Le rapport final de l'Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat
Interpellation--Ajournement du débat
24 février 2026
Ayant donné préavis le 9 décembre 2025 :
Qu’elle attirera l’attention du Sénat sur le rapport final de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat.
— Honorables sénateurs, ce soir, je prends la parole au Sénat du Canada, situé sur les terres non cédées de la nation algonquine anishinabe, dans le cadre de l’interpellation no 11.
Je lance aujourd’hui une interpellation — une conversation sénatoriale — sur l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat, la première assemblée citoyenne nationale sur le climat au Canada et la première assemblée citoyenne sur le climat au monde destinée aux personnes âgées de 18 à 25 ans.
L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat est le fruit d’une collaboration entre Environmental Leadership Canada, MASS LBP et le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques — c’est-à-dire nous.
Avant d’aller plus loin, je veux parler brièvement des origines du groupe Sénateurs pour des solutions climatiques. Cinq ans, ça passe vraiment vite.
Le 14 mai 2021, j’ai envoyé une lettre à tous les sénateurs pour les inviter à se joindre à une coalition de sénateurs canadiens à constitution et mandat uniques en faveur d’actions urgentes pour le climat. À ce jour, 73 sénateurs se sont joints au groupe Sénateurs pour des solutions climatiques. Au cours des cinq dernières années, il y a eu plusieurs départs à la retraite et nominations de sénateurs. À l’heure actuelle, le groupe compte 60 membres. Les sénateurs Kutcher et Quinn ont servi à titre de co-présidents avec moi, et c’est maintenant la sénatrice Muggli qui occupe cette fonction.
Inspiré par Peers for the Planet, le groupe sur le climat de la Chambre des lords britannique, le groupe Sénateurs pour des solutions climatiques joue un rôle de rassemblement et de renforcement des connaissances afin d’éclairer notre travail législatif.
Les sénateurs pour des solutions climatiques étudiaient depuis un certain temps la possibilité d’organiser une assemblée citoyenne sur le climat. Ils ont eu deux séances d’apprentissage avec le professeur Graham Smith, président du Knowledge Network on Climate Assemblies de l’Université de Westminster, et Peter MacLeod de MASS LBP, un éminent expert canadien en matière d’assemblées citoyennes.
Chers collègues, voyons un peu pourquoi nous avons créé une assemblée citoyenne et pourquoi nous nous sommes concentrés sur le climat et sur les jeunes.
Permettez-moi de commencer par la première question : pourquoi créer une assemblée citoyenne?
La semaine dernière, on m’a demandé de présenter l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat pendant l’événement Deliberative State Governance — Citizens’ Assemblies: Putting the Public Back in Public Policy, qui se tenait à Washington, D.C., et était organisé par la fédération pour l’innovation en démocratie, section Amérique du Nord. Les participants étaient de hauts fonctionnaires des États du Kentucky, de la Pennsylvanie, du Maryland, de l’Utah et de Washington.
Art O’Leary, chef de la direction de la commission électorale d’Irlande, était présent et a été une personne-ressource importante. Il a dirigé la première assemblée citoyenne de l’Irlande en 2012 et a agi comme conseiller pour les cinq assemblées nationales de citoyens tenues en Irlande depuis. M. O’Leary affirme que ces assemblées citoyennes — dont les thèmes ont été du mariage entre personnes de même sexe au droit à l’avortement en passant par le climat — ont transformé l’Irlande. Il a expliqué que c’est avec les assemblées citoyennes que l’Irlande s’attaque à des problèmes épineux. Il a souligné que les assemblées citoyennes ont tissé un précieux lien de confiance entre les citoyens irlandais et leur Parlement.
Peter MacLeod, de MASS LBP, coauteur du nouveau livre Democracy’s Second Act: Why Politics Needs the Public, a parlé des 50 assemblées citoyennes qui ont eu lieu au Canada, dont une assemblée nationale sur la protection des Canadiens contre les dangers d’Internet et une autre en Colombie-Britannique sur la réforme électorale. Il a évoqué les quelque 1 500 assemblées citoyennes organisées à travers le monde, dont plusieurs sur le climat en France, au Royaume-Uni, au Danemark, en Allemagne, en Espagne, en Estonie, en Hongrie, au Luxembourg et en Finlande. Les villes de Bruxelles et de Milan ont créé des assemblées citoyennes permanentes afin d’orienter leurs interventions locales en réponse aux défis climatiques. Parmi les autres exemples d’assemblées citoyennes, citons celle des Pays-Bas sur l’avenir de l’agriculture, celle de la Pologne sur la pauvreté énergétique, celle du Monténégro sur la corruption et celle de l’Allemagne sur l’intelligence artificielle.
M. MacLeod a expliqué que dans une démocratie, les citoyens sont capables de faire bien plus que simplement cocher une case sur un bulletin de vote toutes les quelques années. Il a expliqué que les assemblées citoyennes sont bénéfiques pour la démocratie et qu’elles produisent des recommandations mûrement réfléchies. Elles solidifient le lien de confiance entre les citoyens et leurs représentants et renforcent la démocratie.
Les parlementaires consacrent une grande partie de leur énergie à réagir aux problèmes, et passent beaucoup de temps avec les lobbyistes. Y en a-t-il parmi vous qui passent du temps avec des lobbyistes? En revanche, les assemblées citoyennes constituent une approche proactive qui implique directement les citoyens ordinaires. Les membres de l’assemblée sont des représentants du public sélectionnés au hasard, et non la bande habituelle. Enfin, ces assemblées constituent un moyen efficace d’aborder des questions qui sont importantes, mais qui sont parfois source de division. Prenons l’exemple du mariage entre personnes du même sexe et de l’avortement en Irlande.
Examinons maintenant la pertinence d’une assemblée citoyenne sur le climat.
Les changements climatiques représentent le défi le plus important de notre époque. Les effets du climat s’intensifient au Canada, encore plus dans la région arctique, mais aussi à l’échelle internationale. Le Canada est loin d’être sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions pour 2030, 2035 ou 2050. Il s’agit d’un problème grave. Nos partenaires commerciaux non américains se décarbonent rapidement, et il est important que le Canada ne soit pas laissé pour compte sur le plan économique.
Il existe une polarisation sur la question du climat au Canada. Le secteur pétrolier et gazier canadien est un contributeur important et solide à l’économie du Canada et à celle de certaines provinces, mais il est également le premier contributeur aux émissions de gaz à effet de serre du pays.
Enfin, le Canada a un nouveau gouvernement. La 45e législature a commencé il y a moins d’un an. Il devrait être possible à ce stade de donner son avis sur un sujet aussi important que le climat.
Pourquoi les jeunes? Pourquoi une assemblée citoyenne sur le climat avec des jeunes?
L’une de nos principales responsabilités en tant que sénateurs — et je pense que nous en sommes tous conscients — est d’écouter et de faire valoir les intérêts des populations sous-représentées. Les jeunes constituent l’une de ces populations. Leur voix est essentielle, car ils représentent la génération dont la vie sera la plus touchée par les changements climatiques et les politiques climatiques. De plus, les jeunes Canadiens sont et seront des acteurs clés dans la transition du Canada vers une économie carboneutre. Ils ont beaucoup à offrir et sont très motivés à jouer un rôle.
La Présidente Gagné l’a bien dit lorsqu’elle s’est adressée aux membres de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat :
[...] vos voix ne sont pas facultatives. Elles sont essentielles. Soyons clairs : il ne s’agit pas seulement de consultations, mais d’une réelle participation. Il s’agit de faire participer les jeunes au processus législatif, non seulement en tant que militants, mais aussi en tant que partenaires.
À la lumière de ce contexte et de la raison d’être de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat, examinons maintenant l’assemblée elle-même.
Les membres de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat ont été recrutés et choisis par tirage au sort. Pour recruter des membres, les assemblées citoyennes envoient des invitations par la poste à des milliers de foyers en fonction de codes postaux choisis au hasard. Dans ce cas-ci, 5 000 invitations ont été envoyées par la poste, en particulier dans des régions rurales où nous n’étions pas sûrs d’obtenir le même niveau de participation que dans les villes. De plus, comme cette assemblée ciblait les jeunes de 18 à 25 ans, on a aussi eu recours aux médias sociaux, à des organisations de jeunes comme les 4H, ainsi qu’à des collèges et des universités pour diffuser le message.
Plus de 700 jeunes ont répondu à l’invitation. Le tirage au sort, fondé sur un tri aléatoire, a permis de choisir un groupe final de 33 jeunes qui reflète largement la géographie et la diversité du Canada. L’objectif était d’avoir tout le Canada présent dans la salle, et nous y sommes arrivés.
On a demandé à ces jeunes de répondre à une question centrale : qu’est-ce que les jeunes Canadiens veulent que le Parlement fasse pour respecter les engagements climatiques du Canada d’une manière qui reflète leurs valeurs et leurs priorités? Un comité consultatif et de surveillance composé de 11 personnes a collaboré avec l’équipe du projet pour concevoir un programme qui a fourni aux participants des renseignements utiles de grande qualité et qui leur a présenté divers points de vue. Le comité était composé de représentants d’organisations de jeunes, de spécialistes du climat, dont des universitaires, et de représentants du secteur privé, comme l’honorable Lisa Raitt et David McLaughlin, ancien président-directeur général de la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie.
Les membres de l’assemblée se sont réunis sur une période de 3 mois, d’août à octobre 2025, pour un total de 35 heures réparties sur 9 séances, dont 4 se sont déroulées en ligne et 5 ici même, à Ottawa. Ils ont entendu 22 experts et ont participé à des discussions en petits groupes ainsi qu’à des discussions en séance plénière. Ils ont également appris à utiliser des outils visant à renforcer la participation à la démocratie, à écouter activement et à faire des compromis.
Ensemble, les membres de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat ont rédigé un rapport impressionnant, complexe et nuancé qui met en évidence leurs priorités, qui énonce des principes à l’intention des parlementaires et qui contient 23 recommandations sur la préparation aux risques climatiques, sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et sur la responsabilité climatique.
Leurs judicieuses recommandations sont les suivantes : demander aux parlementaires de travailler au-delà des clivages politiques pour respecter les engagements climatiques; intégrer la voix des jeunes dans la prise de décision; coordonner les approches en matière de protection civile entre tous les ordres de gouvernement et avec les gouvernements autochtones; supprimer progressivement les subventions publiques au secteur pétrolier et gazier, le soutien restant étant lié à des objectifs clairs en matière d’émissions; accélérer la transition vers une électricité propre dans l’ensemble de l’économie; renforcer les réseaux énergétiques interprovinciaux et interterritoriaux en établissant des connexions est-ouest et nord-sud; investir dans des technologies vertes éprouvées; respecter la souveraineté et le leadership des peuples autochtones; développer les aides pertinentes en matière de santé mentale pour les Canadiens.
Le rapport complet est disponible, tout comme la vidéo, sur le site Web Sénateurs pour des solutions climatiques. Je vous encourage à le lire.
La culmination de ce processus a été le moment historique très émouvant, le 21 septembre 2025, où, dans cette enceinte, les membres de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat ont présenté leur projet de rapport aux 21 sénateurs et députés présents. D’autres collègues regardaient en ligne. Cinq autres parlementaires ont eu l’occasion d’échanger avec les membres de l’assemblée à Ottawa, dont les coprésidents du caucus multipartite sur le climat de la Chambre des communes.
Leur rapport commençait de la façon suivante :
Nous vous parlons depuis les étendues sauvages des territoires du Nord, les montagnes majestueuses de l’Ouest, les plaines dorées des Prairies, les rivières puissantes du Québec, les rivages venteux des provinces de l’Atlantique, et de partout ailleurs entre ces lieux. Nous sommes toutes et tous différent.es, issu.es de milieux divers, mais nous avons toutes et tous un point commun : le Canada est notre chez-nous.
Nous avons une expérience directe des effets du changement climatique sur notre enfance, notre éducation et nos carrières, et nous savons que les actions actuelles ne suffisent pas.
Les jeunes au Canada ne sont pas apathiques. Nous sommes prêt.es à relever le défi et impatient.es de montrer la voie, avec innovation, ouverture et dialogue.
Les parlementaires nous ont montré qu’ils et elles sont prêt.es à être des allié.es, à écouter et à plaider aux côtés des voix des jeunes.
Honorables collègues, ce moment fort que nous avons vécu au Sénat en septembre n’était pas la fin de cette initiative.
Le rapport final de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat a été publié le 6 novembre, lors du déjeuner annuel d’Environmental Leadership Canada sur la Colline, qui a été suivi d’une conférence de presse.
Vingt membres de l’Assemblée canadienne de la jeunesse pour le climat ont depuis formé un groupe dans le but de continuer d’apprendre ensemble et de faire un suivi auprès des sénateurs — c’est-à-dire nous — et des députés.
Chers collègues, la prochaine étape de l’Assemblée canadienne de la jeunesse pour le climat ne fait que commencer, et il est très important de poursuivre sur cette lancée.
Nous avons un rapport de grande qualité produit par de jeunes citoyens dévoués et bien informés qui ont beaucoup d’intérêts en jeu. Les enjeux sont importants pour eux, parce qu’ils y ont consacré beaucoup d’efforts, ils ont apporté leur contribution, ils ont assumé des responsabilités, et parce que leur avenir est en jeu. Les enjeux sont également importants pour nous, car ces gens nous ont donné une occasion en or d’agir et de poursuivre notre engagement.
Honorables sénateurs, reconnaissons et saluons l’excellent travail des membres de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat et soyons les parlementaires qu’ils disent que nous sommes, c’est-à-dire ceux qui sont prêts à être des alliés, à écouter et à défendre les intérêts des jeunes.
Merci, wela’lioq.
Honorables sénateurs, je prends de nouveau la parole aujourd’hui au sujet de l’interpellation no 11 de ma collègue, la sénatrice Coyle, et je la remercie d’avoir attiré notre attention sur le rapport final de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat.
Les propos de ces jeunes Canadiens ne relevaient pas de l’idéologie, mais bien d’une inquiétude profondément personnelle quant à leur avenir. La lutte contre les changements climatiques est parfois très difficile et décourageante. Toutefois, échanger avec les jeunes me redonne toujours de l’élan et me rappelle pourquoi, et pour qui, j’accomplis ce travail.
Je vais vous dire quelque chose. Je suis l’aînée de sept enfants. Mon plus jeune frère vivait avec un handicap intellectuel. Très tôt, j’ai compris que sa vulnérabilité dépendait de notre amour et de la capacité que nous, ses frères et sœurs plus âgés, avions de le protéger.
Que dit-on au reste du monde lorsqu’on laisse tomber les plus vulnérables de notre société? Que faut-il comprendre d’une société, ou de son gouvernement, qui n’arrive même pas à protéger sa population de demain?
En 1987, le rapport Brundtland rappelait que les générations futures n’ont ni voix politique ni pouvoir pour contester nos décisions. Près de 40 ans plus tard, ce constat demeure d’une actualité saisissante. Les jeunes d’aujourd’hui subiront les effets extrêmes du réchauffement planétaire, notamment l’insécurité alimentaire, l’élévation du niveau de la mer, les déplacements de populations et les pertes économiques.
Pourtant, ils disposent de moyens limités pour influencer les politiques actuelles. Cette réalité contrevient au principe de justice intergénérationnelle. Elle nous impose un devoir d’agir en gardiens de la Terre, afin de protéger celles et ceux qui vivront après nous. Comme l’ont rappelé les participants à l’assemblée, les générations futures constituent un groupe d’intérêt privé de ses droits de manière permanente. Leurs intérêts sont trop souvent compromis par des décisions à courte vue.
À un moment où la lutte contre les changements climatiques progresse dans certains pays, mais s’affaiblit dans d’autres — inutile que je vous parle des récents développements aux États-Unis —, les jeunes s’expriment de plus en plus pour exiger que des mesures décisives soient prises pour assurer leur avenir.
Nous devons espérer que c’est le début d’un changement. Les jeunes défenseurs de l’environnement se mobilisent partout dans le monde pour défendre leurs droits et ceux des générations futures.
Le mouvement Les vendredis pour l’avenir, lancé par Greta Thunberg, a inspiré les jeunes du monde entier.
Au Canada, sept jeunes poursuivent leur action en justice pour contester l’objectif de réduction des émissions de l’Ontario en leur nom et au nom de ceux qui suivront.
Ici, à Ottawa, un groupe de jeunes s’est réuni pour discuter de l’avenir de la politique climatique au Canada. Leur message était clair : une lutte concrète contre les changements climatiques exige une reddition de comptes de la part de tous les grands émetteurs dont les activités génèrent une part importante des émissions.
Cette assemblée montre que les jeunes Canadiens sont informés, que leurs préoccupations sont urgentes et que leurs recommandations sont pratiques. Qui a la responsabilité d’écouter et d’offrir de l’aide? C’est nous.
Permettez-moi d’abord de dire un mot sur la crédibilité et la maturité de ces jeunes participants. Le processus d’assemblée citoyenne a représenté une occasion exceptionnelle de construire collectivement des recommandations. Il a mis en évidence une dynamique particulièrement utile pour les futurs corps jeunesse pour le climat qui seront bientôt mis en place, si notre budget est adopté bientôt.
Il souligne l’importance d’une information fiable, du dialogue avec des experts et de la délibération démocratique. Les moyens existent. La capacité aussi. Allons-nous agir? Les expériences vécues des jeunes sur le territoire témoignent des impacts du changement climatique. Ils ne parlent pas d’une menace abstraite. Ils parlent de la réalité qu’ils observent. Ils comprennent également la complexité de notre économie et la nécessité d’une transition juste. Les jeunes savent que transformer les secteurs économiques exige du temps, des compétences et un accompagnement soutenu.
Le consensus scientifique est sans équivoque. Nous avons dépassé sept des neuf limites planétaires. Les jeunes comprennent la dimension systémique de la crise et, précisément pour cette raison, ils demandent davantage de transparence et des mesures claires. Leur analyse n’est pas idéologique. Elle est fondée sur la science, les évidences et l’expérience vécue et observée.
En ce qui concerne ces enjeux, nous ne pouvons pas continuer à gouverner en regardant, comme je l’ai dit l’autre jour, dans le rétroviseur. Nous devons regarder vers l’avenir. C’est comme conduire à grande vitesse sur une route sinueuse en regardant uniquement le chemin parcouru plutôt que là où nous allons.
Les jeunes ont raison d’exiger des critères clairs, des mesures comparables et des décisions faciles à comprendre. Suffit, les beaux discours. Il faut passer de la théorie à la pratique.
La crise climatique représente une rupture profonde avec les modes de fonctionnement du passé et nous devons gouverner en tenant compte de cette réalité.
Les jeunes insistent également sur l’importance de l’éducation, y compris les formes d’apprentissage non conventionnelles et l’acquisition de nouvelles compétences pour lutter contre la propagation de la mésinformation.
Au lieu de craindre les pertes d’emplois, ils appellent à faire confiance à la formation pratique, au perfectionnement professionnel et au soutien continu des travailleurs. Ils reconnaissent en outre que la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles nécessitera des innovations ainsi qu’une coopération internationale renforcée.
Au cœur de leurs préoccupations figurent la réconciliation avec les peuples autochtones et la reconnaissance des réalités démographiques et territoriales du pays. Ils appellent à une participation continue qui reflète à la fois les contextes urbains et ruraux et qui favorise des modèles de développement qui avantagent directement les communautés.
En réalité, leurs préoccupations reflètent celles de l’ensemble de la population et expriment un intérêt national commun pour la protection de notre planète.
Les jeunes nous rappellent que nos décisions présentes détermineront les conditions de leur vie future. Ils parlent des dommages liés aux variations climatiques extrêmes, mais aussi de la santé mentale, de la cohésion sociale et de la sécurité humaine. Demandez à vos enfants et à vos petits-enfants. Je suis profondément touchée par leurs commentaires et leur écoanxiété. Les catastrophes climatiques ne sont pas seulement des événements environnementaux. Elles touchent des familles, des communautés et des territoires. Elles créent de l’anxiété, de l’incertitude, de la pauvreté et finissent par le chagrin inexorable d’un sentiment d’abandon de la part de la société et de son gouvernement. Nous sommes les représentants du gouvernement.
En tant que parlementaires, nous ne pouvons ignorer cette dimension humaine.
Les générations futures n’ont pas voix au chapitre dans cette enceinte. Nous parlons en leur nom. C’est exactement ce que signifie la responsabilité intergénérationnelle.
J’ai quatre petits-enfants. Certains savent parler. D’autres sont encore aux couches. Il est très difficile pour moi de les regarder en face quand je sais que leur avenir est menacé.
Les jeunes qui ont participé à cette assemblée ne demandent pas de privilèges. Ils demandent à être traités comme des citoyens à part entière qui peuvent jouer un rôle dans l’avenir collectif du pays. Ils parlent non seulement en leur nom, mais aussi au nom des collectivités de toutes les régions du Canada. Leur message est porteur d’espoir, mais aussi d’un sentiment d’urgence. Je crois que tous les sénateurs ici présents espèrent laisser en héritage un monde où les générations futures peuvent respirer de l’air pur, boire de l’eau potable et vivre dans l’espoir plutôt que dans la peur.
L’assemblée a formulé de nombreuses recommandations concrètes fondées sur une vision pragmatique et orientée vers l’action. La résilience est au cœur de leurs préoccupations. Ils proposent des évaluations régulières des impacts climatiques et de leurs conséquences économiques afin d’éclairer la prise de décisions et la nécessité de transformer l’utilisation des terres et d’adopter des pratiques agricoles durables. Ils insistent sur la collaboration nationale et intergouvernementale. Les catastrophes climatiques exigent une réponse coordonnée et humaine. Ils soulignent que le bien-être des communautés, notamment la santé mentale, dépend des ressources adéquates, des infrastructures robustes capables de résister aux crises futures et des innovations technologiques.
En matière de réduction des émissions du secteur pétrolier et gazier, comme la sénatrice Coyle l’a mentionné, leurs recommandations mettent l’accent sur le transport collectif et l’électrification.
J’ai d’ailleurs écrit récemment au ministre des Transports pour souligner que le financement actuel demeure insuffisant pour assurer la transition complète de certaines flottes essentielles, notamment celles des autobus scolaires. Cette question touche directement les familles, puisqu’elle concerne le transport quotidien des enfants et la qualité de l’air qu’ils respirent.
Les risques climatiques ont également des répercussions économiques considérables. Une exposition soutenue des actifs liés aux combustibles fossiles soulève également des préoccupations en matière de sécurité financière à long terme. Plusieurs jeunes Canadiens ont fait valoir devant les tribunaux qu’une gestion insuffisante des risques climatiques pourrait mettre en péril leur épargne-retraite que le régime de pensions est censé protéger. Si ces actifs perdent de la valeur en raison de changements réglementaires, de l’évolution du marché ou de poursuites judiciaires, les fonds de pension pourraient être parmi les plus exposés, ce qui mettrait en péril l’épargne-retraite des Canadiens.
En 2025, les Canadiens ont connu un éventail sans précédent de phénomènes météorologiques extrêmes, qu’il s’agisse d’incendies de forêt à l’échelle nationale ou d’inondations graves. Plus la crise climatique s’intensifie, plus ces catastrophes sont fréquentes. Les dommages qui en ont découlé ont battu tous les records. Les pertes assurées ont atteint 9,2 milliards de dollars en 2024. Pourtant, ce chiffre ne représente que la pointe de l’iceberg, car les pertes non assurées ne sont pas pleinement prises en compte et le fardeau imposé aux plus vulnérables demeure souvent invisible. Ces risques ne sont pas abstraits; ils touchent directement les gens dans leur vie quotidienne.
Les jeunes recommandent aussi la mise en place d’un réseau pancanadien, s’étendant d’est en ouest et du nord au sud, alimenté par des sources renouvelables, ainsi que le renforcement de l’efficacité énergétique industrielle. Ils voient dans la coopération interprovinciale un levier essentiel de résilience, particulièrement dans un contexte où les politiques de notre voisin peuvent changer rapidement et sans préavis.
Au-delà des infrastructures, les jeunes demandent une gouvernance environnementale fondée sur la transparence, la participation et la justice. Ils souhaitent être informés en amont, contribuer de manière significative aux décisions qui façonnent leur avenir et disposer de mécanismes rigoureux de reddition de comptes.
Ils insistent également sur la protection des populations les plus exposées aux impacts environnementaux, notamment les jeunes, les peuples autochtones, les communautés marginalisées et les travailleurs appelés à se reconvertir.
Des initiatives comme le service jeunesse pour le climat pourraient montrer que, lorsque nous écoutons les jeunes, la lutte contre les changements climatiques peut également créer des emplois valorisants, accroître la résilience des collectivités et donner à la prochaine génération les compétences nécessaires à un avenir durable. Leurs recommandations reflètent cette vision plus large. Ils demandent un commissaire à l’environnement et au développement durable qui est vraiment indépendant et une divulgation claire et accessible des émissions des entreprises.
Ils préconisent également une transition équitable qui n’impose pas de coûts disproportionnés aux consommateurs. Une telle transition devrait s’appuyer sur des indicateurs à jour, soutenir les médias locaux indépendants, promouvoir la production durable au Canada et garantir une gestion transparente des fonds publics. Ils recommandent en outre d’intégrer les connaissances traditionnelles et autochtones dans le processus décisionnel. Enfin, ils mettent l’accent sur l’inclusion. Les citoyens, en particulier les jeunes, doivent participer à l’élaboration de leur avenir.
Ce qui est frappant, honorables sénateurs, c’est que si les risques sont graves, les solutions sont à notre portée. Cette assemblée elle-même montre que de nombreuses mesures existent déjà, même si elles sont souvent fragmentées, parfois sous-financées et trop rarement coordonnées. Il est de notre responsabilité de les regrouper, de les renforcer et d’agir.
Sénatrice Galvez, votre temps de parole alloué pour ce débat est écoulé. Demandez-vous une minute de plus pour terminer?
Oui, je demande une minute.
Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?
Vous pouvez continuer, sénatrice Galvez.
Les corps jeunesse pour le climat qui seront créés peuvent devenir une source d’espoir et de confiance dans la démocratie. Cette assemblée démontre qu’il existe une réelle volonté de dialogue et de collaboration.
Nous devons les écouter et nous devons agir. Merci. Meegwetch.