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Projet de loi modifiant la Loi électorale du Canada et le Règlement adaptant la Loi électorale du Canada aux fins d’un référendum (âge de voter)

Deuxième lecture--Suite du débat

16 mars 2021


L’honorable Robert Black [ - ]

Honorables sénateurs, j’interviens aujourd’hui pour appuyer le projet de loi S-209. En 2019, des membres des 4-H venus de partout au pays ont passé du temps dans l’enceinte du Sénat à l’occasion de leur Congrès sur la citoyenneté. Ils ont simulé une séance du Sénat pendant laquelle j’ai joué le rôle de l’huissier du bâton noir. Leur débat portait sur l’idée de réduire à 16 ans l’âge requis pour voter et il m’a vraiment impressionné. Je ne peux qu’espérer que le nôtre soit à la hauteur.

En 2020, bien que les membres des 4-H n’aient pas pu venir à Ottawa et je n’aie pas pu animer le congrès dans l’enceinte du Sénat en raison de la pandémie, la qualité du congrès et du débat était impressionnante. J’ai d’ailleurs demandé aux participants ce qu’ils pensaient de l’idée de réduire l’âge requis pour voter. Les avis étaient partagés, mais la majorité des jeunes Canadiens approuvaient l’idée de réduire l’âge du vote à 16 ans.

Isobel Kinash, une jeune femme de 18 ans originaire de Wishart en Saskatchewan, a expliqué qu’elle venait de voter pour la première fois et qu’elle aurait voté dès l’âge de 16 ans si cela avait été possible. Le principal obstacle à la participation des jeunes vient, à son avis, du manque d’information sur le processus du scrutin. Je suis tout à fait d’accord avec Isobel et je crois, comme elle, que « si on réduit l’âge requis pour voter, il sera essentiel de voir à ce que les jeunes disposent de l’information dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées ».

Je pense qu’il est facile pour certains d’entre nous, en particulier ceux qui ne sont plus très jeunes, de rejeter l’idée sous prétexte que les jeunes de 16 ans n’ont pas les connaissances requises ou l’intérêt voulu pour prendre une décision éclairée. Or, j’estime que c’est faux. Lorsqu’un jeune atteint l’âge de 16 ans, on lui permet de conduire un véhicule, on lui permet de se marier et on lui permet de s’enrôler dans l’armée. Toutes ces choses nécessitent à la fois de la maturité et un sens des responsabilités. De plus, les personnes âgées de 16 ou 17 ans sont suffisamment âgées pour travailler et payer de l’impôt. Pourtant, elles n’ont pas voix au chapitre quant à la façon dont leurs impôts sont dépensés par le gouvernement.

Dire à ces personnes qu’elles peuvent faire toutes ses choses, mais qu’elles ne peuvent pas voter équivaut à leur donner une gifle au visage. Nous enseignons à nos adolescents qu’il faut assumer ses responsabilités et prendre des décisions intelligentes quant à son avenir et à ses fréquentations. Leur permettre de voter dès 16 ans est tout simplement un autre moyen de montrer que nous croyons en nos jeunes et en leur capacité de prendre des décisions responsables.

Lorsque nous disons que les jeunes ne devraient pas avoir le droit de vote parce qu’ils ne sont pas assez mûrs, nous leur rendons un mauvais service. Quiconque passe beaucoup de temps avec des jeunes peut vous dire que beaucoup d’entre eux sont très engagés politiquement et s’intéressent aux questions sociales. Selon Statistique Canada, les jeunes sont parmi les personnes les plus engagées sur le plan social. En 2013, 74 % des jeunes de 15 à 19 ans faisaient partie d’un groupe, d’une organisation ou d’une association, contre 65 % des personnes de 45 à 54 ans et 62 % des personnes de 65 à 74 ans.

L’année dernière, nous avons vu des jeunes descendre dans la rue pour réclamer l’égalité et la fin de l’injustice raciale et pour attirer l’attention sur la crise climatique mondiale. Bien sûr, ils ne se tiennent pas tous au courant de la politique et de l’actualité, mais je pourrais dire la même chose de personnes de 18, de 30 ou de 65 ans. Les connaissances et l’expérience ne devraient pas être un critère pour avoir le droit de voter. Tous les citoyens canadiens ont le droit de voter parce qu’ils sont des citoyens canadiens, et non pas parce qu’ils ont réussi une sorte de test sur leurs connaissances et la politique.

Les jeunes représentent notre avenir et sont tout aussi concernés par les résultats d’une élection que les adultes. En fait, il y a de nombreuses questions importantes de politiques qui les toucheront plus que nous, comme la protection de l’environnement. Si nous les autorisons à voter à 16 ans, les jeunes se sentiront responsabilisés et cela leur permettra de jouer un rôle dans un système politique qui les concerne directement.

Comme je l’ai déjà mentionné, l’éducation jouera un rôle déterminant pour mobiliser les jeunes et leur permettre de prendre des décisions plus éclairées. Le programme scolaire devrait être adapté pour couvrir les élections, les candidats et les plateformes d’une façon non partisane. Les enseignants pourraient aider les élèves à s’inscrire sur la liste électorale. L’apprentissage en classe pourrait donner aux jeunes les outils et les connaissances nécessaires pour voter — on parlerait d’un apprentissage très concret. La devise des 4-H est « Apprendre en travaillant », ce qui est particulièrement indiqué pour la mobilisation des jeunes.

Au Sénat du Canada, nous avons un excellent programme appelé S’ENgage. L’équipe de S’ENgage travaille fort pour joindre les écoles primaires, les écoles secondaires, les collèges et les universités afin que la jeune génération saisisse mieux le système politique canadien. Je suis fier de soutenir ce programme par tous les moyens possibles et j’ai visité de nombreuses écoles partout en Ontario, que ce soit en personne ou par vidéoconférence, pour parler du Sénat. Ce n’est là qu’un seul exemple des façons pour les écoles de s’impliquer davantage afin d’aider les jeunes à voter et à comprendre le processus électoral.

Je vais prendre un instant pour remercier Kate McCarthy de S’ENgage pour son excellent travail au fil des années. Mme McCarthy a quitté la famille du Sénat pour relever de nouveaux défis, mais je tenais à la remercier de tous ses efforts. Elle nous manquera.

Après 46 ans d’engagement auprès des 4-H du Canada, je reste déterminé à soutenir et à représenter les jeunes et à m’engager auprès d’eux en tant que sénateur. J’ai récemment rendu une visite virtuelle à une classe d’élèves de 7e année du conseil scolaire du district d’Upper Grand. J’ai également posé la question de l’abaissement du droit de vote à 16 ans à ces élèves. Même à 12 ans, beaucoup d’entre eux avaient des opinions intéressantes à partager avec leurs camarades de classe. Qu’ils soient ou non favorables à ce projet de loi, j’ai été encouragé par la discussion qu’ils ont été capables de mener sur cet enjeu important.

Honorables sénateurs, il est temps de montrer notre soutien à nos jeunes en votant en faveur de ce projet de loi. Le vote est une tradition, une habitude. En incitant les jeunes à voter tôt, on augmente la probabilité qu’ils continuent de voter et peut-être qu’ils aillent plus loin dans leur engagement politique tout au long de leur vie.

Nous ne pouvons pas continuer de dire que les jeunes représentent l’avenir, de les féliciter pour la valeur de leur contribution à la société, mais leur refuser la possibilité d’agir directement et de faire partie d’un système qu’ils financent avec leur argent. Je vais donc voter pour le projet de loi S-209, et j’espère que vous vous joindrez à moi. Je vous remercie de votre attention. Meegwetch.

Honorables sénateurs, je prends la parole pour exprimer mon appui au projet de loi S-209, Loi modifiant la Loi électorale du Canada et le Règlement adaptant la Loi électorale du Canada aux fins d’un référendum relativement à l’âge de voter. Je veux remercier la sénatrice McPhedran et son personnel du vaillant travail qu’ils ont accompli en vue de présenter ce projet de loi et de permettre au Sénat de débattre de cette importante question.

Le débat entourant l’abaissement de l’âge de voter n’a pas commencé avec la présentation du projet de loi à l’étude. Au fil des ans, chaque fois que j’abordais la question, des gens me répondais des choses du genre « quand j’avais 16 ans, j’étais trop jeune et immature pour faire des choix éclairés » ou alors ils me parlaient d’un jeune de leur entourage qui ne s’intéressait pas à la politique et qui soit n’irait pas voter, soit voterait pour le mauvais candidat, selon eux, parce qu’il ne comprenait pas les enjeux politiques du moment. À ces personnes, je réponds que nous savons tous d’expérience que, lorsqu’une personne atteint l’âge de 18 ans, il n’y a pas d’interrupteur qui est activé pour lui donner les facultés mentales lui permettant de faire des choix éclairés et réfléchis dans divers domaines. Je suis certaine que nous avons tous en tête un ou deux exemples d’adultes au sujet de qui on pourrait faire le même genre de commentaires que ceux que je viens de rapporter.

Même si la loi fixe à 18 ans l’âge de majorité, les Canadiens de moins de 18 ans sont en mesure de faire un certain nombre de choses qui seraient considérées comme du domaine des adultes. Ils peuvent avoir une relation sexuelle consensuelle, conduire une voiture, payer des impôts et même s’enrôler dans la réserve des Forces armées canadiennes. Évidemment, il faut établir des âges pour un certain nombre d’actions, mais le consensus et le point de vue relativement aux actions qui devraient être permises à un âge précis évoluent. Ils changent au fil du temps, à mesure que notre société et notre culture évoluent. C’est pour cette raison que nous devons étudier sérieusement le projet de loi dont nous sommes saisis aujourd’hui.

J’aimerais prendre un moment pour parler des choses que les élèves au primaire et au secondaire apprennent à l’heure actuelle. Pour préparer mon discours, j’ai fait deux choses. J’ai rencontré des élèves du secondaire, qui représentaient plus de 60 000 élèves de la région issus de tous les milieux et j’ai examiné une poignée de descriptions de cours liés au civisme dans les écoles primaires et secondaires dans l’ensemble du Canada. Au fil de cette recherche, j’ai vu des demi-cours et des cours obligatoires assortis, entre autres, des attentes et des résultats suivants. Écoutez attentivement le langage employé et les buts qui s’y rattachent.

Tout d’abord, les élèves doivent appliquer les concepts de la pensée politique pour étudier, débattre et exprimer des opinions éclairées sur un éventail de questions et de développements politiques qui sont à la fois importants dans le monde d’aujourd’hui et qui présentent un intérêt personnel pour eux. Les élèves étudient la démocratie dans des contextes locaux, nationaux et mondiaux et la façon dont les décisions politiques sont prises au Canada. Les élèves doivent également se pencher sur des question importantes et influentes relatives à la vie civique dans les médias sociaux.

Presque d’un bout à l’autre du pays, avant qu’ils aient terminé la 10e année, les élèves emploient des concepts associés à la pensée politique et usent d’un processus d’enquête politique pour examiner des questions d’importance civique. Ils peuvent décrire les valeurs clés de la citoyenneté démocratique et indiquer en quoi l’action citoyenne contribue au bien commun au Canada. Ils sont en mesure d’expliquer les rôles et responsabilités des diverses institutions, structures et personnalités de la gouvernance canadienne ainsi que de comprendre les droits et responsabilités associés à la citoyenneté au Canada et les façons dont ces droits sont protégés.

Je suis encore éblouie par un élève de 5e année qui continue de m’écrire par courriel pour critiquer la structure de gouvernance actuelle au Sénat. Lorsque je me suis informée de ce qu’il apprenait, il m’a dit que le fonctionnement du gouvernement fait partie du programme scolaire de la 5e année.

J’ai participé à une table ronde avec divers élèves représentant toutes les dimensions communautaires. C’est le travail le plus instructif que j’ai fait en préparation au débat d’aujourd’hui sur le projet de loi à l’étude. Les élèves se sont montrés passionnés et ouverts, ils ont exprimé leur désaccord et ils ont débattu de cette question de fond en comble, sous tous les angles. J’ai observé et animé le débat, mais au final, ce sont les participants qui ont transmis ce message important.

Aujourd’hui, les expériences locales et mondiales et la transmission instantanée de l’information font en sorte que les jeunes sont davantage informés, s’expriment mieux et jouent un rôle plus actif que ce que nous imaginons. Dans le cadre de mes diverses fonctions — apprenante, professeure, entraîneuse et maintenant sénatrice —, je suis constamment impressionnée par l’intelligence et l’engagement des jeunes Canadiens.

Un examen rapide de la recherche le confirme. Les jeunes Canadiens sont plus susceptibles de rechercher des informations sur une question ou un sujet politique ou de participer à une marche ou à une manifestation que les Canadiens de plus de 25 ans. Ils sont plus susceptibles d’avoir fait du bénévolat au cours des 12 derniers mois que leurs homologues plus âgés. Selon une étude, ils sont également 41 % plus susceptibles de s’engager dans des activités politiques informelles et, chose incroyable, 97 % d’entre eux sont plus susceptibles de s’engager dans une organisation civile que les Canadiens de 25 ans et plus.

Certains de mes collègues ont déjà indiqué que le fait de voter dès un jeune âge inculque aux Canadiens l’importance d’exercer leur droit de vote et de porter un jugement critique sur le candidat pour lequel ils votent. C’est plus important que jamais. Les médias sociaux et les services de nouvelles qui ne servent qu’à renforcer le point de vue d’un individu polarisent de plus en plus l’électorat du Canada. Fait inquiétant, selon un sondage Abacus réalisé il y a quelques années, environ un Canadien sur quatre affirme détester ses adversaires politiques. Nous devons apprendre à la prochaine génération de Canadiens à garder l’esprit ouvert et à considérer d’autres points de vue.

Les pays qui ont déjà abaissé l’âge minimal requis pour voter, comme l’Écosse et l’Autriche, ont constaté des résultats positifs relatifs à l’engagement politique des jeunes. Si les données probantes le confirment, l’idée mérite d’être poursuivie.

Chers collègues, le projet de loi nous est présenté à ce moment crucial de notre histoire. Même avant la pandémie, on avait l’impression que le monde était à un tournant à bien des égards. La COVID-19 a fait monter encore plus les enjeux. Dans les prochaines années, les gouvernements prendront des décisions qui auront des répercussions pendant des décennies et qui toucheront non seulement les jeunes Canadiens d’aujourd’hui, mais aussi leurs enfants. Je pense qu’il serait tout à fait normal que nous renvoyions le projet de loi au comité, où l’idée pourra être examinée et étudiée comme il se doit. Nous devons au moins cela aux jeunes Canadiens.

Merci, meegwetch.

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