chers collègues, vous vous rappellerez qu’il y a exactement deux ans aujourd’hui, j’ai déposé au Sénat une motion qui a été adoptée le même jour — grâce à vous tous — pour exhorter le gouvernement à porter le financement de l’Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada à 100 millions de dollars par an, une recommandation également proposée par le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes en 2019.
Tout en applaudissant les récents efforts du gouvernement fédéral, notamment le financement ponctuel de tests accessibles et l’augmentation historique de sa contribution au Fonds mondial, je souligne que le financement durable des interventions communautaires ici, au Canada, fait toujours défaut et que les inégalités se creusent.
Je terminerai en vous rappelant qu’ONUSIDA et ses pays membres, y compris le Canada, se sont engagés à mettre fin à l’épidémie du sida d’ici 2030. Huit ans pour arriver à éradiquer ce virus, c’est court, mais j’ai de l’espoir.
Chers collègues, les inégalités qui perpétuent l’épidémie de sida ne sont pas une fatalité. Nous avons tous un rôle à jouer pour y remédier. Agissons ensemble et maintenant.
Merci. Meegwetch.