Aller au contenu

Projet de loi relative au cadre national sur la santé des femmes au Canada

Deuxième lecture--Suite du débat

24 février 2026


Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui sur le territoire non cédé de la nation algonquine anishinabe pour me joindre à nos collègues la sénatrice Henkel, marraine du projet de loi, et la sénatrice Oudar afin de discuter du projet de loi S-243, Loi prévoyant l’établissement d’un cadre national sur la santé des femmes au Canada.

Je suis une femme chanceuse, car ma mère est encore en vie à presque 99 ans. J’ai également une tante, trois filles, cinq petites-filles, deux sœurs, de nombreuses nièces et petites-nièces, ainsi que de merveilleuses amies. Comme plusieurs d’entre vous dans cette enceinte, je suis une survivante du cancer. J’ai aussi quatre frères, trois gendres, deux petits-fils, un oncle, plusieurs neveux et petits-neveux, ainsi que de merveilleux amis de sexe masculin. Honorables sénateurs, bien entendu, même si nous sommes profondément attachés à nos proches, nous sommes ici pour gouverner dans l’intérêt de tous les Canadiens — femmes, hommes et personnes non binaires.

Chers collègues, j’ai été ravie de constater hier que le gouvernement passait à l’action. En effet, la ministre de la Santé, Marjorie Michel, a annoncé le lancement de consultations auprès des hommes et des garçons au sujet d’une stratégie nationale sur la santé des hommes. Cette initiative est importante.

Notre ancien collègue l’honorable Roméo Dallaire a courageusement mis en lumière les problèmes de santé mentale chez les hommes en révélant sa propre lutte contre le syndrome de stress post-traumatique. Nous savons qu’aujourd’hui de nombreux jeunes hommes et garçons sont pris dans l’androsphère, avec tous les dangers que cela comporte pour leur santé et celle de notre société. Cependant, mon discours d’aujourd’hui portera principalement sur le projet de loi S-243 et sur l’importance cruciale de disposer d’un cadre national sur la santé des femmes.

Honorables sénateurs, l’expression emblématique « Mind the Gap » a été introduite dans le métro de Londres en 1968. Dans le métro de Londres et d’autres métros du monde, cette expression signifie qu’il faut faire attention à l’espace entre la plateforme de la gare et le train. Dans ce contexte, il s’agit d’être vigilant. Cependant, le verbe « mind » en anglais peut aussi renvoyer à des préoccupations ou à des inquiétudes.

Je dirais que, lorsque nous devons faire face à des écarts ou à des disparités en matière de santé des femmes, nous devons y faire attention au sens où nous devons y porter attention, mais aussi au sens où ils devraient nous préoccuper.

En ce qui concerne la santé des femmes, les écarts auxquels nous devons faire attention sont nombreux.

Nous pensons à l’écart entre les objectifs de développement durable du Programme de développement durable à l’horizon 2030 — le troisième est la bonne santé et le bien-être, et le cinquième, l’égalité entre les sexes — et la situation actuelle du Canada à l’égard de ces deux objectifs.

Étant donné que le Canada se classe au 64e rang mondial selon l’Hologic Global Women’s Health Index, il y a un écart important entre notre situation et celle des pays les mieux classés comme Taïwan, le Koweït et l’Autriche. Nous sommes préoccupés par l’écart de 24 % qui séparent les femmes des hommes pour ce qui est du temps passé en mauvaise santé et aux prises avec divers degrés d’incapacité au Canada, comme l’a souligné le McKinsey Health Institute. Pensons aux 27 ans qui nous séparent du dernier cadre fédéral sur la santé des femmes, qui date de 1999.

Nous sommes conscients de l’écart entre ce que nous savons déjà sur la santé des femmes et ce que nous faisons à ce sujet. Nous sommes conscients des nombreuses lacunes dans la mosaïque de compétences fragmentées en matière de santé qui font en sorte que de nombreuses femmes tombent entre les mailles du filet. Nous sommes conscients de l’écart entre ce qui est nécessaire pour assurer un système de santé qui fonctionne globalement pour les femmes et celui qui existe déjà. Nous sommes conscients des lacunes en matière de disponibilité, de qualité et de résultats en matière de soins de santé pour les femmes dans les collectivités rurales, nordiques et éloignées. Nous sommes conscients des lacunes en matière de disponibilité, de qualité, d’adéquation et de résultats en matière de soins de santé pour les femmes autochtones, racisées, immigrantes et incarcérées.

Nous sommes conscients de l’écart dans le financement de la recherche sur la santé des femmes — seulement 5 % à l’échelle mondiale et, au Canada, 7 % du financement fédéral de la recherche en santé. Nous sommes conscients des lacunes dans la recherche et les connaissances liées à des domaines exclusifs aux femmes : la santé sexuelle et reproductive, les menstruations, la ménopause, l’endométriose et d’autres problèmes gynécologiques. Nous sommes conscients des lacunes dans la recherche sur les maladies qui touchent les femmes en pourcentages disproportionnés, comme la sclérose en plaques, les migraines, l’ostéoporose et l’arthrose, ainsi que des femmes parmi nous qui aimeraient que quelqu’un trouve une nouvelle technologie moins pénible à utiliser pour détecter le cancer du sein. À mon hôpital, j’ai déjà entendu l’expression « mardi de la crêpe » pour désigner des rendez-vous en mammographie.

Nous sommes conscients des lacunes dans les technologies modernes de dépistage chez les femmes. Nous sommes conscients des graves lacunes dans les données sur la santé des femmes. Nous sommes conscients des lacunes dans les outils, les protocoles et les réponses cliniques adaptés aux femmes. Nous sommes conscients des lacunes dans la formation médicale relative à la santé physique et mentale des femmes. Nous sommes conscients du délai de diagnostic de l’endométriose, qui peut représenter un parcours tortueux de 7 à 10 ans.

Nous sommes conscients de l’écart de productivité entre les femmes et les hommes, et souvent de l’écart de revenus, en raison de la ménopause non traitée ou d’autres troubles. Nous sommes conscients de l’écart de rémunération pour des interventions chirurgicales équivalentes pratiquées sur des femmes et des hommes. Nous sommes conscients de l’écart entre les femmes et les hommes en matière de confiance et de satisfaction à l’égard des soins de santé.

Chers collègues, je pourrais sans doute citer d’autres lacunes et d’autres écarts, mais je voudrais maintenant aborder un point qui, à mon avis, sera important à prendre en considération lors de l’élaboration du cadre national sur la santé des femmes au Canada.

Le Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé relève de l’Université St. Francis Xavier, qui est située juste en face de chez moi. Notre collègue, la sénatrice Greenwood, dirigeait autrefois le Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique. Le Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé fournit à la communauté canadienne de la santé publique les connaissances et les ressources nécessaires pour agir sur les déterminants sociaux de la santé dans le but de réduire l’écart entre les personnes les plus en santé et celles qui le sont le moins.

Je cite sa documentation :

Notre santé est déterminée par les conditions de la vie quotidienne et par les systèmes mis en place pour promouvoir la santé et nous soutenir lorsque nous tombons malades […]

Le livre intitulé Déterminants sociaux de la santé : les réalités canadiennes met en lumière 14 facteurs interreliés qui ont une incidence sur la santé des gens: statut de membre d’une Première Nation, d’Inuit ou de Métis; handicap; jeunesse, éducation; emploi et conditions de travail; insécurité alimentaire; services de santé; genre — oui, le genre est un déterminant de la santé —; logement; revenu et répartition des revenus; race; exclusion du filet de sécurité sociale; chômage; et sécurité de l’emploi.

L’article cite également le rapport final du Sous-comité sénatorial sur la santé des populations, publié en 2009 :

De nombreux Canadiens ne savent pas que les circonstances sociales et économiques dans lesquelles vivent les gens ont une plus grande influence sur l’état de santé individuel et communautaire que les soins médicaux et les comportements personnels en matière de santé. Le rapport final d’un sous-comité sénatorial a révélé que les facteurs socioéconomiques représentent pas moins de 50 % de tous les résultats en matière de santé, tandis que les soins de santé, la génétique et l’environnement physique représentent respectivement 25, 15 et 10 % des résultats en matière de santé.

Par conséquent, chers collègues, je crois qu’il sera essentiel que le processus d’élaboration du cadre national pour la santé des femmes au Canada tienne compte de ces renseignements d’une importance fondamentale et mette l’accent sur les facteurs sociaux et économiques qui ont des répercussions importantes sur les résultats en matière de santé des Canadiennes.

Je crois également qu’il est important d’écouter les voix des leaders en matière de santé des femmes et les voix des femmes sur le terrain.

En Nouvelle-Écosse, la Fondation IWK, qui se concentre sur la santé des femmes et des enfants, a publié en octobre 2025 un rapport intitulé The Voice of Maritime Women: The Unspoken Burden of Women’s Health, ce qui signifie « La voix des femmes des Maritimes : Le fardeau invisible de la santé des femmes ». Ce rapport présente les résultats d’une enquête menée auprès de plus de 27 000 femmes des Maritimes sur leurs expériences en matière de santé. La fondation a également lancé récemment le mouvement WHEN : Women’s Health Equity Now, ce qui se traduit par « L’équité pour les femmes en matière de santé, maintenant ». Lorsque j’ai demandé à Jennifer Gillivan, présidente-directrice générale de la Fondation IWK, ce qu’elle pensait du projet de loi S-243, voici ce qu’elle m’a répondu :

Le Canada est le seul pays du G7 à ne pas disposer actuellement d’une stratégie nationale en matière de santé des femmes. Si nous voulons bâtir un Canada fort [...]

 — vous avez peut-être déjà entendu cette expression —

[...] il faut d’abord inclure les 50 % restants de notre population et leur garantir un système de santé équitable, conçu pour les femmes et fondé sur des recherches qui vont au-delà des 7 %. Les femmes représentent plus de 50 % de la population active, et les impôts que nous payons ne nous sont pas aussi bénéfiques qu’ils devraient.

L’élaboration d’une stratégie nationale en matière de santé des femmes, un soutien accru de la recherche sur les femmes et des investissements dans l’industrie des technologies féminines pourraient faire du Canada un chef de file mondial.

Combler cette lacune est à la fois un impératif moral et une belle occasion économique pour le Canada.

Dans l’édition d’aujourd’hui du Globe and Mail, la ministre canadienne de la Santé, Marjorie Michel, a déclaré :

La santé des hommes n’est pas un enjeu de santé marginal [...] il s’agit d’un enjeu national qui touche la participation au marché du travail, l’économie, la stabilité des communautés et le bien-être des familles.

Chers collègues, la santé des femmes n’est pas non plus un enjeu marginal. Elle aussi est « [...] un enjeu national qui touche la participation au marché du travail, l’économie, la stabilité des communautés et le bien-être des familles ». C’est un enjeu qui présente des lacunes et des possibilités évidentes.

Alors que nous sommes réunis aujourd’hui dans la capitale nationale, près du quai de l’ancienne gare Union d’Ottawa, et que nous regardons ce train métaphorique — un train moderne qui symbolise la bonne santé future des Canadiennes —, prenons garde à l’écart; prenons conscience de cet écart. Il est bon de se préoccuper de cet écart, mais il faut prendre des mesures pour le combler. Saisissons cette occasion et travaillons ensemble pour combler une fois pour toutes cet écart flagrant en matière de santé des femmes au Canada.

Honorables sénateurs, votons en faveur du renvoi du projet de loi S-243 au comité pour un examen plus approfondi. Montrons aux Canadiennes que notre santé est importante. Merci. Wela’lioq.

Haut de page