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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le décès de l’honorable Joseph A. Day

5 juin 2024


Honorables sénateurs, dans la vie, il y a des gens que nous ne côtoyons que brièvement, mais qui nous laissent quand même une impression durable. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai rencontré l’honorable Joseph Day.

Je ne connaissais pas l’ancien sénateur Day avant mon arrivée au Sénat. J’avais, bien sûr, lu au sujet de sa remarquable carrière, et j’étais impressionné par le parcours de cet homme qui a été ingénieur, avocat, militaire et coureur de marathon.

En écoutant ses discours dans cette enceinte, je pouvais y percevoir son sens de la discipline, de l’intégrité et du professionnalisme. J’ai pu constater que c’était un ardent défenseur du Nouveau-Brunswick qui avait consacré toute sa vie à la cause publique. Cependant, outre le fait que nous étions tous les deux du Nouveau-Brunswick, j’avais l’impression que nous avions très peu de choses en commun.

Il était de Saint John, ville anglophone du sud du Nouveau-Brunswick, et moi de Caraquet, ville francophone de la Péninsule acadienne; il était issu du secteur militaire, moi du secteur artistique; nous n’étions pas de la même génération, ni du même milieu, ni de la même culture, me semblait-il. J’étais donc très intimidé en le croisant dans cette Chambre, et je n’osais pas l’approcher.

Or, un jour, alors que nous nous sommes retrouvés tous les deux dans le salon des sénateurs, il est venu vers moi et m’a adressé la parole dans un français d’une telle qualité et d’une telle élégance que j’en suis resté bouche bée. J’ai réalisé alors que j’avais présumé de ses capacités linguistiques, de son intérêt pour la langue française et pour l’Acadie, et que nous avions peut-être beaucoup plus en commun que je ne le croyais.

Nous avons longuement discuté de notre affection pour la langue française et du privilège que nous avions de venir de la seule province officiellement bilingue du pays. Il m’a parlé de son amour du Sénat et du regret qu’il avait de devoir prendre sa retraite. Nous avons aussi partagé notre passion commune pour la course à pied. Il m’avait alors prodigué de précieux conseils pour développer mon endurance, si un jour je souhaitais faire un marathon : « Occupez votre esprit et ne vous concentrez pas trop sur chaque pas ou chaque kilomètre parcouru. » Voilà ce qu’il m’avait alors conseillé.

Quand j’ai participé à la Course de l’Armée du Canada l’an dernier, je n’avais aucun objectif précis. Pendant que je courais dans cette ville magnifique, la conversation que j’avais eue avec l’ancien sénateur Day m’est revenue à l’esprit. J’ai pensé à lui, à ses précieux conseils et à la façon dont il m’avait si élégamment parlé français. Chers collègues, j’ai suivi ses conseils ce jour-là et, grâce à lui, j’ai terminé mon deuxième demi-marathon avec fierté.

Nelson Mandela a déjà dit ceci :

Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, vous parlez à son esprit. Si vous lui parlez dans sa propre langue, vous vous adressez à son cœur.

L’honorable Joseph Day a parlé à mon cœur ce jour-là et, bien que son décès m’attriste, j’ai tiré une leçon précieuse de ma rencontre avec ce citoyen remarquable : quelles que soient nos différences apparentes, nous pouvons toujours nous rejoindre quelque part et célébrer ce que nous sommes.

Reposez en paix, honorable Joseph Day. Je continuerai de suivre vos précieux conseils. C’est une promesse qui vient du cœur. Merci!

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